Cet homme résolut aussitôt de les supprimer, et
quand l'empereur des Romains, Justinien, en fut informé, il s'en accommoda, et n'en témoigna que plus de considération pour Alexandre.
Dans cette mission, celui-ci fit subir aux Grecs cette autre avanie. Les cultivateurs des pays contigus au poste des Thermopyles avaient de toute ancienneté la charge d'y veiller; et chacun à leur tour, ils montaient la garde à la muraille qui ferme ce passage, lorsqu'une invasion des Barbares en Péloponnèse était imminente.
10. Alexandre s'y rendit, sous prétexte de veiller aux intérêts des Péloponnésiens, et ne recommanda point aux cultivateurs de ces contrées de garder le fort. Il y plaça deux mille soldats en garnison, mais il n'assigna pas leur solde sur le trésor public. Seulement il se servit du prétexte de cette destination, pour faire verser au trésor les revenus de toutes les villes de la Grèce, affectés à la dépense de la cité et aux spectacles de leurs habitants.
Ainsi, pour assurer la subsistance de ces soldats (si petite qu'elle fût), la Grèce entière fut ruinée par l'expédient de cet homme; et Athènes, comme les autres
villes , n'eut plus aucuns deniers à employer à des
monuments, ni aux autres objets d'utilité publique.
Cependant Justinien se hâta de donner sa sanction à toutes les innovations du Petit-Tondu; voilà comment les choses se passèrent de ce coté.
11. Il faut maintenant parler des pauvres d'Alexandrie. 11 y avait parmi les avocats de celte ville un certain Hrphaistos, qui, ayant obtenu le gouver-
nement de la ville, mit fin, il est vrai, aux troubles qui l'agitaient, en se rendant redoutable aux émeutiers, mais fit, en même temps, supporter à tous les habitants les plus grands maux.
Il érigea incontinent tous les marchés de la ville en monopole, et interdit le trafic des denrées qui s'y débitaient à tous les marchands. Devenu seul débitant en détail, il s'empara de tous les prix, et les fixa, manifestement, selon le caprice de l'autorité qu'il exerçait. La ville des Alexandrins se trouva dans la plus grande détresse pour ses subsistances. Ceux dont la pénurie était extrême, obtinrent trèsdifficilement les denrées qu'auparavant on vendait au plus bas prix, et eurent à souffrir surtout de la disette de pain.
Seul, en- effet, le gouverneur était l'acheteur du blé récolté en Egypte, et il ne permettait à personne d'en acquérir uti seul médimne (53 litres); et par ce moyen, il taxait les pains et fixait leur prix à discrétion. Aussi ne tarda-t-il pas à acquérir une fortune immense; et il eut soin de satisfaire sur ce point aussi l'avidité de l'empereur.
Le peuple d'Alexandrie supporta en silence les maux qu'il leur faisait endurer, tant ils le craignaieut; et l'autocrate, par reconnaissance des richesses qui lui affluaient sans cesse de cette région, se prit d'une grande amitié pour cet homme.
12. Mais voici ce qu'il imagina, afin d'exalter encore davantage cet engouement de l'empereur à son égard.
Dioctétien, devenu autocrate des Romains, avait ordonné de distribuer chaque année, aux dépens du trésor public, aux Alexandrins nécessiteux, une grande quantité de blé. Le peuple en faisait le partage alors, et depuis il transmit son droit à ses enfants.
Héphaistos en estima la valeur annuelle à deux millions de médimnes (5a8 mille hectol.), qu'il enleva à ceux qui manquaient du nécessaire, et qu'il versa au trésor public. Il manda, par sa dépêche à l'empereur, que ce qui avait été jusqu'alors accordé à ces gens-là n'était ni juste ni conforme au bien public.
L'empereur sanctionna en toute hâte cette mesure, et n'en fut que plus attaché à son auteur. Quant à ceux des Alexandrins qui plaçaient leur espoir de vie dans ces distributions, ils en sentirent amèrement la cruauté, surtout dans leurs moments de détresse.
Conduite de Justinien et de Théodora à l'égard du clergé et du concile de -Chalcédoine. — Impunité ô' Arsène, samaritain, à l'égard des chrétien» de Scythopolis. — Paul, archevêque d'Alexandrie, poursuit, avec Arsène, la mort du diacre Psoês — Rhodon, par son ordre, le fait périr dans les tortures; mais il est destitué, puis mis à mort, avec Arsène, par l'influence de Théodora. — Libère, nouveau gouverneur, et Pélage, légat du pape Vigile à Alexandrie, déposent Paul, qui se rachète auprès de Justinien et remonte sur son siège. — Résistance de Vigile. — Fa us ■ tin, gouverneur de Palestine, dénoncé par les chrétiens comme samaritain. — Sa condamnation par le sénat. — Annnlation de la sentence par Justinien moyennant finance. — Outrages envers les chrétiens.
1. Les mauvaises actions de Justinien sont si nombreuses, que je ne pourrai jamais avoir assez de temps pour en parler. Je suis donc obligé de choisir quelques-unes de celles qui montrent à la postérité son caractère tout entier, et qui mettent au jour sa profonde dissimulation, son mépris pour Dieu , pour le sacerdoce et pour les lois.
Jamais il ne parut avoir aucun souci du peuple qu'il était chargé de gouverner. Il n'eut aucune pudeur en aucune chose; il ne se préoccupa ni des maux de la société ni des moyens de lui venir en aide, ni d'excuser ses méfaits, et n'eut d'autre soin que de s'emparer des richesses du monde entier.
Je partirai de là pour exposer ces faits :