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Le service des espions était ainsi organisé

Nombre d'hommes étaient entretenus aux dépens du trésor public, avec mission de se rendre chez les ennemis, notamment dans les palais des Perses, sous prétexte de négoce ou tout autre; d'y observer avec soin tout ce qui s'y passait. De retour sur le territoire de l'empire, ils devaient être capables de rendre compte aux gouverneurs de tous les secrets de l'ennemi. Ceux-ci, informés d'avance, prenaient leurs procautions et n'étaient jamais surpris.

On pratiquait ce système de toute ancienneté chez les Mèdes... On dit donc que Chosroès avait un service meilleur, peut-être par les appointements supérieurs donnés à ses espions, et qu'il en tira plus de profit.

Jamais (en effet) il ne laissa pénétrer chez lui aucun des explorateurs, venant du territoire des Romains. — Depuis cette époque, nos affaires allèrent généralement en décadence, surtout en Lazique, qui

fut prise par l'ennemi. Les Romains n étaient plus informés des lieux où se trouvait le roi des Perses avec son armée.

4. L« trésor public entretenait aussi depuis longtemps un grand nombre de chameaux qui suivaient chaque armée entrant en campagne, afin de porter toutes ses vivres. On était par là dispensé de frapper des réquisitions sur les cultivateurs, et les soldats ne manquaient jamais des denrées indispensables.

Justinien supprima aussi presque toutes les escouades de mulets, et, quand Tannée marchait contre l'ennemi, elle fut dans l'impossibilité de se munir des provisions nécessaires.

Voilà donc les institutions essentielles dont l'État fut privé.

5. 11 n'est pas hors de propos de mentionner ici un de ses ridicules.

11 y avait à Césarée un orateur nommé Evangélius, qui ne manquait pas de distinction. Profitant du vent delà fortune, il était devenu riche et propriétaire d'un domaine très-étendu. Ensuite il acheta, au prix de trois centenaires d'or (3oo livres — 3i 1 mille 484 fr.), un bourg maritime appelé Porphyréôn.

Justinien, l'ayant appris, lui enleva ce domaine aussitôt, en ne lui remboursant qu'une petite partie du prix, et ajoutant, en plaisantant aux dépens de sa victime, qu'il n'était nullement convenable que le rhéteur évangélique fut propriétaire d'un tel bourg.

Mais c'est assez sur ce sujet.

6. Voici en* outre les innovations introduites par Justinien et Théodora dans les mœurs publiques.

Lorsque le haut sénat se portait à l'audience de l'empereur, il lui rendait hommage de la manière suivante. Celui qui avait le rang de patrice saluait profondément du coté du sein droit, et le prince le congédiait en l'embrassant au visage. Tous les autres fléchissaient le genou droit devant l'empereur et se retiraient.

Ce n'était pas la coutume de se prosterner devant l'impératrice. Mais ceux qui furent admis en sa présence et en celle de Justinien furent tous, même les dignitaires du rang de patrice, obligés de se jeter à terre, la bouche contre le sol, les mains et les pieds étendus. Ils ne se relevaient qu'après avoir baisé de leurs lèvres chacun des pieds des souverains.

Théodora ne déclina point cet honneur, et elle l'exigea même des envoyés des Perses et des autres Barbares, au moment où elle leur offrait les présents usités des empereurs, comme si l'empire romain eût reposé sur sa tête. — Cela ne s'était jamais vu,

7. Autrefois, ceux qui se trouvaient en relation directe avec les souverains, donnaient à l'un le titre d'empereur, et à sa compagne celui d'impératrice, et à chacun des grands fonctionnaires, celui qui appartenait à sa dignité.

Si quelqu'un d'entre eux venait, de quelque manière que ce fût, à mentionner dans ses paroles le nom de l'empereur ou de l'impératrice, sans ajouter mon maître ou ma maîtresse, ou si l'on essayait de se présenter

à quelqu'un des grands sous un titre autre que celui de son serviteur, on passait pour un mal-appris ou pour un homme intempérant de langue. 11 fallait qu'on s'en allât comme si Ton avait commis la faute la plus grave, et qu'on se fût rendu coupable d'une véritable offense.

8. Auparavant, on était difficilement reçu au palais, et peu de personnes y étaient admises. A partir de leur avènement au trône, il fallut que les gouverneurs et le reste des fonctionnaires fussent 1res- assidus à la cour.

Anciennement, ils remplissaient leurs fonctions et rendaient la justice d'après leur seule impulsion. Les administrateurs, après avoir rempli leurs devoirs accoutumés, restaient dans leurs résidences; et les administrés n'éprouvant aucune violence de l'empereur, et n'en entendant même pas parler, n'avaient ordinairement que des motifs rares pour élever des plaintes.

Mais ces souverains évoquèrent incessamment toutes les affaires de leurs sujets à leur tribunal pour les vexer. Ils les forçaient de s'adresser à eux, et de s'humilier, à cette occasion, jusqu'aux plus grandes bassesses.

On voyait pour ainsi dire chaque jour les tribunaux vacants et déserts de justiciables. Mais à la cour de l'empereur, il y avait sans cesse foule, violence, tumulte et servilité de toute espèce.

9. Ceux qui passaient pour les familiers y demeuraient, pendant une grande partie de la nuit, sans sommeil et sans nourriture, attendant l'occasion favorable. Ces courtisans se consumaient ainsi; et voilà le bonheur dont le soi t les gratifiait.

Les hommes désœuvrés se demandaient les uns aux autres ce qu'étaient devenues les richesses des Romains. Les uns affirmaient qu'elles étaient toutes passées chez les Barbares; les autres, que l'empereur les avait renfermées dans des cachettes dont lui seul connaissait le nombre. Lorsque Justinien sortira de la vie naturelle, s'il est homme, ou lorsque le prince des dé mons brisera son existence, ceux qui survivront sauront de quel côté est la vérité.

CHRONOLOGIE DE LHISTOIRF.

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