‹ Histoire de Justinien (volume 2)Chapitre 46 sur 62 · Elle s'attribua sur tous les mariages une sorte · texte numérisé non relu

Elle s'attribua sur tous les mariages une sorte

tic CHAP. XVII.

de surintendance d'ordre divin, et qui consistait à interdire aux hommes l'initiative de leur union. On assignait une épouse à chacun d'eux, non d'après son choix, comme c'est la coutume même chez les barbares, mais d'après le caprice de Théodora.

Les jeunes filles eurent aussi à en souffrir, et furent obligées d'épouser des individus dont elles ne voulaient pas. Souvent elle poussa ses entreprises, même jusqu'à faire sortir la fiancée de la chambre nuptiale, et à empêcher, contre toute raison, la consommation de l'hymen. Seulement elle disait, avec emportement, qu'elle désapprouvait la rupture (dont elle était néanmoins la cause réelle).

Les victimes de cette manœuvre furent entre autres Léonce, quoiqu'il fût revêtu des fonctions de référendaire, et Saturninus, fils $ Homogène (maître des offices), qu'elle sépara de leurs fiancées.

8. Saturnùms avait en effet agréé sa cousine germaine, vierge, de condition libre et de bonnes mœurs, que Cyrille son père lui avait accordée pour épouse, immédiatement après la mort à'Hermogène.

Théodora fit emprisonner le jeune époux au moment où il allait entrer dans le lit nuptial, et le força de passer à une autre couche, en lui imposant, malgré sa résistance et ses larmes, une épouse telle quelle, fille de Chrysomallo. Cette Chrjsomallo avait autrefois rempli le rôle de danseuse, et même s'était livrée à la prostitution. RI le vivait alors au service du palais, avec une autre femme de même valeur, nommée fndaro. Au lieu de se livrerai! culte du phallus et aux exercices

du théâtre, ces deux femmes s'occupaient désormais des affaires publiques avec Théodora.

Saturninus reçut donc la jeune Chrysomalh dans sa couche, mais la trouva dépourvue de sa virginité, et révéla à quelqu'un de ses amis qu'il avait épousé une femme qui n'était pas intacte.

Cette révélation arriva aux oreilles de Théodora, qui ordonna à ses serviteurs de s'emparer de la personne de Saturninus, pour le punir de sa trop grande fierté et de son indiscrétion outrecuidante. Elle le fit dépouiller de ses vêtements à la vue de tous, comme en usent les instituteurs à l'égard des petits garçons, et fustiger sévèrement sur les épaules, en lui disant elle-même de retenir désormais sa langue.

9. J'ai rapporté, dans mes écrits précédents, de quelle manière elle incrimina Joannès (Jean) de Cappadoce, non qu'elle fût irritée contre cet homme,. à cause de ses méfaits envers la chose publique : car nous avons la preuve qu'elle ne se préoccupa nullement dans la suite des plus grands excès commis envers les populations; mais uniquement parce qu'il avait osé se poser en antagoniste de cette femme, et l'accuser auprès de l'empereur, au point d'en venir à des hostilités presque ouvertes. Je dois en révéler ici, ainsi que je m'y suis engagé, les causes dans toute leur vérité

Lorsqu'elle le fit arrêter en Egypte, en lui infligeant toutes les souffrances que j'ai racontées, elle ne le tint pas pour quitte envers elle, et pour obtenir un châtiment plus sévère, elle ne cessa de rechercher de faux témoins contre lui.

Quatre ans après, elle parvint à trouver parmi les Prasiniens deux séditieux de Cyzique, qui passaient pour coupables de 1 émeute qui s'éleva dans cette ville contre l'évêque. Elle essaya par des caresses et par des menaces, et elle parvint par les espérances qu'elle lui donna, à susciter un procès capital à Jean, par la déposition de l'un d'eux. Quant à l'autre, elle ne put réussir à le faire sortir du chemin de la vérité, quoiqu'elle l'eût fait torturer, de manière à lui faire courir un danger réel de la vie.

Elle ne put donc, malgré ses artifices, réussir à faire condamner Joannès sur cette accusation ; mais elle fît couper la main droite aux deux jeunes gens, à l'un parce qu'il ne voulut pas se rendre faux témoin, à l'autre afin que sa propre tentative (de subornation) n'acquît pas un trop grand degré d'évidence.

Ainsi elle ne voulait pas, pour les affaires qui se traitaient publiquement, qu'il transpirât rien au dehors de ses manœuvres.

Justinien, vérilable'déroon sous la forme humaine, fait périr cent millions d'hommes, cinq millions en Afrique, quinze millions en Italie, et un nombre incalculable en Asie. — Sa politique envers les Vandales, les Goths et autres barbares. — Envers Chosroés et les Perses. — Invasion des Huns, Sarrasins et autres. — Eludes Idéologiques de Justinien. — Effusion de sang par l'effet des persécutions religieuses. — Colère divine — Inondation, tremblements de terre et peste. — Destruction continue.

I. Que Justinien n'ait pas été un homme, mais un démon sous forme humaine, comme je Pai dit, on en trouve la preuve surabondamment dans l'excès des maux qu'il fit peser sur l'espèce humaine. Car ses actions rendent manifestes ses énormités et la puissance du malfaiteur. Dieu seul pourrait, ce me semble, calculer le nombre de ceux qu'il a fait périr, et l'homme parviendrait plus tôt à compter les sables du désert que la quantité des victimes immolées par cet empereur.

Si je considère l'empire en général, j'affirme qu'il le rendit désert, en lui faisant perdre cent millions d'habitants. En effet, il dévasta tellement la Libye (Afrique), d'ailleurs si étendue en longueur, que le voyageur, dans le cours d'une longue route, rencontrait à peine un homme et en tenait bonne note. Cependant cette contrée fournit aux Bandiles (Vandales) 80,000

hommes soldés et armés; et l'on peut à proportion calculer le nombre des femmes, des enfants et des esclaves (qu'elle nourrissait).

J'ai moi-même résidé dans la plus grande partie de son territoire, et je demande (à ceux qui l'ont vu comme moi) qui pouvait énumérer la multitude des indigènes résidant auparavant dans les villes, cultivant les campagnes, et exploitant les côtes maritimes.

Il y avait encore un beaucoup plus grand nombre de Maurusiens (Maures) qui périrent avec tous leurs enfants et toutes leurs femmes. Cette terre a dévoré aussi bon nombre de soldats romains et de ceux qui de Byzance sont venus à la suite des armées. Aussi je pense que ce serait rester au-dessous de la vérité que d'estimer à moins de cinq millions d amesce qui a péri en Libye.

a. La cause de ce désastre fut la politique âeJustinien, qui ne sut pas, après la victoire obtenue dès l'abord sur les Bandiles, s'assurer la domination du pays, en montrant une protection bienveillante envers ses sujets par la sécurité accordée à leurs intérêts, et respecter tout ce qu'il y avait de bon. Au contraire, il rappela aussitôt Bélisaire sans aucune précaution, comme si ce général avait conspiré pour en usurper la souveraineté, et il l'exploita ensuite à sa discrétion pour pomper la substance de la Libye.

Il y envoya, en effet, des commissaires nombreux, chargés d'y frapper les plus lourds impôts, sans que les habitants en connussent même le principe. Il s'empara des meilleures propriétés ; il interdit aux Arianes (Ariens) l'exercice de leur culte. Il négligea d'v tenir

ses forces au complet, en même temps qu'il se montrait très-exigeant envers le soldat, en sorte que les révoltes se succédèrent et finirent par entraîner de grandes pertes. Il ne sut jamais garder aucune mesure, et il était né pour tout brouiller ou pour tout corrompre.

3. L'Italie n'était pas moins de trois fois plus peuplée que la Libye. Mais elle devint plus déserte encore d'habitants, sur toutes les parties de son territoire. On a ainsi la preuve que ladépopulation fut incalculable. J'ai déjà indiqué, dans mes récits, la cause des désastres de l'Italie. Toutes les fautes commises en Libye s'y renouvelèrent au grand jour. L'envoi des commissaires appelés Logo thè tes (contrôleurs) mit tout en combustion, et par ce procédé JusUnicn perdit aussitôt le fruit de sa conquête.

4- L'empire des Goths s'étendait, avant la guerre d'Italie, depuis le territoire des Gaulois jusqu'aux limites de la Dacie, où s'élève la ville de Sirmion. Les Germains possédaient ta plus grande partie de la Gaule (Cisalpine) et du territoire des Vénétiens, lorsque l'armée des Romains arriva en Italie. Les Gépaedes (Gépides) occupaient Sirmion et les plaines de cette région, qui, du reste et en réalité, étaient les plus désertes que l'on pût dire. La guerre, avec l'épidémie et la famine qui en sont les suites ordinaires, les avait réduites à cet état de dépopulation.

L'Illyrie et la Thrace entière, c'est-à-dire les pays situés entre le golfe Ionien et les faubourgs de Byzance, en y comprenant la Grèce (Hellade) et la Chersonèse, étaient envahies à peu près chaque année par les incur-

sions des Huns, des Slabèncs (Slaves) et des Antcs^ depuis que Justinien était parvenu à l'empire des Romains, et leurs habitants subissaient des maux intolérables. Je crois que chaque invasion emportait, tant en morts qu'en individus réduits à l'esclavage, plus de deux cent mille sujets de l'empire ; le désert des Scythes envahissait successivement chacune de ces contrées.

5. Voilà les désastres produits par la guerre en Libye (Afrique) et en Europe. Quant aux Romains de l'Orient, lesSaracènes (Sarrasins) faisaient leurs incursions depuis l'Egypte jusqu'aux frontières de la Perse, pendant toute la saison ordinaire, et d'une manière continue, et ne laissaient pas respirer ces provinces, de manière que toutes se dépeuplaient rapidement; il serait impossible, je pense, à qui voudrait l'essayer, d'évaluer le nombre d'hommes qui y périrent.

Les Perses et Chosroës envahirent trois fois l'autre partie du territoire des Romains, détruisirent les villes, massacrèrent en partie les défenseurs des cités emportées d'assaut; et dans chaque pays où ils pénétrèrent, ils emmenèrent le reste en se retirant, de sorte que la dépopulation ne fut pas moins grande dans les contrées qu'ils occupèrent.

A partir du jour où ils entrèrent en Colchide, les pertes furent partagées entre eux, les Lazes et les Romains, et se sont accrues jusqu'à ce jour.

6. Ni les Perses, ni les Saracènes, ni les Huns, ni les Sclabènes, ni les autres barbares n'avaient assez d'avantage pour évacuer le territoire des Romains, sans

faire eux-mêmes des pertes. Car, dans leurs retraites, et surtout dans les sièges ainsi que dans les combats nombreux qu'il leur fallait livrer, ils éprouvèrent des défaites non moins désastreuses. Ainsi la population des barbares, comme celle des Romains, eurent à peu près également à souffrir de la folie homicide de Justinien.

Sans doute, Chosroês n'était pas moins méchant de caractère que l'empereur; mais, ainsi que je l'ai expliqué, à mesure que l'occasion s'en est présentée dans mes écrits, c'est Justinien qui a pris l'initiative de toutes les ruptures et des guerres avec ce prince; car il ne prenait aucun souci de conformer sa conduite aux circonstances qui survenaient, et il agissait à contre-sens. Pendant la paix, et en traitant avec ses ennemis, il s'attachait, avec un esprit astucieux, à se ménager des prétextes de guerre. Pendant la guerre, il se décourageait sans raison. Son avarice l'empêchait de préparer les approvisionnements nécessaires au succès. Au lieu de s'occuper de ce soin, il livrait son esprit à la contemplation, à rechercher la nature de la Divinité; mais il ne voulait pas renoncer à la guerre, parce qu'il aimait le sang versé et la tyrannie. Cependant il n'était pas capable de s'occuper des affaires militaires, et sa parcimonie l'empêchait d'accorder ce qui manquait.

7 . Le règne de ce prince inonda donc la terre entière de sang humain, soit de celui des Romains, soit de celui des barbares, et pour ainsi dire de tous. La guerre sévit en quelque sorte sur toutes les parties de l'empire, pendant cette époque. Mais les émeutes qui

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surgirent à Byzance et dans chaque cité firent verser, je pense, non moins de sang, si l'on en fait bien le calcul.

Comme on n'avait égard ni à l'équité ni à la proportion des peines dans la répression des délits, et comme chacun des partis n'était jaloux que de plaire à l'empereur, jamais de part ni d'autre ils ne restaient en repos.

Ils tombaient alternativement, les uns dans la fureur du désespoir parce qu'ils avaient échoué, les autres dans une exaltation présomptueuse, parce qu'ils avaient conquis sa faveur : tantôt ils marchaient les uns contre les autres en masse ; tantôt ils engageaient des combats isolés, et même d'homme à homme. Ils se dressaient réciproquement des embûches quand l'occasion s'en présentait. Pendant trente-deux ans on ne laissa passer aucune circonstance favorable, sans se faire le plus de mal possible ; et, le plus souvent, le préfet du peuple condamnait les séditieux au supplice. Toutefois le châtiment des délits retomba principalement sur les Prasiniens.

8. La persécution dirigée contre les Samaritains et les autres hérétiques remplit aussi de meurtres l'empire des Romains. Qu'il me suffise, afin d'abréger, de rappeler ce que j'en ai dit dans un des chapitres précédents.

Ces calamités, dont l'humanité tout entière eut à gémir, eurent pour cause le caprice de cet empereur, et prouvent qu'un démon était incorporé à sa personne.

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