‹ Histoire de Joseph II, empereur d'Allemagne (volume 2)Chapitre 4 sur 19 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

senter, i une demi-lieue du champ de bataille , le nus combat à l'enaerni qui n'ose pas l'accepter.

Au comble delà joie, l'Impératrice couvrit d'honneurs son général. Une statue fut élevée à Daun.Les États d'Autriche lui votèrent trois cent mille florins pour racheta- un bien de Ëtmille, la seigneurie de Ladendorf.

Après ce calme et fier défi de deux jours au vainqueur, Frédéric était allé faire lever le siège deNeiss. De là, accourant sur les bords l'Elbe, il éloigna Daun de Dresde où ses troupes, d'un instant à l'autre, pouvaient succomber, et prit ensuite ses quartiers d'hiver à Breslaw. Daun prit les siens en Bohême; l'année des Cercles, en Franconie ; les Russes, en Pologne et en Prusse ; les Suédois, à Stralsund.

Loin du théâtre des affaires, Joseph suivait avec anxiété Taigle autrichienne. Se transport tant par la pensée sur les champs de bataille ,. il frémissait aux cris de victoire des Prussiens , il s'élançait contre le terrible ennemi de sa Maison, et rêvait à son tour le triomphe. Puis l'illusion se distant, le jeune prince attristé retrouvait l'isolement, l'inaction. Vainement alors, il réclamait de sa mère le droit commun , le droit de tous, celui de tirer l' épée pour la patrie . Marifc- Thérèse demeura toujours inflexible. Conduite imprudente et funeste! Au lieu de comprimer

HISTQIBI DK JOSBFE II.

1768 ainsi berméttqiiemeat rimmense activilé de corps et d'esprit du lîitur Empereur, il e6t fallu lui ouvrir un cours régulier. Faute d'issue, cette ardeur, inquiète , mal à l'aise, n'aspira plus qu'à la liberté , et , quand tout obstacle eut disparu , elle s'échappa avec emportement, sans pouvoir se maîtriser elle-même.

Blessé des refus maternels, et comprenant dès lors tout ce que sa situation, sur la première marche du trône, lui imposait de réserve et de circonspection , l'Archiduc se concentra en luimême; il attendit.

Cependant , de plus en plus entraînée dans une voie. Ëitale , la France se consumait aveuglément en efforts pour détruire le roi de Prusse. Un nouveau traité venait d'être signé à Versailles , avec l'Impératrice-Reine, le 3o décembre 1758 (i); le duc de Choiseul signalait ainsi son avènement au pouvoir.

Voici le préambule de ce traité ; il mérite d'être cité :

« S. M. T. C. et S. M. l'Impératrice-Reine o ayant conclu, le i" mai 1756, un traité défi- « nitif d'amitié et d'union , principalement dans

- (i) Œnvrea dt FTÉdéric, If ùloire de mon temps, tom. V.

Tenu longtemps secret il n'a été publié qu'en 179S. M. <]« S^ur en avait donné un extrait dans la Politique dt tous k^ Ct^itets d* r Europe.

« la vue d'empêcher que la guerre , allumée sur i7m u mer par l'Angleterre et la France, ue se' comtt muniquât au contÎDent , et d'assurer , par ce « moyen, autant qu'il dépendait d'elles, la tran- « quîUité de l'Europe, n'ont pu voir sans un ex- « tréme déplaisir qu'un dessein si salutaire ait a été traversé par l'invasion injuste de la Saxe et « de la Bohême, de la part du Roi de Prusse; et (c que, malgréles communs efforts que S. M. T. « C. et S. M. l'Impératrice-Beine ont employés a pour arrêter le cours des hostilités, et garantir « les lois et les Etats de TEmpire des dangers dont « Us sont menacés , le feu de la guerre, loin de a s'éteindre , se soit étendu successivement dans «presque toutes les provinces de l'Allemagne, par « une suite de mesures concertées par les cours « de Ijondres et de Berlin , et publiquement ana noncées par le traité conclu entre elles , le 1 1 « avril de la présente année , en vertu duquel le « Roi d'Angleterre, Électeur de Hanovre, s'engage a à soutenir, par toutes sortes de moyens, les « entreprises injustes et violentes du Roi de « Prusse. Tout ce qui a précédé, et, suivi ces me- « sures fait voir évidemment à quel péril la li- « berté de l'Europe en général et celle de l'Em- « pire en particuUer seraient exposées, si l'on <t n'employait pas les plus fortes oppositions. « Mais comme on ne peut espérer les moyens ef-

3S0 atSTOIHB DE IMBPH II.

„^ M ficaces , au moins poar rétablir l'ordre et la « tranquillité en Allemagne , que par l'affaiblis* « sèment de la puissance pernicieuse du Roi de u Prusse» s. M. le Roi de France et S. M. I. et a R. ont jugé nécessaire de resserrer encore plus « étroitement leur unitm, par un nouveau traité

V conârmatif du traité défensif de Yersailles, du ' « i" mai 1756, et de convenir «ntre elles des

V inoyens les plus propres pour forcer Tagres- , « seur à domieraux partieslésées une juste satiso

K faction du passé et des sûretés suHBsantes pour A l'avenir, ainsi que pour maintenir le système « germanique dans toute sa force, et pour éta-* « blir solidement le repos public ^^et surtout ceo lui de l'Allemagne, en réduisant le Roi de « Prusse danai^des bornes qui ne lui permettent «'plus de troubler, au gré de son ambition et de n celle de l'Angleterre, la tranquillité générale ' et celle de ses voisins, a

Par le second article, la France s'engage k con> tinuer à l'Impératrice-Reine le secours de vingtquatre mille hommes stipulé par le traité du i'' mai 1767, ou, au choix de cette princesse, l'équivalent en argent. .

L'Impératrice- Reine déclare que, pourrannéa 1759, elle {H^fère le secours en argent-, en sorte que la France lui payera deux cent quatre^vingt mille florins par mois (Art.- 3).

Elle se chaîne seule , depuis le i*' juin 1768, {^ des subsides à payer à la Suède , d'après le traité du 2a septembre 1757 (Art. 4)-

Elle soldera de mênie en entier le corps^d^ troupes saxonnes qui ae trouve joint aux années françaises , et le met à la disposition de Marie- Théi^se (Art. 5).

Les deux puissances uniront leurs efforts, nonseulement pour rétablir le roi de Pologne , électeur de Saxe , dans ses États , mais aussi pour le dédommager, par une indemnité convenable, de tous les t<Hts et donunages qu'il a soufferts pendant la guerre]^ (Art. 6).

La France emploiera en Allemagne une année de cent mille hommes (Art. 7).

Les places et ports d'Ostende et de Nieuport seront confiés à la garde de la France pendant la guerre (Art. 8).

Les pays conquis sur ïe roi de Prusse par l'armée irançaise, seront gouvernés et administrés, au nom de rimpémtrice Reine, par les commissaires qu'elle y nommera. Mais, à l'exception d'une somme annudle de quarante mille florins pour les fraisde cette administration, les revenu» ordinaires et extraordinaires appartiendront à la France. Si l'Impératrice de Russie fusait passer un corps de troupes dans ces pays conquis sur la Prusse , ou si un corps autrichien se joignait à

niSTOIKB DB lOBEPH II.

I7U l'armée française , le Roi leur fera fournir, à ses

ITM 1 . I - 1.

dépens, les rations ordinaires en pam et en fourrages (Art. lo).

Les deux parties contractantes ajusteront, à l'amiable, tous 1^ différends qui subsistent en* tre elles, tant au sujet des limites des Pays-Bas que pour les dettes de la Lorraine (Art. 1 1).

La. France emploiera ses bons offices pour faire assurer à Marie-Thérèse, par la paix, toute la Silésie et le comté de Glatz (Art. 12).

L'article i3 renferme une promesse solennelle de ne laire ni paix ni trêve séparées. La France, on le voit, liait entièrement ses destinées à celles de l'Autriche!

Pour empêcher que le parti protestant ne prenne ombrage de ôette alliance, les deux partis renouvellent les traités de Munster et d'Osnabruck (Art. i4).

Mari&-Thérèse renonce , en faveur de l'Infant Don Philippe, duc de Parme, et de ses descendants mâles, au droit de réversion sur les duchés de Parme, de Plaisance et de Guastalla, que le traité d'Aix-la-Chapelle lui avait déféré (Art. i5).

La France cherchera à obtenir du Koi des Deux-Siciles qu'il renonce à ses prétentions sur les biens allodiaux des Maisons de Médîcis et de Famèse (Art. 17).

Le Duc de Parme y renoncera également, ainsi nw qa*à ses droits sur les territoires de Bozzolo et de Sabionetta (Art. i6).

LaFrance emploiera ses bons offices pourfaire élire Roi des Romains l'Ârchiduc fils aîné de rimpéralrice-Reine (Art. ig).

Les deux parties se concerteront sur la future élection d'un roi de Pologne, et déclarent d'avance leur satis&ction si le choix tombe librement sur un prince de la Maison de Saxe (Art. ao).

Tout ce qui, dans le traité non ratifié du i*' mat 1757, est dit sur le mariage du fils aine de Marie-Thérèse avec la princesse héréditaire de Modène, est répété dans l'art, ai.

Ainsi l'alliance défensive de 1766 devenait offensive. Non content de ce résultat, M. de Choiseul obtint l'accession de la Tzarine (i).

Cependant la campagne de 1759 venait de s'ouvrir. Tout favorisait Marie-Thérèse ; ses troupes étaient nombreuses, aguerries , et Daun leuravait révélé le secret de la victoire. Ses alliés redoublaient de zèle ; presque tout l'Empire envoyait son contingent , avec une exactitude extraordinaire. Chaque jour, l'infatigable dévouement du duc de Qioiseul, directeur suprémedes affaire»

(i) Sdia)ll,Hùfoireabr^dtitrattùt/epaix,*te.

Si4 HISTOIRB Dl J08IPH II.

ingétransères, re&serrait les nceuda entre Vienne I7M ,^^ ...

et Versailles.

Aussi, pénétrée du sentiment de ses forces, l'Impératrice menaçait-elle du ban de l'Empire, l'Electeur de Hanovre^ le Landgrave de Hesse- Cf^ssel, le prince Ferdinand de Brunswick , et les autres alliés de la Prusse, si, rompant tout à coup avec elle , ils ne fournissaient pas leur contingent en hommes et en argent (i ).

Pour Frédéric au contraire, le présent n'avait que des dangers, l'avenir des menaces.

Dès le commencement d'avril, le prince Ferdinand, à la tète de quarante mille hommes, avait voulu surprendre les Français dans leurs quartiers d'hiver, k Bergen près de Francfort. Maisleduc de Broglie, ayant rassemblé en trentenx heures toutes ses forces, vingt-cinq mille hommes, le reponsaa avec perte, et reçut de l'Impératrice le titre de prince, de Louis XV le bâton de maréichal. Alors le maréchal de Contade, réqni à M- de Broglie, ppussa les alliés jusque dans la Hesse. Mais, le a aoîit , le prince Ferdinand prit à Minden une éclatante revanche. L'armée française battit en retraite jusqu'à Francfort.

Par la supériorité numérique de ses enn^ mis, Frédério-semblait réduit à une guerre dé- ■

(i) Cone/MMini du CoMd) «nlique.

fensive. Néanmoins, au lieu d'observer seulement nsa

les Autrichiens et de n envoyer contre eux que des détachements qui furent successivement anéantis, il aurait pu d'abord, s' avançant avec toutes ses forces avant l'arrivée des Russes, les terrasser. Ce résultat , Daun l'avait redouté , en n'entrant lui-même en campagne que dans les premiers jours de mai. Le maréchal de Dohna couvrait le Brandebourg avec vingt mille hommes : au mois de juin , Soltikolf et |ses soixante-dix mille Russes le repoussèrent. Le a3 juillet suivant, Wedd fut ausà déËiit à Zullichau dans le duché de Crossen. Maître de Francforl-surl'Oder, le vainqueur menaçait Berlin.

Frédéric, rassemblant alors toutes ses forces disponibles, marche à l'ennemi, rencontre, à Kun- □erdsdorff, l'armée austro-russe, et avec quarante mille hommes, en attaque quatre-vingt mille. Ce fut une des plus terribles batailles du siècle : vingt mille Prussiens y' péiirent; les alliés n'eurent pas moins de vingt-qualre mille hommes hors de combat. « Si je remportais encore une n victoire semblable, » écrivait Sol tiko£f à la T^rine, « c'est à pied, un bâton à la main, que j'en « porterais la nouvelle à Votre Majesté. »

Vainqueur d'abord, Frédéric, au milieu de la bataille, l'avait annoncé par un message à la Reine. Après l'action, « Eloignez de Berlin la

|7u s &milte royale, d lui mandait-il; « qu'on porte <t lès archives à Postdam, et qui la capitale traite « avec l'ennemi. »

Dans cette sanglante journée , son courage avait été admirable. 11 eut deux chevaux tués ' sous lui ; ses habits furent criblés de balles ; on dut l'entraîner hors de la mêlée. Sans le dévouement du major Prittwitz, le héros prussien était tué ou pris. Ad reste, si les Russes avaient su profiter de leur succès, c'en était fait des vaincus (i). Ils n'avaient qu'à donner le coup de grâce.

Mais irrité que les Autrichiens lui eussent laissé tout le poids de la guerre , Soltikoff refusa de concourir aux opérations ultérieures ; plus tard néanmoins , la réconciliation eut Heu. Mais le lion avait ■ eu le temps de respirer.

Déjà , à la tête de vingt huit mille hommes , Frédéric couvrait sa capitale et le Brandebourg. Ses belles manoeuvres et celles du prince Henri, son frère, 'empêchèrent la jonction de Daun avec Soltikoff.

Ijes Prussiens n'avaient pas encore épuisé tous les malheurs de cette campagne. Schmettau capitule à Dresde , heureux à ce prix de sauver sa garnison , son artillerie et sa caisse militaire , mais laissant aux Autrichiens des magasins considérables qui leur permirent dese maintenir en Saxe;

(i) (Xavreiile ¥Tidétic,lfisl.delti guêtre de Sept ans, lom. IV.

FÎDck , imprudeDament engagé dans les défilés de itm \a Bohême avec dix-sept mille hommes , met bas tes a^es. Sur un autre point, trois mille hommes aux ordres du général Dierke, en voulant passer l'Elbe, subissent le même sort. ,

Après tant d'échecs , il semblait impossibleqae Frédéric se maintînt longtemps contre les forces de Daun. Mais le génie du grand capitaine dominait de toute sa hauteur la lente habileté de son adversaire. Le maréchal , n'osant même pas l'attaquer, se tHtKacha sous le canon de Dresde , pour couvrir cette place, et le Roi , tout mutilé qu'il était, conserva glorieusement la supériorité en campagne.

Par UD froid jusqu'alors inconnu à l' Allemagne, les op^ations s'étaient prolongées en décembre. Une fois' rentré dans ses quartiers d'hiver, Frédéric renouvela ses tentatives à Vienne, à Versailles, à St.-Pétersbourg-, mais en vain : l'espoir de l'anéantir exaltait ces trois cours.

£n Italie, ime diversion soit contre le Roi de France, soit contre l'Impératrice-Reine, lui eût été d'un immense secours. Frédéric envoya M.deCocceii, son aide decamp, auprès du roi de Sardaigne. Mais l'âge avait amorti en ce prince les belliqueux instincts de sa jeuhesse ; et de plus , sans alliés , la guerre aurait soulevé contre lui , Autrichiens, Français, Espagnols, Napolitains,

3àS HISTOÏKK DS J08BPH II.

iT«o Parmesans. Rien donc à attendre de ce côté; rien, pour Fréd^ic « à attendre que île soi-même.

Dès le mois de mars 1 760 , il bllut reprendre les armes. " L'état de délabrement où se trou- « vaient les troupes l'obligeait à les employer avec a beaucoup de circonspection; il n'était guère ■ à propos d'agir par détachements^ et, sur toute « chose, il &llait se proposer de Ëiire une gutrre « serrée. Les r^iments perdus à l'al&ire de « Maxen, à celle deM'Dierke, avaient été rétablis « à la vérité pendant l'hiver : mais ce n'étaient ni a de vieux soldats, ni des troupes pour l'usage; « on ne pouvait s'en servir que pour la montre. a Car, que faire d'un ramas d'hommes, moitié « paysans saxons, moitié déserteurs de l'ennemi, « conduits par des offîcter? qu'on avait engagés « par nécessité, et faute d'eu trouver d'autres? « £t «icore les régiments d'in^terie en man- « quaientMls au point, qu'à peine il leur en « restait la, au lieu de Sa qui est le nombre « prescrit par l'ordonnance. Ces inconvénients «n'empêchèrent pcûnt d'agir, parce que la né- (t cesaité le demandait. Au lieu de se plaindre « du mauvais état des troupes, on ne s'occupa « que des moyens de résister aux ennemis avec (■ plus de vigueur que jauiais (1). »

La campagne s'ouvre sous de tristes auspices.

(i) Œufres de Frédéric-, Msloire i/e la gutrit /tr Sfpt ont.

A Landshutï Landon taille dix mille Prussiens en i-m pièces; Glatz, cette clef de la Silésie, tombeau pouvoir des Impériaux; Breslaw est investi; les Russes entrent dans Berlin , y lèvent deux millions de rixdalers, repassent l'Oder et ravagent une partie de la Marche.

A peine vainqueur de Laudon à Liegnitz , le Hoi, pour voler au secours de sa capitale, avait précipitamment quitté la Silésie. Mais à son approche les alliés s' étant retirés, il tourne rapidement vers la Saxe où Daun le suit, et Frédéric remporte, sur les Autrichiens, k Torgau, une sanglante victoire.

Ces deux triomphes relèvent le moral de son armée et lui rendent ses provinces avec presque toute la Saxe.

Mais ses ressources étaient épuisées ; a Jamais, » écrivait-il au marquis d'Argens, « je n'ai été dans <T une situation plus lâcheuse. Croyez qu'il &ut « encore du miraculeux pour surmonter toutes « les diffîcultés que je prévois. Je fais mon de- « voir dans l'occasion, mais je ne dispose pas de " la fortune ; et je suis obligé d'admettre trop de «casud, dans mes projets, faute d'avoir des " moyens d'en former de plus solides. Ce sont des « travaux d'Hercule qu'il faut que je recommence » sans cesse dans un âge où la force m'aban- «donne, et où l'espérance^ seule consolation

BISTOIKE DE J

)i « des malheureux, commence à me manquer. »

Daun venait d'être vaincu, mais sans atteinte à sa renommée : une grave blessure attestait son courage, et pouvait même expliquer sa défaite. Aussi Marie-Thérèse, vraiment grande et digne de tels serviteurs , l'entoura-t-elle de plus d'honneurs encore après Torgau qu'après Koliin. Quand le feld-maréchal revint à Vienne, elle alla au-devant de lui, à la distance de deux milles.

Mais déjà une lassitude extrême pesait sur tous les combattants : la campagne de 1761 en hit empreinte. Meurtri de la lutte , chacun ^ ménageait ses dernières ressources.

Marte-Thérèse néanmoins, pour écraser enfin Frédéric, tenta j d'accord avec les Russes, un puissant efifort, Daun commandait l'armée de Saxe , et Laudon ceUe de Silésie; il était soutenu d'une grande armée russe, marchant sur Breslaw, sous les ordres de Butturlin , tandis qu'à la tète d'un autre corps, Romanzow^ secondé par le» flottes russe et suédoise , assiégeait Colberg.

Laissant au prince Henri l'armée de Saxe f Frédéric se chargea de défendre la Silésie. Ne pouvant plus risquer le sort d'une bataille, il s'établit dans le fameux eamp de Bunzeiwitz, position admirable pour couvrir à la fois Schweidnitz et Breslaw. Bientôt, faute de vivres, Butturlin repasse l'Oder pour gagner la Pologne , lais-

sant à peine vingt mille hommes sous les ordres i^i de Czernischeff, Favorable aux Prussiens, ce général ne prêtait aux Autrichiens qu'un iaible concours. En outre, l'impératrice Elisabeth touchait à sa fin,- et le grandHjuc Pierre, son héritier présomptif, professait pour Frédéric une fanatique admiration. De là une coopération russe beaucoup plus apparente que réelle.

Ainsi contrarié dans ses opérations , Laudon dut regagner les montagnes , et tomba malade de chagrin, ftfaisà son tour, manquant de vivres, Frédéric s'est éloigné de ^iss : dans la nuit du 3o septembre au i" octobre, l'infatigableLaudon s'empare de Schweidnîtz. Il ne reste plus en Silésie aux Prussiens que Glogaw, Neiss et Breslaw. En Poméranie, Colberg tombe au pouvoir des Russes.

Quant au prince Henri, depuis la perte de Dresde , il ne se soutient eo Saxe qu'à grande peine. Comme si ce n'était point assez de tant , de désastres, l'Angleterre, qui n'était plus aux mains de lord Chatam , refuse les subsides accoutumés.

Un moment Frédéric parut accablé par l'infortune. Renfermé dans Breslaw , ne se montrant même plus à la parade, il portait sur lui du poi? sAijcaron venaitdedécouvrir un complot pour le livrer vivant à ses ennemis. Nulle ressource ne

ji restait : malgré tant d'efforts du génie et du patrior tiBme , c'en était donc fait de la monarchie prussienne, quand la mort d'Elisabeth plaça sur le trône de Russie, au lieu d'une etmemie acharnée, un enthousiaste ami. La paix avec Frédéric ne sufiBsait pas au dévouement de Pierre III : le Tzar fit marcher au secours de ce p^nce en Stlésie le corps de Czernischeff qui déjà s'était re^ tiré en Pologne.

Le même changement politique se manifesta à Stockholm.

A l'aide de cette double paix, Fl^éric, concentrant toutes ses forces en Saxe et en Silésie', n'eut plus à combattre que les Autrichiens et leurs alliés, les Français, les Saxons, les troupes de l'Empire.

Cependant l'Angleterre avait offert sa médtaition k r Impératrice-Reine. Encore sous le prestige de succès récents , Marie-Thérèse repoussa fièrementcette proposition.

Ia campagne s'ouvrit donc. Mais le départ des Russes et leur paix avec Frédéric avaient découragé les Autrichiens. Déplus, durant l'hiverj la cour de Vienne avait commis la &ute de réduire Bon armée; en outre, une espèce de lèpre mettait hors de servies la moitié des régiments ; enfin, i'armée de Silésie venait d'être donnéeUu fdd^maréchal Daim. IaQdon,qnidevait lui remet-

tre le commaodemeat , ne se pressait pas de tra- j^g vailler pour un suocesseur qu'il détestait. Toutes ces circonstances influèrent puissamment sur les premièresopérations. Aussi Frédéric put-U réunir tmites ses forces sans grande opposition. U se trouvait à la tète de soixante-dijt mille hoknmes contre PailQ Qui n'en comptait pas soixante mille.. Mais au moment de faire sa jonction avec les Russes et de frapper un coup décisif , upe révolution détrône et (ue l'infortuné Pierre III; Catherine II déclare Frédéric ennemi héréditaire, irréconciliablede la Kussie. Déjà ses commissaires saisissent les revenus de la Prusse royale. Czernischeff vient annoncer au Roi qu'il a reçu l'ordre de rentrer en Pologne. .

Tout semble annoncer une rupture imminente. C'est que Catherine craint que Frédéric ; en apprenant la catastrophe de Pierre III, n'oblige le corps de Czemischefïà se déclarer pour le Tzar, ou , sur son refus , ne le désarme. £n saisissant les deniers de la Prusse , elle prend donc vn gage de la conduite du Rot.

Mais ces menaçantes appr^ensions étaient sans fondement. Frédéric ne s'opposa point au départ de M. de Czernischeff ; seulement il lui demanda un délai de trois jours, et le générai çttBse s'y prêta de bonne grâce. *

Çps trois jours, Frédéric les mit à profit.

364 HlbTOtas AB JOSBPB II.

■^ Daun ignorait encore la révolution deRufiûe. Le Koi, condamné par les circonstances à la témérité , attaque audacieusement les deux postes redoutables deBurkersdorfetdeLeutmannisdorf, en chasse les Autrichiens, force Daun à se retirer jusqu'à Tannhausen, fait ainsi ses adieux aux Russes, investit Schweidnitz , s'en empare, et consolide à jamais entre ses mains la Silésie.

En Saxe, le prince Henri, vainqueur àFreyberg, cueillait le dernier laurier de cette guerre. L'étoile de Frédéric avait retrouvé son éclat.'

Catherine refusa d'unir ses armes aux ennemis de la Prusse. Épuisée d'hommes et d'argent, malheureuse sur terre et sur mer, la France fit des propositions à l'Angleterre ; lui traité entre elle, la Grande-Bretagne, l'Espagne et le Portugal , fut signé à Fontain^leaû, le 4 novembre 1763.

Réduite à ses propres forces, mena,cée ches elle par les Prussiens, en Hongrie par les Turcs, la fière Marie-Thérèse, malgré ses profonds ressenttments, dut obéir à ce mouvement général. Sous l'entremise de la Saxe, elle demanda la paix, et enfin le traité d'Hubertsboui^ annonça à l'Eu- . rope qu'elle allait respirer.

D.n.llzedbyGOOgk

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