‹ Histoire de Justinien (volume 2)Chapitre 47 sur 62 · OUI». XVIII · texte numérisé non relu

OUI». XVIII

l'espèce hutnaiue par l'effet d'une puissance cachée et d'une force démoniaque. Pendant qu'il gouvernait les affaires des Romains, il est arrivé des désastres divers, en grand nombre, que les uns ont attribués à l'influence de ce mauvais génie et à ses artifices, les autres à la colère de Dieu, qui, en haine de cet homme, retira la protection qu'il avait conservée à l'empire romain, ce qui se manifesta de la manière suivante.

Le fleuve Skirtus, qui entoure Edesse, fut, pour les habitants de cette cité, la cause de mille calamités, ainsi que je l'ai écrit dans mes ouvrages précédents.

l,e Nil, ayant accompli son inondation accoutumée, ne rentra pas dans son lit aux époques ordinaires, et rendit complètement désertes quantité de terres habitées, comme je l'ai dit également.

Le Cydnus, qui enveloppe Tarse presque entièrement, en ferma l'accès par ses inondations, pendant nombre de jours, et ne retira pas ses eaux avant d'y avoir produit des ravages considérables.

10. Des tremblements de terre renversèrent Antioche, première ville de l'Orient; Séleucie, qui est habitée par les populations voisines, et Anazarbe, la plus illustre cité de la Cilicie. Qui pourrait calculer le nombre des personnes qui y trouvèrent la mort?

Ajoutez à ces villes lbora et Amasée, la première cité du Pont, Polybote de Phrygie, celle que les Pisidiens appellent Philomède, Lychnidus des Épirotes, et Corinthe, cités qui d'ancienneté étaient très-peuplées.

Toutes ces villes furent à cette époque renversées par un tremblement de terre, et leurs habitants péri-

rent simultanément presque tous. Survint la peste, dont j'ai fait mention plus haut, qui enleva au moins la moitié des populations d'alentour.

Telle fut la destruction qui affligea le genre humain du jour où Justinien prit en main les rênes du gouvernement, et qui se prolongea pendant la durée ultérieure de son autorité.

Songe d'un personnage sur l'avidité de Justinien. — Trésor à'Anastase, de 320 mille livres d'or, dissipé dès le règne de Justin par son neveu. — Il envahit la fortune de ses sujets par de fausses accusations, et la dissipe en profusions pour les l«rbares. — Ceux-ci pillent l'empire. — Réalisation du songe.

i . Maintenant j'arrive à expliquer de quelle manière il s'empara des richesses de tous. Mais il faut auparavant que je raconte une apparition qu'un homme distingué vit en songe au commencement du règne de Justinien. Il lui sembla qu'il se trouvait un jour à Byzance, debout sur le rivage de la mer qui fait face à Chalcédoine. Il contemplait le prince, qui se trouvait au milieu du canal régnant en cette partie. Il le vit d'abord boire entièrement les eaux de ce détroit, de telle manière que la place qu'il occupait devint terre ferme, par la disparition du canal. Ensuite d'autres eaux affluèrent de toutes parts, comme de souterrains contigus, mais surchargées de matières vaseuses et d'ordures. Justinien les engloutit encore, et le détroit se trouva de nouveau à sec, par l'effet du prodige dont le personnage fut témoin dans cette vision.

i. Ce Justinien, lorsque son oncle Justin lui transmit l'empire, reçut un État ricbe en trésors de toute espèce. Anastase, le plus prévoyant aussi bien que le

plus économe cf entre tous les empereurs, craignant, ce qui est arrivé, que son successeur, par des besoins d'argent, ne pillât peut-être ses sujets, rassembla de grandes quantités d'or. Il en remplit tous ses trésors, avant d'épuiser le cours de sa vie.

Ces trésors, Justinien les dissipa tous en très-peu de temps, soit par des constructions maritimes ordonnées sans raison, soit par sa générosité eu vers les barbares, quoiqu'on eût dû penser que, même à des successeurs trop prodigues, ces réserves royales suffiraient pendant un siècle. Car les préposés des trésors, des caisses et des autres dépôts des richesses impériales affirmaient que, sous son règne de plus de vingt-sept ans, Anastase avait iilicitement réuni dans le palais 3,200 centenaires d'or (3ao,ooo livres correspondant à 102,400 kil., ou 33a millious a5o mille fr. environ), et que non-seulement il n'en était rien resté, mais que du vivant même de Justin, prédécesseur de cet homme, il les avait déjà dépensés, ainsi que je l'ai dit dans mes écrits précédents.

3. Quant aux richesses qu'il parvint, à l'aide de moyens illicites et pendant de longues années, à s'approprier et à dissiper, nous n'avons aucun moyen d'en exprimer (le montant) par nos paroles, ni d'en évaluer la somme à l'aide de raisonnements ni de calculs. 11 engloutissait en effet la fortune de ses sujets, comme un fleuve intarissable qui chaque jour accumule ses eaux; et toutes ces richesses allaient aussitôt se répandre chez les barbares.

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