REPAS DE JÉSUS CHEZ SIMON LE PHARISIEN
Longueur : S mètres 50 ; — hauteur : 5 mètres 20. — Figures de grandeur naturelle.
« Au milieu d’une immense et somptueuse salle décorée de portiques et de colonnes d’ordre dorique , une table est servie , recouverte d’une nappe blanche ornée d’une bordure de dentelle. Des mets, du pain, des épices garnissent la table. Autour, par derrière et de chaque côté, sont assis sept ou huit convives; tout au bout, adroite du spectateur, le riche Simon; à gauche. Notre Seigneur Jésus-Christ; devant la table , à terre , deux urnes de cuivre , dont l’une sur un plateau de même métal.
« Deux serviteurs, presque nus, apportent des plats fumants sur leur tête.
« Derrière Jésus est étendu, sur un lit, saint Jean, à la figure juvénile et charmante.
« A gauche du Christ , et un peu plus bas , la Madeleine à genoux. Plus à gauche encore , sur un plan plus élevé , on aperçoit de nouveaux convives qui arrivent dans la salle du festin ; ils descendent les degrés d’une galerie, et sont introduits par un serviteur demi-nu.
« A droite et plus haut encore, dans une espèce de tribune derrière et entre les colonnes, on découvre dans l’ombre trois autres personnes jusqu’à mi-corps. Tout-à-fait à droite, et
plus bas , trois nouveaux esclaves chargés de plats. Sur la même verticale, par-dessous, un très-beau chien noir et blanc avec son collier , véritable boule-dogue ou gardien de ferme normand, magnifique d'expression, de pose, et qui paraît fort alléché par l’odeur des mets.
4 Au fond du tableau , à la partie supérieure , un dressoir garni de vaisselle d’or , d’argent , de cuivre.
« La plus charmante de toutes les figures que nous avons devant les yeux est sans contredit celle de la Madeleine , à genoux aux pieds du Sauveur, les mains jointes, élevées, suppliantes; la chevelure blonde éparse, la tête admirable de candeur, d’humilité, de repentir. Un riche manteau brodé d’or et doublé de rouge écarlate lui couvre les épaules, puis retombe et traîne en arrière. Le vase aux parfums est ouvert et à terre auprès d’elle.
« Le Christ, la tête découverte et environnée du nimbe rayonnant, porte une robe rouge et un manteau bleu. Ses jambes sont nues. Il étend le bras droit sur la tête de la pénitente , et dirige la gauche vers Simon , auquel il adresse le reproche que l’on connaît (Évangile selon saint Luc, chapitre 7, v. 40 à 50). Son sourire est gracieux, sa figure distinguée, son maintien noble et digne. Saint Pierre , à côté de lui , est également plein d’expression et de gravité.
« Le Pharisien , vêtu d’une robe jaune et d’un manteau rouge , est un fort gros homme , court et réjoui , comblé de fortune et d’honneurs. C’est un avide et rusé capitaliste normand , qui est content de son sort et orgueilleux de son opulence. Il paraît quelque peu surpris de l’interpellation de son visiteur. Sa main droite ouverte , son bras étendu , son sourire plein de vanité, sa jambe droite relevée avec négligence, son attitude sans gêne, sa tenue aisée et fastueuse, traduisent assez ses sentiments.
« Il est serré à la taille par une ceinture blanche et coiffé d’un turban de même couleur.
« Un personnage vêtu de vert , debout devant la table , les bras nus , et l’introducteur à gauche , vêtu de marron , vus tous deux de dos et coiffés d’un turban blanc , ont des poses fort naturelles et parfaitement exprimées.
* Celui qui , presque nu , porte sur sa tête un plat de viande , accuse une allure robuste et montre une vigueur musculaire admirablement rendue.
« Derrière Simon , un personnage couvert de bleu et d’un turban blanc s’avance vers la table en étendant la main , comme pour placer les mets; sa figure est pleine d’expression et de vivacité.
« Le Sauveur pose les pieds sur une escabelle qui porte cette inscription : Jouuenet, 1699.
* Au fond, dans le haut du tableau, un rideau plissé laisse apercevoir le ciel et les nuages.
« Il existe plusieurs exemplaires de ce tableau. Celui du Louvre a de hauteur 6 mètres 88, et de largeur 6 mètres 82. Les figures sont également de grandeur naturelle. Comme variante, il possède, en plus que celui de Vervins, un ange et trois chérubins qui planent sur un léger nuage , au-dessus de la tête du Christ. Il figure au catalogue de M. Villot sous le numéro 300. Il appartient à la collection de Louis XIV.
« Celui du musée de Lyon mesure 3 mètres 90 de hauteur et 6 mètres 64 de largeur. Parmi les spectateurs qui sont à droite dans la salle du festin , on remarque le peintre Jouvenet , qui s’y est peint avec sa famille. Ce tableau se voyait autrefois au musée de Paris , sous le numéro 53. Il figura au salon de 1699.
« Ces deux dernières toiles ont été gravées par le célèbre Gaspard Duchange , en grand format.
« Le tableau du musée de Lyon est le plus ancien de tous.
« Dès 1706 , il appartenait à l’église des religieux de St.- Martin-des-Champs , et il fut donné, en 1811 , par Napo-
léon Ier. , au musée de Lyon , qui l’a toujours conservé depuis. »