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de l'empire s'accrût rapidement, et quesea armées fussent désertes de citoyens romains. Du reste, il ferme l'entrée des monastères aux étrangers, interdit toute communication avec les couvents de religieuses , et ordonne que les moines se surveillent réciproquement, même pendant la nuit. Il veut enfin qu'ils se livrent à des travaux manuels, autant qu'à la méditation des saintes Écritures. <- »
Il avait pu s'apercevoir que , dans son oisiveté , cette lèpre monastique était l'aliment des controverses religieuses les plus dangereuses, et tombait fréquemment dans l'hérésie et la résistance à l'autorité épiscopale.
La Novelle 85 , du a5 juin , défend aux particuliers l'achat comme la fabrication des armes offensives et défensives , livrant ainsi les populations sans défense aux invasions si fréquentes des barbares et aux attaques des brigands. — Elle n'excepte que les petits couteaux. Cette loi est curieuse, en ce qu'elle fait connaître les armes alors usitées.
Le i" septembre, par la Novelle 89, Justinien rendit une loi en faveur des enfants naturels , en condamnant la dureté des anciennes, et confirmant les droits qui leur avaient été conférés par les empereurs chrétiens. Mais il la termine par une disposition barbare, en déclarant que les enfants adultérins ou incestueux ne peuvent recevoir des auteurs de leurs jours même des aliments. Le code civil des Français (art. 762) a rétabli sur ce point la loi plus humaine de Constantin, que Justinien ne devait pas méconnaître.
La Novelle 90, du 27 septembre, autorise les juges à rejeter le témoignage de ceux qu'ils déclarent vils et obscurs, et non pas seulement des repris de justice. On sent tout ce qu'une pareille loi avait d'arbitraire. D'ail-»
leurs il leur permet de soumettre aux verges et même à la torture ceux qui leur paraissent suspects de faux témoignage.
Enfin par la Novelle 95, du I er novembre, Justinien ordonne de nouveau que les gouverneurs civils ou militaires des provinces resteront cinquante jours après la cessation de leurs fonctions, pour répondre aux réclamations de leurs administres, sous peine d'y être renvoyés à leurs frais , et punis des peines les plus graves , comme coupables du crime de lèse-majesté. Cette loi n'est-elle pas un aveu qu'il n'y avait pas de moyen légal de résistance? Et la responsabilité n'était-elle pas un vain mot? C'est ce qu'il est impossible de méconnaître, si les Anecdota sont véridiques dans l'exposé des faits.
Il faut sans doute rapporter à cette époque l'édit sans date, ou pragmatique (n° I er de la 2 e série latine) par laquelle Justinien confirme les actes des gouvernements d'Amalasonthe et d'Athalarie , ét ceux de Théodat. Cet acte législatif, nécessaire pour empêcher la réaction dont l'affaire de Praesidius était un indice, a dû suivre de près la prise de Rome en 53j.
On ne trouve que trois ou quatre lois en l'an 54o, où sans doute Justinien fut distrait par les grands événements qui s'accomplirent dans l'empire , et ne trouva plus le même plaisir ou le temps déjuger les procès et de faire des lois par rescrits.
L une d'elles, en latin, des ides ou i3 avril de l'an \i\ du règne, consulat de Justin le jeune (p. a36-a37 de l'édit. elzévirienne de i663), répond à une requête des habitants de Lygdunum, ville d'Illyrie, et non Lyon de la Gaule. Elle est contraire à tout ce que Justinien a écrit en faveur des esclaves ; car elle décide que les enfants des colons ou serfs
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qui se marient à des femmes libres (et dont la postérité aussi devair devenir libre) suivront la condition de leurs pères , afin que les domaines ruraux ne soient pas privés des bras qui leur sont nécessaires.
Ce n'est donc pas sans motif qu'on a expulsé du recueil des Novelles cette loi locale qui leur est si opposée ; mais ce fait prouve la vérité de ce qu'a dit Procope, en ses Anecdota, queJustinien avait un esprit plus léger que la poudre, et ne reculait devant aucune contradiction.
La Novelle ion", du 19 août ou du i3 septembre, n'est qu'un rescrit. Après avoir, selon l'usage du commerce maritime, fixé à 12 pour 100 l'intérêt des sommes placées (loi de 528, ci-dessus p. 33o) , elle décide, sur un simple exposé , que désormais et à toujours cet intérêt sera de 10 pour 100 pour un voyage d'un an , et de 8 pour des voyages plus courts ; mais Justinien la révoqua le a5 avril de l'année suivante, 54i (Novelle 1 10). Nouvelle preuve de la versatilité dont nous parlons.
C'est à cette année, ou à 54o, qu'il faut rapporter les Novelles i5i et 1 52, sans date, mais adressées à Jean, encore préfet du prétoire , qui paraît n'avoir été remplacé par Pétros que momentanément en 54o. L'une est relative aux malheureux décurions succombant sous les charges qui pesaient sur eux. La Novelle i52 défend de nouveau aux juges d'avoir égard aux sacrées jussions, ou pragmatiques, contraires au bien public ; mais avec une réserve qui en détruit le bienfait : • à moins qu'elles n'aient été enregistrées au sacré prétoire. »
L'édit a% adressé aussi à Jean , est encore une pragmatique ou loi spéciale aux percepteurs des tributs, laquelle leur refuse le droit d'asile quand ils ont détourné
les deniers reçus pour le compte de l'empereur : elle se montre moins sévère quand ils n'ont péché que par exaction contre les particuliers. L'empereur s'était aperçu qu'on abusait de ses lois contre les hérétiques , en exerçant contre eux des recherches pour impôts arriérés ; il les interdit; mais il fallait révoquer les lois de confiscation !
L'édit 4 e institue pour la Phénicie du Liban, dont Pal myre dépendait, et servait de barrière aux incursions «les Saracènes ou Arabes indépendants, un magistral supérieur soub le titre de modérateur, égal aux ducs militaires, avec un traitement de 10 livres d'or (io,38o fr.), et la disposition du corps des Tertio-Delmates , pour assurer l'ordre civil.
En 54 1, les Novelles sont également peu nombreuses.
Celle du I er avril, i36 e , confère aux banquiers de Constantin opte divers privilèges contre leurs créanciers et contre leurs débiteurs, et un intérêt de 8 pour 100 de leurs capitaux.
Celle n 9 108, du 3o avril , renouvelle les lois de Léon, de Justin, et de Justinien lui même, qui privent les hérétiques de leurs droits de famille. Elle constate que les patriarches de la Rome occidentale, de la Rome nouvelle, ou cité impériale, d'Alexandrie, d'Antioche qu'il appelle Théopolis, et de Jérusalem, étaient d'accord sur la foi; ce qui prouve que Vigile était, depuis 539, revemi * l'orthodoxie en adhérant au concile de Chalcédoine, et qu'il avait abandonné les évéques déchus, protégés par Théodore.
La Notelle iï 1, du I er juin , n'est plus adressée à Jean, préfet du prétoire, mais à Théodote son parent. Justinien revient sur la concession imprudente qu'il avait faite aux
églises en conservant à leurs actions cent ans de durée, au lieu de trente qui régissaient la prescription sur les actions des particuliers. Mais comme il tient toujours à ce que ces établissements soient privilégiés , il leur accorde quarante ans, tout en convenant que la loi révoquée avait ressuscité de vieux procès éteints , et comme ranimé de nouvelles plaies, à cause de la difficulté des preuves soit par écrit, soit par témoins.
La Novelle mf, du i* r novembre, revient encore sur les sacrées jussions, et en confirme l'autorité, même lorsqu'elles ne sont pas signées de la main du prince, pourvu qu'elles émanent du questeur impérial (chancelier) ou de ses bureaux. On voit quelle large porte est ouverte à l'arbitraire; c'est un nouvel échec à l'autorité des lois générales.
Enfin la Novelle 1 4 2 , du 17 novembre, défend, en termes dignes d'un prince chrétien, dont on n'a pas tenu compte même dans la Rome moderne , la castration qui a pour but de faire des eunuques et de favoriser ce commerce infâme. Des lois aux Pandectes (3, 6, i5 de sicariis) assimilaient ce crime au meurtre. Il est en effet constaté par Justinien que, sur quatre-vingt-dix personnes soumises à cette mutilation, il en survivait trois à peine. Les empereurs Domitien , Nerva , Adrien, Constantin, Léon I èr (Code, de eunuchis % IV, 4 2 )> avaient porté des lois contre cette mutilation. Mais le dernier de ces princes avait fait une exception à l'égard du commerce fait chez les barbares. Justinien dit qu'il a obtenu leur renonciation. L'histoire, par la voix d'Evagrius (IY, aa),ou plutôt de Procope (G. des Goths , IV, 3, p. 472), ne parle que clés Abasges (habitant auj. la grande Abassie), récemment convertis à la religion chrétienne.
Justinien renouvelle les anciennes lois, mais en établissant la peine du talion contre les infracteurs. N'a-t-il pas l'arrière-pensée de conserver en cela des eunuques pour les palais des grands? En tout cas, il offense la loi divine, en même temps que la décence publique. Ne devait-il pas se contenter de reléguer les coupables dans l'île de Gypsos (Gypsitis de Ptolémée, auj. Macorva, sous le 22 e d. de latit., côte occident, du golfe Arabique), peine plus efficace et plus morale?
On a cru que Justinien avait établi lui-même cette hideuse peine de la castration contre les pédérastes , au lieu de les abandonner, comme la loi française, à leur propre infamie. Il aurait mieux fait de bannir de ses palais tous les eunuques, et «le les envoyer aux armées, où plusieurs, et notamment Solomon et Narsès, se sont distin gués. Léon III, qui a régné de 717 à constate, dans une de ses lois, que, malgré les dispositions répressives de ce commerce, la corruption était telle, qu'on faisait beaucoup d'eunuques , dans des vues de libertinage.
Encore aujourd'hui (i854)il a fallu que les puissances chrétiennes intervinssent auprès du sultan pour faire cesser cet infâme commerce, si cher aux Géorgiens.
Nous reprenons l'histoire militaire de ces trois années :
En Afrique, Justinien rappela de son gouvernement Germanus, son parent, qu'il envoya plus tard à l'armée d'Orient, et le rendit à Solomon, qui gouverna modérément cette grande province et en tira de grands produits (Procope, G. des V, % II, 18, p. 493). 11 ne faut pas confondre ce général, qui était eunuque, avec son neveu
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Solomon, dont il est fort mal parlé Anecd. V, g et 10.
Le cardinal Baronius rapporte, d'après la collection Julienne, dont nous ignorons l'authenticité, sous la date de la veille des nones d'octobre (de 54o?) une lettre de Justinien à Dacien , évêque métropolitain du Byzacium en Afrique (pachalik de Tripoli), qui approuve la réunion d'un concile ou synode ; et une seconde lettTe du 4 des calendes de novembre (6n d'octobre) de Tannée suivante, par laquelle ce prince se déclare protecteur des lois ecclésiastiques, et déclare qu'il ne souffrira aucune usurpation sur les droits de la métropole de Carthage, ou de celle de la Numidie. C'est ainsi qu'en 5n Clovis, et aujourd'hui encore les princes catholiques, éclairés sur les tendances de la cour de Rome à s'emparer de l'organisation ecclésiastique des pays étrangers , interviennent pour maintenir les droits de la puissance temporelle, ou plutôt de la souveraineté nationale, qui ne permettent pas qu'un pays ait deux maîtres. Ce n'est que dans les pays où les cultes sont absolument libres que l'on peut laisser chacun d'eux organiser, comme il l'entend , sa hiérarchie sacerdotale, ainsi qu'on le voit aux États- Unis.
Mais Justinien allait plus loin; il se croyait juge de l'orthodoxie, comme s'il était infaillible, et il le déclare naïvement.
Au reste, ces lettres sont suspectes; car l'évéque Victor de Tunes, et Libératus diacre de Carthage, se taisent sur ce synode et ses suites.
En Italie, la fortune de Witigès commençait à pâlir. Malgré la supériorité numérique de l'armée des Goths sur la faible armée romaine, il ne put s'emparer de Rome, et il en leva le siège en mars 539.
Mathasonthe , mécontente de son mariage avec Witigès, sans doute trop âgé pour elle, profitait de l'absence de son époux pour traiter de la reddition de Ravenne où elle résidait (Proc, G. des Goths, II, io,p. 190). Bélisaire fit débarquer à Gênes des troupes qui s'emparèrent de Milan et du reste de la Ligurie (ibid., p. 196). Mais la place fut reprise et rasée par les Goths , assistés de dix mille Burgondes (Bourguignons), que leur envoya secrètement Théodebert, roi des Francs (ibid., II, 22, 235). L'eunuque Narsès, que Procope distingue du Persarménien du même nom , qui, avec son frère Neratius, était passé du camp des Perses au service des Romains, était venu à l'armée de Bélisaire, réduite à cinq mille hommes , avec deux raille Érules. Il s'érigea dès cette époque en rival, au point que Bélisaire fut obligé d'exhiber les lettres de l'empereur qui lui maintenaient la qualité de général en chef ; Narsès fut obligé de retourner à Byxance (ibid., II, 22, p. 235).
A cette occasion, Procope fait l'histoire des Érules, nation barbare , campée au nord de l ister , qui , ayant traversé ce fleuve , avait attaqué les Langobards (Lombards); mais, vaincue bientôt, elle avait obtenu de Justinien des terres sur les frontières de l'empire, à côté des Gépides, sous la condition de se faire chrétienne. Le reste avait émigré à travers le continent, jusqu'à Thulé, où ces Érules formèrent un État indépendant. D'après la description qu'en fait cet historien , Thulé n'est ni l islande, ni le nord des îles Britanniques, mais la Scandinavie , c'est-à-dire la Norvège et la Suède. Les Érules servaient dans les armées de l'empire, mais sans discipline ; ils étaient pillards et sans foi, et coûtaient plus qu'ils ne valaient. Par sa mauvaise administration Jus-
tinien avait laissé la population civile s'affaiblir de plus en plus; il ne pouvait entretenir les armées, dont le chiffre s'abaissa successivement dans la proportion énorme de six cent quarante mille à cent cinquante mille. Mais, en revanche, que de moines!
Jornandès, écrivain contemporain et Goth de nation, place en 54o {de la suce, des Temps, XV, p. 187) une expédition formidable des Francs en Italie, sous la conduite de Théodebert. Leurs rois n'étaient pas encore devenus des fainéants, et celui-ci se souvenait qu'il était petit-fils de Clovis. Procope, toujours plus détaillé et plus précis, raconte {G. des Goths, p. 247) que les Francs, espérant s'emparer de l'Italie, pendant que les Goths et les Romains étaient simultanément affaiblis, passèrent les Alpes au nombre d'environ cent mille hommes, sous la conduite de leur roi. Celui-ci ne se crut lié par ses traités ni avec Justinien ni avec Witigès : ces Barbares prennent Ticinum (Pavie), et, quoique se disant chrétiens et même orthodoxes, ils immolent les femmes et les enfants à leurs superstitions. Ils passent le Pô et se répandent rapidement dans les provinces du centre; mais, ne trouvant pas de vivres, et ayant perdu le tiers de leurs forces, non par le fer de l'ennemi, qui les laissa passer comme un torrent, mais par les maladies, ils rentrèrent dans la Gaule {ibid., II, a5, p. a5i).
Agathias, continuateur de Procope, en a longuement parlé à l'occasion des invasions postérieures; quant à celle-ci (I, 4, p. 20), il se borne à dire que Theudibert, successeur de Theuderic (Thierry), était le plus audacieux, le plus turbulent et le plus guerrier des rois francs. H s'était emparé du pays des Alemans, et autres
peuples voisins de la France orientale, et d'ailleurs il possédait en commun avec ses oncles Marseille et la Provence (Provincia). Il déclara la guerre aux Romains, dit-il, quand il eut appris que Justinien prenait dans ses actes les plus solennels le titre de Francicus , comme s'il eût vaincu sa fière nation. Du reste, Agathias a fait un éloge pompeux de la vertu des Francs, preuve qu'ils étaient devenus très-redoutables aux yeux des Orientaux. On en a conclu que c'étaient les barbares Alemans, leurs alliés, et non les guerriers francs, qui avaient immolé des victimes humaines, comme Procope les en accuse.
Le continuateur inconnu de Marcellinus, qui place cette invasion en 539, suppose qu'elle se termina par un traité fait entre Théodebert et Bélisaire, et que sa retraite a été payée à prix d'argent, selon la coutume de Justinien.
Grégoire de Tours, écrivain du siècle suivant, mentionne (III , 3 a) cette expédition ; mais il la défigure complètement, selon ses savants éditeurs (MM. Guadet et Tarannes, trad. 1837). Il paraît, par l'aveu de cet historien, que l'armée française fut dévorée par les fièvres, et qu'elle se retira chargée d'un grand butin.
Procope rapporte que les rois francs offrirent à Witigès un secours formidable, à condition qu'ils partageraient l'Italie. Mais celui-ci , voyant ses ressources s'affaiblir de jour en jour, préféra traiter avec Justinien. Ce prince lui offrait la souveraineté des pays au delà du Pô, moyennant la cession de tout le pays au sud de ce fleuve. Witigès acceptait la proposition; mais Bélisaire, se flattant de le faire prisonnier, s'opposa à la conclusion de ce traité. En effet, les principaux des Goths, las déjà de la domination de Witigès, l'homme de leur choix,
et pressés par la famine , préféraient se rendre à l'empereur, ou prendre Bélisaire pour leur roi. Ce général feignit de se rendre à leur vœu, et obtint leur soumission en garantissant leurs grades et leurs propriétés.
Witigès , abandonné, livra lui-même l'importante place de Ravenne et son port à l'armée et à la flotte romaine. Procope assista à la prise de possession, et déclare que si les Goths , supérieurs en force , n'avaient pas été divisés, jamais Justinien ne serait devenu maître de l'Italie supérieure. Bélisaire retint Witigès prisonnier, mais avec les meilleurs traitements, et renvoya les Goths dans leurs terres. Loin d'accepter la couronne qu'on lui avait offerte, et que les envieux l'accusaient d'ambitionner, comme lors de la prise de Carthage, ce général prudent et habile s'embarqua à Ravenne pour Constantinople, au commencement de l'hiver, et ainsi finit la cinquième année de cette guerre (Proc, II, 3o, p. 276*}.
Dans les Anecdota (I, 9), Procope a cependant porté une accusation très-grave contre Bélisaire. Quoiqu'il eût, dit-il, surpris en Sicile sa femme en flagrant délit d'adultère avec le jeune Thrace Théodose, son pupille, nonseulement il dissimula cette injure, mais il lui confia l'administration de la ville de Ravenne, comme auparavant il lui avait donné celle de Carthage ; et l'historien affirme que ce jouvenceau extorqua à ces deux villes jusqu'à 10,000 livres d'or (10 millions de francs).
Ces dilapidations, sans doute favorisées par Antonina , étaient partagées par elle, et constituèrent à Bélisaire une fortune colossale enviée de Justinien et de l'impératrice Théodora, qui n'osèrent pas d'abord l'en dépouiller, mais qui l'exposèrent à des avanies successives. Dans tous les cas , elles ont jeté sur la vie de ce général un grand
vernis d'immoralité et d'avidité, outre la lâcheté qu'il montra à l'égard de son beau-fils, Photius, qui exposa sa vie et perdit sa liberté en essayant de soustraire son beau-père au joug de ces pervers, Antonina et son amant. La postérité doit rejeter bien loin les éloges que lui a donnés Marmontel.
Procope fait, au commencement du livre III de la G. des Goths , p. a8o-i83, un grand éloge de Bélisaire, dont la bravoure, la prudence , la douceur et l'habileté, avaient paru avec tant d'éclat dans les expéditions d'Afrique, de Sicile et d'Italie. Il le loue aussi de sa chasteté; car, dans les pays étrangers, on ne manqua pas de lui offrir les beautés les plus remarquables; mais il resta fidèle à cette Antonina, plus corrompue encore et plus libertine que Théodore, à laquelle elle survécut sans recevoir le châtiment que ses déportements avaient mérité.
Cependant les Goths de l'Italie transpadane, se voyant trahis, proclamèrent, à Vérone, Ildebad , qui convoqua tous les Goths et signifia son avènement à Bélisaire, quoique celui-ci eût en son pouvoir ses enfants comme otages (Proc, ibid., II, 3oJ.
Witigès arriva à Constantinople avec Bélisaire, et sa femme Matasouthe qui l'avait trahi, selon le témoignage du continuateur de Marcellinus, et il mourut bientôt après.
Il existe de Witigès des monnaies en argent, égales en diamètre aux tiers de sous et aux monnaies d - petit brome (Mionnet, Méd. rom. t II, 4 1 5^ et notre cabinet). Celles d'argent portent en quatre lignes, dans une couronne de laurier, D. N. (Dominus noster) WITIGES REX, et au revers D. N. JUSTINIAN. AUG. avec le
buste diadème de ce prince, parce que Witigès avait offert la paix à Justinien et se reconnaissait son feudataire. Cependant les médailles de bronze ne portent que le nom de Witigès, et, au revers, invicta Borna.
Ildebad, proclamé par les Goths, au delà du Pô, n'avait d'abord que mille soldats, et une seule ville, Ticinum (Pavie), naguère prise par les Francs; mais l'envoi en Italie d'un traitant, sous le nom de logothète, améliora ses affaires. 11 s'appelait Alexandre : par ses exactions et sa fortune subite, il exaspéra les Goths et même les soldats romains qui ne voulaient plus servir. On venait de toutes parts se ranger sous le drapeau d'Ildebad. Procope a décrit les logothètes non-seulement dans cette histoire, mais dans les Anecdota (XVIII, 3, et XXIV, i et 4)* Les Romains d'Italie s'aperçurent qu'ils n'avaient en rien profité du changement de gouvernement, et durent regretter celui du grand Théodoric.
V i ta lieu , l'un des généraux romains , partit avec les Erules du territoire vénitien , attaqua Ildebad , près de Tarvisium (peut-être Tarvesède, auj. Plûgen), et fut battu complètement. Ildebad, par ce succès, acquit une grande réputation. Mais une grande jalousie éclata entre sa femme et celle d'Uraïa , l'un de ses généraux , qu'il fit périr sans aucune forme de justice, ce qui révolta les Goths. Il fit plus; il enleva la fiancée d'un Gépide nommé Vila , pour la donner à un autre; et celui-ci, pour s'en venger, l'assassina en plein dîner. — Cet événement laissa les Goths sans chef [G. des Goths , III, i).
En 539, une armée immense de Huns passa le Danube, ravagea tout le pays entre le golfe Ionien et les murs mêmes de Byzance , prit trente-deux forts en Illyrie , saccagea Cassa n drée , auparavant Pot idée, en Macé-
doine, et emmena en se retirant cent vingt mille captifs (Proc, G. des Goths , II, 4» p. 167). Ces barbares renouvelèrent fréquemment leurs irruptions. Ils attaquèrent aussi la muraille qui ferme la Chersonèse, entre le golfe Mêlas et la mer (de Marmara) à l'isthme de Gallipolis. Quelques-uns, traversant l'Hellespont, entre Sestos et Abydos, ravagèrent l'Asie (Mineure). Dans une autre expédition , ils ravagèrent l'Illyrie et la Thessalie, franchirent le détroit des Thermopyles, et pillèrent la Grèce, à l'exception du Péloponèse. En 54o, Bélisaire revenait vainqueur de l'Italie (Proc, ibid. % p. 168).
Théophane donne plus de détails sur l'invasion des Huns, qu'il appelle Bulgares (nom qui ne leur appartint que plus tard, lorsqu'ils furent définitivement établis dans la Bulgarie d'aujourd'hui).
Deux de leurs rois , dit-il , envahirent avec une grande multitude la Lysie (sans doute la Scythie), les bouches du Danube, et la Mysie (la Mœsie, aujourd'hui Bulgarie). Justin, général des Romains, fut tué. Les Barbares s'étendirent jusqu'aux frontières de la Thrace. Akoura, le Hun (peut-être le Gulloë du continuateur de Marcellinus) que Justinien avait reçu au baptême et nommé général en Illyrie , se joignit au général commandant en Scythie, vainquit les Barbares et tua leurs rois. Mais d'autres survinrent et défirent les trois généraux de Justinien; Gonstantinus, successeur de Justin, fut, comme prisonnier, racheté pour mille pièces d'or (environ i5,ooo fr.).
Comment un empire aussi étendu, et en apparence devenu si puissant par ses conquêtes en Afrique et en Italie, était il si faible à l'intérieur? C'est que sa popula-
tion était désarmée, que les monastères étaient pleins, et l'armée ancienne à peu près dissoute. Les Barbares le savaient , puisqu'on ne recrutait plus les armées que parmi eux, et rien n'arrêtait leur audace.
Une tempête, bien plus formidable encore, éclata sur les frontières de l'empire à l'orient. Ghosroès, pour se consolider, était resté fidèle au traité de 53 1, ratifié en 53a ; mais sans doute il ne voyait pas sans jalousie les succès des armes de Justinien. On a vu qu'il était entré en partage des dépouilles de l'Afrique.
Witigès, se voyant aux abois, lui envoya une ambassade pour le presser de faire diversion , en lui représentant que s'il succombait, rien n'arrêterait plus la force de l'empire. Cette mission fut confiée à des prêtres de Ligurie dont le chef prit le titre d'évêque , sachant combien Justinien respectait le sacerdoce : du reste, ces prêtres ne l'acceptèrent que moyennant de grosses sommes d'argent (Proc, G. des GotJis , II, aa, p. a36). Ils partirent secrètement pour la Thrace, et parvinrent, en faisant le tour du Pont-Euxin , à pénétrer en Perse. Ghosroès les accueillit et fit ses préparatifs de guerre (G. des Perses, II, a, p. 1 58, et II, 3, p. 166). C'était en 539.
Déjà la grande province d'Arménie, irritée des vexations que lui faisaient subir les gouverneurs successifs envoyés par Justinien, avait elle-même, par l'organe d'un descendant des Arsacides, ses anciens souverains, pressé le roi des Perses de rompre la paix et de faire irruption sur le territoire de l'empire \ ib., p. x58 à 166).
Les griefs des Arméniens consistaient : i° dans la confiscation des villages donnés à Syméon , qui avait livré à Justinien Pharangion , et qui avait été assassiné par les propriétaires de ces villages, les deux fils de Péroze; a*
h.U CHRONOLOGIE HISTORIQUE.
dans l'assassinat commis par Acace , familier de Justinien , sur la personne d'Amazaspe , neveu de Syméon, que Justinien avait fait commandant de l'Arménie, en lui donnant ces villages, et dans le choix de cet Acace pour successeur; 3° dans la contribution de 4 centenaires d'or (i million ai 4 mille fr. environ), que cet Acace leur imposa, et dans les cruautés de toute nature dont il accompagnait ses spoliations, cruautés telles qu'ils le massacrèrent; 4° dans les hostilités que Sitta, successeur d' Acace, suscita de la part des Perses, en compromettant les Arméniens, et en faisant mettre à mort les enfants et les femmes des Apétiens , grande nation (ou tribu du pays) , auxquels ce général manqua de parole, et qui le tuèrent aussi par la main d'Artaban, fils de Joannès l'Arsacide; ce Sitta, époux de Comito, était l'un des plus grands généraux des Romains, un favori de Justinien et l'émule de Bclisaire; 5° dans la perfidie de Budzès , troisième gouverneur, qui , après avoir prorais aux Arméniens de les réconcilier avec l'empereur, massacra Joannès l'Arsacide, leur chef.
On a vu , dans la chronique de Samuel d'Anian , que l'autre Arménie, la Persarménie de Procope, était déjà gouvernée par Varnus, feudataire des Perses.
En vain Justinien chercha à détourner la guerre qui le menaçait de ce côté, en rappelant à Chosroès ses serments de paix et les sommes qu'il avait reçues lors de la conclusion du traité de 53 1 (Proc, G. des Perses , II, 4).
Après l'hiver , qui ferma la treizième année du règne (54o), Chosroès envahit, au printemps, les frontières de l'empire, sur la rive de l'Euphrate, vers Circésium, fort romain.
II n'osa l'attaquer, se porta sur Palmyre, la ville de
Zénobie et dOdenath, prit Sura, ville de l'Euphrate, et choisit, parmi les captives, une femme d'une rare beauté, Euphémie, qu'il épousa, et en faveur de laquelle il rendit douze cents captifs, moyennant une faible rançon.
Budzès, général de l'armée romaine, abandonna Hiérapolis, sous prétexte de forces insuffisantes. — Cette ville, ainsi que Berrhée , furent obligées de se racheter. Germanus, successeur nommé de Budzès, accompagné de Justin son fils, s'arrêta à Antioche, n'ayant pu réunir que trois cents soldats.
Des envoyés de Justinien, Joannès, fils de Rufin, et un secrétaire intime, Julianus, avaient interdit à Germanus toute capitulation. Ghosroès demandait 10 centenaires d'or (i million 38 mille fr. environ). Sur leur refus, son armée prit la ville d'assaut; le carnage fut affreux , les Perses n'épargnant ni le sexe ni l'âge. Des femmes illustres de cette grande cité se précipitèrent de désespoir dans l'Oronte, pour éviter les derniers outrages ; Chosroès y trouva ufi butin immense, et brûla la ville, à l'exception de la grande église, et du temple Daphné consacré à l'empereur Julien, hors des portes, et aux dieux du paganisme auxquels le roi des Perses sacrifia.
On ne trouve plus de médailles d'Antioche (Théopolis) , qu'en 3i de Justinien , c'est-à-dire en 558. Cet événement, qui eut un grand retentissement, date, selon Malala, XVIII, p. 481, du mois de juin.
Les députés de Justinien convinrent de la paix moyennant un subside actuel de 5o centenaires (5 millions 190 mille fr.), et un subside annuel de 5 centenaires.
En attendant la ratification de Justinien, Chosroès visita Séleucie de la mer, s'y baigna, et sacrifia au soleil
et aux autres dieux de sa patrie. Il visita Apamée, dout il enleva toutes les richesses, après lui avoir imposé une contribution de plus de io } ooo livres d'argent. (Ci-après, p. 558.)
Il fit célébrer les jeux du cirque dans cette ville, et , comme Justinien portait les couleurs bleues des Vénètes, il affecta une préférence pour le parti des Prasiniens.
Enfin , il imposa à la petite ville de Chalcis, à 84 stades (i5 kilom. 1/2) de Berrhée, 200 livres d'or (207,600 fr.).
Repassant l'Euphrate près d'Obbanès (auj. Raca\ à 4° stades (7 kilom. et demi) du fort Barbalissus (auj. Halabieh) , après avoir ainsi dépouillé la Syrie septentrionale, et détruit Antioche, la perle de l'Orient, il se dirigea sur Edesse, qu'on regardait comme imprenable. A cette occasion, Procope raconte l'histoire d'Augaros (Abgare selon Évagrius), ami d'Auguste, qui, dans sa vieillesse, étant affligé de la goutte, offrit à Jésus Christ de lui donner un asile contre ses ingrats compatriotes, et en obtint une promesse écrite de guérison, et d'inviolabilité
pour la ville d'Edesse. Les historiens du temps ont ignoré cette circonstance; mais les habitants ont gravé la lettre sur les portes de leur ville. Procope ne croit pas à la vérité de cette tradition (II, 12, p. 209); mais il rapporte que Chosroès, arrivé à la petite ville deBatna, à un jour de chemin , tenta l'attaque de la ville , mais s'en désista, et se contenta d'une contribution de 2 centenaires d'or (207,600 fr.) payée par les habitants.
A cette époque, Chosroès reçut de Justinien la ratification du traité de subside, et offrit de relâcher les captifs d'Antioche, moyennant rachat. Les habitants d'Edesse rassemblèrent de grandos sommes d*argent pour cet objet; mais Budzès, gouverneur de la ville,
s'en empara, pour le compte de Justinien, et en eut sa part.
Chosroès continua sa retraite en mettant à contribution deux autres villes. — Il voulut aussi prendre Dat es, commande'e par le duc Martino's; mais cette ville, défendue par un double mur élevé de soixante pieds et par une tour de cent, résista; moyennant un subside de mille livres d'argent, Chosroès se retira en Per$e. Justinien, considérant cette attaque comme une infraction à la paix qu'il venait de signer, la tint pour rompue : là finit la campagne de cette première année de la guerre contre les Perses (II, i3, p. ai4)«
Chosroès fonda en Assyrie, à un jour de marche de Ctésiphon, Chosro-Antiochie, où il réunit les prisonniers qu'il avait ramenés d'Antioche après l'avoir rasée , et ceux qu'il avait faits captifs en d'autres cités romaines. Il y bâtit des bains, un cirque et beaucoup d'autres édifices ; il gratifia les habitants de son propre trésor ; il ne voulut pas qu'ils relevassent d'aucune satrapie, et leur conféra les privilèges de ville royale, en même temps qu'il en fit une ville d'asile, où les esclaves pouvaient se réfugier et devenir libres, s'ils étaient revendiqués par quelque habitant, leur parent (jtbid. s II, i4)>
Justinien et Chosroès se plaignaient réciproquement, l'un d'hostilités commises par Alamundar et ses S ara crues , l'autre d'entreprises faites sur le même prince pour le détacher de la fidélité qu'il devait à Chosroès , et d'avoir excité les Huns à faire une irruption en Perse, reproches que Procope déclare futiles (II, i, p. i54 à i56; et II, 4, p. i57 à 169).
Dans les Ànecd^ XI, 4, Procope accuse Justinien d'avoir rompu la paix avec Chosroès, après lui avoir accordé
une grande quantité de centenaires d'or pour l'obtenir; d'avoir agi ainsi par caprice et sans raison, quoiqu'il eût mis ses soins et fait tous ses efforts pour y comprendre Alamundar (et les Saracènes indépendants) ainsi que les Huns (qui venaient d'envahir ses Étals). Dans ce passage , il ne peut s'agir de la rupture du traité de 53 1, car Procope lui-même a parfaitement démontré que Chosroès en fut seul l'auteur, mais, sans doute, du traité qui termina la campagne de 54o, quand Chosroès entreprit vainement le siège de Dares.
Dans la guerre de Chosroès contre Apamée, Procope rapporte que les habitants prièrent Thomas, leur évêque, de leur exhiber le bois de la vraie croix, grand d une coudée, qu'un Syrien avait dérobé lors du supplice de J. C. Cette croix fut dépouillée de ses pierres précieuses pour la rançon de la ville, mais Chosroès laissa le bois sacré à l'évêque.
L'historien Ëvagrius, né à Apamée, dit que le fait se passa dans sa jeunesse , qu'une flamme miraculeuse éclata, et que la croix fut cause du salut de la ville (IV , 25- a6), tandis que Procope se borne à dire que ce fut la somme donnée à Chosroès pour son rachat. L'évêque Thomas se conduisit habilement pour apaiser ce prince avide et cruel, en consentant à l'accompagner aux jeux du cirque, quoique cela fût défendu, selon Evagrius, par les lois de l'Église.
Au commencement du printemps 'de 54i) (Procope, G. des P., II, i4 , p- ai5; Ànecd.^ II, i), Bélisaire fut envoyé en Perse pour y commander l'armée romaine. Les Goths,qui l'avaient accompagné à Byzance, à l'exception de Witigès, le suivirent en Orient.
Arrive à Dares, en Mésopotamie, il vint mettre le
siège devant Nisibe (Nisbin), et, ne pouvant la prendre, alla à une journée plus loin assiéger Sisaurane (peut-être Sarbane ou Dolchair), dont la garnison se rendit faute de vivres, et qui fut rasée. Justinien envoya les Perses prisonniers à son armée d'Italie, pour faire la guerre aux Goths, comme il employait les Goths vaincus contre les Perses; singulière manière de recruter ses armées, qui prouve sa détresse et son peu d'intelligence.
Cependant Aréthas, chef des Saracènes, allié des Romains et détaché de l'armée de Bélisaire, passa le Tigre, et fit en Assyrie un grand butin qu'il vint cacher en véritable Arabe qu'il était à Théodosiopolis (Circesium, auj. Kerkisieh). Bélisaire fut encore obligé de détacher de son armée le commandant de la Phénicie du Liban pour empêcher Ajamundar, chef des autres Saracènes, alliés des Perses, de piller ces provinces.
De l'avis de ses générai», Bélisaire rétrograda et évacua le territoire des Perses, l'armée romaine, composée d'hommes des régions du Nord , ne pouvant supporter les chaleurs intolérables de ces contrées. Justinien rappela Bélisaire, qui passa l'hiver à Constantinople, et ainsi finit cette seconde année de la guerre (II, 19, p. a38).
Cet événement est, selon les Anecd. (II, i), honteux pour Bélisaire. Pendant qu'Automne, sa femme, restait à Constantinople pour se livrer plus aisément à sa passion adultère pour le Thrace Théodore, et pour seconder les intrigues de Théodora contre le crédit de Jean de Cappadoce, ce général fut informé, à n'en plus douter, des infidélités de sa femme. Il pressa Photius, son beaufils, de se défaire de Théodore. Antonina se rendit en Orient pour rejoiudre son mari : après la prise de Sisaurane, Bélisaire, apprenant son arrivée, ordonna son ar-
restation , puis, sans en «lire le motif à personne, il prescrivit la retraite de l'armée. Procope, ici (H, 5), avoue que dans son histoire publique il n'a donné que les motifs ; apparents de cette retraite, mais que la raison réelle était dans ses affaires de famille, et que ce fut pour tous les Romains un grand sujet de reproche contre Bélisaire d'avoir ainsi sacrifié les intérêts de sa patrie. Antonina fut arrêtée, et dépouillée des honneurs dus à son rang : sans doute on l'avait nommée patrice selon l'usage de cette cour; mais le faible Bélisaire lui pardonna', et ce fut, dit Procope , Théodora l'impératrice qui détermina son rappel à Byzance {Ànecd. y III, i, 2).
Procope dit que Bélisaire aurait pu s'avancer jusqu'à Ctésiphon (Imam-Jafïar), délivrer les Antiochiens et autres Romains prisonniers dans ces contrées, et s'emparer des richesses de l'Assyrie, au lieu de les abandonner à Arethas (II, 7). Il résulte aussi de ce récit que Chosroès fit de grandes pertes en Colchide par la maladie, et qu'après la prise de Pétra, Bélisaire aurait pu empêcher son retour en Perse. Il ajoute (II, 8, 9) d'autres particularités. Chosroès avait envoyé les Huns, ses auxiliaires, dans l'Arménie romaine, où du reste ils avaient été battus et presque détruits par le général romain Valérien. — Les Perses, mécontents de leur situation en Lazique, accusaient Chosroès d'avoir, sans motif, rompu le traité, et allaient provoquer un mouvement, quand Chosroès saisit une correspondance de Théodora avec Zaberganès , ancien ambassadeur, et fit rougir les meneurs de leurs dispositions en faveur d'un empire gouverné par une femme.
Ce Zaberganès avait été la cause de la mort de Mebodès, celui auquel Chosroès devait sa couronne, puisque
son rang de naissance l'en excluait (G. des P., I, a3, p. 108).
Zabergan avait conseillé à Chosroès des tnesures de rigueur contre Antioche (ibid. y p. 190), et avait été chargé de traiter de la capitulation d'Edesse (ibid. 9 269). Toujours il avait été pour le parti de la rigueur. Comment Théodora espérait-elle le corrompre par des promesses?
Pour comble de malheur, Juslinien avait envoyé chez les Lazes de la Colchide , alliés des Romains , le maître des offices Pétros, le meurtrier véritable d'Amalasonthe , selon Procope. Il était d'une extrême avarice et il opprima tout le monde. Joannès Tzibus, qui fut l'un de ses successeurs, était d'une haute improbité. II obtint de Justinien l'autorisation de fonder en ce pays , sur la côte orientale du Pont-Euxin , une forteresse maritime qu'il appella Pétra, probablement Portus-Altus , aujourd'hui Batoun, ou Tzichedchari , un peu plus au nord. Il avait pour but de tenir en bride les Lazes, mécontents de la rapacité des Romains.
Il en fit un entrepôt de toutes les marchandises de l'Occident dont les peuples des contrées orientales avaient besoin, et il les vendit fort cher aux habitants du pays, qui les achetaient auparavant sans rien payer au préfet romain. Irrités de ce monopole, les Lazes traitèrent secrètement avec Chosroès , et livrèrent l'entrée difficile de leur pays à l'armée considérable que ce prince avait amenée en Ibérie sous prétexte de repousser les Huns. Secondé par Gubaze, roi des Lazes, il vint assiéger Pétra (II, i5, 17) et la prit à composition, après que Tzibus eut été tué, et les richesses par lui accumulées pillées. Son administration était telle, que la garnison romaine elle-même prit du service dans l'armée perse. Fa. 36
Cet événement, dont Justinien était responsable, par le peu de scrupule qu'il mettait, selon Procope, dans le choix de ses gouverneurs , fut cause d une guerre acharnée en Colchide, qui se prolongea pendant toute la durée du règne.
Cependant Justinien savait quelle confiance il devait accorder aux hommes corrompus dont il s'entourait. Jean de Cappadoce était son principal ministre; il lavait révoqué, puis rétabli en 53a. Cependant cet homme d'État n'était ni orthodoxe, ni même chrétien. Il était absolument sceptique; car il ne pratiquait aucun culte, et dans les églises, où ses fonctions l'obligeaient de paraître aux cérémonies publiques, il se présentait sous le costume d'une secte grecque et tenait des propos irréligieux. Quoique en cela peut-être favorable aux croyances de l'impératrice, qui favorisait les dissidents, il était jaloux de la domination qu'elle exerçait sur son maître, et travaillait ouvertement à la supplanter, en l'accusant auprès de Justinien. Il savait pourtant quels dangers il courait de la part de la vindicative Théodora ; car il se faisait garder de nuit, de peur d'être enlevé ou assassiné par des Barbares, ses émissaires secrets. Quoi qu'il en soit , il tomba dans un piège qu'elle lui fit dresser par Antonina, son affidée, après le retour de Bélisaire d'Italie. Jean, malgré la popularité dont ce général était environné, le traitait secrètement en ennemi. Quand celui-ci fut parti pour l'armée d'Orient, au printemps de 544» Antonina feignit d'organiser un complot contre l'empereur, sous prétexte que son mari n'était pas assez récompensé. Elle amena Jean , par des confidences à Euphémie sa fille , à se rendre à son palais , dans le faubourg Bufinien, pour se concerter dans un
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entretien nocturne. Mais, d accord avèc Theodora , elle avait fait aposter l'eunuque Narsès, et Marcellus pré* iet du palais, qui, après avoir entendu les propositions coupables de Jean contre son souverain, voulurent s'emparer de sa personne ; mais les gardes qui l'avaient accompagné accoururent à son secours, blessèrent Marcellus dont ils oë savaient pas la qualité, et il s'échappa. Procope pense qu'il aurait échappé à sa disgrâce, si, profitant de l'ascendant qu'il avait sur Justiriien , il se fût rendu aussitôt auprès de sa personne pour se justifier des accusations qu'on allait porter contre lui; car il lui avait fait dire de ne pas se rendre chez Antonina. Mais il se réfugia comme un coupable dans une église voisine. Theodora profita de cette fausse démarche pour le perdre.; néanmoins, l'empereur ne le fit pas juger comme coupable de complot ; il se borna à lui retirer ses fonctions et à l'exiler à Cyziqùe, où on lui assigna pour résidence lefaubourg Artacè; là, Jean dut prendre les ordres sacrés et le nom de Pétros, ce qui le rendait incapable de rentrer dans les fonctions publiques. La vengeance de Théodore ne s'arrêta pas là. Eusèbe, évêque de cette ville, odieux. aux habitants* ayant été assassiné par quelques jeunes gens, Jean ou Pétros fut impliqué dans l'accusation portée contre eux, et, quoique l'affaire déférée au sénat eût été suivie d'un acquittement fondé sur le défaut de preuves de sa complicité, il fut dépouillé de tous ses biens, et exilé en -Egypte tellement dénué qu'il ftit obligé de tendre la main pour recevoir quelques oboles. Il résida à Antinopolis (Antinoë, auj. Cheik- Abadeh), sur le Nil, dans l'Égypte supérieure. Il y avait trois ans qu'il y résidait quand Procope écrivait cette histoire (Guère des Perses, I, a5 , p. i3a). — A la
fin (II, 3o, p. 3oo), il rapporte qu'après la mort de Théodora (en 548), Jean fut mandé à Gonstantinople par Justinien. Il espérait rentrer dans ses honneurs, mais il fui obligé de continuer l'exercice du sacerdoce; et sans doute il y mourut.
Dans les Anecdota (II, 4)> Procope attribue la disgrâce de Jean , moins à sa culpabilité réelle , qu'aux artifices par lesquels Antonina sut tromper ce ministre et sa fille Euphémie. Plus loin (XVII , 9) , dans un passage d'ailleurs altéré (Note sommaire 177), il accuse Théodora d'avoir suscité contre lui de faux témoins dans l'affaire de Cyzique.
La fable par laquelle on prétend que Bélisaire , disgracié à son tour, fut privé de la vue et contraint à demander l'aumône, a été inventée ou du moins rapportée pour la première fois par Tzetzès, dans la Chiliade du onzième siècle. Au reste lui-même la révoque en doute, ce qui n'a pas empêché Mann on tel de s'en emparer , mais pour en faire un roman politique (V. Notes sommaires 4i et 177). Elle paraît avoir pris sa source dans l'infortune de J. de Cappadoce, infortune que Procope regarde comme légitimée par sa profonde corruption et les injustices qu'il commit au service de la tyrannie de Justinien. Ma la la (XVIII, 480) place sa chute au mois d'août 54 x.
A l'époque de 539, on yoit poindre le commencement d'un procès scandaleux , fait à la mémoire d'Origène en 543, et définitivement clos en 553. Pelage, apocrisiaire (légat) du nouveau pape Vigile à Gonstantinople, dénonça, sur la demande des ultra-catholiques de Palestine , où il avait rempli une mission , les écrits d'Origène (pourtant si utiles à la propagation du chris-
ANS 539-540-541. s«S
tianisme au commencement du troisième siècle) étant, en quelques passages, entachés d'opinions devenues hétérodoxes.
Le patriarche Mena favorisa cette inquisition, que le grand nom d'Origène et ses services auraient dû faire écarter, au moins comme inopportune, et comme faite plutôt pour diviser les chrétiens que pour les unir. Justinien se mêla à la querelle, par la composition d'un ouvrage, le seul qui nous soit parvenu de sa main; car ses Novelles sont l'œuvre de son chancelier. Mais l'orage n'éclata qu'en 543.
L'invasion des Francs, qui devait se renouveler en Italie; l'élection d'Illîbad, Éraric et autres princes, après la défection de Witigès ; la désaffection causée par les exactions des logothètes en Italie et en Afrique ; les irruptions des Huns; le désastre d'Antioche et la guerre de Chosroès en Lazique ; la défection des Arméniens , des Lazes et des Ibères , qu'on croyait rattachés à l'empire par la conversion de leurs princes; les invasions des Saracènes; les guerres entre les Auxumites et les Homérites, sur les frontières de l'Éthiopie et dans l'Arabie Heureuse , ne devaient-ils pas absorber toute la sollicitude du prince, et lui faire entrevoir le néant des conquêtes de Bélisaire?
Victor de Tunes rapporte que l'an 4 après le consulat de Bélisaire , c'est-à-dire en 53o. , Justinien se laissa enve*lopper dans les filets des hérétiques acéphales, et manda le pape Vigile à Constantinople pour y condamner les trois capitules des évéques non censurés par le concile de Chalcédoine. Il ajoute que Macarius, successeur de Pétros au patriarcat de Jérusalem , devint partisan des doctrines d'Origène, et mérita de perdre ce siège important où il fut remplacé par Eustochius.
56ti CHRONOLOGIE HISTORIQUE.
Mais, PeVos n'étant mort qu'en 544, Victor a dû cornmettre un grand anachronisme dans sa chronique.
Ce qui paraît certain seulement, c'est que Silvère, prédécesseur de Vigile, mourut en 53o, dans- son exil : du moins ainsi le pense Baronius , qui , dans ses Annales, porte encore Silvère comme étant. dans sa troisième année de papauté en 539 » a cause de l'intrusion de Vigile. — L 1 Art de vérifier les dates , rédigé par les savants religieux bénédictins, reporte la mort de Silvère comme l'élection de Vigile elle-même à 537. — Le savant cardinal suppose aussi que dans une lettre du 8 des calendes de juillet (•^4 inscrite au recueil des conciles et parmi les actes de Silvère , ce pontife aurait reproché à Vigile son usurpation , en relatant des circonstances dont l'histoire ne fait pas mention. Cette lettre aurait été souscrite par quatre évêques, ceux de Terracine, Fundi, Fermi et Minturne. Mais, selon Pagi, cette pièce, et une autre, transcrites par Baronius , sont absolument apocryphes, et Silvère mourut le ai juin, par conséquent avant la protestation prétendue. Proc., (Anecd.,l y 7) dit que c'est Antonina , femme de Bélisaire, qui fit périr ce pou tife , par Eugène, un de ses serviteurs.
Du reste, il n'y a aucune trace dans l'histoire eccléV sîastique que Vigile ait, après ce décès ou cet assassinat, convoqué le clergé de Rome , auquel il aurait donné sa démission, pour se faire réélire pape.
Pagi (n°* 4 et 5) nie ce fait, qui ne s'appuie pas même sur le témoignage complaisant du biographe des papes, Anastase le bibliothécaire, quoique Ma n si (ad. A. 555) y croie sur la foi de quelques actes. Pagi publie deux pièces, à la date du i5 des calendes d'octobre (17 septembre), adressées, l'une à Juslinien , l'autre à Ménas , pa-
triarche de Constantinople, par lesquelles Fl.Dominicus, comte des Domestiques , atteste que Vigile reconnaissait les quatre conciles généraux et excommuniait Anthime, Sévère et autres, qu'il avait précédemment admis à sa communion. Baronius pense que Dominions était le préfet du prétoire d'Illyrie, nommé dans la novelle 162, et qu'il était porteur d'une lettre de Justinien, par laquelle ce prince, en arrière de Théodora, invitait ce pontife à revenir à l'orthodoxie, dont il s'était séparé.
Baronius reconnaît que ces temps sont déplorables pour la considération du pontificat. En effet la papauté ne jouissait plus d'aucun pouvoir moral.
Elle était encore si mal constituée, que ses archives sont nulles; les pièces qu'on en dit extraites ont été fabriquées après coup, d'après le jugement de Pagi et autres écrivains ecclésiastiques.
Théophane, p. 33$), copié par Cédrénus, rapporte à l'an du monde 6o3a (5/fo) le passage au service des Romains de Mundus, fils de Giesmes, roitelet (Rêga) des Gépides de Sirmium , ancien allié de Théodoric, roi des Goths. Ou c'est un grand anachronisme, ou c'est un prince homonyme de celui que Justinien avait pris longtemps auparavant à son service , qu'il avait fait général en Illyrie, après l'émeute de 53a, et qui périt avec son fils dans la guerre contre les Goths en Dalmatie, en 535.
Ces écrivains disent aussi qu'après son heureuse expédition en Syrie, Chosroès méditait l'invasion de la Palestine pour s'emparer de Jérusalem , grandement enrichie par la dévotion des fidèles , et plus splendide que jamais. Quoiqu'ils soient admirateurs de Justinien, ils conviennent que les Grecs, incapables de marcher à sa rencontre , cherchaient , en fuyant de toutes parts, leur salut
où ils pouvaient , quand, en 54 i, Bélisaire fut envoyé à l'armée d'Orient.
Baronius ajoute au consul de f>4o (Justin us , fiis de Germanus , et non de Vigilantia) le nom de Paulin us, issu d'une famille consulaire, que Bélisaire aurait présenté au sénat romain, et se fonde sur les actes du troisième concile d'Orléans, tenu l'an 26 du règne de Childebert. Mais cet an 26 répond à l'an 537 ou au plus tard à 538 ; d'ailleurs, selon le P. Pagi, ces actes sont encore faux, tant l'Église abondait en faussaires. Il n'y a pas eu de consul en Occident depuis 534. Justin, au contraire, est nommé dans une inscription rapportée par Muratori et Pagi, avec la date du 8 des calendes d'avril de la quatrième Indiction.
Le savant Mansi place en 54 1 la déposition, par le synode de Gaza, de Paul, archevêque d'Alexandrie.Timothée, ancien patriarche de cette cité, avait à sa mort, en 537, laissé ce siège important dans l'anarchie ; il était disputé par Théodose et par Gainas, qui tous deux fuient appelés à Byzance par Justinien, accoutumé à intervenir dans les affaires ecclésiastiques, et qui fit nommer Paul à leur place, sans égard au droit d'élection. Théophane et autres écrivains ecclésiastiques accusent Paul de connivence avec les partisans de l'hérétique Sévère , ce qui aurait été cause de sa disgrâce. Procope rapporte les faits sous un jour tout opposé, dans les Atiecd. t XXVII, 5 2 et suiv., en disant que Paul devait y soutenir la doctrine du concile de Chalcédoine. Le prince avait recomr mandé à Rhodon, gouverneur d'Alexandrie, de le seconder de toutes ses forces. Arsène , samaritain de croyance, mais chrétien supposé, sénateur et l'un des affidés de Théodora, avait été envoyé à Alexandrie pour le sour
tenir en apparence , mais en secret pour contrarier sa mission. Arsène affecta un zèle de converti , et perdit l'appui de Théo dora . Cependant Paul requit Bhodon de soumettre à la torture et de punir de mort un de ses diacres, Psoës, qu'il accusait de résistance à son autorité. On ne sait par quel grand motif l'impératrice prit fait et cause pour ce diacre, et poursuivit Paul , Rhodon et Arsène, pour avoir agi de complicité dans ce crime. Justinien révoqua Rhodon, le remplaça par Libère, patrice de Rome, et envoya Pelage, légat du pontife Vigile, pour juger Paul : selon Procope, ibid. , § 7, Pelage et Libère déposèrent Paul de son siège. L'historien ne parle point du synode de Gaza, ni d'un jugement canonique. Rhodon, mandé à Byzance , fut condamné à perdre la tête , avec confiscation de ses biens, quoiqu'il produisît jusqu'à treize dépêches par lesquelles l'empereur lui ordonnait de se conformer en tout aux prescriptions de Paul. Arsène fut empalé à Alexandrie par Libère, en vertu d'un ordre deThéodora. Quelque temps après, Paul se rendit à Byzance, et obtint sa réhabilitation de la part de Justinien, moyennant un don de près d'un million ! Mais le pape Vigile, venu dans l'intervalle à Constantinople, s'opposa à la réintégration de Paul sur son siège , attendu que le jugement rendu par Pélage était irrévocable, et Justinien dut céder; mais il garda l'argent. Cet acte fait honneur à Vigile, qu'on était en droit de regarder comme une créature docile de Justinien ; mais peut-être fut-il soutenu dans sa résistance par Théodora. Procope cite un fait analogue sur l'avidité et la corruption de Justinien à l'égard du samaritain Faustin , sénateur et gouverneur de la Palestine, qui se racheta, moyennant de grosses sommes, de l'accusation d avoir persécuté les chrétiens, et de l'exil
&7o <:hro\olo<;ik historique.
prononcé par le sénat. Il fut réintégré , et obtint l'intendance des domaines impériaux en Palestine.
Ainsi Jiistinîen savait pardonner aux hérétiques , et même les employer quand on le payait bien (Anecdote, XXVII, $ 10 et n).
- JEvagrius, historien à peu près contemporain (IV, 3o), témoigne aussi de l'avidité insatiable de JustinTen.il parle aussi (IV, 29) de la peste qui pendant deux ans sévit à Antioche et dans les autres villes, après la prise de cette ville par les Perses. Selon lui, elle venait d'Éthiopie et elle ressemblait à certains égards à celle décrite par Thucydide. Il devait être bien informé, car il était d'Apamée.
Libératus, diacre de Carthage , en son Breviarium , ch. a3, rapporte encore les faits d'une autre façon. A l'en croire, Rhodon, FAugustalis , n'était que le subordonné de Paul; la victime désignée était, non Psoês, mais Arsène lui-même , prêtre catholique. Après son exécution, Paul nia qu'il eût donné l'ordre de le foire périr, mais il fut condamné dans un synode tenu à Gaza et présidé par Pélage, légat de Vigile, et remplacé par Zoïle. Rhodon fut condamné à mort. Cette procédure contre un archevêque-patriarche paraît régulière au chroniqueur africain, qui n'indique pas la composition du synode. On y provoqua la condamnation d'Origène.
Les détails plus précis de Procope paraissent toujours préférables ; car, quant aux documents ecclésiastiques, ils se contredisent les uns les autres, quoiqu'ils dussent être les plus respectables. Le cardinal Baronius , si crédule à cet égard , est obligé de signaler comme fausses des lettres de Justinien et un diplôme, rapportés dans la Chronique du Mont-Cassin.
Ans 54a-543-544-545.
Plus de consulats.
Ans 16-19 du règne de Justinibw et de Théodora , à
compter du i tr avril 537.
Indictions V-VI-VIII-IX. — Ans 6o33-6o36-6o3 7 de
l'ère mondaine d'Alexandrie.
Eraric , roi des Goths en 54a , et Totilas ou Baduela,
son successeur.
Nous sommes entrés dans la décadence du règne do Justinien.
Nous n'avons que quatre lois à noter en 54a. La première, du I er février, Novelle 1 15, relative à divers objets secondaires , prévoit jusqu'à quatorze cas d'ingratitude qui rendent les enfants incapables de succéder ; et les causes d'indignité chet les parents sont au nombre de huit. La profession d'une doctrine hétérodoxe , et lernpêchétnerit de la conversion à la foi catholique, sont au nômbredte'ces cas. On y remarque, à l'égard des enfants, la profession monastique équivalant à la mort civile, et celle de danseur de chiens, n° 10 ; et, n* 11, le refus d'accepter un mariage convenable, pour se livrer à la débauche. Une fille au-dessusde vingt-cinq ans est libre decon^ tracter mariage sans le consentement de ses parents.
Par la Novelle laa, du 3i mars, Justinien défend aux artisans, sous peine d'une amende triple, de se faire payer au delà des prix anciens. Ce prince n'avait aucune notion d'économie politique, ni de la liberté d'industrie.
La Novelle 116, du I er avril, défend, sons peint de
57* CHRONOLOGIE HISTOKIQUK.
confiscation des biens , d'employer ou retenir pour des usages privés les soldats de l'empire et les fédérés (barbares mercenaires). Elle établit contre les déserteurs, après trente jours d'absence, les derniers châtiments.
L'exagération de ces peines prouve combien Justinien avait de peine à recruter ses armées, et combien étaient funestes les lois qui en excluaient les hérétiques, les religieux, les marchands, etc.
Enfin, la Novelle 117, du 11 décembre, impose aux dignitaires l'obligation de doter leurs femmes. L'article 6 abolit les lois de Constantin et de Marcien , qui interdisaient leur mariage avec des femmes qualifiées abjectes , eùriXtï*, et confirme ainsi celle rendue par Justin, qui avait rendu possible le mariage de Justinien avec Théo- ] dora. Les causes de divorce admises par cette loi sont au nombre de six : l'abandon du domicile conjugal, l'adultère et l'attentat contre la vie du mari; la non-révélation au mari des complots contre la sûreté de l'Etat; le bain, ou le repas pris avec un étranger, et la présence aux cirques ou théâtres à L in su du mari.
De son côté, la femme peut répudier son mari, s'il vit en concubinage public avec une autre femme, ou s'il entretient sa concubine au domicile conjugal; s'il a accusé faussement sa femme d'adultère; s'il a porté atteinte à sa chasteté et l'a livrée à un autre ; s'il a attenté à sa vie , ou ne l'a pas protégée ou vengée d'un tel attentat, et s'il a conspiré contre l'Empire, ou n'a pas dénoncé le complot qu'il connaissait.
L'article 10 consacre expressément le divorce par consentement mutuel , si les époux font le vœu réciproque de chasteté. Justin II, par une Novelle de la première année de son règne , a rétabli d une manière générale le
divorce par consentement mutuel, malgré la doctrine catholique de l'indissolubilité du mariage.
La loi admet encore comme causes de divorce l'impuissance du mari, et l'entrée de l'un des époux dans la vie monastique. Le mari qui frappe sa femme du fouet ou des verges n'est soumis qu'à la perte d'un tiers de la dot. Le mari qui soupçonne sa femme d'infidélité est autorisé , après trois avertissements formels , à tuer celui qu'il trouve en conversation avec elle, ou l'accompagnant à l'église.
Nous n'avons qu'une loi à signaler en 543; mais c'est la meilleure de toutes les lois civiles des Novelles; c'est la 118% datée du 26 juillet. Par elle, Justinien repousse avec raison les différences que les anciennes lois avaient mises, quant à l'ordre de succession, entre les héritiers siens et non siens , entre les aguats parents de la ligne paternelle et les agnats parents de la ligne maternelle. Il veut que les successions soient déférées, selon l'ordre naturel, à ceux que le défunt est censé avoir le plus aimés. C'est le système adopté par le Code civil français.
L'année 544 ne nous fournit que trois lois. Par la Novelle i4o, du 18 janvier, l'empereur veut que les présidents (archontes) des provinces, et les autres magistratures locales , auparavant la proie des étrangers , soient élus dans une assemblée présidée par l'évéque et les principaux citoyens, et que cette élection soit soumise à son approbation, qui sera donnée gratuitement. Malheureusement, ce ne fut qu'une velléité de sa part; car Procope, dans ses Anecd., ne permet aucun doute sur le trafic qui se fit de la manière la plus étendue et la plus honteuse de toutes ces magistratures.
Par la Novelle 1 19 , du 19 janvier, Justinien autorise
les mineurs à émanciper leurs esclaves par testament, et à revenir contre leur acceptation d une succession obérée, en faisant leur déclaration devant tous les créanciers. 11 y a d'autres dispositions moins libérales, notamment celle sur l'im mobilisation des biens.
Le 9 mai (nov. iao), Justinien revient sur rinalie Habilité des biens ecclésiastiques. Il permet de les engager à long terme, et même de les vendre en cas de nécessité.
Il faut rapporter au plus tard à cette année 544 un édit, aujourd'hui perdu, par lequel Justinien condamna les éerits d'Origène. Cyrille de Scythopolis, dans la Vie de Sabas, abbé et fondateur de la Laure, dans la vallée du Cédron vers la mer Morte, raconte, S 83, que les opinions hétérodoxes d'Origène s'étaient glissées dans ce monastère et dans ses succursales; deux des adeptes, Domitien et Théodore A scidas, se rendirent à Constantinople, communièrent avec Léonce de By tance et un personnage que Cyrille appelle le pape Eusebius, quoiqu'il ne fût ni pontife de Rome, ni l'un des quatre grands patriarches. Ce ne peut être que Pelage, alors àByzance en qualité dapocrisiaire ou légat du pape Vigile. Trompant la religion de Justinien , qui, quoique se prétendant théologien, n'était rien moins que fin (car il fut souvent trompé parThéodora et d autres, et Procope lui donne le nom d'âne (sgaudari), qui lui fut publiquement jeté dans l'émeute de 53a), ils obtinrent, l'un l'évêché de Galatie , l'autre celui de Césarée de Cappadoce. On voit, par oe témoignage non suspect, que la loi sur l'élection n'était qu'une vaine formalité devant la volonté impériale. Ceci se passait en la XV' Indiction, 537.
Les disputes sur la doctrine d'Origène devinrent cependant si vives , que Gélase , abbé de ces monastères ,
ne put les étouffer. Plus tard (continue Cyrille) vinrent en Palestine Éphreni, patriarche d' A mioche, et le pape Eusèbe, à l'occasion du synode convoqué pour juger Paul, archevêque d'Alexandrie. 11 s'agit du concile de Gaza, qu'on s'accorde à rapporter à 54* (IV' ou V e Indiction). Léonce (évêque de Galatie), partisan d'Origène, vint dénoncer Gélase, qui avait expulsé les origénistes de ses couvents ; et Eusèbe ordonna , on ne sait en vertu de quelle autorité, s'il n'était pas légat ou pape (car Pétros était alors archevêque de Jérusalem), leur réintégration. L'abbé Gélase dénonça à son tour les écrits origénistes à Éphrem; et ce patriarche, de retour à Antioche, les anathématisa. — Les origénistes essayèrent de leur côté de faire condamner Éphrem par le patriarche de Jérusalem, apparemment leur secret partisan; mais celui-ci n'osa frapper un coup si hardi, et se borna à en référera Justinien, qui, dit Cyrille, porta son édit (ioucTov) contre les dogmes d'Origène. Pétros étant mort en 544? cet édit est probablement de la même année ou de la précédente. Les annales ecclésiastiques parlent, en 543, d'un écjit çle Justinien contre les trois chapitres que soutenait l'Église d'Afrique.
Il paraît que ces deux édita n'en faisaient qu'un , et qu'il a été rejeté du corps des Novelles quand cette querelle théologique fut apaisée; ce qui, à l'égard des trois chapitres, et même des doctrines d'Origène,- ne fut consommé que dix ans plus tard , dans le concile de 553.
Quoi qu'il en soit , à cette époque , Alexandre , évêque d'Abila ou Abèla en Palestine, refusa de souscrire à la condamnation d'Origène , et ne fut pas dépossédé.
Il paraît que .cette tolérance, si peu naturelle à Justinien, fut du,e à l'influence de Théodore Ascidas, qui, se-
Ion Cyrille, dominait dans le palais impérial; il ne résidait pas dans son siège , sans doute parce qu'il était une espèce de ministre des cultes à la cour. En effet , il s'entendit avec les apocrisiaires de la sainte résurrection pour suspendre Pétros , archevêque de Jérusalem , provocateur de l'édit. Celui-ci ne conjura l'orage qu'en cédant et rétablissant dans la nouvelle Laure les origénistes protégés par Théodore Ascidas. Par ce fait l'édit de Justinien remonte à 543. Ceux-ci se portèrent au nombre de trois cents contre la grande Laure, qui n'échappa à leur invasion qu'au moyen du secours des moines du Jourdain. La grande Laure en porta ses plaintes par l'organe de Gélase, son abbé, à Constantinople , au très-pieux empereur. Mais l'évêque-ministre lui fit fermer l'accès du palais, et l'abbé mourut à son retour, au mois d'octobre de la IX e Indiction , c'est-à-dire en 546. Alors les hétérodoxes triompheront (5 86), et élurent pour abbé, successeur de Sabas, un origéniste du nom de Georgios, et en expulsèrent Joannès, qui avait le titre devêque, et auquel Cyrille donne celui de saint. Georgios fut lui-même expulsé de la Laure sept mois après son installation , sous prétexte de luxure et d'infamie dans ses mœurs. Alors le patriarche (Macarius , successeur de Petros en 544) fit élire Cussianus de Scythopolis, qui mourut dix mois après, l'an 16 de la mort de Sabas, c'est-à-dire en 547. Les pères (moines) de la grande Laure élurent à sa place Conon de Lycie, qui se rendit à son tour à Constantinople, pendant que les origénistes de la nouvelle Laure se divisaient eux-mêmes en deux sectes, dont l'une s'appela la Société des isochrists , et eut pour protecteur Théodore Ascidas, maître des affaires ecclésiastiques à Byzance (Cyrille, § 89). Malgré son crédit, l'abbé