‹ Histoire de JouvenetChapitre 84 sur 141 · NATIVITÉ DE JÉSUS · texte numérisé non relu

NATIVITÉ DE JÉSUS

Quelques peintres décrivent le lieu de la naissance de Notre-Seigneur comme le petit portail d’une maison ruinée , où ils placent deux pierres soutenant un toit de paille ; cela n’est pas conforme à l’Évangile. Le Fils de Dieu naquit dans

une grotte taillée dans le roc : cette grotte servait d’étable aux étrangers et aux voyageurs.

Une chose tout-à-fait intolérable , c’est que l’enfantement de la Sainte Vierge soit représenté humano modo. La Mère de Dieu est couchée dans un lit ; elle souffre de grandes douleurs ; les accoucheurs lui offrent à boire, etc. Tout cela est manifestement une erreur contre la foi , qui nous apprend que la Mère de Dieu, ayant conçu sine labe , accoucha sans douleur. — On ne doit pas supporter non plus la licence des peintres qui représentent l’Enfant Jésus entièrement nu ; car l’Évangile nous apprend que l’Enfant Jésus fut aussitôt vêtu de langes ; et le signe que l’ange donna aux bergers, c’est qu’ils trouveraient l’ Enfant enveloppé de langes et placé dans la crèche. — Les peintres sont inexcusables avec leurs nudités. Il faut des langes communs, et non précieux; pauvres, mais sans malpropreté. Telle fut l’humilité du Sauveur et son honorable pauvreté. Les artistes ont coutume de placer un bœuf et un âne autour de la crèche: quelques personnes n’aiment pas cela, parce que l’Évangile n’en dit rien. Néanmoins , c’est le sentiment commun des fidèles et les Docteurs ne font pas difficulté de s’y ranger. On connaît le passage d’Isaïe : Cognovit bos possessorem suum , et asinus prcesepe domini sui ; or, les saints Pères appliquent cette prophétie à la crèche de l’Enfant

Jésus. — Il y a aussi le passage d’Habacuc : Domine, audivi auditum tuum et timui ; Domine, considérai opéra tua et expavi. In medio duorum animalium cognosceris. Saint Augustin (Oratio contra Judœos et paganos ) applique cette prophétie à l’Enfant Jésus , couché dans sa crèche. L’Église adopte le même sentiment dans l’office de la Circoncision et dans celui de Noël.

Voici une autre absurdité des peintres : ils représentent saint Joseph comme un vieillard, appuyé sur un bâton et regardant de loin l’Enfant qui vient de naître. D’abord , saint Joseph n’était pas vieux lors de la naissance de J.-C. 11 faut le peindre à genoux avec Marie et adorant 1 Enfant Jésus.

adoration des mages.

Quelques-uns des Pères ont pensé que les Mages trouvèrent l’Enfant Jésus dans la grotte de Béthléem : c’est le sentiment de saint Justin et celui de saint Jérôme (Epist.ad Marcellum). Néanmoins l’Évangile semble parler d’une maison : Et intranles domum, invenerunt Puerum cum Maria maire ejus, etc. Les peintres peuvent donc, à leur gré, représenter la grotte ou une maison; mais, dans la représentation de ce mystère, comme dans tous les autres , ils doivent se garder de toute indécence et de toute nudité. — Ils ont coutume de représenter la Sainte Vierge debout, tenant l’Enfant dans

ses bras ; il vaut mieux la peindre assise ; car cette position convient à la dignité de la mère d’un si grand roi. Le nombre des Mages est déterminé par la tradition. Les peintres ne doivent pas en faire plus de trois. Quant à l’âge, qu’ils fassent ce que bon leur semble; car l’Évangile se tait. Mais on ne saurait approuver que l’un d’eux soit entièrement noir ; il n’est guère vraisemblable que les Mages soient venus de la Perse , ainsi que plusieurs Pères le pensent , ou qu’ils soient venus de l’Arabie , comme la nature de leurs présents semble le montrer.

On peut se demander s’ils étaient vraiment rois, et si on peut, par conséquent, les représenter avec les emblèmes de la royauté; quoique l’Église n’en fasse pas un article de foi , elle penche vers ce sentiment; c’est pourquoi l'office de l’Epiphanie renferme le psaume 71 , qui parle des rois de Tharse, d’Arabie et de Saba ; Reges Tharsis et insulœ, reges Arabum et Saba , etc. Strabon parle de rois qui habitaient les deux bords de l’Euphrate; il dit aussi que toutes les villes de l’Arabie avaient un souverain particulier. Les Mages de l’Évangile étaient vraisemblablement quelques-uns de ces princes, d’autant plus que nous savons par Pline qu’il y avait des mages en Arabie. Ainsi, quoique l’Évangile ne leur donne pas le titre de rois, ils l’étaient vraisemblablement. Le long voyage qu’ils

firent, l’encens qu’ils portèrent, les trésors qu’ils ouvrirent , la hardiesse avec laquelle ils dirent à H érode que le Roi venait de naître, toutes ces circonstances indiquent des hommes élevés en dignité. On peut donc leur donner les emblèmes de la royauté , comme les saints Pères leur en accordent le titre.

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