AN 489. 3Î
Lychnidus (Achrida sur la voie Égnatienne, conduisant à Thessalonique), et on se fondait sur les témoignages des deux Nicéphore, quoique différents, de Codin Curopalate et de Guillaume de Tyr (XX, 4)» Leunclave et Paulmier de Grentesmesnil suivaient cette opinion ; mais Wesseling, sur Hiéroclès, fit observer que Lychnidus était une ville épirote, et les deux Justiniennes des villes de la Dardanie.
D'Anville avait sous les yeux une carte moderne de Grèce, qui plaçait la seconde de ces villes à Prisrendi, et d'après la synonymie de Giustendil avec Justiniana, il était conduit à mettre la première à l'extrémité nord de l'ancienne Macédoine, vers les sources du Strymon (Karasou).
Dans sa carte de 1702, dressée pour l'Histoire des empereurs de Crevier, ce prince des géographes avait déjà placé la seconde Justinienne à Scupi, aujourd'hui Uskup.
Mais en 1761 il trouva sur les cartes modernes deux Giustendil (l'une restée incontestable , à laquelle il a reporté la première Justinienne ou Bederiana), l'autre entre les 3o° et 4°° de long, de l'île de Fer, 19° et ao° de long, actuelle, 43° et 44° de latit, c'est-à-dire à la position de Lescowatz , sur la Morawa , grand affluent du Danube au delà des monts, qui font la division des eaux. — (La carte de Riepert ne porte dans ce voisinage qu'un village du nom de Gidelitza , et la huitième feuille de la carte Lapie-Guilleminot, qu'un nom moins analogue encore à celui de Justiniana et à celui de Giustendil.) D'Anville, en conséquence, a dressé une carte spéciale , où il a placé les deux Justiniennes, l'une au nord, l'autre au sud de la grande chaîne de l'Hémus.
Dans ses cartes de la Grèce ancienne (176a) et de la
partie orientale de l'empire romain (1764) > I e savant géographe confond la première Justinienne avec Taurésion , qu'il substitue , sans en dire le motif, à Bederiana, et la reporte sur VOEscus , Vun des affluents du Danube, aujourd'hui Isker, à l'est du point adopté précédemment, et dépouille ainsi Giustendil de sa qualité de Justinienne première.
Enfin dans son Traité de géographie de 1768 (p. 210, éd. de Manne), il semble confondre Giustendil, son ancienne Justinienne première, avec Taurésion, quoiqu'elle soit au sud et non au nord de la grande chaîne de montagnes. Gibbon ne s'est pas jeté dans ces perplexités, et n'a retenu que Giustendil , pour la première Justinienne.
Barbié du Bocage, dans sa carte de la Grèce ancienne (181 1), ne s'en est pas préoccupé, parce qu'il ne s'occupait de ces contrées que pour l'époque du voyage du jeune Anacharsis. Cependant il porte sur cette carte la ville de Scopi , vers les sources de l'Axius, et passe sous silence Bederiana, quoique, d'après Agathias , elle pût avoir une existence aussi ancienne.
Maltebrun , au milieu de ces difficultés, n'a pas suivi l'opinion de d'Anville, et s'est préoccupé davantage de la position qu'a dû occuper la capitale de la Dardanie, que Procope place, pour ainsi dire, en regard d'Épidamne (Durazzo) , et dès lors il ne pouvait accepter une position aussi éloignée de la côte Adriatique et aussi méditerranée que Giustendil. Il a donc pensé que la ville de Justinien était Perserendi ou Prisrendi, dans une vallée dont les eaux appartiennent au bassin de la mer Adriatique et par conséquent à l'Illyrie. Quoiqu'il y ait de ce côté une chaîne de montagnes secondaire,
elle est du moins séparée du bassin des eaux de la haute Macédoine par la grande chaîne du mont Scardus. Le Précis de géogr. (t. VI, p. 197) cite d'ailleurs le témoignage d'un écrivain musulman, qui appelle Scopi-Uskup, un des ornements de la Grèce, et par suite la considère comme appartenant à la Macédoine ou à la Thrace, et non à la Dardanie, quoiqu'elle en soit si voisine, que du temps d'Hiéroclès elle en est devenue la métropole.
D'Anville avait, avec raison, dans sa Géographie abrégée, relevé (p. 210) Terreur des écrivains byzantins, qui ont transporté la métropole de la Dardanie européenne, érigée par Justinien en métropole de l'Illyrie, à la métropole des Bulgares, soit qu'elle ait été Lychnidus- Achrida , soit même qu'elle ait passé jusqu'à Hilissus ou Lissus, l'Alessio de l'Adriatique.
M. Maltebrun (ibid., p. 196) l'a également repoussée. Comment, en effet, dans cette hypothèse, tant d'historiens du Bas-Empire auraient-ils pu dire que Justinien et Justin étaient Thraces d'origine? Ce fait suppose au moins que leur patrie était sur les limites de l'une et de l'autre province, et non au cœur de l'Illyrie, ou sur les côtes de la mer.
Comment, d'ailleurs , les noms obscurs de Taurésion et de Bederiana auraient-ils succédé à des villes aussi illustres et aussi anciennes que Lychnidus-Dassarite et que Lissus ou Hilissus ?
Nous hésitons à voir la patrie de Justinien dans Prisrendi , quoique sa situation dans une vallée montagneuse ait pu paraître une dépendance de l'ancienne Dardanie; encore inoins dans Scopi, aujourd'hui Uskup, parce que cette ville avait un nom connu d'Est, de Byzance,
antérieur et distinct de celui de Taurésion et de Bederiana.
Nous préférons placer, i° Bederiana, dans une vallée encore plus élevée et plus âpre, et dans la ville moderne de Piristina, qui n'a pas de nom ancien, c'est-à-dire, entre l'IHyrie proprement dite et la Thrace; a° Oulpiana, ou Justiniane seconde , dans Giustendil , dont le territoire nous paraît l'extrémité orientale de la Dardanie.
C'est donner à ce pays une assez grande étendue au centre des montagnes.
Nous nous rapprochons ainsi de la position donnée à l'ancienne Dardanie, dans la feuille huitième de la grande carte de la Turquie d'Europe par Guilleminot et Lapie.
Cependant, ils nous semblent s'être trop rapprochés de la carte de l'ancienne Grèce de Barbie du Bocage, qui plaçait la plaine Tribal lique et les Tribal les , ancêtres des Dardanes, au nord des montagnes, lesquelles renferment les vallées ou sandjaks turcs de Piristina > Vivarina et Giustendil , et que l'on nomme Djamoru- Dagh, Domantza et Giustendil.
Selon nous, la Dardanie était un pays important, qui s'étendait sur ces trois contrées entre les i8° 3o' et 31 ° de longitude, et les 4a° et 4^° 3o' de latitude, entre la Thrace au nord et la Macédoine au sud.
Kiepert, dans sa carte, a effacé la Dardanie, sans doute parce qu'il n'a pas cru que ses devanciers en aient bien fixé la situation.
Du reste, Dion Cassius (à la fin du liv. 5i) est celui qui nous apprend la filiation des Tri balles et des Dardanes , et l'on a eu tort, par suite , de confondre le pays des Triballes avec la province Prévalitaine des Novelles de Justinien et d'Hiéroclès , quoique peut-être l'une des Novelles ait donné lieu à cette confusion.
Scopi, dont Hieroclès faisait la métropole de la Dardante, a pu acquérir cette importance, quand, au milieu des vicissitudes du règne de Justinien et de ses adversités, la Dardanie se sera étendue au sud, tandis qu'auparavant elle appartenait, sinon à la Thrace proprement dite, comme le disait Est. de Byzance, au moins à la haute Macédoine, parce qu'elle est à l'entrée de la plaine de r Axius fie Vardar).
Quant à Mérion, la troisième ville delà Dardanie, selon Hiéroclès, elle devait être intermédiaire entre la première et la seconde Justinienne, et répond soit à Kalchandelen , capitale du Tettowo, au pied oriental du mont Scardus, soit et mieux encore à Katchianik, près de la source du Lepenatz ou Lebentz.
Lapie, dans l'interprétation d'Hiéroclès (au Recueil des Itinéraires, p. 4^4 5 i845), a porté Pantalia, Tune des villes de la Dacie méditerranée , à Giustendil, en deçà de la grande chaîne, limite évidente de la Dacie; et la Justiniane seconde, ancienne Oulpiana, à Doubnitza, en dépouillant ainsi Giustendil de la similitude de son nom avec l'une des Justiniennes. En6n il a placé la Justinienne première à Uskup, ce qui nous paraît impossible, puisque Est. de Byzance connaissait ce point, sous le nom de Scopi, des avant le règne de Justinien.
11 paraît que, dès la fin du sixième siècle, les noms des Justiniennes disparurent de la carte de la Dardanie, puisque Hiéroclès, dans sa description détaillée de ces contrées , ne reproduit plus que les noms anciens.
Bederiana en effet, enfoncée dans les vallées intérieures, au milieu de hautes montagnes, et séparée soit de la côte Adriatique, soit de la Macédoine, soit du bassin du Danube et des voies de commerce , n'a pu
conserver les privilèges extraordinaires que la volonté de l'autocrate lui avait prodigués, en dépit de sa position naturelle. Il y a d'ailleurs de telles difficultés, sur la ' géographie ancienne de ces contrées, que le savant Alemanni a reculé devant elles.
Du reste, pour bien faire comprendre la position de cette ville et de la Dardanie , nous avons cru nécessaire de remplacer la carte de d'Anville par une nouvelle carte de la Dardanie européenne, d'après les belles cartes actuelles de la Turquie européenne. Son examen spécial doit être réservé à la Société de géographie, les détails ci-dessus excédant déjà la place que nous aurions voulu leur ménager.
Ludewig a pour système de chercher, dans les langues germaniques, des explications de tous les noms propres anciens.
P. 127, il a prétendu que Bederiana est un nom de pays (Bedern), et point un nom de ville ; et que Tauresium était le pays, et non la ville où Justinien prit naissance. Nous ne savons si c'est d'après son ouvrage que d'Anville a confondu Bederiana et Tauresium.
Ce dernier mot probablement dérive du Taureau; Ludewig a trouvé dans Ochrida l'étymologie du mot Ochs, taureau en slave (en allemand Ochsenfeld), et en a conclu l'identité de Tauresium et d'Ochrida-Lychnidus.
Ritter, dans ses notes sur le § 384 de l'Histoire du droit romain d'Heineccius (1765), s'est moqué de cet abus d'érudition , en faisant remarquer qu'il n'y a rien de commun entre l'allemand et le slave : d'ailleurs, qu'était-ce que le slave , au cinquième siècle de notre ère ?
Vers 492.
Justin , enrôlé dans la garde prétorienne, se rend coupable , à l'armée envoyée par Anastase contre les Isauriens, d'une faute ou d'un crime que le général Joannès-Kyrtos veut punir de la peine de mort; il en est empêché par trois apparitions ou songes, et par l'annonce qu'un jour il aurait besoin de cet homme quand il serait dans la détresse (Anecd. VI. 2). — Ce texte semble annoncer que Kyrtos tomba en disgrâce plus tard, qu'il en fut relevé, soit par Justin lui-même, soit par Justinien. Mais l'histoire n'en parle pas.
De quelle faute, âpapraSo;, s'était-il rendu coupable, et quel était alors son grade dans l'armée? On n'en sait rien.
Alemanni a trouvé dans les mss. du Vatican , parmi des fragments d'histoire, n° 96, un passage duquel il résulte : « qu'il y a eu à l'armée*; dans laquelle Justin exerçait dès lors un commandement , peut-être correspondant à celui de général de brigade, cTpa-njYÔç , un certain traitant du nom de Joannès , qui lui empruntait un peu d'argent; avec ce subside, cet homme se rendait dans les villages d'alentour, sous prétexte d'acheter des bœufs et des chameaux pour le service de l'armée. Mais il ne réalisait aucun de ces achats, et commettait de grandes exactions sur les paysans qui voulaient se racheter de ces réquisitions. Il s'enrichissait ainsi, et Justin recevait de lui de bons repas , sans en supporter la dépense, cfocptaTïjv Eow^oujjuvo;. »
Si ce récit n'est pas apocryphe, et si les rôles n'ont pas été intervertis, Justin n'était point alors général en
chef ; de telles dilapidations n'auraient pu, en ce cas, être punies que par l'empereur lui-même. Le général Kyrtos était en droit de punir Justin au moins pour son indélicatesse et la protection dont il couvrait le traitant. Mais quand l'événement se passa-t-il? L'histoire ne parle pas autrement de l'expédition contre les Isauriens, montagnards du centre de l'Asie Mineure toujours insurgés. — Mais puisqu'elle eut lieu dans le commencement du règne d'Anastase, il faut la fixer environ à l'année 49a; et on peut supposer qu'à cette époque, Justin, âgé de 4o à 42 ans, était parvenu au grade d'officier général ou de stratège.
Justin était âgé de 66 à 68 ans à l'époque de son avènement, en 5 18, et alors il était Tvu£aflp<av, c'est-à-dire très-cassé. Mais en 492 il devait être encore dans la vigueur de son âge, puisque, selon la Chronique Paschale, il a vécu 77 ans, et selon J. Malala, y5.
Pomponius Laetus , t dans son Compendium de l'histoire romaine (i5io, f° 34 v°), dit qu'après avoir été gardien de porcs depuis son enfance, ensuite de bœufs et enfin bûcheron, Justin s'enrôla à 16 ans (XVI A); mais ce savant jurisconsulte du seizième siècle ne cite aucune autorité, et il aurait dû écrire au moins XXVI : car c'est l'âge que Justin devait avoir quand il prit du service sous Zénon. <*h
Du reste, quant à sa profession antérieure, outre qu'elle résulte implicitement du récit de Procope, elle est attestée par Zonaras (XIV, § 5), disant qu'il était né de parents sans nom et obscurs, manouvrier et bouvier, £ouxdfcov xol autpopSov. Les anciens n'en disent pas davantage. Théodore Lecteur, cité par Invernizi , p. 4, note 7, comme servant d'appui à P. Laetus, dit seulement que Justin