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tantinople, Éphèse et Chalcédoine, qu'il revêt de sa sanction impériale en jurant de ne jamais s'en écarter, promesse à laquelle il fut infidèle à la Gn de son règne. Autour de lui , Théodora, Tribonien et Jean de Cappadoce, ses ministres, n'en étaient pas les partisans. Justinien était d'ailleurs incompétent pour traiter de pareils sujets. Néanmoins le pape Jean l'en félicita en 534*
Le i5 des calendes de décembre, 17 novembre (I, 3, 54), Justinien établit la peine capitale contre les ravisseurs des femmes consacrées à Dieu, parce qu'il ne s'agissait pas seulement de venger la société de ces ottentats, mais de putiir l'irrévérence commise envers Dieu. Il autorise les parents à mettre à mort les ravisseurs et leurs complices, sans craindre de donner trop beau jeu aux passions, et de livrer des innocents à la vengeance des particuliers. Leurs biens sont dévolus au couvent ou à l'église.
Cette loi est adressée à Hermogène, maître des offices, négociateur des traités avec la Perse, alors de retour à Constantinople.
Un jurisconsulte français , Tiraqueau , sur cette loi, demandait ce qu'il faudrait décider si le rapt était fait par la religieuse elle-même; et un autre légiste dit que la peine était arbitraire si elle avait consenti.
La loi sans date qui suit (1,3, 55) défend aux parents d'empêcher leurs enfants de se faire moines ou prêtres, et de les déshériter pour ce motif; au contraire, ils leur doivent le tiers de leur biens (quadrantem) ; ceux ci, s'ils abandonnent les monastères ou les églises pour rentrer dans le monde, perdent cette fortune, qui passe au lieu saint qu'ils ont quitté.
Au moins, à cette époque, on ne ramenait pas par
4 r,4 CIIKONOLOGIK HISTORIQUE,
force les moines dans leurs couvents, qui netaient pas cloîtrés; aujourd'hui la liberté des cultes et la suppression des vœux perpétuels ont détruit de droit toutes les clôtures. Les religieux conservent leurs biens , à l'exception pourtant de la portion réservée, au profit seulement des communautés de femmes, les seules qui soient légalement reconnues.
Par une troisième loi du même code , adressée à Jean, préfet du prétoire, rétabli après l'émeute de 53a dans ses fonctions, Justinien (1,3, 56) règle les détails d'exécution, de manière que les fiancés mômes puissent, en rendant les arrhes, entrer dans la vie religieuse. Il est défendu aux juifs , aux païens et aux hérétiques d'avoir à leur service des esclaves chrétiens, sous peine d'en perdre la propriété. Ceux-ci , en effet, sont par là même émancipés ; bien plus , il statue que si des esclaves non chrétiens veulent se convertir, ils seront mis en liberté, aussitôt que l'Église les aura reconnus, sans que les maîtres soient indemnisés : c'est ce qui arrivait surtout dans le diocèse d'Afrique, nouvellement conquis.
Cette loi, Justinien la sanctionna par la menace d'une peine pécuniaire, et même d'une peine capitale.
Le despotisme a-t-il jamais eu un langage plus odieux envers la propriété, et ne valait-il pas mieux déclarer l'esclavage contraire aux lois naturelles, divines et humaines, que d'émanciper les esclaves partiellement, par cette prime donnée à l'hypocrisie et à la fraude!
Enfin , par une loi latine et grecque, du 17 des calendes de janvier (16 décembre 533), adressée au sénat et au peuple , ainsi qu'à toutes les cités de la terre habitée , Justinien se félicite « de ce que la Providence Ta comblé de ses faveurs. Après avoir en effet assuré la paix pcrpé-
tuelleavec les Parthes (Perses), anéanti la nation Vandale et réuni Carthage et l'Afrique tout entière à l'empire, il est parvenu à rendre aux lois anciennes, mortes de vieillesse, une nouvelle beauté: ce qu'on n'avait jamais espéré auparavant, et ce qu'on croyait impossible à l'esprit humain, la loi romaine qui , depuis la fondation de la cité, s'était accrue jusqu'à son temps, pendant près de quatorze cents ans, a été refondue de manière qu'il n'y reste rien de contraire , d' 'identique ni de semblable , et qu'il n'y a jamais de doubles lois sur chaque cas particulier. Les jurisconsultes de tous les pays ont néanmoins vainement travaillé pour concilier les textes contraires et redondants; il y a même des Tables des Immo.
« Le travail entier a été confié à Tribonien, cet homme élevé, maître des offices, et cependant questeur du sacré palais (fonction dont il avait été destitué sur la clameur populaire en janvier 53a, et dans laquelle il a été rétabli). Tribonien l'a accompli avec d'autres hommes illustres et très-versés dans la jurisprudence. Mais S. M. y a joint ses recherches; elle a corrigé tout ce qu'elle y a trouvé de douteux et d'incertain, et, inspirée par l'esprit céleste, elle l'a rédigé dans la forme compétente. »
Après ce préambule, emphatique et faux, Justinien rappelle « qu'il a renfermé dans le code déjà publié sous son nom Préfulgent (alors soumis à une révision) les constitutions impériales; mais, ce qui était plus ardu , il a ordonné de réunir en un seul texte les écrits si étudiés de l'antiquité, au nombre d'environ deux mille volumes, et composés de plus de trois cents myriades de versets (trois millions), ce qui a formé cinquante livres, dégagés de toute ambiguïté et de tout ce qui était séditieux, F*. 30
et environ cent cinquante raille versets, subdivisés en sept parties , selon leur nature et les règles de l'art; nous les avons, dit-il, appelés Digestes ou Pandectes. »Ce dernier mot est légitime ; niais, loin que la matière ait été digérée dans les Pandectes, les matières y sont distribuées sans aucun ordre logique, ce qui a fait le désespoir des jurisconsultes et a empêché les auteurs mêmes de cette compilation d'apercevoir les répétitions et les lacunes de chaque titre.
Enfin Justinien a ordonné la confection d'un traité abrégé des lois, sous le titre d'Instituts, en quatre livres, et, quoique l'ordre logique n'y soit pas non plus observé, cet ouvrage n'en a pas moins rendu un service signalé. Les Pandectes renfermaient déjà les maximes du droit et de l'équité, rédigées avec une précision, une force et une éloquence admirables. Les Instituts ont fait un très-utile exposé de la législation romaine. Plût à Dieu que les législateurs d'Athènes et des anciens empires nous eussent laissé un tableau semblable des institutions de leurs pays respectifs! On ne serait pas obligé de les chercher dans les écrits abrégés et incomplets d'Aristote, dans les orateurs, dans les historiens et dans les poètes. La Chine seule a rempli ce devoir, mais on n'a connu que depuis peu ces travaux.
Ces compilations de Justinien ne contiennent presque rien qui lui soit propre, dans ce que la législation romaine a de beau et de grand ; mais il a conservé une immense quantité de textes , qui sans lui seraient perdus pour le droit et pour l'histoire.
Son défaut de modestie révolte sans doute, car il n'a pas obtenu le résultat qu'il voulait atteindre , l'unité de l«*^islation ; lui-même en a été cause par ses Novellcs ,
qui ont tout bouleversé; mais la découverte au moyen âge de ses livres a fait renaître la science du droit et a servi à combattre la féodalité; elle a donné à l'enseignement de la jurisprudence une face nouvelle. Ses codes ont été enseignés dans les grandes universités de l'Europe; enfin, ils sont une source d'instruction en exerçant l'esprit, et fournissent eux-mêmes les moyens de combattre les fausses doctrines que Justinien a fait prévaloir pendant son règne.
Dans le préambule de cette célèbre constitution, Justinien prend pour la première fois, ainsi que le prouve au moins le texte grec, les titres d'Alamanicus, Gothicus, Francicus, Germanicus, Anticus, Alanicus, Vandalicus, Africanus, outre ceux de pieux, heureux , illustre, vainqueur, triomphateur, toujours Auguste.
Il n'a pas osé prendre celui de Parthicus ou Persicus; car il a été aussi souvent vaincu par les Perses qu'il en a été vainqueur. Son triomphe sur les Vandales et sur les autres populations africaines est en effet le seul dont il put alors se vanter.
Ludewig, néanmoins, a cherché à le justifier de cette usurpation en disant, § 78, p. 378 et suiv., que sa guerre contre les Goths, quoique commencée trois ans plus tard, l'autorisa à prendre le nom d'Alamanicus, de Francicus et de Germanicus, parce que les Goths eurent pour auxiliaires des Francs, des Allemands et des Germains, alors distincts d'origines; v. § 114, p. 485 et suiv., pour les Francs; § 116, pour le titre Alamanicus. A l'égard du titre Anticus, il vient des relations que Justinien eut avec eux bien plus tard (Procope, G. des Goths, I, 27, et III, 49 et i4), Ludewig. § 1 18, p. 5i3. — Il y a eu des Alains mêlés aux Vandales, et des Alains asiatiques,
ceux dont parle Procope, G. des /\, II, 29. Quant aux Africains, ce sont les Maures qu'il va in qui t après les Vandales, ainsi qu'on le voit dans les livres des guerres contre les V andales. Justinien lit d'ailleurs la guerre à bien d'autres peuples. Ludewig, § i35, convient pourtant qu'il en faut excepter les Anglais , dont il n'est parlé dans l'histoire de cette époque (Procope, G, des Goths , IV, ao) que comme émigrant en France, et comme ayant donné lieu à Théodebert de simuler l'envoi de députés de cette nation à Justinien.
C'est en cette année que, selon Procope, auquel il faut toujours revenir pour avoir les notions militaires les plus détaillées et les plus sûres, eut lieu l'expédition d'Afrique j elle fut débattue dans le conseil, et regardée comme très-incertaine, à cause de l'échec éprouvé par l'empereur Léon. Elle y trouva pour contradicteurs Jean, préfet du prétoire, c'est-à-dire principal ministre, et le préfet du trésor ou ministre des finances ; l'armée, qui craignait les dangers de la navigation, était indifférente ; mais un évêque d'Orient pressa le prince de mettre fin à ses hésitations , en lui promettant l'appui du ciel, pour délivrer les chrétiens d'Afrique de l'oppression , disant avoir eu à ce sujet une révélation à laquelle crut Justinien (Procope, G. des Fand., I, 10, p. 356). Sur ces entrefaites, un des citoyens de Tripoli* d'Afrique promit de livrer cette province , et Justinien y envoya un général à la tête d'une petite armée.
Un Goth , nommé Godas , commandait en Sardaigne , en payant un tribut à Gélimer. Il aspirait à l'indépendance, et fit alliance avec Justinien , qui lui envoya six cents hommes avec le général Cyrille.
Justinien confia le commandement de l'armée principale à Bélisaire, et ne lui donna que dix mille hommes d'infanterie et cinq mille de cavalerie, y compris les auxiliaires barbares, c'est-à-dire six cents Érules, et six cents Massagètes. La flotte était de cinq cents navires, portant vingt mille matelots; quatre-vingt-douze seulement de ces bâtiments étaient propres au combat ; on les appelait dromons. Bélisaire, général en chef, était originaire de la Germanie située entre les Thraces et les Illyriens, c'est-à-dire sans doute de la Dardanie. (lbid. y p. 36i.)
Ainsi donc, Fan y du règne de Justinien, qui avait commencé au I er avril 533, vers le solstice d'été Quin), l'archevêque de Constantinople , que par une habitude d'archaïsme, et non par manque de respect, Procope appelle 'Apxispibç, grand prêtre, ou chef des prêtres, vint bénir la flotte et l'armée, et célébrer le baptême d'un soldat qui en faisait partie (I, 12, p. 36a). Ce soldat n'est autre que Théodose , l'eunomien converti, qui devint l'amant d'Antonine et de Théodora, ainsi que Procope l'a raconté très-longuement dans les Anecd. Procope faisait lui-même partie de l'expédition, qu'il redoutait, mais dont le succès lui fut révélé en songe {ibid. , 363). Ce trait prouve combien les esprits les plus éclairés à cette époque étaient crédules; car il décrit ce songe.
Le préfet du prétoire, Jean de Cappadoce , malveillant pour l'expédition , ne lui fournit pas de vivres sains, et cependant il n'encourut pas la disgrâce de Justinien (i3, p. 369). Il fallut seize jours à la flotte* pour arriver en Sicile, et l'on manquait d'eau potable. Là elle trouva des vivres et des secours de la part d'Amalasonthe, mère
et régente d'Athalaric , enfant, roi des Goths. Procope, en vertu d une mission à lui confiée par Bélisaire, obtint des renseignements sur la situation des affaires en Afrique. Gélimer avait envoyé une partie de ses troupes en Sardaigne. Le reste était campé à Hermionè du Byzacion , à quatre jours de marche du rivage. Sur cet avis, Bélisaire passa devant Gatilos ctMelita (Malte), qui séparent la mer Adriatique de la mer Tyrrhénienne , et vint débarquer dans le Byzacion, àCaput-Vada, Ke:paXVBpor/ouç, à cinq jours de marche de Carthuge (I , i4, p. 372).
Le Caput-Vada, ou Vadorum de Corippus, n'est marqué que sur les caries de l'ancien stadiasme, planche XXIII des Petits Géogr. grecs, de M. Ch. Mùller, au nord de l'île Cercina , à 35° 9', près de Ruspa? (Shebba), à Ras-Kaboudia , côte orientale.
On employa trois mois dans cette navigation (I, i5, p. 377), en sorte qu'on n'arriva sur la terre d'Afrique que lors de la récolte des fruits (ibid., p. $78), ou vers la fin de septembre, en octobre selon Théophane.
L'empire d'Orient était donc déjà réduit à une bien grande faiblesse, puisqu'une expédition à laquelle Justinien attachait tant d'importance , et qu'on craignait de voir échouer, ne put réunir qu'un si petit nombre de troupes de débarquement! Les Vandales avaient une armée de 80,000 hommes, et les Maures indigènes pouvaient y joindre des forces considérables. Aussi Bélisaire eut-il l'habileté de chercher son succès moins dans la force des armes que dans les négociations. Il recommanda à ses troupes de ménager les indigènes , avec lesquels il fit des traités, parce qu'il les savait opprimés par les Vandales; sans doute il attendait aussi une grande diversion morale des orthodoxes , animés de passions violentes con-
tre les Ariens, qui étaient devenus Péglise dominante. Il se porta sur Carthage, jusqu'à 35o stades (55 kilomètres), à travers rHermionè(Zengitane de Lapie), par Syllecton (Sallecto) et Adramite (Susah) ; puis il campa à Chrasis , bourg à 3o8 stades dans l'intérieur.
A la nouvelle de l'approche de Tenuemi, Gélimer tit mettre à mort, par son frère Ammatàs, Hildérick, son prédécesseur et son proche parent, dont il avait usurpé le trône, et les chefs les plus distingués de son parti.
L'armée romaine vint camper à Décimon , à 70 stades (i3 kilomètres) de Carthage, près de Tunes (auj. Tunis) ; là se décida la première bataille , dans un engagement d'avant-garde entre le général romain Joannès et Ammatàs. Celui-ci fut tué, et ses troupes poursuivies jusque sous les murs de Carthage. En vain Gélimer, à la tête d'une armée supérieure en nombre, s'avança pour rétablir le combat; il eut d'abord l'avantage , mais il ne sut pas en profiter, et Bélisaire le força de fuir à l'ouest, du côtédeBulla(auj.El-Kef), ou à Media selon Théophane.
Cependant la flotte et l'armée romaine entrèrent dans Carthage, dont elles réparèrent les fortifications. Les vainqueurs se conduisirent avec beaucoup de modération. Les prêtres ariens s'enfuirent (S 18 à a3). Procope s'étonne de la facilité de cette conquête. Elle s'explique, non-seulement par l'inhabileté de Gélimer et sa cruauté envers le parti d'Hildérick , mais aussi par la désaffection des indigènes, qui supportaient avec impatience le joug des Vandales et des Alains, nations étrangères. Leur domination était si peu consolidée , que les chefs maures demandaient à Byzance la confirmation de leurs commandements.
En vain un autre frère de Gélimer , Tzazon , reprit la
Sardaigne, en tuant Godas, allié de Justinien. En vain Gélimer envoya-t-il solliciter des secours à Theudis, alors roi des Goths d'Espagne (Proc, I, 24); il resta isolé à Bulla. Tzazon évacue la Sardaigne (I, a5). Une nouvelle rencontre a lieu entre les Romains et les Vandales à Tricamaro (140 etades ou 4 kilomètres et demi de Carthage), sur la petite rivière qui coule dans ces déniés (le Bagradas). Tzazon, qui commande l'avantgarde, est tué, comme l avait été Ammatàs, avec perte de huit cents hommes , tandis que les Romains n'ont que cinquante hommes tués. (Victor de Tunes donne aux deux frères de Gélimer, tombés dans cette campagne, d'autres noms que Procope.)
Gélimer était âgé; et, au lieu de livrer bataille avec le gros de ses troupes , il se sauva en Numidie avec sa famille et un petit nombre de fidèles; les Vandales, se voyant ainsi abandonnés, se soumirent à Bélisaire qui les traita avec beaucoup d'humanité. Le camp fut pillé, et le général romain s'empara de toutes les richesses que Genséric avait, quatre-vingt-quinze ans auparavant, enlevées en Italie, et de celles que ses successeurs avaient accumulées pendant une si longue occupation , dans un pays d'ailleurs très-riche (II, 3, p. 4 a 3). Ces résultats furent obtenus en trois mois, depuis l'entrée des Romains à Carthage (au mois d'octobre), et la campagne finit vers le milieu de décembre. (Ibid.)
Bélisaire envoya Jean d'Arménie et deux cents cavaliers à la poursuite de Gélimer, avec ordre de le ramener mort ou vif, sans le laisser respirer. Jean était à la veille de le prendre, quand il fut tué par accident. Bélisaire s'était mis aussi à la poursuite de Gélimer jusqu'à Hippo- Region (Bone). Mais déjà le roi des Vandales s'était réfugié
sur le mont Pappua, à l'extrémité de la Numidie, dit Procope , mont abrupt de tous côtés , habité par des Maurusiens (Maures sauvages) et surmonté d'une ville appelée Medeos (II , 4> p. 4 2 7)- N'ayant pu franchir ces rochers , Bélisaire en confia la garde à Pharas , chef des M ru les, qui lui-même, après une tentative inutile, se borna à envelopper Gélimer, de manière à lui fermer toute retraite ultérieure. — On serait tenté de chercher Medeos dans Millevis de la carte de Lapie (auj. Mila); mais cette ville est située dans une plaine , et Medeos était sur le haut du Pappua. Un mémoire de M. Carette, lu à l'Académie des inscriptions et belles-lettres le 10 août i838, nous apprend que ce mont dominait la ville d'Hippo , où était le palais des rois de Numidie , quoique leur capitale fût à Cirta (Constantine). Il plongeait au nord jusque dans la mer. « Au premier abord, dit cet habile officier (p. 10) , il semble que de la base au sommet c'est une seule pente; mais de larges couches , projetées sur les flancs , accusent de profonds ravins. Aussi était-ce dans ces retraites abruptes que les Numides sauvages avaient fui la conquête et que quelques moines avaient cherché un asile. Du reste, le pays renferme des arbres à fruit de toute espèce, quelques champs cultivés, des prairies et des rochers. *
Bélisaire prit à Hippo Boniface , originaire du Byzacium, ministre de Gélimer > qui l'avait envoyé auprès de Theudis, en Espagne. N'ayant pas réussi, Boniface revenait en Afrique. Il fut forcé par une tempête d'aborder au port d'Hippo, pendant le séjour de Bélisaire. Il traita avec ce général pour la remise des richesses de Gélimer, dont il obtint une part considérable. Bélisaire s'empara aussi de la Sardaigne et de l'île de Corse, au-
paravant appelée Cyrnos; puis il fit occuper Césarée, de la Mauritanie, grande ville maritime (aujourd'hui Cherchel , à l'ouest d'Alger), à trente jours de marche de Carthage; il envoya un de ses officiers jusqu'aux colonnes d'Hercule, au port de Gadera (Cadix), et au fortSepton (Septem fratres), auj. cap Septa, près Ceuta. Enfin il fit occuper les îles en deçà du détroit , Ebuse, Majorique et Minorique (Ivice, Majorque et Minorque (II, 5, p. 43o).
Mais ces possessions ne furent que précaires; la domination romaine ne s'éloignait pas des villes du littoral.
Bélisaire revendiqua aussi Lilybée de Sicile, comme appartenant aux Vandales ; mais Amalasonthe , au nom du jeune Athalaric, répondit que cette ville appartenait en réalité à la Sicile, et qu'elle n'en avait été momentanément détachée que pour servir de dot à une princesse de sa famille , que Théodoric son père avait donnée pour épouse à un prince vandale. Cette princesse, Araalafrida, avait péri de mort violente, et l'un des premiers actes de sa régence (Cassiod., IX, i) avait été de demander réparation du forfait à Hildérick, successeur du meurtrier.
La revendication de Bélisaire n'eut pas pour le moment d'autre résultat.
Évagrius (IV, 16) se borne à analyser en quelques mots, d'après Procope, l'expédition contre les Vandales, dont il fixe le commencement à la saison d'été.
On a du poëte latin Corippus, écrivain famélique, contemporain de Justin II, mais alors avancé en âge, des vers élogieux pour Justinien et Bélisaire , à raison des guerres libyques.
Dans un poème en sept chants, intitulé la Johannide (publié en i836, avec plus d'exactitude , par Imm. Bek-
AxN 533. 47&
ker), consacré à un héros secondaire, Corippus remonte à la première expédition de 533, dont le général Joannès, qui s'était distingué déjà dans les guerres contre les Perses, fit partie. Il y fut chargé (1 , 35o) de l'exploration des rivages du Byzacium , et assista au débarquement de Bélisaire au Caput Vadorum (I, 36j). Les détails que renferme ce poëme sont relatifs aux événements postérieurs, auxquels son héros continua de prendre part. 11 en était fort instruit, étant Africain lui-même. Corippus a dédié son ouvrage aux procérès ou magistrats de Carthage.
Marcellinus , dans sa Chronique , a reporté à l'indiction XII e , et au quatrième consulat de Justinien , c'està-dire en 534, tout à la fois la conquête de Carthage et la prise de Gélimer. C'est au troisième consulat de Justinien et à la Xl° indiction (533) qu'il place la conclusion de la paix avec les Mèdes ou Parthes , opérée par l'entremise de Bu fin etd'Hermogène, après un immense /«beur,
Victor de Tunes, aussi contemporain, prétend que Justinien reçut la Visitation de Lœtus , évêque d'Afrique, martyr sous Hunéric, roi des Vandales, et que cette apparition le détermina à l'expédition d'Afrique; il appelle les deux généraux tués dans la campagne Gunthimer et Gébamandus, frères du roi Gadingès. Il rapporte avec raison à la quatrième du consulat de Justinien, c'està-dire 534 , la captivité de Gélimer et son entrée à Constantiuople comme prisonnier. Mais il paraît confondre, comme Marcellinus, deux années en une.
J. Malala, dans sa Chronique, devient désormais plus bref : il mentionne (XVIII , p. 476) la publication dans toutes les églises de l'empire de l'édit sur la foi ortho-
doxe, ajoutant qu'à cette époque Justinien célébra son troisième consulat et rappela de l'exil les patrices Olybrius et Probus; mais ce récit même prouve l'usage où était Justinien de confisquer les biens des dignitaires en disgrâce, ainsi que Procope le lui reprocbe si souvent dans les Anecdota.
La Chronique paschale ne dit rien des événements militaires; mais elle mentionne un tremblement de terre arrivé à Constantinople au mois de décembre; il effraya tellement la population, que celle-ci, attribuant ce malheur aux nouveautés religieuses, objet de la prédilection de Justinien, s'écria: Toile (brûlez) (le livre contenant les actes du concile de Chalcédoine). Au lieu de déférer à ce vœu , étrange d ailleurs, et qui ne prouve pas une grande soumission à l'autorité ecclésiastique, Justinien publia , le 20 du môme mois, en la XII e indiction, sa seconde profession de foi sanctionnant ce concile et les précédents. Dans sa traduction latine, L. Dindorf a rétabli la XI e indiction.
On a vu que l'édit était, non du ao décembre, mais des ides de mars , et du troisième consulat de Justinien, c'est-à-dire en effet de la XI" indiction, finissant au 3i août de 533. Mais, la suscription de l'édit prouve qu'il a été successivement adressé aux villes les plus importantes de l'empire; il faut croire que celle où résidait l'auteur resté inconnu de cette chronique ne le reçut qu'après le 3i août, c'est-à-dire pendant la XII e indiction.
Théophane place à l'an i er du pontificat de Jean à Rome, c'est-à-dire à l'an 533, A. du monde 6oa5 , une excursion que la très-pieuse impératrice fit aux thermes ou bains chauds des Pythies, accompagnée de Ménas, le préfet, du patrice Elias, comte des largesses, d'autres
dignitaires , et des cubiculaires et spatathaires (garde prétorienne) au nombre de 4,ooo. Elle fit beaucoup de dons aux églises et aux monastères , ainsi qu'aux maladreries.
Gibbon (cb. XL, i) suppose que ce voyage eut lieu en 548 (i3 ans après, au moment delà maladie qui fit périr Théodora). C'est un anachronisme évident; le cancer dont elle fut atteinte, en 5^7, ne permettait pas à l'impératrice de songer à un tel cortège, qui est représenté par Théophane comme une démonstration orgueilleuse et superbe, tandis qu'en 533 elle était en pleine santé.
Ce chroniqueur rapporte à l'an du monde 6026, répondant aux qua très derniers mois de 533, l'exil d'un personnage que Malala suppose rappelé cette même année. Il s'agit de Priscus, consulaire, sorti du corps des notaires impériaux, qui encourut la haine de Théodora, fut exilé à Cyzique, et ordonné diacre avec confiscation de ses biens.
Il y a, comme on voit, une contradiction formelle entre ce témoignage et celui de Malala. Procope, dans les Ânecd.y XVI, 3 , parle d'un certain Priscus, l'un des secrétaires de Justinien, Paphlagonien très- corrompu, favori de son maître, qui osa lutter contre le crédit de Théodora, et en fut puni par un enlèvement dont elle prit l'initiative, en le faisant ordonner prêtre malgré lui.
Malgré l'analogie du nom, de l'origine et de la fin du personnage, il faut croire, par respect pour la véracité des historiens, que l'on a confondu deux personnages.
Théophane raconte ensuite, p. 293-3o8 , assez longuement la guerre contre les Vandales, et la conquête de l'Afrique par Bélisaire. Mais, à deux cent cinquante
ans de distance, que pouvait-il ajouter aux détails si complets de Procope?
Cédrénus analyse en quelques lignes les faits militaires de l'an 6 et de l'an y de Justinien , en disant que Procope les a décrits en huit livres", ce qui n'est nullement exact, la guerre des Vandales n'en renfermant que deux. Il suppose qu'après avoir confié à Pharas la poursuite de Gélimer , réfugié en Numidie dans le mont Pappua, Bélisaire retourna à Constantinople , et revint après l'hiver, avec une armée innombrable et une immense Hotte, et soumit l'Afrique, après quoi il prit Gélimer et ses richesses. Ce double voyage est imaginaire.
Zonaras , en résumant ces événements (XIV, 7, p. 65- 66), se conforme à Procope. Il ajoute que Bélisaire, outre la Sardaigne, s'empara de la Sicile, ce qui n'eut lieu qu'en 535; et qu'avant de revenir à Byzance il soumit l'Afrique jusqu'à Cadix: mais il ne dépassa pas de sa personne Hippo-Region.
Enfin, Nicéphore Calliste (XVII ,12), après avoir résumé l'histoire des Alains et des Vandales, et l'expédition confiée à Bélisaire, dit en terminant que les Ariens furent expulsés d'Afrique.
Après avoir tenu une conférence à Constantinople sur l'affaire des Sévériens, qui récusaient, ainsi que le peuple de Constantinople, l'autorité du concile de Chalcédoine cher à Justinien, ce prince s'inquiéta, on ne sait pourquoi, d'une démarche faite à Rome par des moines Acémètes. On a imaginé une foule de mots pour distinguer les nombreuses sectes qui, grâce à l'esprit de controverse si funeste au Bas-Empire, divisaient le christianisme. On voulait obtenir du nouveau pape, Jean II , une déclaration contraire aux moines de Sey-
thie. Ceux-ci soutenaient qu'un seul des membres de la trinité avait souffert. Le pape Hormisdas n'avait voulu la recevoir qu'avec ce correctif : « Il avait souffert seulement en chair. » Justinien , d'accord avec le patriarche de Constantinople, écrivit au pape , pour qu'il rejetât la demande de Cyrus et autres députés Acémètes : cette députation arriva à Rome dans le cours de cette année. La lettre du prince est insérée au livre I er titre I er de son code. Le saint-siége, dit Baronius, hésita longtemps, de peur de se mettre en opposition avec le pape Hormisdas. Mais enfin il se décida, en mars 534, à condamner ceux qui niaient la passion de l'un des membres de la trinité, c'est-à-dire de Jésus-Christ.
Procope a parlé de l'ambassade envoyée à Rome par Justinien à ce sujet, et il en a fait une juste appréciation {G. des Goths, I, 3). « A cette époque, dit-il, « quand Théodat méditait de livrer la Toscane à Justi-
• nien, les députés envoyés par celui-ci au pontife ro- « main , Hypace , évêque d'Ephèse , et Démétrius , évé- « que de Philippes , y traitèrent d'un dogme sur lequel « les Chrétiens étaient en doute. Quoique je connaisse « bien le sujet, je n'en ferai aucune mention : je crois « qu'il est d'un souveraine inconvenance, aTrovoi'otç {Aotviw-
• oot* , de discuter la nature de Dieu : car dans ma pen- « sée, si les hommes ne peuvent pas résoudre les mys- « tères humains , combien sont-ils plus impuissants « encore à sonder les profondeurs de la nature divine! « Il est donc plus sûr de se taire , et de ne point mettre « en question ce qui est l'objet du culte. Pour moi, je « ne dirai rien autre chose de Dieu, sinon qu'il est « souverainement bon et que sa puissance s'étend à - tout. »
Si les hommes d'État avaient pratiqué cette maxime, que de sang on aurait épargné î Que de troubles et de disputes sans fin on aurait prévenus! Mais Justinien avait l'esprit trop étroit; il était imbu de trop de préjugés. Dans sa lettre au pontife romain, il écrit au contraire qu'il est de son devoir de s'occuper de tout ce qui concerne la divinité, et des croyances qui s'y rattachent.
L'ambassade religieuse à Rome eut lieu à l'époque où Libératus, auteur du Breviarium, s'y trouvait lui-même, ainsi qu'il le dit lui-même , ch. 20.
Nous avons, à la suite de la Chronique d'Eusèbe, en arménien, publiée en 1818 par Zohrab et Mai, une autre chronique du onzième siècle , rédigée par un prêtre, Samuel d'Ania. Ce lieu n'est pas encore fixé sur nos cartes , quoiqu'on dise qu'au neuvième siècle Ania était une ville de cent mille maisons et de plus de mille églises. Ceci ne doit s'entendre sans doute que de la ville et de son territoire assez étendu. Elle était située sur un fleuve non moins inconnu, l'Achurius, dans la province de l'Ararat appelée Siracia. On distingue Ania d'Anio, patrie de Moïse de Chorène, dans la haute Arménie. Celui-ci est le premier écrivain en langue arménienne , mort en 487. Il s'agit sans doute, quanta la patrie de Samuel, de la partie de l'Arménie que Procope appelle Persarménie, parce qu'elle était soumise aux Perses, et limitait l'Arménie romaine. L'Achurius doit être un des affluents de l'Araxe, soit du lac de Van (Arsissa), soit du lac d'Ourmiah , pays encore peu connus.
La chronique de Samuel remonte, comme celle des écrivains byzantins, au commencement du monde. Au lieu de terminer les olympiades à l'an 16 de Théodose I er , en 394 , elle continue de s'en servir , comme
l'auteur de la Chronique Pascale, à la place des Indictions , jusqu'à l'an 1 179 de notre ère.
Loin de fixer l'avènement de Justinien en 5*7, elle le retarde jusqu'à l'an 533 , ce qui prouve déjà combien son auteur était mal éclairé sur la véritable chronologie, assise sur les monuments authentiques. Elle ne lui accorde que trente-six ans de règne. Quoique son auteur vécût près de la Perse, il fait vivre Cabadès (Cavatus) jusqu'en 535, au lieu de 53i ; et, enfin, il suppose que sa patrie avait pour souverain , depuis le règne d'Anastase, Vahanus-Mamicunius , mort en 537. Comme l'histoire ne fait pas mention de ce prince , il faut croire que sa vie fut obscure et qu'il fut tributaire des Perses.
Cette chronique , d'ailleurs, est fort stérile en événements. ,
An 534.
Justinien consul pour la quatrième fois, et Paumnus en
Italie.
XII'-XIII* Indictions ; an 6026-6027 de l'ère mondaine d'Alexandrie.
An VIII du règne de Justinibw et de Théodoba, à compter du t* avril.
Athalaric, roi des Goths, jeune homme de quinze à seize ans, mort le 2 octobre ; — Jmalasontke, sa mère, régente, proclamée reine; — Théodat , son cousin, associé par elle au trône.
Gêlimer, roi des Vandales, prisonnier en mars; ses États réunis à l'empire.
Quoique Justinien eût achevé, en 533, le recueil des lois civiles, politiques et religieuses de l'empire, il fit encore F». 31
pendant cette année une douzaine de constitutions, qui furent insérées dans la deuxième édition de son Code (16 novembre).
Dans le préambule de cette loi, qui est en latin, le prince répète les titres d'Alemanicus, Gothicus, Francicus , Germanicus , Anticus , Alanicus , qu'il avait déjà usurpés clans son édit de la fin de 533 sur les Pandectes, aussitôt 9 après sa victoire sur les Vandales.
On trouve en ce Code (1,6, annexe) une lettre de Jean, qualifié archevêque et très-saint patriarche de la ville de Rome, à son fils J us tin i en, empereur.
A cette époque, quoique la souveraineté des Goths sur toutes les provinces de l'Italie, et sur Rome en particulier, demeurât entière, les grandes cités, les princes et surtout les évêques affectaient de rendre hommage au chef de l'empire dont ils avaient été détachés ; car Justinien ne pouvait certainement rien sur la personne du pape; et par son autorité spirituelle le pontife lui était supérieur dans ces pays. C'est donc à cause de sa puissance et de sa qualité du plus chrétien (les princes , de son respect pour le siège de Rome, et de la soumission de tous ses actes à l'unité du premier pasteur, que le pontife lui écrit, en lui rappelant cette parole : « C'est par moi que les rois régnent. » La paix de l'État et l'unité de la religion, ce sont les bases de ledit que Justinien a rendu sur la foi , du consentement des évêques } et comme cet édit est conforme à la foi apostolique, le pontife déclare le confirmer.
- Jean prend la précaution de transcrire la profession de foi de Justinien, et, après en avoir visé et approuvé les termes, il lui donne sa bénédiction. Cette pièce est datée de Rome , 8 des calendes d'avril (a5 mars) fî34-
Une loi datée des ides (i3) d'avril J, 27, 2) est adressée à Bélisaire, maître de la milice en Orient, mais en activité de service en Afrique avant son retour à Byzance. Elle a pour objet de fixer les émoluments des officiers militaires en Afrique. Cette loi, précieuse pour la géographie, fixe à Leptis Magna (aujourd'hui Lebidah) la résidence du gouverneur de la province Tripolitaine; à Capsa (aujourd'hui Elketab) et à Leptis Minor (Lemta), le siège du gouvernement du Byzacium ; à Constantine, le gouvernement de la Numidie ; à Gésarée aujourd'hui Cherchel), le gouvernement de la Mauritanie ; il établit un tribun seulement (colonel), avec son corps, à Septa (Ceuta) pour surveiller le passage en Espagne et en Gaule; et un duc en Sardaigne. ?l
En instituant Archélaûs préfet du prétoire d'Afrique, et le diocèse de cette contrée nouvellement conquise (L, a?, 1}, Justinien. répète ses titres usurpés, Alemanicus, Gothicus, etc. Il constate que l'Afrique était , depuis quatre-vingt-quinze ans, soustraite à la domination romaine par ies Vandales. Ces Vandales, dit-^, persécutaient les âmes comme les corps; des hommes vénérables avaient été mutilés pour cause de religion ; d'autres, exilés après avoir subi divers tourments, en sorje que Justinien, a eu la bonne fortune de devenir vengeur des Églises, et de délivrer les peuples de tant de, provinces, de la servitude, pour faire jo,uir ces contrées d$ la liberté et du bonheur de vivre sous son règne. Il décrète leur réunion en une seule préfecture, comme l'Orient et rillyrie; il en établit le siège à Carthage; il la, divise en sept provinces ; Tingis, Carthage, Byzacium, Tri pplis, la Numidie et la Mauritanie, ainsi que la Sardaigne. — 11 donne au préfet du prétoire trois cent quatre-vingt-seize employés, et ci n-
quante consulaires ou présidents. — Suit le tarif détaillé de ces fonctions.
Par une loi des calendes, ou I er juin, adressée au sénat de Constantinople, Justinien abolit la rigueur de la législation par laquelle on avait multiplié les cas où les legs étaient caducs, afin d'en attribuer le bénéfice au trésor public. Ce procédé avait été inventé pendant les guerres civiles, pour enrichir le trésor aux dépens des proscrits.
La loi du 4 des calendes d'août, ou 29 juillet (II, 59, a), impose aux plaideurs l'obligation de prêter, avant le commencement du procès, chacun un serment particulier : à l'un, qu'il n'actionne pas son adversaire pour le vexer, mais parce qu'il croit sa cause bonne ; à l'autre, qu'il ne résiste que parce qu'il s'y croit fondé. Serments inutiles, dont le seul effet était de donner le spectacle public de fréquents parjures !
La veille des ides, 12 septembre (I, 3, L. 57), Justinien, par une autre loi, rappelle les défenses déjà faites aux économes et administrateurs des biens des églises ou établissements pieux de rien détourner de leur revenu annuel, et les sanctionne par de nouvelles peines.
Une loi des cal., ou i w novembre (I, 4, 33; et VI, 4, 29), adressée à tous les évêques de la terre, rappelle que Justinien a fait une constitution pour empêcher qu'aucune femme, même esclave ou affranchie, fût obligée de monter sur la scène, ou dans l'orchestre d'un théâtre, ou entravée dans sa conversion. Dans le cas où les présidents ou commandants des provinces ne les feraient pas jouir de cette liberté , ou seraient eux-mêmes leurs persécuteurs en les prenant pour leurs maîtresses, Justinien autorise les évêques à prendre ces femmes sous
leur protection et à en référer à son autorité. Bien plus, il valide expressément les mariages des femmes libres converties de la vie de théâtre avec des hommes même constitués en dignité, sans qu'il soit besoin d'une permission impériale.
Ainsi se retrouve de nouveau consacré le principe du mariage de Théodora avec Justinien. V, ci-après la Novelle 5i.
La loi 34) au même titre, donnée la veille des nones, 4 novembre, expose que des prêtres se livrent à des jeux défendus, les cubes et les tessères, et assistent aux spectacles. — D'autres se livrent à l'équitation ou à des paris; d'autres enfin deviennent spectateurs des combats de bêtes féroces, ou des combats sanglants du cirque; des évéques même se sont rendus coupables de ce méfait. L'empereur ordonne de faire à cet égard les recherches les plus sévères; il enjoint au patriarche de punir les contrevenants par la pénitence, la suspension, ou même la dégradation ecclésiastique.
Telle est la législation de cette année.
Marcellinus, dans la dernière année de sa chronique (continuée par un anonyme) , dit qu'en ce quatrième consulat, Justinien, par la défaite et l'expulsion des Vandales en Afrique, et par la captivité de Gélimer, avait restauré sa patrie, et l'avait affermie plus qu'elle ne l'avait été depuis longtemps.
Il ajoute « qu'à cette époque Théodat , roi des Goths, ayant expulsé Amalasonthe leur reine, qui l'avait appelé au trône, l'exila et ensuite la fit périr dans le lac Bulcinensis. — L'empereur Justinien déplora sa mort et la vengea. •
L'exil de cette reine ne date que de l'année suivante; mais c'est en 534 qu'elle perdit son fils Athalaric, le a octobre. Amalasonthe commit l'imprudence d'associer au trône, auquel elle succéda sans difficulté, son cousin Théodat, prince avare, lâche et perfide.
C'est ce qu'a raconté Procope en grand détail (G. des Goths, I, a). Nous avons déjà parlé de/ l'avènement d' Athalaric, petit-fils de Théodoric, comme roi des Goths en Italie, en 5a6 (V. la note sommaire 1 58 sur Anecd., XVI, i-a, et ci-dessus, p. 3a4). Les actes de la régence d' Amalasonthe, sa mère, ont été rédigés et recueillis par son chancelier Cassiodore. Cette princesse était distinguée par sa prudence, sa justice et son courage. Athalaric reçut par ses soins une éducation libérale et romaine. Les chefs des Goths en furent très-irrités, et ils profitèrent d une plainte du jeune roi pour s'élever contre cette innovation. À les en croire, c'était déroger aux mœurs nationales, puisque le grand Théodoric était demeuré illettré. Ils accusaient même Amalasonthe de vouloir convoler à de secondes noces, et d'attenter à la vie de son fils. Arrivé à la puberté, le prince s'était jeté dans les excès du vin et des femmes; il désobéit à sa mère. Celle-ci fut obligée de chercher un appui du côté de Justinien. On voit encore dans Procope que l'empereur offrit à la fille de Théodoric un asile et un palais pour la recevoir à Épidamne (Durazzo) de l'autre côté de l'Atlantique. Elle eut l'imprudence d'y envoyer en dépôt un trésor de 4oo centenaires d'or (4x millions 5oo mille francs environ), pour le cas où elle ne triompherait pas de la conspiration qui s'organisait contre elle. Mais, parvenue à faire décapiter trois des principaux chefs (sans les convaincre par un juge-
ment régulier de leur crime), elle rappela le vaisseau qu'elle avait expédié en Orient. Cependant Justinien, impatient des retards que mettait Amalasonthe à se rendre en ses États, envoya en Italie le sénateur Alexandre avec deux évêques , Hypathius et Démétrius, qu'il avait aussi chargés d'une mission religieuse auprès du pontife de Rome (Proc., G. des Goths, I, 3, p. 17).
Il avait, avant sa mort, créé le célèbre Caasiodore, sénateur, préfet du prétoire des Goths (Cassiod. Var. % IX, 24), et Cassiod ore demanda les prières du pape Jean, pour en remplir les fonctions {ibid., XI, 2).
Les ambassadeurs de Justinien, arrivés à Rome, se concertèrent avec un prince goth nommé Théodat (Théodahat), fils d'Amalafride , sœur du grand Théodonc. Instruit dans les lettres latines et dans la philosophie platonicienne, mais étranger aux arts de la guerre, ce prince devait sympathiser avec le gouvernement d' Amalasonthe. Malheureusement il était avare à l'excès, quoique possédant la pluA grande partie des domaines de la Toscane, et il était irrité des obstacles qu Amalasonthe opposait, à ses usurpations sur ses voisins, au point qu'il préférait livrer son pays à Justinien. Sur ces entrefaites, Athalaric tomba malade de ses excès, et en mourut. . •
Cependant Amalasonthe craignait le soulèvement général des Goths; elle résistait à Justinien, qui après ses conquêtes d'Afrique voulait mettre le pied en Italie, en s'emparant de Lilybée en Sicile, sous prétexte que cette ville avait été cédée aux Vandales, tandis qu'elle n'était que la dot d'Amalafride, victime du roi vandale, que son frère Théodoric lui avait fait épouser, et dont on demandait la restitution à Hildérick, successeur du
meurtrier. Pour conjurer ce danger, Amalasonthe fit porter des propositions secrètes à Justinien, qui lui envoya un nouvel ambassadeur en la personne de Pétros, homme que Procope dépeint ici comme un avocat de Byzance, habile, doux et conciliant; elle se rapprocha aussi de Théodat, et, quoiqu'elle connût ses vices, elle eut l'imprudence de lui offrir de l'associer à la royauté, en lui faisant prendre l'engagement de lui laisser l'exercice de l'autorité (Proc, I, 4). Cassiodore, chancelier de Théodoric, a conservé (liv. VII et suiv.) les actes de la chancellerie romaine à cette époque, notamment une lettre au pape Jean , qui lui notifie un édit sur l'élection des souverains pontifes et des évêques.
Selon cet édit , la vérification des formes suivies appartenait au gouvernement. Ainsi la papauté était loin d'être indépendante alors, et Justinien, empereur d'Orient, n'y intervenait pas.
On y trouve une lettre (22) à Paulinus sur sa nomination comme consul, qui est aussi notifiée au sénat. C'est sans doute celui que Justinien reconnaît dans l'édit de promulgation de son Code, en novembre, comme son collègue, par réminiscence pour les institutions de l'ancien empire : car Paulinus (le dernier consul d'Occident) ne relevait pas de l'empereur d'Orient, étranger à •a nomination.
Le livre X contient la lettre de notification d'Amalasonthe sur son avènement à la mort de son fils, et sur l'association de Théodat, nobis frateraa proximitate junctum.
Théodat écrit de son côté une lettre au même Justinien sur son association au trône, qu'il déclare conforme
aux coutumes de la famille royale des Goths, les Amales.
Il semblait, d'après les récits de Procope, que les femmes ne succédaient pas au trône , Amalasonthe, fille de Théodoric, ayant été exclue par son fils quoique enfant, et ayant fait proclamer Théodat comme roi, ce qui l'aurait soumise elle-même à son autorité.
Il résulte au contraire des pièces conservées par Cassiodore, et elles sont nombreuses, que Théodat ne se reconnaissait qu'associé au trône, et qu'Amalasonthe continua d'agir en qualité de reine; ils écrivent collectivement et séparément. Paul Diacre ou Warnefrid, dans son Histoire des Lombards (liv. XVI), dit qu'Amalasonthe, à la mort de son fils, épousa Théodat, en l'associant au trône j mais Procope ne lui donne pas cette passion honteuse, et l'on voit dans le livre de Cassiodore que Théodat était marié et que sa femme se mit en correspondance avec Théodora.
Nous trouvons dans Procope (G. des Vandales, I, 4) la suite de l'expédition contre les Vandales. On a vu qu'en 533 Bélisaire gagna la bataille de Tricamaron, près de Cartilage. — Gélimer s'était enfui sur les frontières en Numidie, dans le mont Pappua, près de Mcdeos , ville ancienne (au-dessus de Bone), imprenable par sa position, et habitée par des Maurusiens (Maures) barbares. Il y fut enveloppé par Pharas, à la tête des Érules, et serré de si près (II, 6, p. 434)» qu'il y manqua de tout. On a la lettre par laquelle (p. 437) ce prince demande à Pharas une guitare (xiôapav), une éponge et un pain. Il y manquait en effet de pain cuit, d'éponge pour se laver les yeux , et d'instrument de musique pour se distraire. Cette situation dura trois
mois, jusqu'à la fin de l'hiver (II, 7, p. 4*8). Ge- Hmer, ne pouvant plus supporter la situation, pour lui et pour tout ce qui l'entourait, écrivit à Pharas pour se rendre ; celui-ci consulta Bélisuire sur les conditions. Le général romain envoya Cyprianus pour garantir à Géiimer la vie sauve, une réception honorable de la part de Jusiinien, et un entretien convenable. A cette condition, le roi vandale, arrivé à la vieillesse, se rendit, et fut conduit à Cartilage. Ce traité ressemble beaucoup à celui qui fut fait en 1846 , par Abd-el- Kader, avec le fils du roi Louis-Philippe, gouverneur de l'Algérie, sur les frontières du Maroc. »
Après une campagne si courte, dans laquelle Bélisaire n'avait employé que 5,ooo hommes de cavalerie, le commandement militaire de l'Afrique, dont l'administration par un édit (déjà visé) avait été conférée au préfet Archélaùs, fut déféré par Justinien à Solomon, homme imberbe que les Maures méprisèrent.— Ils cherchèrent à l'envelopper par des insurrections partielles et multipliées, pendant que Bélisaire, pour anéantir le bruit répandu qu'il voulait se faire proclamer empereur en Afrique, se rendait à Gonstantinople, avec Géiimer et les principaux chefs. On accorda au général les honneurs de l'ancien triomphe, mais à pied, Géiimer y figurait sous un habillement! de pourpre. avec : sa famille et les premiers des Vandales. Arrivé devant le trône .de Justinien , il fut obligé de se prosterner jusqu'à terre et d'adorer l'empereur. Bélisaire lui-même, quoique vainqueur, et en qui resplendissait l'antique vertu romaine (Procope, II, 9) (sauf le désintéressement et la dignité), fut soumis à la même humiliation. Justinien et Théodora tirent de grands dons aux filles d'Hildérick
et aux princesses africaines issues du sang de Valentinien. On sait que Genséric avait emmené à Cartilage l'impératrice Eudoxie et ses deux filles. L'empereur assigna aussi de grands domaines à Gélimer en Galatie; mais comme, dans son malheur, il eut le courage de ne pas abandonner l'a nanisme, sa religion, il ne reçut pas le nom de patrice. Jusbnien consacra sa victoire par une mosaïque dans l'Augusteum de Constantinople (Procope, îles Édtf.,1, a). ,> .
Quelque temps après, Bélisaire, décoré du titre de consul, reçut d'autres honneurs, mais ce fut en 535. Parmi les dépouilles des vaincus, se trouvaient les vases précieux des Juifs, que Titus avait emportés à Rome, après la prise de Jérusalem, et que Genséric avait repris dans le sac de Rome en 455. Justinien les renvoya aux temples de Jérusalem, où ils se sont perdus sans retour, probablement à l'époque de Mahomet et de ses successeurs.
Du reste, Procope nous apprend (G. des Fand., II, ao, p. Soi) que l'occupation des États de Hildérick ou de Gélimer, dans le nord de l'Afrique, ne s'étendait pas au delà d'Hippo-Regius, du côté de l'intérieur; en Mauritanie , elle allait jusqu'au mont Auras, et jusqu'à Sisiphis (aujourd'hui Sétif), sa capitale; mais dans la Mauritanie seconde, elle ne s'éloignait guère des côtes et de Césarée, la capitale. Mastigas, chef des Maures, possédait non-, seulement l'intérieur du pays, mais le littoral lui-même, à l'est et à l'ouest de cette ville.
Nicéphore Calliste (XVII, i3) dit que les Ariens furent expulsés de l'Afrique. Les monuments historiques et religieux constatent seulement qu'on leur enleva leurs biens, malgré la longue possession qu'ils en avaient de*
puis leur occupation du pays, et qu'on les rendit aux catholiques ; mais comme le nord de l'Afrique fut agité, pendant le reste de ce règne, de dissensions continuelles et armées, il est douteux qu'une telle dépossession ait été consommée. II est probable aussi que les donatistes et autres dissidents conservèrent leur foi religieuse jusqu'à l'invasion musulmane.
Au commencement de cette année, Réparatus, évêque de Carthage, convoqua un concile qui, composé de deux cent dix-sept évêques, demanda à Justinien la restitution des droits et des biens des catholiques d'Afrique, qu'ils disaient envahis par les Vandales ariens, et qu'ils avaient eux-mêmes enlevés aux païens et aux donatistes. Justinien leur accorda cette demande par une loi de 535 (N. som. 180). On y proclama aussi l'exemption des monastères de tout impôt, et cette exemption a passé dans les Gaules, où elle est citée en 658 et 664 (Labbe, Conc, y IV, 1642).
En cette année s'éteignit la monarchie des Bourguignons, et mourut Théodoric (Thierry), l'un des rois francs (Pagi sur Baronius, u° 7).
An 535.
Flav. Bélisaire seul consul en Orient.
Indict. XII à XIII. — 6026 à 6027 de l'ère mondaine d'Alexandrie.
IX* année de Justinien et de Théodore à partir du i ,r avril 5ay.
Rois d'Italie : Amalasonthe et Thèodakat associés jusqu'au i er avril. — Thèodahal seul après le meurtre.
An l er -II de Théodebert (avec ses deux oncles), roi des Franck».
Pontifes de Rome : Jean II jusqu'au 27 mai. — Agapet
ou Agapil depuis le 3 juin.
Patriarches de la nouvelle Rome, Constantinople : Epi'
phane jusqu'au 5 juin. — Anthime depuis juillet.
Pendant cette année, et les quatre qui suivirent, Justinien brilla sur le trône; il avait pour principal général l'habile et prudent Bélisaire ; pour ministre, Jean de Cappadoce, le corrompu, mais d une très-grande capacité, et l'avare Tribonien, son émule, trafiquant des lois et de la justice, mais jurisconsulte consommé.
Ici commence l'ère des constitutions nouvelles , Neoupst, qui allaient modifier et détruire l'unité du Code et des Pandectes, si laborieusement mis à fin.
Nos recueils comptent 168 Novelles , et c'est le nombre indiqué dans les manuscrits (N. i56). Mais il en est bien d'autres qui ont péri. La traduction latine, en partie originale, ne se compose que de i34 Novelles divisées en neuf parties ou collections; mais elle est suivie
de treize édits grecs ou latins, et d'autres constitutions ou pragmatiques nécessaires à l'histoire.
Ces recueils sont eux-mêmes incomplets : les historiens contemporains parlent en effet de lois qui ne s'y trouvent pas. Plusieurs sont sans date, malgré le soin que Justinien avait pris d'ordonner que tous ses actes fussent soigneusement datés, non-seulement de l'année, mais du mois et du jour. Plusieurs dates de ces lois sont rectifiées dans l'édition publiée par Beck (Leipsick, i836, a vol. in- 8), d'après les vérifications de la critique moderne, et nous les avons suivies de préférence à celles de l'édition de Godefroy.
Nous n'en connaissons qu'une traduction française, accompagnée du texte latin seulement, publiée en 1811 (en 2 vol. in-4°, à Metz); elle est de M. Bérenger, delà Drôme, alors à son début, et aujourd'hui président à la Cour de cassation ; elle est à peu près littérale. Malheureusement l'éditeur a repoussé les notes et éclaircissements nécessaires que le jeune savant voulait y joindre.
Les Novelles de Justinien s'éloignent de plus en plus de la précision des écrits des jurisconsultes romains, et des anciennes constitutions impériales déjà recueillies dans le code Théodosien , et dans le code de Justinien lui-même. Mais si elles n'ont pas, sauf quelques-unes, de valeur législative, elles ont une grande importance historique. Elle dépasse même de beaucoup celle des détails des guerres si longuement décrites par Procope et par Agathias; car,, à l'exception de ceux qui révèlent les causes de la faiblesse de l'empire et de la corruption de l'administration, ils n'intéressent plus que la géographie; l'art militaire n'y est presque pour rien ; tandis que les lois sont le reflet des mœurs et la manifes-
talion de la volonté autocratique des deux souverains.
En 535, Justinien publia a4Novelles dont nous n'analysons que les principales.
La première, du I er janvier, est relative au règlement des successions testamentaires et à la réserve d'une légitime du quart en faveur des enfants. L'ordre de succession a été renouvelé dans une Novelle de 543, la n8 c , conformément aux saines règles du droit naturel, d'après le degré présumé d'affection. La 3* Novelle, du i5 mars, constate que le nombre de clercs employés dans la grande église de Constantinople, tant en prêtres qu'en diaconesses et autres, s'élevait à 4^5 personnes, non compris ioo portiers; dont 6o prêtres, ioo diacres, 4o diaconesses, 90 sous-diacres, 100 lecteurs, a5 chantres. Qu'on juge par là des charges que le clergé faisait peser alors sur un empire déjà affaibli. Justinien blâme cet excès, et ne prend aucune mesure efficace pour y remédier.
La 5*, du 16 mars, après avoir fait un éloge magnifique de la vie monastique, défend néanmoins l'ouverture de nouveaux couvents sans le consentement des évéques, exige un stage de trois ans, et impose des règles de chasteté, et la vie commune aux moines autres que les anachorètes (Hésychastes). La plaie de ce siècle est la vocation pour la vie religieuse ; elle était produite par l'instabilité de toutes choses. La population virile diminuait rapidement, et on ne trouva plus assez de jeunes gens pour recruter l'armée dans un moment où les nations barbares se précipitaiént sur toutes les frontières de l'empire pour le piller. Justinien manqua à tous ses devoirs de souverain en ne combattant pas cette désertion des devoirs civiques.
La Novelle 6, du i5 avril, traite de l'alliance du sacerdoce et de l'empire, proclame le principe que le prince doit être orthodoxe, et ne prévoit pas le cas, arrivé à Justinien lui-même, où il tombe dans l'hérésie; elle dit d'ailleurs que le mariage est permis aux prêtres, diacres et diaconesses.
La Novelle g" assure à l'Église de Rome pour ses possessions orientales, les seules qui fussent alors sous la puissance de Justinien, le privilège exorbitant d une action de cent ans, à la place de la prescription trente naire; mais Justinien fut bientôt obligé d'en reconnaître les dangers et de la réduire à quarante ans.
Procope (Jnecd., XVIII, 3) nous a révélé le prétexte et le danger de cette concession.
Cette loi, dit son texte, est - une offrande à placer entre les vases sacrés » , que le pieux empereur fait au pape, dont il voulait se ménager l'appui pour l'expédition qu'il méditait en Italie contre les Goths.
La Novelle 8% adressée au plus corrompu des dignitaires, Jean, préfet du prétoire, constate l'usage abusif de vendre les magistratures ; elle décide qu'a l'avenir elles seront déférées gratuitement, et impose aux fonctionnaires le serinent qu'ils n'ont rien payé pour obtenir leurs charges : serment illusoire, qui, dit Procope (Anecd., XXI, 4')» ^ ut éludé moins d'un an après, et n'empêcha pas Justinien de les mettre luimême aux enchères.
v Cette loi contient le tarif des droits dus à la chancellerie impériale par les fonctionnaires, et 1 enumération des quarante-huit provinces alors existantes dans l'empire, sans compter l'Afrique, la Corse et laSardaigne, nouvelles conquêtes.
La Novelle 17, du 16 avril, les deux précédentes, 9 et 8, étant du 14 et du i5 (le recueil des Novelles ne suit point l'ordre des dates), est adressée au questeur du sacré palais Tribonien, un moment suspendu en 53a. Justinien y revendique le droit de donner aux juges des instructions obligatoires (c'est-à-dire des reserits) sur les questions soumises aux tribunaux, ce qui était destructif des Pandectes et du Code, antérieurement promulgués. Le chapitre 7 abolit le droit d'asile pour certains crimes, attendu qu'il n'est dû qu'aux innocents opprimés par des hommes puissants, comme s'il était possible de savoir d'avance quel est l'oppresseur et l'opprimé. Malgré sa prédilection pour le clergé, et sa haine pour les hérétiques, le prince ordonne néanmoins qu'on exige des maisons saintes les droits du fisc, et qu'on ne trouble pas les provinces sous prétexte de religion. Il avait pu s'apercevoir que ses finances avaient beaucoup souffert, en Palestine, en Phrygie et ailleurs, des guerres civiles que la persécution y avait suscitées.
Le ch. 12 est admirable dans son texte : * Vous met- ■ trez la plus grande attention à ce que les peines pronon- « cées n'atteignent pas les biens des coupables, et à ce que « ces biens restent intacts aux familles ; ce n'est pas en effet « les biens qui sont coupables ; jusqu'ici on a suivi l'ordre « inverse, on a laissé les coupables et pris les biens. »
Mais jamais règne ne fut plus fécond en confiscations politiques que celui de Justinien, ainsi que le prouvent Procope et les autres historiens.
Enfin le ch. 17 charge les magistrats de veiller à ce que les habitants restent désarmés , ce qui les livra sans défense aux invasions réitérées des barbares.
La Novelle 10, du i5 mai, a fixé à huit le nombre F*. 32
des référendaires , dont % les fonctions consistaient à être les intermédiaires entre le prince et les citoyens. Les Anecd. (XIV, 5) nous révèlent que e'est par leur canal qu'on trafiquait des faveurs impériales. Cette institution n'avait rien de ce qui constitue un véritable conseil d'État.
La Novelle i5, du 17 juillet, établit, sous le titre de défenseurs des villes, une magistrature gratuite et locale, que le prince veut relever de l'avilissement où elle est tombée, en décidant qu'ils seront désormais choisis parmi les notables et renouvelés tous les deux ans. Mais chaque province avait à sa tête un archonte, éparque ou président , investi de tous les pouvoirs , récusable à volonté, duquel relevaient toutes les affaires importantes, et dont l'appel se portait au prétoire d'Orient, ou pouvait être décidé par rescrit. Jamais il n'y eut de justice plus mal organisée.
Une loi du i er août (Nov. 37), adressée à Solomon , préfet du prétoire d'Afrique (successeur d'Archélaùs) , ordonne, sur la demande de Réparatus, évêque de Cartilage, et des autres prêtres de cette ville, que toutes les possessions de l'ancienne Église orthodoxe d'Afrique, détenues par les indigènes, ariens, païens, donatistes, juifs ou autres, seront immédiatement rendues aux saintes églises. Il n'est pas question d'indemnité en faveur des possesseurs de bonne foi. Justinien interdit de plus de professer aucune autre religion que l'orthodoxe, déclarant que c'est assez pour les dissidents d'avoir la liberté de vivre ; et il abolit les synagogues. C'est par des lois semblables qu'il plaça sa puissance en Afrique dans un tel état d'hostilité, qu'il y eut des guerres continuelles. Du reste, cette loi semble établir qu'il n'y eut pas à Car-
thage de concile véritable puisqu'elle n'en parle pas, et dans tous les cas que la confiscation des biens des ariens n'eut pas lieu en 534.
La Novelle i3, du 22 septembre, pour relever aussi la magistrature populaire, chargée à Constantinople de la policede sûreté, et qui était composée de plusieurs préteurs, dits les magistrats de nuit, assistés d'une garde de cinquante agents, recrutés parmi les anciens malfaiteurs, leur confère le droit très-dangereux, auparavant refusé au préfet de la ville, de juger sur-le-champ, et de prononcer des peines jusqu'à la mutilation des membres et la décapitation.
La Novelle ta, du 10 octobre, punit de l'exil et de la confiscation des biens (tant Justinien était variable) ceux qui contractent des mariages incestueux et contraires à la nature.
Enfin la Novelle i4, àu i ep décembre, est relative à la répression du proxénétisme, matière importante pour le maintien des bonnes mœurs, mais très-difficile à régler dans les pays orientaux, et surtout dans une grande ville comme Constantinople. On n'y trouve rien de remarquable qu'une injonction du prince à tous ses sujets de se conduire autant que possible avec chasteté! Il était sans doute chaste lui-même; mais quel exemple avait-il donné en épousant et proclamant impératrice une courtisane comme Théodora?
Victor de Tunes nous apprend qu'en cette année Réparatus fut nommé évêque de Carthage à la place de Boniface, nouvel indice contre l'opinion de ceux qui, comme VArt de vérifier les dates , croient que dès 534 ce prélat présida un concile de deux cent dix-sept évêques.
Cédrénus , dans sa Chronique, parle de l'insuccès de l'administration du général Solomon , successeur de Bélisaire en Afrique; Procope, auquel il faut s'en rapporter de préférence à tout autre, parce qu'il était contemporain et sur les lieux, rapporte [G. des V. , II, 8) que Bélisaire avait profité de l'option qui lui était laissée de retourner de Carthage à Constantinople, afin de démentir ceux qui le soupçonnaient de vouloir se faire couronner en Afrique, et avait laissé le commandement à l'eunuque Solomon; les Maures avaient profité de son départ pour s'insurger contre l'occupation , quoiqu'il y eût une prophétie, accréditée parmi les femmes de ce pays, qu'il leur arriverait malheur s'il y avait un général imberbe parmi les Romains. Les insurgés firent beaucoup de mal, et obligèrent Solomon et Procope à aller demander secours à Bélisaire, encore en Sicile , quoiqu'il leur eût laissé l'élite de ses troupes. Bélisaire retourna un moment à Carthage, et rétablit les affaires, puis se rembarqua définitivement avec Procope, qui l'accompagna dans la suite en Italie.
Cet historien rapporte une tradition d'après laquelle les Maures (Maurusiens) seraient originaires de la Palestine, d'où ils auraient été chassés par Josué. Établis en Afrique, ils y auraient fondé particulièrement Tigisis (Elberdi) en Numidie, au sud- est de Cirta (Constant me); de là ils s'étaient étendus jusqu'aux Colonnes d'Hercule, en donnant le nom de Mauritanie à un vaste pays : ils étaient cuivrés et pratiquaient la polygamie. A cette époque, ils pillèrent surtout la Byzacène et la Numidie (G. des F., II, 10). Aigon, le Massagète ou Hun, et Rufin, le Thrace,au service des Romains, furent, l'un tué, et l'autre massacré quoique prisonnier, par ces barbares.
Justinien envoya au secours de ses troupes Théodore
de Cappadoce, et lidiger, gendre d'An tourna (iùid. et G. des Goths , II, 7, p. 175); mais en même temps il greva l'Afrique de deux logothètes qui , ne retrouvant pas les registres des anciens impôts , en créèrent de nouveaux, et les répartirent si injustement que les Libyens indigènes les trouvèrent intolérables. (Proc, G. des F, y II, 8, p. 445). Solomon battit les Maures à Manuna, près des montagnes (ibid., p. 453, 458), en leur faisant éprouver une perte de 10,000 hommes, et au mont Burgaon, avec une perte de 5o,ooo hommes (II, 12, p. 462). Mais Jabdas, prince des Maures du mont Auras, ravagea la Numidie, et réduisit en servitude beaucoup d'indigènes soumis aux Romains (à l'ouest de Lambœsa dans le désert), en sorte que cette première campagne resta infructueuse (II, i3, p. 468).
Dans les Anecd^ XVIII , 1 , Procope accuse Justinien d'avoir, par sa mauvaise administration , été cause de la dépopulation de l'Afrique. Il l'estime à 5 millions d'âmes, et elle était telle, que dans une longue route le voyageur rencontrait à peine un homme. Cependant le pays avait fourni aux Vandales une armée de 80,000 hommes soldés. Il y avait encore plus de Maures que de Vandales. Les commissaires envoyés par ce prince écrasèrent les habitants et s'emparèrent des meilleures propriétés. Il priva aussi les ariens de l'exercice de leur culte.
C'est ainsi qu'il savait profiler des conquêtes de ses généraux.
Aussitôt l'Afrique occupée , il songea à commencer une autre guerre contre les Goths qui occupaient l'Italie et la Sicile. Procope place en effet cette expédition en la neuvième année de son règne (G. des Goths, 1 , 5 , p. 26). Bélisaire se rendit de nouveau en Sicile avec une flotte
602 CHRONOLOGli: HISIORIQUE.
et une petite armée, indignes de la grandeur de I empire et des difficultés de l'expédition. Il n'obtint que 4,000 soldats alliés, Huns, Vandales et autres, 3,ooo montagnards isauriens, et des soldats d'élite (les prétoriens), c'est-à-dire 10,000 hommes à peine. Bélisaire était accompagné du général Photius, fils d'Antonina,dontProcope a raconté, dans les Anecdotes , les infortunes, par suite de la liaispn adultère de sa mère avec le jeune Théodose. Bélisaire s'empara de Catane et de Syracuse le jour même de la fin de son consulat, c'est à-dire en décembre 535; il prit aussi Panorme, ville fortifiée. Du reste, la Sicile supportait impatiemment le joug des Goths,à cause de son origine grecque et de son dévouement aux doctrines de l'Eglise d'Orient; mais elle n'eut pas à s'en applaudir, et elle regretta plus d'une fois le gouvernement éclairé de Théodoric, qui en avait maintenu les institutions. .
Amalasonthe etThéodat régnaient en cette année sur lesGoths, ou plutôt Théodat régnait seul; car, après son association au trône, en 534, il s'était lié avec les grands, ennemis de la mère d'Athalaric, sa protectrice, l'avait fait incarcérer le 3o avril, en Toscane, dans le lac Vulsin, où se trouve une petite île munie d'un château fort, aujourd'hui Bolséma, après avoir fait périr une partie de ses conseillers. En même temps, il avait en» voyé à Justinien deux sénateurs de Rome, Libère et Opilien, protestant qu'il n'en voulait pas à sa vie, et la força d'écrire elle-même pour rassurer l'empereur. Celui-ci envoya Pétros en Italie pour s'assurer de l'état des choses. Procope dans les Anecdota, XVI, 1, affirme qtie Pétros était chargé.d'instructions secrètes de Théodora pour faire périr Amalasonthe dont elle était jalouse, et il accuse Pétros d'avoir exécuté ce mandat
par un affidé (Theudatès) . — 11 en reçut une récompense éclatante , la dignité de maître d'offices , ce qui le couvrit du mépris public, tandis que dans son histoire publique il impute ce crime aux chefs des Goths et à la complicité de Théodat (G. des Goths, I, 4* P* 2 4~ a5). Le chancelier Cassiodore aurait dû donner à la postérité son témoignage sur le funeste sort de la reine, fille de son bienfaiteur Théodoric. — Mais il était de la race de ces fonctionnaires sans cœur qui sacrifient leur conscience à l'amour de leur place : sa correspondance officielle (liv. X des Variations) se borne à faire succéder les actes du gouvernement de Théodahat (Théodat) à ceux d'Amalasonthe.
La cour de Byzance fut convaincue que cette reine avait péri de mort violente et par trahison, et Justinien déclara la guerre à Théodat (G. des Goths, I, 5, p. a6). Celui-ci écrivit à l'empereur les lettres les plus humbles pour lui demander la paix, et sa femme Gaudelina s'adressa aussi à Théodora pour l'obtenir, comme a Justinien lui-même (lettres 20, ai et a3 du recueil de Cassiodore). Ce fait prouve au moins , contre l'opinion des chroniqueurs byzantins, qu'Amalasonthe n'associa pas à son trône son proche parent Théodat pour l'épouser.
Théodat menaça le pape Agapet ou Agapit (nouvellement élu le 3 juin) et les sénateurs de Rome de sévir contre eux s'ils n'obtenaient pas le rappel de l'expédition que Justinien envoyait en Italie. Ce fait nous est révélé par le diacre Liberatus, dans l'écrit qu'il nous a laisse sous le titre de Breviarium (ch. 20). Le pontife se rendit en effet à Conslantinople dans ce but.
Avant d'entreprendre son expédition, Justinien crut
504 CHKONOLOGIL HISTORIQUE.
prudent d'ouvrir une négociation avec les princes des Francs. Ils étaient alors au nombre de trois, Clotaire I er et Childebert I er régnant depuis le 27 novembre 5xi, époque de la mort du grand Clovis, leur père, fondateur de la monarchie française; puis Théodebert ou Theudebert, fils de Théodoric ou Thierry, roi de Metz, qui venait d'arriver au trône en 534) et annonçait des dispositions plus guerrières que ses oncles.
Justinien avait saus doute dissimulé le titre de Francicus, qu'il prenait insolemment et faussement dans ses codes et actes publiés depuis 533 ; car on sait que Théodebert s'en fit plus tard un motif de guerre. L'empereur offrit donc aux princes francs, avec la demande d'une alliance offensive, un subside considérable en argent; ceux-ci l'acceptèrent, mais ne firent point la guerre aux Goths ; ils en profitèrent seulement pour arracher à Théodat la cession de la Gaule entre le Rhône et les Alpes, et un second subside qui s'éleva à ao centenaires d'or (a millions 76 mille francs).
A cette occasion, Procope (G. des Gotfis, I, 12 et suiv.) indique l'origine des Francs et l'étendue de la Gaule. Du côté des bouches du Rhin, dit-il, sont des pays marécageux occupés par des peuples appelés autrefois Germains, et aujourd'hui Francs. A la suite, sont les Arboriques (Armoricains) soumis autrefois avec le reste de la Gaule et l'Espagne aux Romains. 11 explique comment les Francs furent d'abord contenus par une fédération établie entre les Armoricains, les Romains- Gaulois, les Bourguignons (Burgudziens), les Visigoths établis dans le sud de la Gaule, les Thoringes-AUemands, et les Goths commandés par Théodoric; comment les Francs s'en tendirent avec celui-ci pour détruire la monar-
chie des Bourguignons, en cédant à Théodoric la Gaule entre le Rhône et les Alpes ; comment ils défirent les Thoringes ; et comment enfin ils forcèrent les Yisigoths à émigrer tous en Espagne, où déjà ils étaient établis sous le gouvernement de Theudis.
Il faut rapporter à cette année l'ambassade par laquelle Ghosroès félicita Justinien du succès de son expédition contre les Vandales, et demanda néanmoins une part du butin, parce que, sans sa neutralité elle n'eût pu réussir. Quoique la demande fut dérisoire, Justinien y satisfit par de riches présents, selon la coutume qu'il avait adoptée depuis longtemps, et qui lui avait fait dissiper les trésors d'Anastase (Proc, G. des. Perses, I, 26).
A Dures, ville romaine, frontière de la Perse, un soldat (Joannès), à la tête d'un petit nombre de ses camarades, s'empara du palais et de la place. L'événement eût été grave, selon Procope {ibid , p. i38), si l'on n'avait été en pleine paix. Un prêtre, Marnas, et un des principaux citoyens, Anastase, ramenèrent au bout de quatre jours la garnison. Joannès fut tué et les révoltés se soumirent.
Le patrice Tzittas (Sittas) attaqua les Bulgares (les Huns) en Mysie (Mœsie), et en fut vainqueur à Latrus. Procope, grand admirateur de Sittas, ne parle pas de cette invasion ni de ces exploits.
Théophane rapporte à cette époque (an 6027) le voyage à Byzauce de Zamanarze, roi des Ibères, accompagné de sa femme et de ses conseillers. L'empereur et l'impératrice leur firent grand accueil, et leur donnèrent de riches présents. Déjà sous Justin, Gurgenès, roi des Ibères, avait obtenu l'alliance des Romaius contre Cabadès, qui voulait les faire changer de religion (Proc, G. des Perses, I, ta). Dans le traité de 53 1, Chosroès,
successeur de Cabadès, avait consenti à laisser les Ibères suivre la religion chrétienne (ibtd., I, 2a). Quoique cet historien ne nomme pas Zamanarzos, les deux récits s'accordent ; mais il ne s'agit pas de conversion , comme l'ont supposé les Byzantins. — Cédrénus a reporté cet événement à l'année précédente. Du reste, c'était une alliance bien importante pour l'empire grec que celle des Ibères, frontière de la Perse, du côté de la mer Caspienne, et contigus aux Laze» de Colchide.
Epiphane, patriarche de Constantinople, mourut cette année (5 juin) après seize ans et plus d episcopat, et eut pour successeur Anthime, évêquede Trébisonde, protégé de l'impératrice Théodora, qui fut imposé au clergé et au peuple par Justinien, fort peu soucieux du respect des lois qu'il avait solennellement proclamées pour la liberté des élections. Un chroniqueur anonyme et Zonaras (XIV, 8, p. 64) disent en effet qu'il fut promu en violation des canons, et Théophane le qualifie d'évêque hérétique, peut-être à cause des événements qui suivirent. (V. ci-après, p. 5ia.)
Zonaras ajoute qu'il partageait les doctrines de Sévère, ex-patriarche d'Antioche, et qu'il était d'ailleurs soupçonné de pédérastie, ce qui est beaucoup plus grave , et ce qui avait été l'occasion d'un grand nombre de poursuites suivies de la peine de castration. Comme on demandait à Justinien la raison d'une peine si grave qu'elle entraînait presque toujours la mort du patient, « S'ils • avaient commis un sacrilège, répondit l'empereur, ne « leuraurait-on pas coupé la langue? - Mais le fait allégué contre Anthime n'est rapporté par aucun des contemporains.
La statue de l'empereur Julien, qui s'élevait sur les
bords du port qui porte son nom (à la pointe sud du sérail, ensuite comblé), étant tombée, on la remplaça par un Calvaire. Les écrivains ecclésiastiques l'appellent n«f>a€u<mK , le prévaricateur ou apostat. Malgré ses erreurs religieuses et la tentative insensée qu'il fit pour rétablir la foi au paganisme, cet empereur n'en était pas moins resté jusque-là en vénération aux Byzantins et au reste de l'empire, à cause de ses grandes qualités, et de sa mort glorieuse en combattant les ennemis de sa patrie. Les partisans de l'ancienne religion si vivace encore, si l'on en croit M. Beugnot dans son important ouvrage sur la cbule du paganisme , devaient voir dans ce fait peut-être prémédité la condamnation de leurs dernières espérances.
Justinien composa alors un hymne consacré au Verbe de Dieu, et qui fut admise dans le rituel des églises, où elle est restée longtemps (TAcophane, p. 33?).
Selon Zonaras (ibid.) , Justinien bâtit alors le grand temple de la Vierge, près de la fontaine, l'édifice des saints Sergius et Bacchus,et beaucoup d'autres, ainsi que le pont du Sangaris que Théophane reporte vingtcinq ans plus tard, an 6026, ou 56o. De son côté, ! Théodora fit élever la célèbre basilique des Saints Apôtres, à la place de Constantin , quoiqu'on l'accuse d'un j zèle antiorthodoxe très- prononcé , justifié par des actes nombreux.
Quant au pont du Sangaris, célébré par six vers d'Agathias, Procope en parle en son Traité des Édifices (V, 3, p. 3i4), comme d une grande œuvre; car ce fleuve (le Sakaria) est très-large et très-violent. On était obligé d'y entretenir un pont de bateaux souvent renversé par les crues, et jamais il n'y avait eu de passage régulier. On
&08 CHKO A \OLO(;iE HISTORIQUE.
croit que le pont fut établi à Tatheso ou Tataium (ruines près Geiweh), dans le voisinage de Ni comédie; mais il semble qu'il a dû être construit plus bas, soit à Adi-Koi, soit même à Ada-Basar, pour servir de route directe entre Constantinople et les contrées supérieures de l'Asie Mineure. Il est étonnant qu'au cœur de l'empire et si près de la capitale , une communication de cette importance ait été retardée jusqu'au règne de Justinien. Ce fait semblerait prouver que l'art des ingénieurs était resté bien imparfait, même depuis Auguste.
Eufin Gédrénus, Glycas et Constantin Manassès (cités par Ducange) prétendent que sous le consulat de Bélisaire fut frappée une médaille portant d'un côté l'effigie impériale, et de l'autre celle de son général revêtu de ses armes, avec l'inscription : Belisarius , decus Romanorum. Ils ajoutent qu'elle aurait été la cause de la jalousie qui lui fit perdre son commandement et ses honneurs.
Mais cette médaille, que P. Gillius, de Topogr. C. P., ch. la, dit avoir possédée, et que Ducange (Disser. LXX, tom. VU, annex. 180 sur les monnaies du moyen âge) annonce avoir été vue par le d r Husson, consul de France, est perdue. C'est probablement, selon Eckhell {Doctrin. num.vet., VIII, 29), le grand médaillon dont un exemplaire en or a été trouvé, en n.u, en Gappadoce,et a été soustrait, le 5 novembre i83i, à la Bibliothèque royale, à laquelle il avait été donné et dont il était un des précieux ornements. Ce monument, que nous reproduisons d'après le dessin que de Boze en fit graver avec soin dans les Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles-lettres (XXVI, 5a3), s'il porte d'un côté le buste dé Justinien avec son armure guerrière, et au revers un
guerrier à cheval précédé de la Victoire avec des ailes, ne contient pas le nom de BE LIS ART US, niais à sa place : SPES ET GLORIA ROMANORUM.
La figure du guerrier, quoique un peu différente de celle de Justinien, et moins bien exécutée, paraît cependant ne pouvoir être attribuée qu'au prince, et non au général , dont il ne reste aucun portrait.
On voit d'ailleurs que la jalousie de Justinien existait ou était soupçonnée dès la fin de l'expédition de 533, et qu'on l'assujettit, en 534, aux actes de la plus servile humilité, ainsi que Gélimer, tout en lui accordant, en 535, un triomphe additionnel et le consulat (Procope).
Cette année est la fin du consulat en Italie, où Paulinus ne fut pas remplacé.
Ans 536-53 7 -538.
Consuls, en 536, 537, aucun; en 538, Fl. Joannès seul en
Orient.
Indictions XIII-X1V à XV-I". — 6027 à 6o3o-6o3i de
1 ère mondaine d'Alexandrie.
X à XII du règne de Justinien et de Théodora à partir
du i' r avril 5ij.
Thèodahat, roi des Goths jusqu'en août 536. — Witigks
proclamé à sa place.
Agapet, pontife de Rome jusqu'au 3 février 536. —
Stlvère, depuis le 8 juin 536 jusqu'en juin 538. —
Vigile y depuis le 22 novembre 538.
Anthime, patriarche jusqu'en mars 536. — Mena, depuis
le i3 mars.
Pendant ces trois années la fécondité législative de Justinien est encore excessive.
L'année 536 compte dix-huit Novelles.
La 23 e , du 3 janvier, fixe un délai d'appel uniforme de dix jours pour les jugements en matière civile; c'est bien court sans doute, car il ne laisse pas le temps de délibérer; mais trois mois sont bien longs, et servent à prolonger les angoisses et les dommages résultant des procès; cette loi interdit aussi l'appel au delà d'une valeur de 10 livres d'or, c'est-à-dire environ 1,000 fr. ; mais alors l'argent était bien plus rare qu'aujourd'hui.
Une Novelle du i5 février (la 38 e ) est relative aux charges qui pèsent sur les décurions, c'est-à-dire sur les officiers municipaux. L'administration de l'empire était si vexatoire, que personne ne voulait plus exercer des
charges qui les rendaient responsables des impôts : on fut obligé de leur accorder des privilèges.
Une Novelle du ai mars (la 21 e ) abolit la coutume qui excluait les filles delà succession de leurs pères en Arménie, et rétablit l'égalité des droits en cette province féodale , ressemblant à l'ancienne Pologne.
La Novelle 43, du 17 mai, constate que la capitale, composée de quatorze quartiers, était appauvrie par l'inégale répartition de l'impôt sur les boutiques, qui avait été quadruplé, et même décuplé, au préjudice des classes pauvres, par les privilèges accordés au clergé ; l'empereur reconnaît le mal , et n'ose le supprimer par la suppression des magasins privilégiés.
Le 7 juin , les Novelles 3a et 33 viennent au secours des cultivateurs , auxquels on n'accordait de semence que moyennant la mise en gage de leurs terres.
Le 27 , est intervenue la célèbre loi (Novelle xo5) qui a condamné le consulat comme une institution vieillie et sans portée. Auguste l'avait supprimée en réalité en s'em- | parant de ses attributions; ce n'était plus en effet qu'une dignité honorifique , une occasion de largesses. Comme les titulaires ne pouvaient y subvenir, le trésor impérial était obligé de les assister. — On conçoit donc qu'un prince avare comme Justinien devait chercher à s'exonérer de cette charge ; il défend la distribution des pièces d'or de grand, moyen et petit, modules, parce qu'elles sont l'apanage exclusif de la dignité impériale. On ne doit plus donner au peuple que des pièces d'argent, telles que ! mil iarésions, mêles, naukies, tétragonies, et autres semblables , afin que plus de personnes en recueillent. On voit que l'ancien denier de 84 à la livre a disparu, ainsi que le quinaire de 168. — Aussi ne trouve-t-on plus sous
le règne de Justinien que des trioboles, doubles oboles et oboles, de 1,000 à la livre, qui probablement avaient des demi-oboles et quarts d'obole. Ducange n'a pu trouver une explication satisfaisante de ces monnaies inférieures, ainsi qu'on l'exposera en 545 et 556.
Le consulat ne se releva pas de ce coup, et mourut définitivement en 54i. Déjà on n'en nommait plus qu'un seul, quoiqu'on eût recouvré Rome.
Dans cette loi Justinien ne se borne pas à dire qu'il est maître du consulat , il se proclame aussi maître des lois , en vertu du droit divin ; il n'est rien moins que la
loi incarnée, vôk ov aix V W' tt X € *«
Il décernait d'ailleurs fréquemment des titres de consuls à ceux qui n'en remplirent jamais les fonctions , et n'étaient qu'honoraires.
Procope (Anecd.y XXVI , 4) déplore les pertes que la suppression du consulat fit subir au peuple et aux villes, dont il alimentait la prospérité par ses largesses.
A cette occasion Justinien s'occupe des Jeux publics , ou «pocoSot, et il les fixe à sept qu'il dénomme. C'est une loi importante pour l'histoire des mœurs.
Enfin la Novelle 42, du 6 août, n'est qu'un rescrit , mais il est important pour l'histoire ecclésiastique. — A son arrivée à Constantinople le pape Agapet refusa de communiquer avec le patriarche Anthime, qu'il accusait d'hérésie. L'impéi-atrice Théodora s'en indignait et menaçait Agapet de sa vengeance. Il y échappa en mourant au commencement de cette année, le 1 février.
Justinien convoqua un synode qui condamna Anthime comme intrus et hérétique. Justinien confirma la sentence de déposition , en rappelant ce qui s'était passé à l'égard de Nestorius, d'Eutychès, d'Arius, Macédon, Eunomeet
AXS 536-537-5:$. 513
quelques autres. Il reconnaît dans son rescrit que le patriarche, reconnu par son propre gouvernement, avait été institué contrairement aux canons de l'Église ; il s'était d'ailleurs éloigné des dogmes qu'il paraissait auparavant professer, et de la doctrine des quatre grands conciles; il avait refusé de se soumettre aux exhortations que le clément empereur lui avait faites pour le salut de son âme, et persisté à soutenir que ceux qui, dans les conciles, avaient prononcé des condamnations , et ceux qui les avaient encourues, étaient également répréhensibles. Apparemment qu'Anthime pensait que les opinions sur la nature de la Trinité sont indifférentes, ou devaieut demeurer dans le for intérieur.
L'empereur lui ordonna de se retirer dans un lieu écarté pour s'y guérir de ses erreurs , avec défense de les communiquer à d'autres.
Il confirme également la condamnation antérieurement prononcée contre Sévère , ex -archevêque de Théopolis (Antioche), qui avait, par ses opinions hétérodoxes , causé des troubles extrêmes dans le sein des églises. Il interdit la circulation de ses écrits; il ordonne que ceux qui les transcriront auront la main coupée, et il enjoint à Sévère de ne se montrer ni dans la capitale, ni dans les cités, mais de vivre dans la retraite, sans corrompre personne. Enfin il prononce des peines semblables contre Pierre, évêque d'Apamée, et le prêtre Zoaras. Ce rescrit est terminé par une disposition générale qui défend à tous ces prêtres l'exercice de leur sacerdoce, ainsi que les droits civils a tous ceux qui s'éloignent de la foi orthodoxe, et confisque au profit des églises les maisons qui les reçoivent et les domaines qui leur fournissent des aliments.
Fh. 33
C'est cet odieux système que Procope a dénoncé à la postérité dans les Anecd* y XIII , 2 .
On ne voit plus aujourd'hui dans le monde catholique des dépositions semblables , surtout à l'égard de si hauts personnages. Serait-ce que la foi en l'Église de Rome serait augmentée? Il paraît au contraire qu'elle est beaucoup diminuée, et qu'on est moins religieux aujourd'hui qu'au sixième siècle. La différence tient plutôt à l'indifférence des esprits éclairés. On craint , en suscitant des procès ecclésiastiques, d'affaiblir l'autorité épiscopale ; et l'Église de Rome elle-même est beaucoup plus tolérante. Les évêques renferment en leurs cœurs des dissidences inévitables, afin de ne pas rompre le faisceau.
En 537, Justinien publie vingt Novelles.
Celle du i rr janvier, la 62 e , relative aux attributions du sénat, contient l'aveu que les empereurs se sont emparés des attributions de ce corps illustre, ainsi que des magistratures populaires, pour le bonheur de la république. Le sénat est demeuré dans l'inaction, ce qui a diminué sa considération. Pour y remédier, à l'avenir une partie des sénateurs sera employée dans l'administration active , sans qu'il résulte aucune atteinte à leur dignité , afin que par leur expérience ils donnent des solutions plus mûres dans les affaires qui , par appel des juges ordinaires, sont soumises au consistoire impérial. Les juges supérieurs et les sénateurs se réuniront avec les grands pour trutiner les faits des procès , entendre les consultations (questions) portées devant eux, et proposer, sur les saints Évangiles, la décision à la suprême majesté.
La présidence appartient au préfet de la ville. Viennent ensuite les patrices qui ont géré le consulat, les
ANS 536-537-538. bis
consuls honoraires, les stratélates, ou généraux en chef, et les magnifiques , illustres et autres , selon l'ordre de leur dignité (désignés dans la Notitia imperil de Théodose le Jéune , rédigée vers l'an 445 , dont Boëking a fait un commentaire très-ample, i853, i vol. in-8°). — Les sénateurs, lors de leur réception , étaient obligés de payer à titre de sportule une somme d'or assez importante, dont l'empereur se réservait de remettre le tiers.
Les attributions judiciaires qu'on reconnaissait au sénat , et qui y sont si mal définies, sont un reste de l'ancienne constitution romaine. M. Laboulaye , dans son savant Essai sur les lois criminelles des Romains, couronné en i843 par l'Académie des inscriptions et belleslettres, pense (p. 112 et suiv.) que le sénat eut de bonne heure la suprême juridiction pour réprimer les séditions et conspirations compromettant la souveraineté de Rome, et pour prononcer entre les provinciaux et les magistrats romains; comme on le voit notamment dans le procès de Marcel lus et dans celui de Verres (Plutarq. , in Marc., a3; Tite-Live, XXVI, 39 ; Cicéron ; Val. Max., IV, 1, 7; Dion Cassius, fr. 16).
D'après ce dernier écrivain (5a, 21 et suiv.), sur le conseit de Mécène, Auguste accorda au sénat juridiction sur ses membres et sur les conspirateurs. Tinère s'en servit fréquemment. , mais les empereurs se réservaient le drôit de juger les généraux. Ce privilège, dit M. Laboulaye (p. 4'7)> subsista jusqu'à Constantin (loi 1, Gode Théod., de accus.; loi 1, Code Justin., II, *4> Ne liceat potent. patroc). — Le sénat aVait surtout compétence sur les fonctionnaires en délit de concussion , et autres. Du reste, ce corps ne voulut pas se soumettre à la procédure ordinaire et aux garanties républicaines. Il arbitrait les
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peines, confisquait les biens. — Dès les premiers temps de l'empire, les princes exercèrent la juridiction criminelle, en concurrence avec le sénat, quand ils ne siégeaient pas avec lui parmi les juges. Dès lors disparurent, avec la garantie des jurés, la publicité des débats et toutes les autres protections des accusés.
M. Faustin Hélie {Traité de linstr. crim., 1845 , tom. I er , p. 53 et suiv.) rappelle que sous la république le sénat jugea lesGracques, Catilina, etc. On admit sous les empereurs la torture pour les crimes de lèse-majesté. Dioclétien abolit le jury (Paul, Dig., loi 8, depubLjudiciis). Le préfet de la ville devint juge ordinaire criminel (Ulpien, loi i, Proem. Dig. de Ofâc. prœf. urb.). On ne trouve qu'un exemple sous Justinien d'un jugement public, rendu sous la présidence d'un sénateur, contre des généraux prévaricateurs en Lazie. (V. ans 554*559.)
LaNovelle 44, du 17 août, est une amélioration de l'institution des tabellions, ou notaires publics, dont il est parlé au Code, de fide instrumentorum , en ce qu'on crée des minutes aux contrats , pour servir de témoignage permanent.
La Novelle suivante, du même jour, est encore faite en haine des hérétiques , qui ont la témérité de ne pas adopter la foi de Justinien, et contre les partisans des anciennes religions, qui, se trouvant privés de tous les droits civils, se croyaient déchargés des fonctions curiales. Justinien les y maintint, mais en leur ôtant tous les honneurs et privilèges, faible compensation de ce fardeau, devenu très-onéreux par la mauvaise administration de l'empire, à cause de la responsabilité qu'on faisait peser sur elles.
La loi 47, du 3 1 août, rappelle que les dates des actes
publics et des événements étaient constatées par les consulats et les Indictions. Le prince veut qu'à l'avenir on inscrive d'abord Tannée du règne, puis le consulat, et l'Indiction ainsi que le jour du mois, avec les ères particulières de chaque localité s'il y a lieu : il compte la onzième année de son règne à partir du I er avril, et nomme pour l'année suivante la i™ Indiction. C'est une base solide et supérieure à tout autre texte pour la chronologie. Mais il est remarquable que cette Novelle est aussi le premier exemple de son infraction; car elle ne donne pas le chiffre de l'Indiction XV d'où l'on allait sortir.
On ne trouve aucune médaille datée de l'an XI et années antérieures ; aucune postérieure pour ce règne à l'an XXXI, quoique Justinien ait régné plus longtemps.
La 5 I e Novelle (du premier septembre) suppose que toutes les femmes qui paraissent sur la scène sont des prostituées (c'est pour cela que les lois ecclésiastiques les réputaient excommuniées de droit). On osait exiger d'elles le serment qu'elles n'abandonneraient pas cette profession (comme on exige des vœux perpétuels des religieuses). Justinien abolit ce serment et l'interdit, sous l'amende de dix livres d'or (environ 10,800 fr.), aux gouverneurs qui avaient l'infamie de l'exiger pour en faire leurs maîtresses. Le prince autorise les évêques, les magistrats supérieurs et les commandants militaires à s'interposer pour l'exécution de sa loi , tant il craignait d'être désobéi. Rien ne prouve mieux la faiblesse de ce gouvernement pourtant si despotique.
La Novelle 56, du 3o octobre, défend d'imposer à ceux qui se consacrent au sacerdoce des sommes d'argent, sous le titre d'f jA<p«vt<i(iAa , au profit des églises, parce que c'est en quelque sorte un trafic du saint ministère. C'é-
tait au moins un moyen d'en écar ter les pauvres. Mais, en même temps, Justinien crée une exception en faveur de la grande église de Constantinople, et déconsidère ainsi sa propre loi. Elle prouve, au reste, avec quelle ardeur on recherchait alors la carrière ecclésiastique. C'était en effet la seule que le prince respectât. Il allait même, pour plaire au clergé, jusqu'à rendre en sa faveur des décisions partiales (Procope, Anecd,XUl, a).
La Novelle 58 interdit , sous peine de confiscation , de célébrer les mystères chrétiens dans les édifices particuliers , et permet seulement l'ouverture de simples oratoires, à condition qu'ils seront exclusivement desservis par des prêtres délégués par l'évéque. C'était un moyen efficace d'entraver la liberté des cultes (3 novembre 53?).
Malgré les lois antérieures,, notamment celle, de Justin, les créanciers s'emparaient du cadavre de leur débiteur, et ne voulaient s'en dessaisir que moyennant leur payement. Outre l'infamie prononcée par Marc-Aurèle contre ce procédé immoral, Justinien, par la Novelle 6o, des calendes ou premier décembre, prononça contre les contrevenants la confiscation de la créance et du tiers de leur fortune.
La Novelle jS, du mois de décembre, distrait du tribunal de Rome l'appel des jugements du prétoire de la Sicile, nouvellement conquise, et l'attribue au tribunal de Tribonien , à Constantinople, sans préjudice des référés à l'empereur. Le prince voulait se réserver d'intervenir dans toutes les affaires, et l'on sait par Procope, que c'ér tait pour en trafiquer.
11 faut aussi rapporter à cette année ou à 53a l'édit 9 e (en dehors du corps des Novelles) , par lequel il attribua aux marchands d'argent ou banquiers de Cons«r
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tantinople le privilège de plaider leurs causes à son tribunal, et de percevoir des intérêts au delà du double du capital. Tribonien est accusé par l'histoire d'une avidité au moins égale à celle de son maître (Procope, Anecd., XIII, 3; XX, y). Il est probable que ces privilèges étaient acquis à prix d'argent; ils prouvent aussi qu'il n'y avait rien de stable dans la législation.
Il y a moins de lois en Tannée 538 ; la Novelle 66*, du i* mai, constate que Ton écrivait les lois à la fois en grec comme étant la langue vulgaire, et en latin, comme la langue maîtresse, d'après la constitution de l'État, surtout depuis la guerre d'Italie et la prise de Rome. Souvent on donnait à l'un et l'autre texte une date différente. • A l'avenir, dit la Novelle, les constitutions impériales seront exécutoires deux mois après leur enregistrement dans les dicaslères de chaque province chargés de leur publication. » C'est une matière difficile et importante que celle de la promulgation.
La Novelle 67 , du même jour, suite de la 58 e , défend d'établir des monastères, ou chapelles, sans le concours de l'évêque; ces établissements, souvent fondés par une piété mal éclairée, dépourvus de ressources, devenaient déserts et servaient de conventicules aux hérétiques. Justinien y renouvelle la défense aux évêques d'abandonner leurs sièges et de vivre somptueusement au dehors et aux frais de leurs églises.
Dans la Novelle 69, du i ,r juin, le prince se plaint amèrement des évocations obtenues par les hommes puissants, et des vexations par lesquelles ils traînaient leurs adversaires, souvent pauvres , devant des juges éloignés. Au lieu de les renvoyer à leurs juges naturels, Justinien
n'y apporte que d'insuffisants palliatifs. Il reconnaît aussi, sans y remédier, l'inconvénient résultant des privilèges des établissements ecclésiastiques.
Procope, dans ses Anecdota, nous fait connaître que nul n'a plus que Justinien abusé des évocations, pour en trafiquer aux dépens des deux parties. Beaucoup des Novelles qui nous ont été conservées ne sont que des rescrits. C'est d'ailleurs ce qui est confirmé par la Novelle 7^, du 4 juin.
La ^ovelle 74» du même jour 4 jui' 1 ? relative à la légitimation des enfants naturels par mariage subséquent, autorise les femmes séduites sous promesse de mariage à forcer le séducteur à les épouser ou à leur donner le quart de ses biens; car, dit le pieux et chaste empereur (ch. 5), que fait la femme qui ne peut se doter, que de se donner elle-même en dot?
Dans le chapitre 4 , l'empereur reconnaît, quoiqu'il soit partisan de la sagesse (chasteté) , et qu'il la recommande, qu'il n'y a rien de plus enivrant que la fureur de l'amour : « Comment, en effet, ceux qui en sont at- « teints peuvent-ils résister aux caresses de celles qu'ils
• aiment? Aussi, les législateurs anciens avaient-ils in- - terdit les donations entre époux pendant le mariage,
• parce qu'ils se dépouillent réciproquement. »
Ce passage et la Novelle tout entière ne sont-ils pas une apologie de la passion qui l'avait livré à Théodora?
La Novelle 76, du i5 octobre, modifie celle de 535, qui avait déclaré les monastères propriétaires incommutables des biens de leurs moines, et permet à ceux qui y sont entrés antérieurement d'en disposer, surtout quand ils ont des enfants. Néanmoins, ces lois constatent l'accroissement illimité des biens de mainmorte.
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La Novelle 77 , sans date, mais qu'on peut placer entre les lois de 538 et 53c}, prononce le dernier supplice contre ceux qui jurent par les cheveux et la tête de Dieu, et, ce qui est bien plus grave, s'oublient au point de s'abandonner aux unions contre nature. Justinien n'avait précédemment prononcé contre la pédérastie que la peine, quoique déjà si meurtrière , de la castration. Sans doute il s'agit ici de faits plus honteux, tels que la bestialité, et autres que la pudeur défend de spécifier, comme le font les criminalistes
Aujourd'hui nos lois ne punissent que les attentats contre les personnes ou les outrages publics à la pudeur. Mais Justinien se croyait chargé du salut des âmes comme du maintien de l'ordre social.
Nous reprenons les faits militaires de ces trois années.
Au printemps de 535, c'est-à-dire au temps de la Pâque, il y eut une révolte dans l'armée romaine d'Afrique, parce que beaucoup avaient épousé des femmes vandales, et s'opposaient à ce que Solomon, leur général, confisquât leurs propriétés (Procope, G. des Vand., II, 1 4, 469). D'un autre côté, les prêtres ariens, dont on avait imprudemment interdit le culte , avaient excité puissamment leurs partisans à la révolte. Enfin, les chefs vandales que Bélisaire avait emmenés à Constantinople, ayant été incorporés dans les troupes de l'Orient, avaient égorgé leurs conducteurs , et étaient revenus en Afrique. Ces trois partis réunis formèrent dans Carthage une ligue formidable. Ils n'osèrent assassiner Solomon dans le
• Jointe, Droit criminel français, IV, lia.
temple le jour de la fête , comme il avait été convenu entre les conjurés ; mais ils le forcèrent à quitter Carthage. Solomon se rendit avec Procope , resté en Afrique, à Syracuse, et obtint de Bélisaire qu'il revint en Libye. Cependant les conjurés, après avoir quitté la ville, s'étaient réunis dans la plaine de Bulla (auj. Bull) , au nombre de huit mille hommes, et choisirent pour leur chef Stodzas, qui vint assiéger Carthage.
Bélisaire arriva bientôt dans ce port avec Solomon , sur un seul navire et avec cent hommes d'élite. Il se mit avec deux mille hommes à la poursuite des insurgés émus de son arrivée , jusqu'à Membresa , à 35o stades (65 kilom.) de Carthage, sur le fleuve Bagradas, livra combat, fut vainqueur, mais n'osa poursuivre son succès. De retour à Carthage , il apprit que son armée en Sicile allait aussi s'insurger, s'il n'allait se mettre à sa tête. Aussitôt il repassa la mer. Cependant Justinien envoya Germanus, pa triée, son neveu , en Afrique, pour prendre le commandement à la place de Solomon (G. des Vand., II, 16). Germanus parvint à ramener une partie des troupes révoltées; et Stodzas, par suite de leur défection , fut obligé de s'enfuir en Nuraidie. Il fut poursuivi jusqu'aux Échelles nouvelles (Kallas-Bataras) et battu; ce qui l'obligea de se réfugier en Mauritanie, où il épousa la fille d'un prince du pays, et y vécut paisible assez longtemps (ibid., p. 49<>). Ce fait prouve qu'à l'exception du littoral, l'Afrique septentrionale ne fut point soumise à Justinien, comme le disent d'une manière générale les chroniques byzantines.
Du reste , Solomon fut renvoyé en Afrique pour reprendre le commandement, à la place de Germanus, révoqué par la jalousie de Justinien.
L'événement capital de ces trois années est l'invasion de Tftalie par l'année de Bélisaire. Ce général avait passé l'hiver à Syracuse en Sicile (Procope , G. des Vand., II, i4 , p. 469). Cassiodore (Varior. X , 26) donne une lettre de Théodahat à Justinien, par laquelle ce prince demandait une réduction du tribut qu'il lui payait, à raison de la disette de l'Italie, et se refusait d'ailleurs à établir une seule religion en Italie (la catholique au lieu de l'arienne), puisque la divinité en souffre plusieurs. C'est ce que Théodoric avait déjà écrit à l'empereur Justin au sujet des Juifs (ilnd. % II, 27); mais ce prince allait plus loin , car il demandait que la liberté du culte des ariens fût garantie.
Libératus, dans son Breviarium (ch. 20), parle des menaces faites par Théodahat au pape Agapet et aux sénateurs de Rome envoyés à Constantinople , s'ils n'obtenaient pas de Justinien le rappel de son armée. L'empereur repoussa la cl épu talion, sous prétexte des dépenses qu'il avait faites pour cette expédition. Mais son véritable motif était de profiter des intrigues du parti orthodoxe, dirigé par Agapet, contre le parti arien, pour s'emparer d'une contrée qu'Odoacre avait enlevée à l'empire sous le faible Augustule, et que le génie de Théodoric avait réorganisée en royaume indépendant.
Dans cette vue, Justinien avait commandé à Mundus , son lieutenant en Illyrie, d'envahir la Dalmatie, soumise aux Goths ; ce général fit en effet une attaque sur Salonés, aujourd'hui Spalatro, et s'empara de la place. Mais, quoique les Goths fussent parvenus abattre à leur tour et à tuer Mundus et son fils, ils ne purent reprendre Salones , et furent même obligés de se retirer sur Ra.~
venue , derrière les bouches du Padus (Pô). Théodahat , effrayé, avait d'abord offert à Justin ien la cession de la Sicile (déjà conquise) et les honneurs royaux en Italie, c'est-à-dire la suzeraineté. Il alla jusqu'à la cession du royaume même, moyennant une pension de 1,200 livres d or (1 million 24:"), 000 fr.) (Procope, G. des Goths, 1 , 7, p. 38).
Cependant Bélisaire, quoiqu'il n'eût qu'une armée de sept mille hommes , et les Goths deux cent mille hommes, ainsi que l a déclaré plus tard Witigès {G. des Goths, III, ai, p. 3 16), avait pris Naples par surprise, en s'y introduisant par un aqueduc, et s'avançait sur Rome (Proc, ibirf., 1 , 7).
Les Goths, soupçonnant la trahison de Théodahat, se réunirent en assemblée près de Rome et élurent pour leur roi un de leurs générai», Witigès, en s écriant : «Qu'il périsse, celui qui veut faire excuser ses crimes par le sang des Goths, et par le meurtre (Jornandès, Hist. de la suce, des temps). » Le prince déchu fut abandonné par son gendre Eurimond ou Evermos (Jornandès, ibid. t et Hist. des G., p. 383, éd. Savagner). Son 61s Théodegise fut gardé à vue et retenu prisonnier (Proc., ibidX Le continuateur de Marcel lin us dit que la défection à'Ebrimuth, gendre de Théodahat, fut récompensée par Justinien , qui lui conféra le patriciat.
Dans sa proclamation, rapportée par Cassiodore (X , 3i) , Witigès dit qu'il a été élu more majorum , et qu'il n'a pas gagné sa couronne dans le lit , mais dans les camps; non dans des conversations délicates et caressantes, mais au son des trompettes; ce qui donne à supposer qu'Amalasonthe avait reçu Théodat dans son lit, quoiqu'il fût marié.
Du reste, Witigès se vante d'avoir été associé aux travaux de l'illustre Théodoric, qu'il se propose pour modèle; d'où I on doit inférer qu'il était parvenu à l'âge de cinquante ans environ.
Théodahat s'enfuit vers Ravenne ; mais il fut arrêté sur la route, et tué en août 536 à Quintus , près du fleuve Santernus (contin. de Marcellinus) , sans qu'on sache si ce fut par ordre de son successeur, ou par l'effet d'une vengeance privée (Proc, t. II, p. 58).
Quoiqu'il ait régné peu de temps , il existe d'assez nombreuses médailles de Théodahat , pendant que celles d'Amalasonthe , s'il en a existé, ont disparu. Celles d'or , qui sont d'un tiers de sou , portent d'un côté la tête de Justinien, avec la lég. D. N. (Dominus noster) JUSTIN IAN. AUG. , avec le paludamentum, ce qui prouve qu'il se reconnaissait son feudataire, et son propre nom D. N. THEODAHATUS REX ou RIX, en quatre lignes dans une couronne de laurier.
Une médaille de bronze du musée de Pise omet le nom de Justinien, et contient la légende de Théodat avec VICTORIA principis, et la Victoire marchant sur une proue de vaisseau , au revers.
Des moyens bronzes, avec son nom de roi et une couronne en arc, portent aussi au revers Victoria principum.
Ces monnaies font sans doute une allusion aux succès temporaires de ses troupes en Dalmatie sur Mundus, quoique la dernière paraisse s'appliquer à l'an 534 , ou 535, époque où Amalasonthe vivait encore.
Enfin , il y a des médailles de petit bronze où on lit : INVICTA ROMA , avec un buste casqué qui représente Rome (Mionnet, Mêd. rom. f II, 4 1 3, et notre cabinet).
Witigès, en notifiant son avènement à Justinien (Cassiod., ibid., 1. 3a), lui demande la paix, qui n'a pu être détruite que par la faute de son prédécesseur.
En même temps le nouveau prince fait un appel aux évêques orthodoxes (ibid., 1. 54)) sentant bien le danger d'une défection des nombreux catholiques de ses Etats.
Il se retira à Ravenne pour y concerter les moyens de faire la paix ou une alliance avec les Francs, afin de réunir toutes ses forces contre les Romains. Il exposa aux chefs des Goths qu'il était nécessaire, pour détacher les rois francs de leur alliance avec Justinien, de rappeler Ma ri us et les troupes qui tenaient garnison dans la Gaule entre le Rhône et les Alpes ; il les amena à confirmer le traité de cession fait par Théodahat à ces princes qui se partagèrent ce pays, ainsi que le subside accessoire, ainsi qu'ils avaient déjà fait de celui de Justinien. Les rois francs promirent secrètement des forces à Witigès , ne pouvant le faire ouvertement.
Enfin, il y épousa Mathasonthe, fille d'Amalasonthe. Cette princesse , dit^on , n'y consentit qu'à regret , et après sa mort elle épousa un prince de la famille d'Ànastase (Proc., G. des Goths, II, io, p. 186, et Jomandès, de Temp. suce, XV, p. 1 85 , et de Rébus Gnthlc, XX, 4ia).
Cependant Bélisaire marchait sur Rome (Proc, ibid., I, i4); Procope, qui l'accompagnait, dit formellement que le pape Silvère, qui avait été élu (le 8 juin) à la place d'Agapet, mort à Constantinople , et qui n'avait pu se mettre en possession que d'après la sanction donnée à l'élection par Théodahat, encore vivant, en vertu de la loi incontestée du pays, et en prêtant serment de fidélité au gouvernement des Goths , excita les habi-
tants de la ville à la livrer à Bélisaire. Celui-ci, en effet, y fit son entrée le 9 décembre de l'an XI de Justin ien (Proc.,I, 14, p. j5; Evagr., IV, 19), c'est-à-dire en l'an 537, le 9 du mois grec Appelée (Nicéphore Calliste,XVlI, i3). Cette cité avait été prise, quatre-vingts ans auparavant, par les Goths. Le général romain en fit réparer les murailles et l'entoura d'un fossé profond , ce qui inquiéta les Romains, qui ne voulaient pas être exposés à soutenir de siège, comme il arriva quelques mois plus tard , en 538 ; prétendant d'ailleurs que, située dans une plaine, leur ville trop étendue n'était pas susceptible de fortification. Sous ce règne, elle fut prise et reprise plusieurs fois. En 1849, c'est à l'aide des fortifications élevées au sixième siècle que Rome put résister pendant un mois à l'armée française.
Bélisaire n'avait éprouvé aucune résistance. Les Goths s'étaient tous retirés à Ravenne , à l'exception du duc Leuderis, qui fut envoyé prisonnier à Constantinople. Procope décrit avec soin la nature des fortifications. Par cette occupation , Bélisaire se trouva maître de toute l'Italie, entre le golfe Ionien et la mer Tyrrhénienne (de Toscane), jusqu'à la Liburnie (pays de Gênes), et jusqu'au Pô (ibid., 1, i5, p. 78-80). Il envahit la Toscane (ibid., I, 16, p. 87). Mais Witigès marcha au-devant de lui avec une armée de i5o,ooo hommes (p. 82). Dans trois jours de combats sous les murs de Rome , Bélisaire donna des preuves 1Y un courage t é m éra i r e ( ibid. , p . 89 - 9 1 ) . Dès le dix-huitième jour du siège, les habitants de Rome et même les sénateurs pressèrent ce général d'évacuer la ville , attendu l'infériorité des forces que lui avait données Justinien {ibid. , p. 99). Ayant soupçonné le pontife Silvère de méditer une trahison en faveur des Goths,
Bélisaire le relégua en Grèce, et établit Vigile à sa place {ibid.y p. lai). Il exila aussi plusieurs sénateurs, qui furent réintégrés après la levée du siège. Witigès, de son côté, ordonna de mettre à mort à Ravenne les sénateurs de Rome qu'il y retenait comme otages. Plusieurs, et entre autres le frère de Vigile, parvinrent à échapper à cette barbare exécution (p. ia3). Par sa vigoureuse résistance, Bélisaire força Witigès à lever le siège, vers l'équinoxe du printemps de Tannée 539, et à retourner à Ravenne où sa femme Mathasonthe, mécontente de son mariage, prêtait l'oreille aux propositions de ses ennemis (Procope, G. des Goths, II, 10, p. 186).
Le continuateur de Marcellinus rapporte à l'Indiction i5 (537) le siège de Rome par Witigès, et retarde ainsi , d'une année; Silvère, dit-il, favorisa les Goths, et pour ce motif Bélisaire le destitua de son épiscopat, et ordonna le diacre Vigile à sa place.
Le Bull aire romain proroge avec raison jusqu'en juin 538 le pontificat de Silvère, puisque la levée du siège n'eut lieu qu'au printemps de 53g.
Cassiodore (Var. X, i3) rapporte une lettre de Witigès au sénat romain, de concession? pacis; une deuxième à Justinien, antérieures à la prise de Rome, en 537, et par lesquelles ce prince cherchait à soutenir le courage des défenseurs de cette ville, en feignant de vouloir traiter de la paix. Mais il n'y fut donné aucune suite.
Le siège se prolongea pendant un an et neuf jours (Procope, G. des Goths, II, 10, p. 186). Il avait été commencé au printemps de 538, quelques mois après la prise de Rome par Bélisaire, qui n'avait pas laissé passer l'hiver sans la fortifier (Procope, f, *4, p. 117).
Procope (Anecd., I, 2) reproche à l'impératrice Théodora d'avoir sacrifié Silvère pour mettre à sa place Vigile, sop protégé , alors à Constantioople , et d'avoir employé dans ce but Antonina , femme de Bélisaire.
Ce diacre, qui avait été indûment proclamé par le pape Boniface II, en 53o-53i, comme son successeur, nomination révoquée comme contraire aux lois de l'Église , désirait vivement le pontificat. Théodora avait d'ailleurs fait souscrire d'avance à Vigile l'engagement de condamner comme pontife le concile de Chalcédoine, et de réconcilier à l'Eglise Sévère d'Antioche, depuis longtemps expulsé du patriarcat, Ànthime, destitué en 536 par le synode de Constantinople , et Théodose d'Alexandrie, tous condamnés par la chaire apostolique de Rome.
A cette question se rattachait la condamnation récemment portée contre Théodorel , évêque de Cyr, Théodore, évêque de Mopsueste, et Ibas, évéque d'Édesse, à raison de questions théologiques sur lesquelles avait informé le concile sans les condamner. C'est ce qu'on appelle la querelle des trois chapitres, querelle fort obscure que l'histoire n'a aucun intérêt à éclaircir , et dont Procope s'est bien donné garde de parler.
Victor, évêque de Tunes, qui rapporte cet engagement de Vigile, a transcrit la lettre par laquelle ce pape le remplit plus tard, et qu'il fut obligé de désavouer.
Libéra tu s, autre ecclésiastique africain et contemporain comme Victor de ces faits, ajoute que Vigile prit cet engagement à prix d'argent et par ambition du pontificat, et se rendit de Constantinople à Rome, où il trouva Silvère intronisé par ordre de Théodahat et accepté par Witigès. « Il alla, dit-il, à Ravenne, où était Fa. 34
Bélisaire, lui montra l'ordre de l'impératrice, et lui promit 2 centenaires d'or (ou 200 livres, valant 207,600 fr.), s'il éloignait Silvère. » Cette démarche à Ravenne paraît contraire à la vérité des faits , puisque Bélisaire a envahi l'Italie par le sud, et n'est entré à Ravenne, capitale maritime de Witigès, qu'en 54o.
■< Quoiqu'il en soit , Bélisaire, retourné à Rome, continue Libéra tu s, fit venir Silvère (c'était pendant le siège), et lui reprocha d'avoir formé le projet d'y introduire les Goths. Deux lettres, forgées sous son nom même, étaient, dit-on, produites à l'appui de cette accusation. On y croyait si peu, qu'on pressait secrètement Silvère de donner sa démission pour plaire à l'impératrice , ou de prendre l'initiative de la révocation du concile de Chalcédoineetde la réintégration des évéques qu'elle protégeait. Photius, fils d'Automne, aurait même sollicité en personne Silvère , déjà réfugié en l'église Sainte-Marie Sabine, à cause de cette accusation , et le pontife aurait consenti à se rendre au palais de Bélisaire. Là , dans une seconde conférence, il fut arrêté, dépouillé de ses insignes et exilé à Patare, en Lyeie. Silvère adressa ses plaintes à Justinien , qui ordonna une enquête. Mais Pélage , alors légat, dominé par l'impératrice, fit échouer la mission. Cependant Silvère fut renvoyé en Italie , et renfermé à l'île Pal maria (Palmarola) , où, gardé par les satellites de Vigile, il mourut de faim.
«Vigile avait tenté d'éluder la promesse qu'il avait faite à Bélisaire ; mais, effrayé de l'appui que trouvait encore son prédécesseur, et de la répugnance qu'avait Bélisaire pour les mesures de rigueur, il s'était exécuté, après quoi il avait été élu, grâce à la violence exercée sur le clergé romain dispersé et sur le peuple assiégé : il écrivit
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la lettre qu'il avait promise pour se mettre eu coiumu* nion avec Théodose, Authime et Sévère, et, à cette condition, il resta sur le siège ». Libératus dit, en terminant, que Vigile mourut sans avoir reçu la consécration.
. Mais il est certain qu'après la mort de Silvère, il fut reconnu peu à peu par le clergé orthodoxe, et qu'en raison du désaveu qu'il fit plus tard, il est admis au nombre des papes.
L'accusation de trahison contre les Romains est repoussée par Procope , dans les Anecdota , où il ne cite d'autre fait politique à la charge de Silvère que d'avoir livré Rome à Bélisaire. S'il fut traître, ce fut envers les Goths. Du il leurs , il représente expressément ce pontife comme victime des passions de Théodora et de la cupidité d'Antonina. Mais dans le récit de la guerre des Goths (I, i5 et suiv.), Procope avait dit que Bélisaire soupçonna Silvère d'avoir ouvert des intelligences avec les Goths, ainsi qu'on l'a vu plus haut (p. 528). Pendant le siège, Bélisaire envoya Antonine, sa femme, et les bouches inutiles en Campanie, sous la conduite de Procope. Cet historien a donc connu tous les détails de cette guerre.
La suspension de Silvère arriva pendant l'été , en juin 538, et la prétendue élection de Vigile le 22 novembre 538, selon le Bullaire romain, dont l'autorité nous paraît supérieure, parce qu'elle s'accorde avec la marche des événements et avec les chroniqueurs. Anastase le Bibliothécaire, non dans son Histoire ecclésiastique, mais dans la Fie des papes , qui, du reste, contient beaucoup de fables, et paraît même émanée d'un écrivain différent, rapporte que Bélisaire avait reçu l'or-
dre de mettre Silvère à mort, ce qu'il ne voulut pas exécuter : Antonina le reçut dans son appartement, quand elle était encore au lit, et lui fît subir un interrogatoire outrageant en présence de Vigile, puis le fit revêtir d'un habit de moine. Vigile (que le biographe pontifical devait ménager) aurait par son intervention sauvé la vie de Silvère, en obtenant la commutation de sa peine en un exil aux îles Pontianes.
Le cardinal Baronius a réhabilité la mémoire de Vigile au sujet des événements de 538 , en supposant que sa lettre aux trois évêques a été fabriquée, et en publiant au contraire, d'après le Bull aire romain (p. 87), une lettre adressée à Justinien, par laquelle ce pontife excommunie Anthime et les autres hérétiques , et confirme le concile de Chalcédoine.
11 existe, sous le nom du pape Vigile, une lettre de la veille des nones de mars, sous le consulat de Jean , c'està-dire du premier trimestre 538 ^laquelle par conséquent ne peut appartenir qu'à Silvère). On avait représenté au pontife romain, au nom de Théodebert, roi des Francs, par l'intermédiaire de Césaire, évêque d'Arles, qu'un seigneur franc avait vécu eu adultère avec l'épouse de son frère , qu'il avait abandonnée après trois ans de cohabitation ; et le pontife se contente de lui infliger une pénitence assez légère, à la discrétion de Césaire !
Baronius ne doute pas que le coupable ne soit Théodebert lui-même, et qu'il ne s'agisse de sa liaison incestueuse avec Deuteria. Mais Pagi remarque que Théodebert n'avait pas de frère, comme ses oncles Childebert et Clotaire; et que, roi de Metz et de la France orientale, il n'avait aucun rapport avec l'évêque d'Arles.
Cependant le pontife de Rome aurait-il usé d'un si
grand ménagement s'il ne se fût pas agi d'un roi de sa communion ; et est-on bien sûr que Childebert n'ait pas eu de frère, ou qu'on n'ait pas donné ce nom à un frère spirituel avec lequel il aurait communié, ce qui, aux yeux de l'Église, était la même chose ?
Victor de Tunes place en Tan a après le consulat de Bélîsaire (c'est-à-dire an 536, car il supprime l'an i er ) la publication par Justinien d'un ouvrage sur l'incarnation, qu'il força les évêques dlllyrie de revêtir de leur approbation. Nous ne connaissons de ce prince que son écrit contre Origène , dont nous parlerons plus tard. 11 s'agit probablement d'une Novelle relative aux controverses théologiques, sur lesquelles il se trouvait en désaccord avec le clergé d'Illyrie sa patrie ; et nous n'en voyons d'autre que celle des ides d'août sur la déposition d'Anthime , et la condamnation des Sévériens, qui dissertaient témérairement sur le mystère de l'incarnation. Le ch. I er de cette loi (4^), § I er , fait allusion en effet à un écrit de l'empereur lui-même, et il ne serait pas étonnant qu'avant de légiférer à ce sujet, le prince, passionné pour la théologie , fût descendu dans l'arène , comme il la fait si souvent depuis, oubliant ses devoirs de souverain.
Victor de Tunes parle ensuite d'une véritable guerre religieuse qui surgit alors à Alexandrie d'Égypte. Justinien y intervint , comme à son ordinaire , par des exils. Ce fait est de 538, puisqu'il arriva sous le consulat de Joannès : la mort du patriarche Timothée y donna lieu; les débats furent scandaleux et prolongés.
Malala (XVI11, p. 479) rapporte au consulat de Jean , en 538 , un attentat énorme commis par Justinien , la spoliation des églises des ariens, que Procope, en effet,
i>34 CHRONOLOGIE HISTORIQUE.
lui reproche justement (Anecd. y XI, 6) avec celle de leurs propriétés, ci-dessus p. 5a i.
On a vu qu'en effet cette spoliation avait été ordonnée en Afrique; nous ignorons d'ailleurs si la mesure fut étendue aux autres parties de l'empire.
H rapporte aussi à cette époque l'inauguration (la restauration commencée) de la grande église de Constantinople, Sainte-Sophie, et l'achèvement du palais de Chalcè et de sa galerie ornée de statues de marbre , et de l'horlogerie qui y fut transportée.
A la fin de 536, ou au commencement de 53?, Justinien fit l'inauguration de la grande église de Constantinople, selon le continuateur de Marcellinus , c'est-à-dire qu'il en posa la première pierre; car cé monument ne fut terminé que vers 555. Mais Théophane recule jusqu'à Tan du monde 6o3o, c'est-à-dire en janvier 538, le commencement de la restauration de cet édifice, incendié cinq ans onze mois quatre jours auparavant, en 532. C'est ainsi qu'il faut entendre les extraits grecs de X Histoire eccles. publiés par Cramer (Oxford , 1839, tom. II, p. na).
Pendant le siège de Rome, Datius, évéque de Milan, vint demander des secours à Bélisaire, afin de lui livrer la Ligurie , alors comprenant même les pays de la rive gauche du Pô. — C'était pendant l'hiver de 538 à 53g , quoique Pagi reporte l'événement un an plus tôt, et parle en même temps d'un concile gallican tenu à Orléans le 7 mai 53^. Ce concile d'ailleurs est étranger à l'histoire de Justinien, et n'a rien de l'importance de celui de 5n, dans lequel Clovis fonda l'alliance de l'État avec l'Église catholique, et fonda ainsi le principe des libertés gallicanes.
II faut ici mentionner, parce qu'il en est question dans
les Anecdota , un fait relatif à Presidius. C était un riche habitant de R aveu ne ; Constantinus, un des plus habiles et plus braves généraux de Bélisaire, lui avait enlevé deux armes de prix. Praesidius vint réclamer auprès du général en chef; mais, voyant qu'on éludait sa réclamation, il invoqua avec éclat la protection promise au nom de l'empereur aux habitants de l'Italie qui prendraient parti pour les Romains , non sans de grands risques. Bélisaire lui promit justice et assembla un conseil, dans lequel il invita Constantin à en faire la restitution. Celui-ci refusa ; le général en chef lui demanda s'il reconnaissait son autorité; il répondit : En toutes choses, moins celle-là. Bélisaire fit appeler la garde, et Constantin, croyant qu'il s'agissait de sa vie, tira son épée pour en percer Bélisaire. Il fut exécuté pour cette rébellion après le conseil. Procrope , dans son Histoire ( G. des Gotks, II , 8 ) , déplore cet événement, en rendant justice à la mansuétude ordinaire de Bélisaire. Dans les Anecd, (I, 8) il suppose que l'exécution de Constantin ne fut que le résultat de la haine d'Automne, à cause d'un propos que ce général aurait tenu sur ses relations adultérines avec le Thrace Théodore. Justinien et les Romains en furent, dit-il, indignés; mais si Bélisaire pécha en quelque chose dans la circonstance, c'est uniquement de n'avoir pas fait juger Constantin publiquement selon la jurisprudence romaine. Ce fait se passa d'ailleurs pendant le siège de Rome.
Samuel d'Aniari, écrivain arménien du douzième siècle, suppose qu'à cette époque la grande Arménie (la Persarménie de Procope) eut pour prince Vardus, successeur de Vahan, qui avait régné trente et un ans.
CHKONOLCXilfc HISTORIQUE.
Années 539-54o-54i-
Consuls : Apion seul, 539. — FI. Justinus seul , 54o. — Basilius seul et le dernier, 54 1.
Indictions II-III à IV- V. — 6o3i à 6o34 de l'ère mondaine d'Alexandrie.
XII e à XV e années du règne de Justimkn et de Théodora , depuis le i er avril 527.
Witiges , roi des Goths jusqu'à l'automne de 54o. — Ildibab ou Thèodebalde, son successeur.
Les Novelles sont encore nombreuses en 539, et continuent à saper, surtout par des rescrits, l'unité de législation queJustinien se flattait d'avoir établie, en 533 et 534> par ses codes.
La 78 e , du 18 janvier, est relative à l'affranchissement des esclaves, que le prince facilite et encourage, en même temps qu'il définit les devoirs des affranchis envers leurs maîtres. C'est, dit Justinien, un retour aux principes du droit naturel, conforme à la loi divine, et aux intentions des empereurs Antonin Constantin et Théodose le jeune.
Il ne croyait pas , comme quelques magistrats de nos jours (conclus, du premier avocat général, et arrêt de la cour d'appel de Paris du i3 mars i855), que l'Etat fût propriétaire de tous les biens et que les particuliers n'en fussent que les possesseurs en vertu d'une investiture primitive. Au contraire, dans les Institutes, et en vertu des anciens principes de la jurisprudence romaine, Justinien déclare que la propriété est, de droit naturel, à ceux qui la possèdent, et que l'esclavage est une exception à ce
principe, exception qu'il faut restreindre et non étendre.
Le 9 mars, par la Novelle 8o, le prince établit une nouvelle magistrature sous le titre de questure de la ville, avec juridiction sur les mendiants et vagabonds, et sur les faux qui se multipliaient. Un traitement de io livres d'or (io,88o fr. environ) est attribué à ce magistrat avec 43o sous d'or (environ 6,45o fr.) de frais de bureau. Mais la rareté des valeurs métalliques en décuple peutêtre la valeur réelle.
Procope {Anecd., XI, i, et XX, 3) dit, en parlant de ce magistrat et des préteurs créés par une loi précédente, que Justinien se plaisait à créer de nouvelles magistratures sans nécessité , et voulait attacher son nom à tout en changeant tout.
La Novelle 79, du 10 mars, abolit la juridiction civile dans les causes intéressant les religieuses et les moines, et en transporte la connaissance aux évêques. Cette usurpation sur la souveraineté temporelle est une des prérogatives que la cour de Rome défend encore aujourd'hui à outrance dans les États catholiques, qui ont adopté la législation de Justinien , quoiqu'elle vive en paix avec ceux qui, comme la France, s'en sont affranchis.
Le prince fut immédiatement (Novelle 83, du 18 mai) obligé de la modifier en restreignant la juridiction ecclésiastique aux affaires de discipline, et en réservant aux juges ordinaires la connaissance des affaires purement civiles, sauf le préliminaire de conciliation déféré au patriarche , et dans tous les cas la juridiction criminelle.
Le 18 du mois de mars, par la Novelle 81, ce prince affranchit des liens de la puissance paternelle, en effet fort exagérée chez les anciens Romains, les consuls en titre et consuls honoraires , préfets des prétoires , préfets des
villes de Constantinople et de Rome, maîtres de la milice (généraux en chef) et les évêques.
Par la Novelle 8a, du 8 avril , Justinien déclare que la destitution des juges lui appartient , comme leur nomination, ce qui ôtait toute indépendance à l'administration de la justice. On y voit d'ailleurs que le nombre des juges en chaque siège n'est pas fixé d'avance; que ces magistrats peuvent résigner leurs fonctions; s'abstenir de juger, et en référer au prince, qui, d'ailleurs, se réserve le droit d'évoquer selon son bon plaisir. Par une contradiction étrange, conforme d'ailleurs au caractère de Justinien (Procope, Anecd., XI, i), il leur enjoint de juger selon les lois, nonobstant les ordres particuliers ou lettres de jussion. Il donne aux juges le droit de prononcer en dernier ressort jusqu'à la valeur de 3oo pièces (sans doute d'argent : s'il s'agissait de sous d'or, ce serait plus de 4,5oo îv\ c'est-à-dire d'environ ioo fr. ; et, au lieu d'un traitement fixe, il leur permet de percevoir 4 pièces d'or (6o fr. environ) par chaque cause non minime. C'étaient d'ignobles épices.
La Novelle 86, du 17 avril, bouleversa encore davantage l'administration de la justice, en appelant les évêques à intervenir dans les cas de déni de justice, et à se réunir aux magistrats pour juger la cause : la loi suppose qu'eux aussi pourront trahir la cause de la justice, mais elle ne les soumet qu'à des peines canoniques, à prononcer apparemment par les métropolitains. Quelle garantie pour les justiciables! Procope n'était-il pas fondé à reprocher à Justinien sa partialité pour le clergé [Anecd., XIII, a)?
Le 7 mai, par sa Novelle i33, le prince, se substituant aux conciles, établit les règles de la vie mouastique, dont il fait d'ailleurs un grand éloge, quoique la dépopulation