DE JUSTINIEN ET DE THÉODORA
(Comme il n'existe aucun témoignage direct sur 1 époque de la naissance de l'un ni de l'autre, ce n'est que par celle de leur mort qu'on peut la déterminer.)
5 des ides, (n) mai 489, au lieu du 11 mai 483. Consuls, Probinus et Eusebius.
Selon la Chronique Paschale , Justinien a cessé de régner le 1 4 de novembre de l'Indiction XV (tom. II, p. 687, de l'édition de la Byzantine de Bonn , par L. Dindorf, i83a); mais cette indication est de 2 ans en arrière de l'Indiction commune.
Selon l'Art de vérifier les dates, l'Indiction XV répond à l'an 567; déjà le texte de la même chronique, dans l'analyse du règne de Justinien , arrive aux années 1 et 2 de la 336 e olymp., correspondant aux Ind. XIII et XIV, 24 e année après le consulat de Basilius, et i r du consulat de Justin II , et l'on a marqué, pour ces 2 années , les ans 565 et 566 de 1ère moderne.
Le consulat de Basilius est de l'an 54 1; donc la 24 e année après répond à l'an 565 , et l'an du consulat de Justin II, à l'an 566.
L'erreur du texte vient de ce que le copiste a confondu Tan du consulat de Justin II avec cet an i>. :\ .
Les années i et 2 de la 336 e olymp. répondent, selon le calcul qui part de la fin de la 294 e , où l'Art de vérifier les dates supprime cette ère, aux années 565 et 566.
On sait (de Wailly, Paléogr., i838, I, 60) que la manière de faire concorder les olympiades avec l'année Julienne consiste, selon l'Art de vérifier les dates et le véritable système des Grecs, à commencer l'année olympiade au I er juillet de l'an I er de l'olymp. 195. Eusèbe et Jérôme, au lieu de partir de la pleine lune qui suit le solstice d'été, c'est-à-dire vers le I er juillet, ont confondu l'année olympique avec l'année civile des Grecs, qui part du i cr septembre, et en outre anticipent de dix mois sur le calcul ordinaire, en ce qu'ils ont commencé la i rc année de la 195° olymp., le I er septembre de l'an i cr avant l'ère chrétienne.
George le Syn celle et autres chronographes ont adapté l'an i er de cette ère à la 3 e année de la 198 e olymp., aussi avec le i cr juillet. La Chronique Paschale n'a pas suivi cette troisième règle, mais celle d'Eusèbe.
Justinien étant mort au mois de novembre, le résultat est différent d'après ces calculs ; c'est dans le cours de la i re ou de la 2 0 année de la 336° olymp., en 565 ou en 566, qu'il a cessé de régner.
Au second calcul de la Chronique Paschale, il faut ajouter le témoignage de Théophane, en sa Chronographie, postérieure à la Chronique Paschale, puisque cet écrivain est mort en 818. Il porte (loin. I er , p. 172,
éd. Byz. de Bonn, par J. Classen, 1839) la mort de Justinien au 1 c et non au 14 novembre de l'Indiction XIV, c'està-dire à l'an 566, si l'on prend l'Indiction partant de l'an 3i4, et 565 si l'on suit l'Indiction vulgaire, préférée par M. de Wailly, Elém. de paléogr., i838, I, p. 75.
Aucun témoignage n'existe sur la durée de la vie de Justinien; selon Alemanni , note hist., p. ai, 1. 19, Nicéphore aurait donné à ce prince 8a ans d'âge; mais nous n'avons rien trouvé de pareil dans Nicéphore le Patriarche, ni dans Nicéphore Calliste qui, XVII, 3i, se borne à donner pour la durée des années de son règne, 38 ans et 8 mois. J. P. de Ludewig (Vit. Justiniani atque Théodore, Halae Salicœ, 1731, p. 125, note a) cite aussi à faux la p. 671 de cet écrivain, où il serait dit que Justinien serait mort octogénaire. Nous n'avons trouvé rien de pareil. — Ph. Invernizi (de Rébus Justin., Rome, 1783) suit Goltz, et d'après le calcul que celui-ci a fait de 44 ans d'âge, extraits de Zonaras et Cédrénus, fixe la naissance de Justinien en 484, au consulat, d'ailleurs imaginaire d'Amalus et de Fl. Decius. Nicéphore Grégoras ne parle pas de la mort de Justinien, ni de la durée de sa vie, au moins dans ce qui est imprimé de ses 38 livres, par la coll. Byzantine, Bonn, i83o-a, vol. in-8°, et par M. Parizot, liv. XXXVII, Notices des mss., tom. XVII, i85i.
Alemanni cite un fragment d'un ms. du Vatican, écrit en grec, dans lequel, à l'occasion d'une comparaison entre Théodose le Grand et Justinien, il est dit que le premier a vécu 5o ans, eT7j v', tandis que l'autre aurait atteint 90 ans, tj' 8ttj. Il s'agit d'un vœu fait à la naissance de Théodose, fils de l'empereur Maurice, pour qu'il atteignît l'âge plutôt du second que du premier; mais il y a
loin entre 5o et 90 ans. Aussi Alemanni n'hésite pas à penser que le chiffre 1%' est faux, parce qu'un âge aussi avancé chez Justinien est incompatible avec celui de son avènement à l'empire, soit que cet âge fût 35 ans, soit que ce fût 45, puisque ce dernier chiffre, ajouté à ses 38 ans 8 mois de règne, ne lui donnerait encore que 84 ans; pour avoir 90, il faudrait ajouter 9 ans, et supposer que Justinien n'a commencé à régner qu'à 5i ans, ce qui est hautement improbable. Si le chiffre 1% (go) est faux, il peut être plus vraisemblablement remplacé par l' (60) ou du moins par 0' (70), que par (80) préféré par Alemanni ; car la différence des lettres est considérable entre V et tc'; or 60 et surtout 70 conviennent mieux à la nature du vœu fait par les contemporains de Maurice, en faveur de Théodose son fils (qui n'a pas régné).
Hubert Giphanius, érudit du seizième siècle, dans une dissertation (publiée en 1629, p. 2), dit que Justinien est né sous le consulat de FestUs; son témoignage n'a de valeur qu'autant que ce savant l'appuierait sur un écrivain ancien. Giphanius cite en effet la Chronique du comte Marcellinus, qui fut chancelier de Justinien, et qui a écrit les premières années de sa vie, avec celles de ses prédécesseurs ; mais, comme Ta remarqué déjà Alemanni, si le consulat de Festus (qui répond à l'an 483) est en effet renseigné dans cette Chronique, il n'y est pas dit un mot de la naissance de Justinien à cette époque de 483 (1). Ainsi cet argument disparaît.
Mais l'on a cru pouvoir arriver à ce chiffre en additionnant les années du règne de Justinien , 38 ans et
(l) On a trois éditions de cette Citron. La plus ample est celle publiée par le P. Sittnanri, Paris, tot9, in-8; die était connue d'Aleœanni en 1623.
8 mois, avec l'âge que lui donnent les chroniques à l'époque de son avènement.
Or, selon Cédrénus, dans son Synopsis ou Compendium de l'histoire du monde, p. 3oi de l'éd. de Xylander(i566), Justinien était âgé de 45 ans (fiaffiXtuei Sè ixwv f/V) lorsqu'il commença de régner avec son oncle Justin. — Dans l'éd i t. de Bonn, par Im. Bekker, i838, t. I er , p. 64a, le chiffre fxe' est répété, et la traduction latine, adoptée par Xylander, Fahrot et Bekker, porte-: anno aetatis 45 rerum potitus est.
Cette année d'avénement est répétée dans les Annales de Zonaras, écrivain postérieur à Cédrénus, et regardé comme son ahréviateur, quoiqu'il paraisse cependant avoir aussi travaillé d'après d'autres matériaux (liv. XIV, §6, p. 6o, éd. du Louvre, 1687, P ar Ducange) : xeiraapotxovxa xat tts'vte tqte Tuy/avwv iviauTWV.
Or, 45 et 39 font 84 ; en supposant que l'on ne doive faire de la 45 e année de son âge, et de la 39 e de son règne qu'une seule année, parce que ni Tune ni l'autre ne furent complètes, Justinien aurait vécu au moins 83 ans; il serait donc né en 483, et telle est l'opinion commune.
Mais les écrivains sur lesquels cette opinion s'appuie, sont de 5oo et de 600 ans postérieurs à Justinien ; quoique double, leur témoignage paraît se réduire à un seul. Si une erreur de chiffre s'est glissée dans le texte de Cédrénus; si, au lieu d'écrire &Sv Xe' (35), ses copistes ont écrit £cwv jxe' (45), il est de toute probabilité que Zonaras l'a copiée.
Cédrénus ne mérite aucune confiance; car, contre l'autorité de Procope et de tous les monuments contemporains , il a eu l'ineptie (le mot n'est pas trop fort)
de donner pour seconde femme au vieux Justin I er , âgé de 73 à y4 ans, qui n'avait pas pour excuse les passions de la jeunesse, la courtisane Théodora, qu'il aurait épousée l'an VI de son règne, en 523, quand il est certain que l'impératrice Lupicine-Euphémie, sa femme, s'est opposée très-vivement au mariage de cette courtisane avec son neveu Justinien.
Il est certain que c'est Justinien , et non Justin I er , qui l'a épousée, et qui, pour y parvenir, est parvenu à faire changer une ancienne loi romaine.
Zonaras n'a pas reproduit cette monstrueuse erreur de Cédrénus, empruntée au chronog. Théophane, écrivain antérieur; mais, en parlant des dernières années de l'empereur Justin, cet annaliste rapporte que les grands ayant pris la résolution de voter l'association de Justinien à l'empire (à cause de l'impuissance où Justin se trouvait, par sou âge et son imbécillité, de gouverner les affaires, ainsi que l'a révélé Procope) , allèrent la porter à Justin, en le suppliant d'y accéder. Celui-ci, qui connaissait l'esprit impérieux et jaloux de son neveu, déjà maître des affaires, leur répondit : « Il n'est pas de votre « intérêt qu'un aussi jeune homme, vewrepov, revête la « pourpre. » Et il éluda ainsi leur demande.
Ce fait a dû se passer en 5a4 ou 525, époque où Justinien aurait eu déjà 4» ans.
Nous savons bien que les anciens donnaient au mot véoç une extension qui comprenait l'homme arrivé au développement de toutes ses forces physiques et morales. Mais la limite était 35 ans ; cela résulte, non d une simple conjecture, mais de textes positifs, notamment chez le médecin Galien, de son Comm. in Aph. V, 9, éd. Kuhn., tom. XVII, 6, p. 795, ce qui est confirmé par les nom-
AN AW. 209
foreuses autorités rapportées par M. le D r Daremberg, édit. d'Oribaze, médecin de l'emp. Julien, tom. I er , p. 653 (i85i).
Or que Justinien fut encore réputé véoc à l'époque de son association à l'empire, c'est ce qui résulte non-seulement du fait cité par Zonaras, mais, ce qui est bien plus positif, du texte de nos 'Avéx&ta, vwx; sxi (VI, 3) qu'Alemanni a traduit par, plané adolescens, ou xopi&i vïo;.
Ducange, sur Zonaras , dit qu'en effet Justinien était alors trigenarius (et non quadrigenarius), et il s'appuie sur le témoignage même d'Alemanni qui, dans la chronique (encore ms.) de Theophilus, précepteur de Justinien, a lu que Justinien, à son arrivée à Byzance, sur la fin du règne d'Ànastase, était âgé de trente ans, trigenarius. Ànastase est mort en 5 1 8, et Justinien pouvait n'avoir à cette époque que *g à 3o ans ; ajoutez à cela 6 ans : on arrive à l'an 5 24 ou 525, et le fait rapporté par Zonaras a bien pu être de l'année 5a4, époque où Justinien allait passer à l'âge d'homme (<Mp), et ne pouvait plus être bientôt appelé ni vewxepoç, ni même *rt v&>;.
Ce qui justifie cette rectification des textes de Cédrénus et de Zonaras, quant à l'âge d'avénement de Justinien, c'est que cet avènement a suivi de près le mariage de ce prince avec Théodora, que nous croyons de 524, ou au plus tôt de 5a3 , 6 e année du règne de Justin. Une passion ardente, aveugle et opiniâtre, telle qu'on la conçoit dans un homme de 3o à 35 ans, a pu seule lui faire briser les obstacles qui s'opposaient à son mariage avec une courtisane aussi décriée que Théodora.
Pourrait-on concevoir une telle folie chez un prince de 44 à 45 ans?
Nous en concluons, avec confiance, qu'à son avéne-
ment au trône, Justinien, en 027, n'avait que 37 à 38 ans, et si l'on ajoute à cela 39 pour la durée de son règne, terminé en novembre 565 , on a pour la durée de sa vie 76 ans, et pour l'époque de sa naissance l'an 489.
On verra que Proeope (Anecd. VI, 3) et Suidas (v° tu(a- SoYéfwv) appelaient Justin vieillard [décrépit, quoiqu'il n eût encore que 76 à 77 ans. Qu'eût-on dit de Justinien s'il était parvenu à 84 et surtout à 90 ans?
On avait appliqué ce passage de Suidas à Justinien, et comme on lisait dans ce texte : tu|a6oyIp<ov, 6 ttsutteXq;, rrpo 6 8à Totxmvtatvoç ô pxriXsuç TufxêoYtpwv rfv ^8t|, on traduisait : Avant 24 ans déjà, l'empereur Justinien était décrépit, TrÉuTctXoç, ce qui était absurde, puisque Justinien avait le tempérament sec, et qu'il a été en général bien portant. Aussi Alemanni a-t-il adopté la correction nécessaire de «fi xtf, en lïpoxdmo;; c'était en effet une citation de Proeope, et le passage s'appliquait à Justin et non à Justinien. Cette correction a été adoptée par tous les éditeurs de Suidas. V. édit. Bernbardy, tom. II, p. 1241*
Théophilus, dans la Vie de ce dernier, dit qu'il est né sous Zénon, du temps qu'Acacè était patriarche de Constantinople, sans fixer l'année. Cet empereur n'est mort que le 9 juillet 491. Acace, premier patriarche de Constantinople, est mort vers le mois d'août 489. Il faut donc reporter la naissance de Justinien à cette année
Quant à la date du 1 1 mai que nous assignons à la naissance de Justinien, elle résulte de cette circonstance, que, selon Théopbane le Chronographe, on célébra le 5 des ides de mai les jeux anniversaires de sa naissance, les il* et 28 e années de son règne.
Jiistinien reçut de ses parents on des Ulyriens le nom tfUprauda y que lui conservèrent ses compatriotes. Le nom de Justinien nous paraît ne lui avoir été donné que dans la suite, quand il fut adopté par son oncle Justin, parvenu aux dignités de l'empire sous Anastase.
Ce fait, relatif au nom primitif de Justinien, n'a pour garant que le témoignage de Théophilus, son précepteur, dans la Vie encore manuscrite qu'il nous a laissée en latin sur la vie de son élève (Alemanni, p. 68 de ses notes historiques).
Orelli et Dindorf ont réimprimé ces notes historiques, sans vérifier les sources où ce savant avait puisé.
Ils auraient dû remarquer que Ludewig, en 1731, avait averti qu'il ne citait le témoignage de Théophilus que sur la foi d'Alemanni, qui a dû le lire dans la Bibl. du Vatican, dont il était conservateur; mais que cet ouvrage n'a jamais été imprimé.
Invernizi, avocat à Rome, dans son écrit dédié au cardinal Zelada, bibliothécaire en chef, atteste que, malgré ses recherches prolongées et celles de ses savants amis, très- versés dans les richesses de ce grand dépôt, on n'y a point trouvé cette Vie de Justinien par Théophile; pas un seul fragment n'en a été découvert. — 11 ajoute que G. Otto Reitz, dans sa troisième note sur l'histoire du jurisconsulte Théophile, a solidement réfuté Alemanni, au point qu'on a cessé de s'occuper de cette controverse.
Cependant, comme il est impossible qu'un savant aussi renommé et aussi exact qu'Alemanni ait fabriqué ces témoignages, nous avons écrit en cour de Rome pour savoir si ce livre n'aurait pas été retrouvé, ou si ces passages ne seraient pas dans un autre écrit contemporain.
On nous a répondu, le 10 mai i854, que le préfet actuel de cette bibliothèque avait laissé passer du temps sans satisfaire à la demande, et qu'on ne savait si cette vérification était ordonnée.
Il y a eu d'autres écrivains contemporains de Justinien. On cite, entre autres, J. Lydus(V. Collect. Bpant.).— Plutarque, l'un des secrétaires de Justinien, selon Àlemanni (dans les prolegomèues des Anecd.), Hermolaûs, et Pétrus Orateur, ont écrit, sous ce prince, des chroniques, lesquelles sont perdues (Voss., Histor. grecs, tom. II).
Victor de Tunnes, en Espagne, qui a écrit de l'an 554 à 556 une chronique imparfaite , publiée dans le Trésor de J. Scaliger, en i658, in-f<\; — Théodore le Lecteur, florissant vers l'an 53o, compris parmi les historiens ecclésiastiques (Valois, 1673, Paris, in-fol., et Ed. Reading, 1720, in-fol.) ; — Corippus, dont les vers élogieux ont été édités pour la 5 e fois par Imm. Bekker (Bonn, i836, in-8°), Jean Malala, ed. L. Dindorf, Bonn, i83i, in-8°, et enfin Tzetzès, dans le Chilias, fournissent des renseignements qu'on a rais à contribution.
Les fragments de Ménandre le Prolecteur, indiqué comme une source d'information pour ce règne, viennent d'être recueillis et publiés par l'habile et savant M. Mûller, tom. IV des Historiens grecs, p. 200 à a 5g. Us donnent des détails historiques sur les dernières années du règne de Justinien; mais l'auteur ne dit qu'un mot (fragm. i3) de la mort de Justinien, et passe à son successeur.
M. Mûller a donné aussi ce qui reste de Pétrus, magtster ou patrice, l'orateur ou homme disert, préconisé par les historiens de Justinien (tom. IV, p. 1 81-190);
AN 489. m
mais il ne reste rien de lui que ses actions, peu honorafoies •
On cite encore Cyrillus de Scythopolis (biographe de saint Sa bas), moi t en 53 1, publié en 1686. La principale source d'information est la Chronique du comte Marcellinus, chancelier ou secrétaire de Justinien. Elle s'arrête, il est vrai, aux premières années de ce règne; mais elle a été continuée.
Les renseignements les plus authentiques se trouvent dans les huit livres de l'Histoire publique de Procope, dans Agathias, dans Evagrius, et dans quelques mots de Jornandès et de Cassiodore, contemporains. Théophane de Byzance, publié récemment par Ch. Mùller, Jean Malala et Théophane le Chronographe , dans la Byzantine, les suivent d'assez près.
Au reste, et quant au nom ci Uprauda, Ludewig suppose que c'est un mot slave, et que ce mot n'était qu'une traduction du nom donné à Justinien par sa famille. Selon lui , Uprauda ne signifie au^re chose que Juste ou droit, et s'identifie par conséquent avec Justinianus, qui dérive de /us tus. Nous n'admettons pas cette conjecture.
Uprauda (Justinien) était fils de Sabbatius et de Bi-
GLENITZA.
Quant à son père , le fait est certain d'après les Anecdota (XII, 6). Alemanni, p. 29, y ajoute le témoignage d'Epiphane le Scholastique et celui de Théophane, qu'il ne faut pas confondre avec le chronographe de ce nom, et qui est probablement celui dont Photius nous a conservé quelques fragments, quoique le savant Mûller, dans les Fragm. des historiens anciens, n'ait encore trouvé que les
passages cités par Photius; mais Alemamii , qui a découvert dans la Vaticane deux manuscrits des Anecdota, avait sans doute sous les yeux les passages dont il s'est autorisé.
Au reste, ces trois témoignages seraient combattus par une autorité bien imposante, celle de Théophilus, dans la Vie si souvent citée de Justinien , qui donne au père de celui-ci le nom d'IsTOxus. Mais le témoignage de Procope doit l'emporter, quoique le récit de la mère de Justinien , sur le père mystérieux de ce prince, qui ne serait autre que le démon, soit évidemment fabuleux.
Peut-être Istokus était le nom du père de Sabbatius, et l'aïeul de Justinien. Ludewig donne encore une interprétation arbitraire du mot Istokus.
Quant à sa mère, dont les Anecdota ni les autres ouvrages de Procope n'ont donné le nom, il n'est connu que par Théophilus ; car le comte Marcellin us, dans sa Chronique sur le consulat de Mavors (ôaj), et Jornandès dans son Histoire de la succession des temps (XIV, p. 178 de 1 edit. de Savagner, 1842), ne la désignent pas autrement que comme la sœur de Justin ( V. Procope, Anecd. XII, 6, et G. des Vandales, I, 7).
Divers ont prétendu, Alemanni (p. i3-i4), et notamment Arnold Wion (note, p. 66), que Justinien et Justin son oncle, ainsi que Germanus, son frère ou plutôt son neveu, étaient issus d'une illustre famille, celle des Anicius, qui, selon Prudence (liv. VI contre Symmaque), fut la plus ancienne et la plus noble des familles romaines qui se soient converties au christianisme. Wion va jusqu'à donner à Justinien le vingt et unième degré de cette descendance, et à lui désigner pour père Anicius Germanus Probus, fils d'un autre Anicius Justinianus
Probus, personnage consulaire, inconnu dans l'histoire, si ce n'est par cette circonstance que de sa femme Anicia, sœur de Justin, il aurait eu trois fils, Vitalien , Germanus et Justinien l'empereur, et une fille du nom de Biglentia. On allègue, à l'appui de cette conjecture, que Germanus (probablement Anicius Probus, et nou celui qu'on dit frère de Justinien) est le personnage auquel le pape Hormisdas adressa sa 54* lettre, et dont il invoquait 1 appui pour la défense de l'Église et de quelques évêques.
A le m an ni remarque d'abord (p. i/j) que peu importe que dans les anciennes monnaies l'empereur Justin ait été surnommé Anicius, de même qu'on lui a aussi donné le nom de Flavius, et à l'impératrice Lupicine, qui était d'origine servile, celui de Flavia ; c'était, dit-il, une coutume introduite par les empereurs chrétiens, notamment par Constantin, par son père Constance et par d'autres. Il est possible, ajoute-t-il, que la famille Anicia ait désiré paraître alliée à celle de Justinien, quand celuici parvint à l'empire.
Alemanni a fait à Wion et aux autres savants de la Renaissance une concession qui nous surprend ; car nous ne trouvons dans aucune des médailles de Justin ni de Justinien qu'ils aient ajouté à leurs noms celui d'Anicius. Mionnet, qui a dépouillé les monuments numismatiques des empereurs romains, n'en a rien découvert, ni même aucune médaille de l'impératrice Euphémie-Lupicine.
son livre sur les Goths, nomme (p. 4i4, éd. Savagner) Germanus, frère de l'empereur Justinien, et époux de Mathasuentha , veuve du roi des Goths, comme ayant laissé à son décès un fils posthume du même nom que lui ; il ajoute qu'on espère voir con-
2!ft NOTES HISTORIQUES.
server en ce frêle rejeton le sang des Aniciens uni à celui des Amales (Goths).
Ce témoignage a sans doute de l'importance, parce que Jornandès, s'il n'habitait pas la cour de Constantinople, était un homme instruit et contemporain, puisqu'il a cessé d'écrire l'an 24 du règne de Justinien. Mais nous savons d'une part, par un écrivain mieux instruit encore du personnel de la cour, Procope le sénateur, que le père de Justinien était Sabbatius et non Anicius. Si son grand-père maternel, père de l'empereur Justin, eût été un Anicius Probus, probablement quelqu'un de ses biographes ou de ses nombreux historiens l'aurait dit, tandis qu'ils attestent, avec Procope, que Justin fut un cultivateur pauvre, obligé, avec ses frères, de s'enrôler comme simple soldat. Alemanni a rectifié, en conséquence, le passage de la lettre i re , liv. 8 des OEuvres variées de Cassiodore, adressée à l'empereur Justin, où il est question de l'illustration de la pourpre chez les princes goths Athalaric, Eutharic, Théodoric et Théodemir, par opposition à la puissance de l'empire de Justin. Cet Eutharic et son fils ne furent que des enfants adoptifs de Justin, selon Cassiodore (ibid.).
Quant à Germantis, époux en premières noces de Passara, et en secondes de Mathasuenta, princesse des Goths, dont fut issu un deuxième Germanus, qu'on croit mort sans postérité, il était, selon Alemanni, fils d'un frère de Justinien, dont le nom est resté inconnu, et non de Vigilantia, sa sœur, mère de l'empereur Justin II, son successeur; — fratris films tertius (p. 67)etnepos (p. 63). — Procope, en effet (de Bell. Vand. II, 16, et de Bell. Goth. III, 3i), l'appelle àveV,v (fratris sui filium) et patrice. Justinien lui donna un commandement impor-
AN i89. 317
tant: C'est donc à tort que nus lexiques traduisent ivt^iov par cousin germain.
Il est vrai qu'en d'autres passages (p. 66), Alemanni s'est servi tantôt du mot fratruelis, qu'on traduit par cousin germain maternel, et tantôt de patruelis, cousin germain paternel; mais Germanus était bien réellement neveu de Justinien.
Si Jornandès s'est servi du mot frater, c'est que Germanus avait eu avec Justinien (B. Goth., ibid.) une sorte de fraternité spirituelle, comme avec Vitalianus (Lettre de Justinien au pape Hormisdas). En effet, le même Jornandès (Hist. des Goths, V, p. 260) appelle Germanus, le patrice, fratruelis domini Justiniani imperatoris, et (XVI, p. 370), fratruele Justiniani, ce que Savagner a traduit par « fils du frère de l'empereur Justinien, notre maître. »
Il y a dans la correspondance du pape Hormisdas deux lettres à Germanus, l'une du 7 des calendes de mai, an 519 (Recueil des concil. de Labbe, tom. IV, p. 149$, lettre 4 *)> et une seconde, sans date, 60, p. i5o9, sur des négociations, où ce personnage est qualifié du nom d'Illustre. Mais c'est un autre que le neveu de Justinien. Il paraît même qu'il n'était qu evêque.
Enfin, quant au nom d'Anicius , «on trouve dans la même correspondance deux lettres : i° l'une d'Anicia Juliana au pape Hormisdas, sans date, mais qui pourrait être aussi de l'an 5ig (ibid., p. i49^), annonçant le succès des négociations pour la paix de l'Église, à Constantinople; 2 0 la réponse du pape à cette dame, qu'il appelle Amplitudo vestra, ce qui annonce qu'elle appartenait à un des grands dignitaires de la cour de Byzance; 3° et une autre lettre de Juliana Anicia au même pontife, sans
date, qui peut être de 5ao (ibid., p. i5a8). Mais il y a eu plusieurs consuls, à cette époque, du nom d'Anicius (voyez ci-après).
Rien donc ne prouve que la famille de Justinien fût directement issue des Anicius, à moins que ce n'ait été par une alliance de la branche Germanus, du côté maternel.
Du reste, cette famille Anicia ne figure pas parmi les consulaires de Rome (V. le Catalogue de M. Riccio, 2 e éd., j843, Naples, in-4°). La médaille publiée sous ce nom par Golta a été reconnue fausse par Eckhel et les autres princes de la science numismatique. On ne peut davantage rattacher la famille de Justinien à ce préteur romain, L. Anicius Gallus, qui, en 166 avant notre ère, fit la conquête de lTHyrie sur Gentius, roi de cette contrée (Tite-Live, 1. XLIV, 17,21, 23, 3o, 3i et 32). Il y a dans cet écrivain de nombreux détails sur la géographie de ces contrées et sur la Dardanie, patrie de Justinien, et l'on conçoit que la flatterie ait pu chercher son origine dans la famille d'Anicius Gallus.
Ludewig a d'abord regardé comme une fable ce qu'on a imprimé sur l'origine illustre de Justinien et de Justin, et sur sa descendance de la famille Anicia. Il a dit d'elle que, quoique établie en Illyrie, elle n'était pas barbare, mais romaine ; qu'en effet, quelques-uns de ses membres se rendirent d'Italie à Constantinople avec Arcadius ou Théodose, et qu'ensuite ils obtinrent la préfecture des provinces voisines de la Thrace, où ils s'établirent. Bien plus, ajoute-t-il, Rome croyait les Aniciens originaires de Troie, et de là il va jusqu'à dire que Justinien prit le titre de Troyen et d'Énéade. Si on accepte cette généalogie, il faut admettre aussi que le fondateur de l'or-
dre des Bénédictins était issu de cette famille, par Justinien. D'autres ajoutent qu'un des Aniciens, Pétrus, voulut être surnommé Perléonius, du nom de son père Léon, et qu'il en est résulté un rameau Anicien, qui s'est établi en Suisse, au château de Hapsbourg, où elle érigea un comté, et ensuite parvint au trône impérial. Enfin, on dit que, vers l'an 1100, il y avait des Aniciens parmi les Juifs, et que Léon, l'un d'eux, se convertit au christianisme. S'il en était ainsi, la maison de Hapsbourg n'aurait pas à rougir, dit-on , de descendre à la fois d'Abraham et d'un sectateur du Christ; et (a maison de Justinien serait honorée d'être ainsi devenue la souche de la maison d'Autriche.
Ludewig, dans sa note 19 (p. i3a-i33), paraît vouloir appuyer ces traditions diverses, i° sur le passage de Jornandès relatif à l'union des Aniciens et des Amales, en la personne de Germanus, déjà nommé; 2 0 sur ce que Justinien aurait cru à sa descendance troyenne, ce qui résulterait de deux monuments publiés dans la Chronique de l'abbaye du Mont-Cassin, portant en titre : In, nomme D. N. J. C. imperator Caesar Flavius Justinianus yEneida ; — et d'une lettre du pape Vigile, adressée au trèspieux et sérénissime empereur Flavius Justinianus, Constantin, Enéide. C'est en effet ce qu'a prétendu A. Wion, moine de Saint-Benoît, dans sa Vie du fondateur du Mont-Cassin, Venise, 1 fxp, et ce qui a été soutenu par Sifrid, abbé de Zwethal en Autriche, dans la Généalogie de la maison d'Autriche, en sept livres, Vienne, 161 3. Celui-ci a ajouté que Théodora elle-même était issue de la famille Anicia, liv. III , 9 ; mais il a été réfuté par Gasp. Scioppius. Ludewig lui-même regarde comme suspectes les chartes de l'abbaye du Mont-Cassin et la lettre du
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pape Vigile, qui ne se trouve pas en effet dans l'édition des Œuvres de ce pontife, 3 vol., 1591. Il cite aussi Mabillon, Ann. de Saint-Benoît, tom. I, app. 11, § 2, p. 675. Il rappelle cependant la lettre du pape Hormisdas à Juliana, qui lui assigne une alliance impériale, et la réponse de celle-ci, dans laquelle elle prend le surnom d'Anicia; d'où il conclut que le fil de la généalogie est assez ferme pour établir un lien de consanguinité entre Justin et Justinien et la famille romaine Anicia. Cependant il s'étonne qu'aucun des historiens de Justinien n'en ait parlé ; et dans la note 20, il exprime ses doutes sur la solidité de la généalogie des Aniciens avec la famille d'Enée. Note a3, il fait remarquer aussi que Jules César prétendait que sa famille était liée aux Aniciens, et qu'enfin, l'empereur Maximilien , dans un diplôme de i495, appelle Justinien son agnat et son prédécesseur. Enfin il termine en rappelant ce que Vopiscus a dit des empereurs issus de la famille des Aniciens. C'est ici le lieu de faire remarquer avec quelle légèreté on fait des citations. Le passage de Vopiscus, tiré du ch. a de la Vie de Florianus, frère de l'empereur Tacite, parle, il est vrai, de l'avenir brillant réservé à leur famille ; mais, ni dans ce passage, ni dans la vie de Tacite, il n'est dit un mot de la famille Anicia. Ces deux empereurs se vantaient seulement de compter parmi leurs ancêtres l'historien Tacite (Vopiscus in Tacit. X, p. 357, éd. Taillefer et Chenu,
Hoffmann, dans son Histoire du Droit romain j 7 >.{, livre II, § 4)» n e croit pas à la descendance anicienne, encore moins troyenne ou énéade de Justinien. Les titres du Mont-Cassin et la lettre prétendue du pape Vigile lui paraissent hautement suspects.
11 repousse aussi l'argument lire des lettres il* Hormisdas et de Juliana, surnommée An ici a, et pense que c'est avec raison qu'Alemanni (p. 137) a rayé les deux princes de l'album de la famille Anicia.
Heineccius, dans son Abrégé de droit romain (1733* ï 74°j S 383 à 386), écarte aussi cette origine.
Invernizi (p. 5-6) cite Corn. Margarinus, comme un des écrivains favorables à l'origine anicienne de Justinien et à la parenté de saint Benoît avec Justinien. L'Épitome des Chroniques du Mont-Cassin, rapporté par Muratori(XI, 35 1), s'exprime ainsi: Hujus itaque patris Benedicti, avus Justinianus, pater Euproprius, mater Abundantia, nutrix vero Cyrilla dictœ sunt.
Mais saint Benoît naquit en 480, et se renferma dès 5ao au Mont-Cassin, où il mourut vers 543, avant Justinien. D'ailleurs, Justinien mourut lui-môme sans enfants.
Cependant Invernizi ne croit pas que la mère de Justinien, qui était beaucoup plus jeune que son frère Justin, ait épousé en la personne de Sabatius un homme pauvre et obscur comme lui. Selon lui, Justin fut enrôlé dans la milice, à l'âge de seize ans. Selon Théodore Lecteur, il était parvenu déjà à de hauts grades militaires, à l'époque du mariage de sa sœur et de la naissance de Justinien : il a dù conséquemment lui obtenir un mari distingué. Mais Théodore Lecteur, dans les fragments qui nous restent de lui (etd calcem des Histoi . eccles., t. III, p. 563, éd. de Reading, 1720), s'il parle de l'élévation de Justin, sorti des rangs de la milice, ne dit pas un mot de l'âge où il y entra, et son élévation ne peut guère dater que du commencement du sixième siècle ; elle est postérieure de onze ans environ à la naissance de Justinien, ce qui détruit
l'argument. Quoi qu'il en soit, Invernizi, d'après le silence de tous les biographes de Justinien , pense qu'il ne descendait pas de la famille Anicia, quoique son père ne fût pas d'une naissance aussi obscure que celle de Justin : du moins Procope en aurait parlé dans son Histoire secrète. Il ne croit pas non plus que Justin se soit fait adopter par la famille Anicia, après être devenu patrice, consul et sénateur : c'est, dit-il, une rêverie de Besoldus. Du reste, la famille Anicia est célébrée comme illustre par Claudien et par Cassiodore (X, a). Juliana, correspondante du pape Hormisdas, en était; mais cela ne prouve rien quant à Justin ni à Justinien.
Loin qu'il soit prouvé que la famille de Justinien eût aucune espèce d'illustration, Procope, dans les Anecdote (XI, i), rapporte qu'elle était dans une telle misère, que, sous le règne de Zénon, trois oncles de Justinien (Uprauda), à l'un desquels, Justin, il dut toute sa fortune, quittèrent le labourage qui faisait leur profession, pour entrer dans la carrière militaire. Ils se rendirent à pied à Byzance, avec un sac contenant du pain surcmt, et obtinrent, parce qu'ils étaient de très-beaux hommes, leur admission dans la garde du palais.
Justin, qui paraît l'aîné, est mort à 75 ou 77 ans, en 527, et par conséquent il est né en 45o ou 45a, trente ans aVant la naissance de son neveu. Zénon a commencé à régner en 474» niais bientôt expulsé, ce prince ne fut rétabli qu'en 477 > c est donc au plus tôt en cette dernière année que les trois frères prirent du service. Justin avait alors a5 ou 27 ans; mais ses deux frères Zimarque et Distybide pouvaient n'avoir que 2 5 et 23 ans, et cet âge était bien propre à un service tel que celui de la garde prétorienne.