‹ Histoire de Justinien (volume 2)Chapitre 48 sur 62 · Après avoir dissipé ainsi la fortune publique, il · texte numérisé non relu

Après avoir dissipé ainsi la fortune publique, il

dirigea sa convoitise sur (les fortunes privées de) ses sujets. Il enlevait d'emblée la plupart des patrimoines, avec une rapacité accompagnée d'une violence sans mesure. Il suscitait aux riches de Byzance, et à ceux qui passaient pour tels en chaque cité, des accusations dépourvues d'aucun fondement.

5. On incriminait les uns comme adhérents au polythéisme ou comme hérétiques, parce que leur foi au christianisme n'était pas orthodoxe; les autres comme se livrant à la pédérastie; d'autres comme ayant abusé des saintes femmes, ou ayant eu un commerce charnel prohibé par les lois ; d'autres de tentatives de sédition, ou d'affiliation au parti prasinien, ou d'outrages à la personne du souverain.

En un mot, on inventait toute espèce d'accusation contre eux. (Justinien) se portait héritier personnel des morts, de même que , selon l'occasion, il se disait donataire des vivants, et c'est en ce point surtout qu'il montrait la supériorité de sa tactique. J'ai déjà rapporté ci-dessus comment il profita de la sédition dirigée contre lui sous le nom de Nikè (victoire); comment il devint immédiatement l'héritier de tous les membres du sénat, et comme, bien avant cette émeute, il s'était emparé de la fortune des particuliers.

6. Il comblait les Barbares des plus riches présents, sans attendre même l'occasion favorable; ceux de l'Orient comme ceux de l'Occident, ceux du Nord et ceux du Midi, jusqu'aux populations britanniques, les peuples de la terre habitée tout entière; ceux dont nous n'avions auparavant aucune connaissance, et dont

nous apprîmes alors pour la première fois les noms; tous, enfin, y eurent leur part.

Quand ces nations connurent les habitudes de cet homme, elles se dirigèrent vers lui comme un torrent, et se présentèrent à Byzance. Justinien, sans chercher à gagner du temps, se plaisait à négocier avec elles. Comme s'il avait trouvé une bonne occasion de se débarrasser de la richesse des Romains, soit envers les Barbares, soit en constructions maritimes, il allait en avant, et expédiait chaque affaire incessamment et sans relâche, avec des allocations considérables, à proportion de chaque demande.

7. De cette manière tous les Barbares devinrent les maîtres de la fortune des Romains, quelque part qu'elle fût, soit par les riches tributs qu'ils recevaient de la main de l'empereur, soit par les déprédations qu'ils exerçaient dans l'empire, soit par le rachat des captifs, soit par le trafic qu'ils faisaient des trêves qu'ils accordaient.

Et c'est ainsi que s'accomplit, aux yeux de l'observateur, le songe dont j'ai parlé.

Justinien appauvrit les particuliers par les monopoles. — Traile des hommes. — Création de deux nouvelles magistratures à Constantinople. — Préture du peuple pour ju^er les voleurs. — Juridiction pour les pédérastes et les mœurs des remines — Établissement d'uue inquisition contre les hérétiques. — Condamnations capitales et confiscations. — Charge du questeur déshonorée. — Elle passe des mains de Trlbonien à celles de Junile et «le Constantin. — Leur vénalité-

t. Justinien trouva encore d'autres moyens d'organiser son brigandage pour spolier, non pas en masse, mais individu par individu, les fortunes particulières. C'est ce que je vais expliquer aussi brièvement que je pourrai.

Il établit sur le peuple un préfet dont l'emploi principal fut de mettre aux enchères, moyennant une redevance annuelle, la ferme des marchés, avec la faculté pour les adjudicataires de s'approprier les denrées à un prix discrétionnaire. Il arriva de ce procédé que les habitants des lieux de production, dans l'achat des choses nécessaires à la vie, furent obligés de les payer trois fois leur valeur, sans pouvoir réclamer auprès de quelque autorité que ce fût contre le graud dommage qui en résultait. Car l'empereur en tirait profit, aussi bien que le magistrat préposé à ces fonctions, qui s'enrichissait par ces marchés.

Il en résulta aussi que les subordonnés du magistrat

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