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■770 ges de ses relatioos avec la Porte? Plus d'un scrupule aussi alarmait sa conscience. Ce n'était pas sans une sorte d'effroi qu'elle regardait la route où une irrésistible fascination l'entraînait.
D'un autre côté, enn'accédant pas , l'Impérarice-Reine se voyait seule contre Catherine, seule contre Frédéric, sans pouvoir rien attendre de la France (i), sans rien espérer de l'Angleterre. Une pieuse princesse céda à la plus coupable tentation : le traité définitif de partage fut signé.
En annonçant cette nouvelle au duc d'Aiguillon , le comte de Mercy-Ai^enteau , ambassadeur de l'Empereur, ajouta que son maître reconnaissait l'injustice du démembrement, mais qu'il avait cru devoir y participer pour en diminuer les effets et y mettre de justes bornes.
Plus, vers le Nord et l'Orient , grandissait l'as-
(i) « Je liens du prince de Kaunitz, du conile de Cobenizel et
• de M. de Vergeanes, un fait <^ui roe parait ceriaio : c'est que la
• cour de Vienne, dèsqu'il fut question au partage qui devait ' donnera la Prusse un accroissement qu'elle redoutait, en préi^vint la France, et fit entendre qu'elle s'y opposerait, ai l'a cour » de Versailles voulait la soutenir. Louis XV alors ne s'occupant
• que de ses plaisirs et M. d'Aiguillon de ses intrigues, le ca-
• bi net autrichien ne reçut poinlde réponse rassurante, et il aima
• mieux concourir au partage de la Pologne que de soutenir
• seul la guerre contre les Prussiens et les Busses réunis. ■
Ségur, Politique de tous les cabinets de l'Europe, pendant Us règnes de Louis XV et de Laùs XVI. Tom. I. — (Mémoire du comte de Broglie aux comtes du Mu}" et de Vergennes, etc., i(i fttrieri775.}
cendant de la Russie , et plus aussi le cabinet im français cherchait à se relever de sa longue déconsidération. Une occasion lui sembla heureuse. Le prince royal de Suède était à Paris quand mourut son père. Par des engagements secrets avec ce jeune prince, le duc d'Aiguillon s'eiForça de concourir à une révolution qui devait restaurer l'autorité royale. Un plein succès couronna la hardiesse de Gustave III ; en peu d'heures l'aristocratie fut vaincue : mais , vingt ans plus tard, il devait expier son triomphe sous le plomb meurtrier d'Ânkarstroem.
Cette révolution qui arrachait la Sbède aux influences étrangères, excita chez Catherine un vif ressentiment. Frédéric, par son traité avec la Russie , s'était engagé à soutenir la forme de. gouvernement établie en Suède depuis 1720. Le nouvel état de chosesle plaçait donc lui-même dans une situation fort délicate vis-à-vis de son ambitieuse alliée. Il employa la cour de Yienne^ dont l'influence conciliatrice sut calmer la Tzarine. Mais la principale cause de ce résultat fut l'énergie des Turcs : leur opiniâtre résistance aux dures conditions qu'on voulait leur imposer, attira toute l'attention de Catherine.
Ce fut le 2 septembre que Warsovie désolée apprit , par la déclaration du comte de Stackelberg, ministre de Russie, la résolution
266 HISTOIBX DB lOStPH. tt.
17» des puissances partageantes : « Pour ramener la « tranquillité et le bon ordre en Pologne, et y « établir, sur un fondement solide, l'ancienne a constitution de cet État , et les libertés de la
tt nation , empêcher la ruine et ladécom'
« position arbitraire du Royaume , et satisfaire (t leurs justes prétentions sur plusieurs posses- « siens de la République , elles arrêtaient et dén terminaient, pour leurs droits et prétentions s légitimes ( que chacune d'elles justifierait en « temps et lieu ), de prendre un équivalent qui y (i fût proportionné , et de se mettre en possesff sion efieclive des parties de la Pologne les plus « propres à établir dorénavant entre elles une à limite plus naturelle et plus sûre ; Leurs Majes* « tés r Impératrice-Reine , l'Impératrice de Rus- « sie et le Roi de Prusse , renonçant à tous les « droits, demandes, prétentions et répétitions (t de dommages et intérêts qu'elles pouvaient «t avoir à former sur les autres possessions et « sujets de la République , etc. »
Une Commission de sénateurs , et plus tard une Diète ratifièrent les nouveaux traités. Ne se irouve-t-il pas toujours de serviles complaisances à ta solde de toutes les indignités ?
Tandis que l'astuce et la violence triomphaient ainsi du bon droit, de plus nobles hauts faits étendaient la puissance de Catherine. L'épée vie-
torieusedu feld -maréchal Romanzow avait enûn ir.
tr.
dicté ta paix, , aux Ottomans , dans son camp de
K-oudjouk-Kaidnargi, à quatre lieues de &listrîe ;
le grand vizir Mouctisin-^ade-Mouhammed alla'
mmirir de douleurà Andrinople.
La Russie ne conservait de ses conqitétes que le territoire de Kilburn, d'Âzoff, de Taganrog, fondée, en 1706, par Pierre le Grand, et où plus tard devait mourir un Ëmpersur (j). Pour mieux préparer l'assujetliasement de la Grimée, elle en faisait reconnaître l'indépendance : le passage des Dardanelles lui était ouvert ; son pavillon pouvait flotter librement sur toute la mer ^oire.
Tant d'avantages seinblèrent , un moment , ba< lancés par la menaçante révolte des Cosaques : mais, tranquille du côtédes Turcs, Catherine envoya contre les rebelles toutes ses troupes de Romélie. Après une lutte sanglante, Pugatscheff fut enfin écrasé.
Cependant les relations de la France et de l'Autriche se modifiaioitsensiblement. L-'exil du duc de Choiseul avait été pour la Tzarine une bonne fortune ; car l'influence de ce ministre à Constantinople, déjà si funeste aux Russes , aurait pu se retrouver à Warscrvie, à Stockholm. He semblaitil pas probable aussi qu'un jour il eût fomenté^
(i) Aleundre, décembre i8«S.
SSS' alSTOIBK Dl J08BPB II.
I7T4 contre Catherine la jalousie de Marie-Thé-
reser
Le mariage du Dauphin avec l'Archiduchesse- Marie-Antoinette fut l'adieu de M. de Choiseul à l'Autriche. Sa chute suivit de près cette quatrième alliance entre les deux Maisons. Dès lors, à Versailles, le parti anti-autrichien reprit le des* sus.
Autant M. de Choiseul avait embrassé l'alliance autrichienne, autant le duc d'Aiguillon, son successeur , travailla à se rapprocher de la Prusse. Plus tard, à la veiUe du partage de Id Pologne , il voulut même opposer aux puissances c6-partageantes une alliance entre la France, l'Espagne et la Sardaigne.
Louis XV mort , on se refroidit de plus ea plus. Vainement l'Autriche avait compté sur l'ascendant d'une jeune souveraine, belle et parée de toutes les séductions. Louis XVI, pieusement docile, même sur le trône, aux volontés de son père, s'était hâté d'accorder sa confiance au comte de Maurepas , constant adversaire du parti autrichien.
he jour même de son avènement, iin mémoire d'une haute importance avait été remis, par l'ordre prévoyant du Grand-Dauphin, au jeune Roi. Là se trouvaient énumérés tous les malheurs nés , pour la France, du traité de Versailles : l'An-'
triche y apparaissait comme «ne ennemie natu- im rellej la nécessité d'un nouveau système y était démontrée. --L
Pour se maintenir au pouvoir, le duc d' Aiguillon, s'il se fût rendu justice, aurait moins compté sur lui-m^e que sur sa parenté avec le comte de Maurepas : mais le neveu ne sauva pas le ministre. Le comte de Vergennes, recommandable par ses succès au congrès de Hanovre, comme par ses ambassades à Constantinople et à Stockholm , fut placé aux afïaires étrangères (i).
C'était la consécration du retour aux grandes vues de Richelieu.
Tendre la main aux puissances de second ordre, soutenir la Prusse, afin de conquériret de perpétuer l'influenÈe française en Allemagnev empêcher tout agrandissement de l'Àutridie, et isoler l'Angleterre du continent , tel devint l'esprit du cabinet de Versailles.
Dès tors, on vit la France , appuyant l'Autriche dans les petites choses , l'arrêter aussitôt qu'elle voulait s'étendre.
Ce changement' si imprévu causa beaucoup d'humeur à Vienne. Vivement blessé, Joseph n'épargnait i dans ses caustiques attaques, ni les ministres de son royal béau-frèrè , ni la nation
(i) • Je connais bieD lOules les coui's,- disait le nouveau ministre en RiriVant de Suède, « excepté celle de Versailles.
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m* elle-même, lin revirement vers l'Angl^erre commença à se manifester.
L'Autriche se trouvait alors dans une situation tré»-florissaale. Tous les ans , ses revenus excédaient, de deux millions d'écus, ses dépenses : elle avait une armée de deux cent mille hommes bien disciplinée, qui, sans efforts, pouvait s'augmenter beaucoup.
Après tant de rudes épreuves, Marie-Thérèse, heureuse et fière de la prospérité publique, n'aspirait qu'à terminer paisiblement son règne.
Pour son ûls , dominé par un tout autre besoin que celui du repos, il épiait en silence une occasion. Fatigué de la gloire de Frédéric, Joseph voulait, maîtrisant à son tour ta renommée, marcher à la tête de l'Europe.
Vers l'orient , il convoitait la Serrie «t la Bosnie. Au midi, TceU fixé sur les possession» vénitiennes, il s'apprêtait à joindre Trieste et le Milanais au Tyrol.
L'empereur ne bornait pas là ses prétentions. Il comptait bien , après la mort du Duc de Modène, dont un Archiducavait épousé l'héritière^ revendiquer le Ferrarais en la possession des Palpes , et dépouiller le roi de Sardaigne du Torto- Bais et de l'Alexandrin, comme ayant toujours appartenu aux Ducs de Milan.
A l'occident, la Bavière olfrait une proie se*
duisaiite : voéine de l'Autriche , c'était un pas- t-nr. sage vers leTyrol; avec elle, le Danube devenait un fleuve presque tout autrichien.
En outre, l'Empereur souffrirait-il la réunion de la Bavière et du Palatinat dans les mêmes mains? L'évéuement devait bientôt prouver le contraire. Trouvant que cet héritage eût rendu l'Électmir Palatin trop redoutable, Joseph, pour se l'approprier^ attendait l'ouverture de la succession.
Portant ses regrets au delà du Bhin , le jeune prince demandait. souvent aussi à l'avenir si l'AI'sace et la Loiraine étaient françaises sans retour; tandis qu'au nord, malgré ses gracieuses assurances de Neiss, la Silésie lui semblait toujours un dernier compte à ré^er avec la Prusse , sur quelque champ de bataille.
Tout fH-éoccupé de si vastes desseins , Joseph se laissait quelquefois emporter à d'imprudentes manifestation». Ainsi, vers la fin de 1775, Frédéric ayant ressenti de violents accès de goutte , Van-Swieten, ministre autrichien à Berlin, se hâta, d'aïuioncer à sa cour qu'atteint d'une hjdropisie incurable, le vieux Roi ne passerait pas l'année. Aussitôt toutes les troupes impériales furent en mouvement, avec ordi^e de se concentrer en Bohême. Mais, avant le rassemblement de l'armée, Frédéric se trouva guéri. De telles disposi-
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n tions n'étaient pas de nature à cimenter l'union des deux cours (i).
Depuis longtemps , Joseph songeait à visiter la France. Il désirait approfondir par lui-même les vraiir motifs du changement opéré dans la politique du cabinet de Versailles, et essayer de son influence sur l'esprit de la Reine, sa sœur. Ce voyage , la froideur de Louis XVI et de ses ministres l'avait retardé autant que possible. M. de Vergennes crut devoir même , dans un mémoire digne d'une sérieuse attention (a),' pr^unir le Roi contre la remuante ambition de son beau-frère.
En effet, déjà l'opinion publique interprétait diversement la démarche de l'Empereur. Selon les uns, Joseph, pour resserrer lesliens de famille au profilde sa politique^ venait demander en mariage madame Elisabeth , sœur du Roi ; selon d'autres, il voûtait obtenir tiu cabinet français son consentement au partage de la Turquie; dans celte hypothèse y il aurait cédé les Pays-Bas.
L'Empereur, ou plutôt, le comte de FalkenS' tein. arriva à Paris, le i8 avril 1777.
Dumnt un séjour de six semaines dans cette capitale, sous le voile si transparent de l'incogiiito, il attira et, ce qui est plus difHcile, il sut sputenirla curiosité générale. Se'ulement un pe»
(i) Frédéric , Mémnirts de 1775 à 1778, (a) Voir Pièce* jiutiGcatirei, Uttr« H.
d alfectatioo compromettait une simplicité bien nn