‹ Histoire de JustinienChapitre 11 sur 31 · ANS 542-5V · texte numérisé non relu

ANS 542-5V

Conori parvint à dessiller les yeux de J us i mien , qui ordonna l'expulsion de Ma cari us, protecteur des origénistes; Conon et ses partisans demandèrent à sa place Eustocln u s, économe d'Alexandrie, qui vivait alors à Constantinople. Justinien le leur accorda , et Eustochius prit la place de Macarius; car c'est ainsi que l'inamovibilité des évêques et la liberté des élections étaient respectées. Le reste de ce récit de Cyrille (§ 90) appartient à l'histoire du concile de Constantinople. Mais il résulte des détails très-circonstanciés que nous venons d'analyser que Macarius tint le siège de Jérusalem au moins depuis 544 jusqu'en 55a, époque où Justinien convoqua un concile œcuménique pour résoudre les questions théologiques qu'il avait l'imprudence de vouloir décider par ses édits.

Théodore Ascidas, son ministre, ne fut pas en effet disgracié, et continua ses fonctions jusqu'à la réunion de ce concile en 553.

Cette histoire monacale, écrite par un témoin oculaire, peint les mœurs de l'époque et le danger des querelles théologiques dont le gouvernement se mêle. Justinien y prit une part très-active, puisqu'il existe de lui un très-long factum contre Origène. Comme il est adressé à Ména, alors archevêque de Constantinople, et autres prélats, il est nécessaire de le rapporter à 543, et non à 553, puisqu'alors Ména était mort depuis plus d'un an.

Aussi a-t-on pensé q^'un synode avait été réuni en 543 à Constantinople, pour s'occuper de la question d'Origène. Ce synode, dont on n'a pas les actes, a précédé et non suivi J'édit approbatif de Justinien.

Son opuscule contre Origène est fort long, à cause Fm. 37

des nombreuses citations des Pères de l'Église dont il invoque l'autorité; et il se termine par des dénonciations formulées en anathème. On n'y trouve rien de remarquable qu'un esprit étroit et violent de controverse.

Cet écrit a été imprimé dans le Recueil des conciles; il a paru si peu digne de la dignité impériale, qu'il a été remplacé par une espèce de rapport au concile.

Nous avons six lois à signaler en 545.

La Novelle i3o, du I er mars, a pour objet le logement et la fourniture en nature des vivres aux fonctionnaires et aux troupes en marche. Elle charge les delegatores d'y pourvoir , et défend expressément aux soldats de prendre ce qui est nécessaire à leurs besoins.

Procope [Aiiecd,, XXIII , 4 ) parle des exactions sans nombre commises à cet égard sur les provinces et sur les propriétés , et des contributions connues sous le nom d epiboles , synones et diagraphies.

Par la Novelle i3i, du 18 mars, Justinien revient encore sur les questions ecclésiastiques ; il déclare, pour la cinquième ou sixième fois , les canons des conciles généraux de Nicée, de Constantinople , d'Éphèse et de Chalcédoine, lois de l'État. Par l'art, a, il reconnaît la préséance pontificale de l'évéque de l'ancienne Rome, qu'il appelle enfin pappas ; et revendique pour le siège de Constantinople, ou nouvelle Rome, le second rang et la préséance sur les autres. — Il accorde à Carthage les privilèges archiépiscopaux qu'il avait donnés à Justiniana prima , sa ville natale. Il affranchit les églises et leurs biens des impôts autres que ceux destinés aux dépenses locales. Il confirme la prescription de quarante

ans qu'il leur avait accordée. Il défend de nouveau le culte domestique et l'érection des temples particuliers > contrairement à la liberté des cultes, proclamée par la grande loi de Constantin de 3ia.

La Novelle i3a, du 4 avril, défend d'ailleurs aux hé* rétiques de faire des assemblées secrètes et de baptiser selon leurs rites , sous peine de confiscation des lieux.

La Novelle 128, du i3 juin, qui donne en même temps l'an du règne et de l'Indiction de manière à servir de base à la chronologie , est relative à la levée des contributions et au système financier de l'empire. Le rôle des contributions doit être dressé au mois de juillet ou d'août , pour l'Indiction suivante , afin d'être adressé en septembre ou octobre aux présidents (archontes) des éparchies ; ces rôles doivent contenir ce qui est dû par chaque joug (couple) de bœufs ou de moutons (oùtXtwv, peut-être otswv, brebis; car ouï/. ntî se trouve pas dans Henri Estienne, quoiqu'il soit dans le texte de la Novelle (ch. 3), par centurie, ou autre dénomination } soit en nature (évdfôtt), soit en or. Les éparques doivent estimer chaque impôt en nature, selon son poids et selon l'usage de chaque lieu , avec distinction de l'impôt dû au trésor et de l'impôt local. L'impôt en nature est payable au commencement de chaque Indiction, et l'impôt en numéraire aux échéances déterminées : s'il y a défaut ou refus de payement, le recouvrement a lieu par voie de séquestre, en vertu de l epibole, ou envoi en possession. La loi constate qu'il y avait alors des poids et mesures servant aussi à peser l'or, l'argent et les autres métaux , dont les étalons étaient conservés en l'église de chaque ville. Enfin , on ne voit pas que le fisc soit déclaré privilégié, sinon qu'il est rois à la place de son débiteur pour exercer ses

droits légitimes contre ceux qui lui doivent à lui-même et peuvent acquitter les impôts arriérés; c'est l'art. ia. 11 n'y a pas un mot dans la loi de cette doctrine extravagante, professée le i3 mars 1 8 :"> 4 devant la première des cours d'appel de France , et que cette cour pouvait assurément condamner, que les citoyens ne sont propriétaires de leurs biens qu'en vertu d'une investiture primitive du gouvernement. Au contraire, Justinien lui-même, ce grand despote, protège la propriété contre toute exaction , en punissant du fouet, de la confiscation des biens et de l'exil le percepteur qui a exigé au delà du rôle; de io livres d'or (10,180 fr.) d'amende, le magistrat qui lavait ordonnée, et de la moitié , les agents de l'exécution. Nos lois ne sont pas si sévères.

Les objets de consommation ne paraissent pas avoir été imposés, car le commerce n'existait pas comme aujourd'hui. Nous n'y trouvons pas même la capitation; ' tout l'édifice financier repose sur l'impôt foncier, mais malheureusement la propriété n'était pas suffisamment protégée. — Procope se plaint des avanies de toute nature faites aux propriétaires, et surtout des confiscations. La justice était sans force, et l'administration corrompue.

La dernière loi de cette année, %y décembre 545, n'est pas au corps des Novelles; c'est le onzième des édits séparés (p. 1167, éd. de Beck); sa date, d'ailleurs, d'après les variantes, serait incertaine. Elle est relative à l'évaluation de l'or obryse en Égypte. Inconnu dans les temps antérieurs , ce métal devenait l'occasion de troubles dans les transactions, parce que l'on ne donnait que 9 chrysos ou sous d'or, au lieu de 7a, pour une livre. — Tout au plus si, à raison de la pureté relative de cet or, qui,

selon Pline (XXXIII , 19) , n'est autre que l'or épuré par le feu (obrussa) , on devait accorder quelque prime à la livre. Car les empereurs Gratien, Valentinienet Théodose (loi 3 au Code De veteris numis. pot estât è), avaient ordonné de donner aux sous d'or (obryzati) la même valeur qu'aux autres. La loi d'Arcadius et d'Honorius (unique au Code De oblatione votorum , XII , 49) en parle aussi. Il est fâcheux que Justinien, par la Novelle ia8, ou par cet édit, n'ait pas indiqué les noms et la valeur de la livre romaine et de ses divisions. On sait, par la pièce de Constant, césar fils de Constantin, de l'an 337, marquée Ob, décrite par M. Chabouillé dans la Revue numismatique , que les sous d'or créés à cette époque à la place des anciens aurei , de 6JS à la livre romaine, furent désormais de 7a, ce qui est d'ailleurs prouvé authentiquement par l edit de Yalentinien et Valens, de 367 (Cod. Théod., XII , 6, 3), et par la loi d'Arcadius et d'Honorius, de 395 (ibid., VII, 24, 1), auxquels il n'a pas été dérogé dans le code de Justinien.

Nous avons vérifié, au Cabinet de Paris, toutes les monnaies d'or de Justinien , et nous leur avons trouvé en moyenne 4 g r - 44 cent. (V. Note somm. a56), ce qui donne 3ao grammes, et non 3^7 ou 3a6 à la livre romaine , comme l'ont proposé Letronne et Dureau de Lamalle.

Justinien eut donc raison d'ordonner aux banquiers d'Alexandrie de cesser une exaction aussi intolérable.

A cette occasion , il importe de relever ici le passage des Anecdota de Procope (XXV, 4) qui , sans qu'il en existe aucune trace dans le corps des Novelles , prouve que Justinien a fait une révolution dans le système monétaire, en changeant la proportion de l'or et de I V-

gent. La constitution par laquelle il fit cette innovation est antérieure à 548 , puisque l'impératrice Théodora y concourut, et il est naturel de penser qu'elle parut en l'année où il s'occupa de régler la valeur de l'or obryze en Egypte , dont l'histoire ne s'est pas non plus occupée. Toutes deux intéressent fortement la numismatique , ainsi que la Novelle io5, de 536, qui, dans son chap. a, 5 i , après avoir parlé des trois modules d'or, nomme, comme pièces d'argent, les miliaresions, les mêlés, les kaukies et les tetragones (V. an 553).

Les pièces d'argent de ce règne varient du poids de i gramme 45 à 3a ou 35 centigr., et paraissent former ainsi trois classes : le triobole, les doubles oboles et les oboles ou phollis. On n'en trouve aucune carrée, à laquelle puisse s'appliquer l'expression TrrpctYÔvtoç. Les miliaresions paraissent se rapporter à l'obole ou phollis, puisque 3à centigrammes représentent un millième de la livre de 3ao grammes.

Ni le Lexique de Henri Estienne, ni les autres, ne définissent les mêles et kaukies , qu'on s'est borné à latiniser. On peut conjecturer que c'étaient des pièces inférieures de poids au miliaresion, obole ou phollis, c'est-à-dire des demi et des tiers, comme le tetragone n'était peut-être que le quart. En effet, il existait, dans la série des drachmes nt tiques , des demi et des quarts d'obole, c'est-à-dire des pièces de 16 et de 8 centigrammes. Aujourd'hui que l'argent, bien plus commun, n'a pas permis de frapper des monnaies au-dessous d'un gramme, cela nous étonne, mais n'est pas impossible.

Quoi qu'il en soit, nous avons dans la note a 56 expliqué comment Justinien , sans changer le poids des monnaies d'or, avait modifié la proportion, de manière que le

sol d'or de 4 gr. 44 , qui , par la reproduction dans son Code de 534 (X , 76, 1) de la loi de 397, assignant 5 sols d'or à la livre d'argent, valait 210 oboles de 3a à 4 2 cen? tigr. , n'en valut plus, par suite de sa nouvelle loi, que 1 80; il l'affaiblit ainsi d'un 6". La proportion , qui était entre l'or et l'argent de i4-4'> fat «lors de 1a seulement environ, à moins que le poids de la monnaie d'argent n'ait été abaissé aussi d'un 6 e , ce que les variantes des pièces dans les trois modules existants laisserait à penser. Déjà , au reste, la proportion entre l'or et l'argent avait été changée en /\'2'2 par une loi d'Honorius et d'Arcadius, que Justinien n'a pas reproduite dans son Code.

Il y eut aussi plus tard, en 553, un changement dans la proportion de l'or au cuivre , ou au inoins dans le poids des pièces de bronze.

Revenons aux faits militaires de ces quatre années.

En Afrique, Solomon , qui avait repris le commandement après l'envoi de Germa nus à l'armée d'Orient, poursuivit la guerre contre Jabdas et les Maures du mont Auras (le Djebel-Refaa ou Zerezero, à l'ouest de Lambesa); il envoya Gontharis, un de ses lieutenants, sur le fleuve Abigas (le Merouana ? ), où celui-ci fut vaincu près delà ville abandonnée de Bagaïs, mais vengé par Solomon en personne près de Babosis (ruines voisines de Sidi- Hamed-Bouzid). Ce général eut divers autres succès, et força Jabdas de se retirer dans la Numidie , après avoir occupé Sitifis (Sétif)et Césarée (Cherchel). Il gouvernait paisiblement l'Afrique depuis quatre ans, et l'on était arrivé à l'an 17 du règne de Justin ien, 543, lorsque la guerre recommença dans la province de Tripolis (Tripoli) de la part d'An taras, ancien allié des Romains, justement ir-

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rite de ce que l'on avait fait périr son frère sous prétexte de complot, sans formalité de justice.

Les troupes des deux partis se rencontrèrent à Tégeste (Tébesa) , à six journées de Carthage. Solomon fut tué dans le combat, et son neveu Sergius, homme incapable, orgueilleux et opulent , fut nommé à sa place.

Tel est le récit de Procope [G. de* Fond. ,11, 19 , 2 a). Le continuateur de Marcellinus dit que Stodzas, ce soldat révolté qui s'était fait par un mariage une principauté en Afrique, fut l'âme de tous les mouvements militaires» dus probablement à la mauvaise administration du pays.

En 544» Jean, fils de Sisinniole, l'un des meilleurs généraux d'Afrique, ne voulut pas reconnaître l'autorité de Sergius ; Antalas , chef des Maures du Byzacium, et Stordzas, se réunirent pour attaquer les Romains. Solomon, frère de Sergius, fut fait prisonnier à Laribon (Sidi-Abdel-Bacal, on Bou-Agon, près du fleuve Millig) par les Lévathes. Il parvint à se racheter comme esclave, grâce à l'intervention du médecin Pégase (Procope, G. des Vand. y II, 22). Il eut 1 impudeur de se vanter de la supercherie à l'aide de laquelle il trompa les Lévathes, qui s'en vengèrent par une contribution mise sur les habi-r tants. Pégase le lui reprocha , et Solomon osa massacrer son bienfaiteur dans son retour à Carthage. Justinien, au lieu de punir cet attentat, lui fit expédier des lettres d'abolition. Procope s'en est expliqué (dans les Jnecd., V, 8, 9 et 10); là aussi il explique la faveur de Sergius par la protection d'Automne qui lui fiança sa nièce. L'impératrice Théodora intervint pour le maintenir dans son commandement, malgré ses fautes; mais, après la prise et reprise d'Adi umet (Sousa ou Fusah), ville maritime, dont

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les habitants émigrèrent en Sicile et a Constant! nople , Justinien adjoignit à Sergius le sénateur Aréobinde, époux de Prejecta , fille de sa sœur Vigilantia ( Procope, G. des F and. , II , 24).

Cet Aréobinde , qu'il ne faut pas confondre avec l'intendant du palais de l'impératrice, et son amant, qu'elle fit périr selon Procope (dans les Anecd.), n'avait pas de capacité militaire; on lui donna pour préfet Anastase.

En 545 , il y eut un combat sanglant entre les Maures d'Afrique et les troupes d'Aréobinde , commandées par Jean Sisinniole, près de la ville de Sicaveneria (Kif), à trois journées de chemin de Carlhage. Sergius refusa d'y concourir. Le général romain y fut tué, mais après avoir porté de sa main un coup mortel au rebelle Stordzas. Néanmoins les Romains furent vaincus, et enfin Sergius fut rappelé et envoyé en Italie. — Deux mois après son départ, Gontharis, commandant en Nu mi die, traita secrètement avec les Maures, et revint à Carthage, qui fut assiégée à la fois par les Maures de Numidie, commandés par Cutzinas et Jabdas, et par les Maures du Byzacium, ayant à leur tête Antalas, et un autre Jean, successeur de Stordzas. Gontharis s'empara de la ville , fit Aréobinde prisonnier, attira dans son parti Réparatus, que Justinien avait élevé au rang de métropolitain et d'archevêque , et égorgea Aréobinde , en épargnant le préfet Anastase à cause de sa vieillesse. Mais il fut tué lui-même dans un festin par Artaban, l'Arsacide, trente-six jours après son usurpation, et celui-ci rétablit le pouvoir impérial l'an 19 du règne, c'est-à-dire en 545 (Procope, iïitL, II, a8, p. 53a).

Le bibliothécaire Anastase rapporte en cette année un prétendu voyage en Afrique de Bélisaire, qui aurait tué le

tyran Gontharis. On peut juger par ce fait de la foi due à ce biographe des papes.

En Italie, Justinien avait laissé son armée, réduite à 12,000 hommes, à la disposition de onze généraux qui ne purent s'entendre; et ce n'est qu'après leurs défaites réitérées qu'il réunit (en 54a) le commandement dans les mains du préfet des prétoires d'Italie, Maximinus, général demeuré parfaitement inconnu (Procope, G, des Goths, III, 6, p. 3oa).

Après le meurtre d'Ildibad , les Goths-Ruges élurent pour roi Éraric ; mais celui-ci ne convenait pas aux autres tribus et ne put rien faire de décisif pendant cinq mois. Il voulut échanger son titre de roi pour celui de sénateur à Byzance, et fut tué pour cette trahison {ibid. , 288-289). Cependant le général Totilas, neveu d'Ildibad, avait été choisi par la grande majorité des chefs pour sa prudence et son courage. Son nom véritable paraît avoir été Baduéla, sinon en latin, au moins dans la langue des Goths (Jornandès,^ Temp. suce, XV, p. 188 et 190. — Ludewig,n. 54 1. — Mionnet, Méd. rom. ,11, 4 16).

Selon Grégoire de Tours (Hist. , t. III, 29), ce fut en cette année que le roi des Francs Childebert entra en Espagne , avec son frère Clotaire , et assiégea , mais en vain, Caesar-Augusta (Saragosse). Ces princes, qui avaient soumis une grande partie de l'Espagne , rentrèrent dans les Gaules avec un riche butin. Il en aurait été de cette expédition comme de celle de Théodebert, leur neveu, en Italie, en 54o. Isidore de Péluse, ainsi que la Chron. de Moissac, disent au contraire que les Francs furent battus par les Visigoths (dont le roi était Theudis) et que ceux-ci conservèrent même au delà des Pyrénées la Gascogne jusqu'au temps de Charlemagne.

Selon Victor de Tunes, auteur contemporain, ces princes auraient ravagé seulement la France Tarraconaise, et se seraient avancés jusqu'au fleuve Mi nias (aujourd'hui inconnu).

Pour revenir à l'Italie , en 543 , Totila continua ses succès, traversa le Tibre, et soumit l'Italie presque entière y compris la Calabre , pendant que les Romains se tenaient enfermés dans Raveune, Rome et autres villes.

Il se rendit maître de Naples , au commencement de l'hiver, à la fin de la huitième année de la guerre. Ici et ailleurs Procope (G. des Goths, III , 7, p. 3o8) ne paraît plus comprendre dans les années de la guerre l'an 535, où l'on ne prit que la Sicile.

En 544 5 qu'il compte comme l'an 9 de cette guerre (ibid., p. S 1 5), cet historien raconte comment et pourquoi Théodora empêcha que Bélisaire ne fût renvoyé en Perse, et le fit expédier en Italie , sans qu'on lui donnât ni hommes ni argent pour continuer la guerre. Cependant elle l'avait fait dépouiller des trésors qu'il avait, il est vrai avec peu de désintéressement, et peut-être illégalement, enlevés à Gélimer et à Witigès. — Justinien lui donna donc à forfait cette grande et difficile entreprise, et l'autorisa ainsi à mettre toutes les populations à contribution. Voulait-il se venger des habitants que ses commissaires logothètes avaient révoltés ; ou son trésor était-il épuisé, et son armée, réduite de 640,000 à i5o,ooo, ne pouvait-elle plus être recrutée parmi les barbares, f a ute d'argent ?

Jamais une si grande faute ne fut commise. Aussi Procope n'hésite pas à dire que pendant les cinq années (544 à 549) que Bélisaire passa pour la deuxième fois en Italie, il n'eut aucun succès, quoique ses plans fussent

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mieux conçus que dans la première expédition , et qu'il eût plus d'expérience. Il n'aurait pas dû s'en charger aux conditions que lui imposait Justinien. Mais il paraît qu'il était avide, et voulait refaire sa fortune, que sa disgrâce de 54 1 ou de 54» avait vu disparaître, sauf ce qu' Antonina , toujours protégée par Théodora, avait pu obtenir de la concession des deux souverains.

Après la prise de Naples, Totila se conduisit avec une grande modération. Il punit de mort un de ses gardes , coupable de viol sur la personne d'une fille romaine, et lui donna son bien en réparation (Proc, G. des Gotks, III, 8). Au contraire les soldats de Justinien ou de Bélisaire pillaient les populations, et même bravaient leurs chefs. Totila reprocha au sénat de Rome son ingratitude envers les Gotlts, dont les princes Théodoric et Amalasonthe avaient maintenu les institutions romaines, ce qui ne l'avait pas empêché d'exclure les prêtres ariens de Rome {ibtd.y III , io). Le roi des Goths, qui s'était emparé de Dryonte (Otrante en Calabre), marcha avec ses principales forces sur Rome; et ainsi finit la neuvième année de la guerre d'Italie (544)-

En 545 , Bélisaire délivra Dryonte , avec le peu de troupes qu'il avait pu lever en Illyrie, et, se montrant avec la flotte à Ravenne , il y avoua les fautes commises précédemment par le gouvernement de Justinien, en promettant de les réparer. Cependant les Illyriens, ayant appris que leur pays était livré sans défense, aux Huns , firent défection, et retournèrent dans leurs foyers, ce qui permit à Totila de faire de nouveaux progrès. Ainsi se termina la dixième année de cette guerre (ibid., III, n).

Voilà donc encore le cœur de l'empire envahi , après quatre ans à peine -de repos. On y était si accoutumé,

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que les historiens en parlent peu. Procope (i&ôf., III, i3) parle avec plus de détail des Sclavènes (Slavons) dont les hordes immenses traversèrent le Danube et envahirent les provinces contigiiès de l'empire, c'est-àdire la Mœsie et la Thrace (ibid., p. 33o).

Au printemps de cette année (lu dixième), Bélisaire s'était rendu avec la flotte au camp formé à Epidamne ; mais ce ne fut pas lui qui délivra l'empire de ces barbares. Les Érules, alliés de Justinien, quoique moins nombreux, défirent les Sclavènes, et leur reprirent les esclaves qu'ils avaient faits. Narsès les commandait.

En Orient, Justinien avait, en 54a, envoyé Bélisaire avec si peu de forces, que ce général dut se tenir sur la défensive. Chosroès avait dès le printemps fait sa troisième invasion, par la rive droite de l'Euphratc. En passant devant Sergiopolis (Resapha, ou eURissafa), il avait le dessein de se porter sur Jérusalem, pour en piller les richesses ,* mais Bélisaire, campé à Europos (Maursey) sur l'Euphrate, fit passer sous les yeux d'Abandanès, son envoyé, les Thraces et les Illyriens, les Goths et les Erules, . les Vandales et les Maures, et cet envoyé rapporta à son maître que ce général avait sous ses ordres une armée considérable, composée des troupes de diverses nations. Chosroès repassa l'Euphrate, en s'emparant de Calli nique (Racca) de l'Osrhoène , et feignit de négocier avec les Romains qui le poursuivirent jusqu'à Edesse. Ainsi finit cette campagne. (Proc, G. des P., II, ai, p. a49)«

Malgré ce succès, Justinien rappela Bélisaire à Byzance, pour l'envoyer en Italie, où les affaires étaient en décadence (ibid.).

En 544) Chosroès passa de l'Assyrie dans le pays des Adarbiganes (pays de Zergan ), pour de là pénétrer dans

la Persarménie (partie nord du Diarbekir) (Proc, G. des Perses, II, 22). Pendant qu'il y célébrait la fête du feu, qui est la plus grande chez les Perses (ce que prouvent assez les médailles qui nous restent des Sassanides, où elle est représentée), Valérien , commandant en Arménie, marcha contre Théodosiopolis (Resaina, aujourd'hui Ras- t l- Ain sur le Chaboras, dans l'Osrhoène ? ) , tandis que Martinos, généralissime de l'armée campait à Citharidzôn (Singara ou Sindjur?). Elle n'était pas composée de plus de 3o,ooo hommes (H, 24), tant Justinien avait négligé le recrutement de ses troupes. Les Romains furent vaincus dans une bataille qui se livra dans le pays de Dubius, près du fort d'Anglôn, et firent de grandes pertes (/£«*., II, a5-a6, p. 267).

En 545 , Chosroès entra pour la quatrième fois sur les terres de l'empire et assiégea Édesse (H , 26). Cette ville se racheta par un tribut de cinq centenaires (5 19,000 fr. environ) malgré la présence de Martinos (ibr'd., Il, 27). On se réunit à Séleucie-Ctésiphon (Bagdad) sur le Tigre, fondée par Alexandre, pour y traiter d'une trêve de cinq ans ; elle fut conclue à condition que Chosroès restituerait le pays des Lazes (Colchide), et que Justinien lui payerait (c'était sa coutume) 20 centenaires (2 millions 76,000 fr.). Cet événement arriva l'an 19 du règne, 545 (Proc., ibid. y II, 28, p. 280). Mais les Saracènes des deux partis, Aréthas et Alamoundar, continuèrent de se faire la guerre pour leur compte. Le second , ayant pris l'un des fils du premier, qui paissait ses troupeaux, eut la barbarie de le sacrifier à Vénus. Ainsi le précurseur de Mahomet prétendait honorer la divinité ! Aréthas s'en vengea en faisant subir une défaite aux troupes d'Alamoundar, dont les deux fils

manquèrent de tomber entre ses mains (ibid., p. a8a).

Après les faits militaires, il faut rapporter les faits civils de ces quatre années.

Procope (Anecd.) III, i) raconte que le rappel de Bélisaire fut déterminé, non par le besoin qu'on avait de ses services en Italie, mais par suite d'un complot entre Théodoraet An ton i ne, sa femme. Photius, fils de celle-ci, ayant reçu la révélation de ses amours adultères avec Tbéodose, avait promis à son beau père de se venger sur la personne de l'amant. Comme il retournait à Byzance avec Calligone, un des eunuques de sa mère, dont il avait obtenu ces révélations, à Ephèse il trouva Théodose réfugié dans l'église de Saint-Jean. L'évêque Andréas le lui livra pour de l'argent , sans égard au droit d'asile, si vivement revendiqué par l'Eglise dans la bouche éloquente de saint Jean Chrysostome. Photius fit conduire son prisonnier en Cilicie, dans son commandement, où il le tint séquestré. Antonine s'en plaignit à l'impératrice, qui fit arrêter Photius à son arrivée à Byzance , avec le sénateur Théodose. Elle soumit celui-ci , malgré sa dignité et les attributions du sénat, à quatre mois de torture , qui lui firent perdre la raison et ensuite la vie. Quant à Photius, qui avait le grade de général depuis longtemps, et qui était consul honoraire, elle lui fit subir le châtiment des esclaves, pour l'obliger à révéler le lieu où il avait caché Théodose , et, malgré la persévérance de son prisonnier, elle le garda plus de deux ans dans ses cachots secrets. Ce ne fut pas la justice, ni Bélisaire, qui l'en délivra. Il s'en échappa, et, pour éviter le supplice capital qui le menaçait, il se réfugia à Jérusalem , où il se fit moine et prêtre. Théodora découvrit bientôt la retraite de Théodose, le fit ramener à Cons-

tantinople, ravit de joie Antonine en le remettant dans ses bras; mais elle le garda dans le palais, et le combla de ses propres faveurs. Elle devait l'élever au généralat, mais, épuisé de fatigue, Théodose mourut de la dyssenterie. Procope reproche avec raison à Bélisaire sa lâcheté dans l'abandon de Photitis, et sa faiblesse envers Antonine. Ces événements se passaient en 54 1 ou S^u.

C'est en 543 , selon Procope (G. des P., II, a3), que la peste sévit à Byzance dès le printemps, et y dura quatre mois. Elle enleva cinq mille et quelquefois jusqu'à dix mille personnes 'par jour , ce qui paraît exagéré.

Justinien lui-même en fut atteint, et d'une manière si grave, est-il dit {Ànecd.^ IV, i), que le bruit de sa mort se répandit à l'armée d'Orient ; quelques généraux annoncèrent que s'il en mourait, ils proclameraient un empereur selon leur choix , ce qui était exclure l'impératrice. Pétros et Jean Fagan , après la nouvelle de son rétablissement, imputèrent ce propos à Budzès, leur collègue, et à Bélisaire lui-même. Théodora les fit mander à Byzance, et jeta Budzès dans un cachot d'où elle ne le laissa sortir qu'après plus de deux ans de séquestration, la vue éteinte et presque mourant. Bélisaire fut de son côté dépouillé de son commandement; il eut ordre de se séparer de ses amis (Anecd., IV, 3) et du commerce de ceux qui avaient servi sous ses ordres. C'était un douloureux spectacle de voir un guerrier si illustre se promenant seul, sombre et morose, dans les rues de Byzance, craignant d'être à chaque instant misa mort.

Un jour qu'il revenait du palais, où il avait reçu un mauvais accueil, il cherchait des yeux s'il n'y avait pas des assassins apostés sur la route qu'il suivait pour rentrer en son hôtel (il habitait un faubourg). Arrivé dans

son appartement, et préoccupé de pensées peu viriles, il se met au lit baigné de sueur. Un employé du palais paraît sur le seuil porteur d'un message de l'impératrice. « Tu sais, excellentissime, lui disait-elle, ce que tu as machiné contre moi. Mais j'ai de grandes obligations à ta femme; à cause d'elle, je te pardonne toutes tes offenses ; mais , à l'avenir , tel tu seras pour elle , telle sera ma conduite envers toi. »

Bélisaire, qui était couché dans son lit comme pour y recevoir la mort, relevé par ce message de son abattement, courut se jeter aux pieds d'Antonine, avec laquelle il était resté froid, depuis qu'il l'avait fait arrêter en Orient, et ne cessa de les lui baiser, en promettant qu'il serait son esclave et non son mari.

Cependant, l'impératrice, ayant appris qu'il avait apporté de nouvelles richesses d'Orient (il paraît qu'on permettait aux généraux de mettre à contribution les populations), les avait fait enlever par un de ses eunuques. Elle fit d'ailleurs deux parts des richesses qu'il avait recueillies dans les guerres contre Gélimer et Witigès; richesses qu'elle et Justinien n'avaient pas osé jusque-là faire rentrer au trésor, à cause de sa popularité; elle laissa au général 3o centenaires d'or (3 millions 114,000 francs) et donna le reste à Antonine. Puis elle se hâta de contracter une alliance avec Bélisaire, en demandant sa fille Joannina pour la fiancée de son petit-fils Anastase. Bélisaire alors réclama sa réintégration dans le commandement de l'armée d'Orient, Mais Antonine ne le voulut pas, à cause de l'affront qu'elle y avait subi. Bélisaire , nommé connétable (commandant des écuries impériales), fut envoyé en Italie. Tout le monde pensait qu'il avait accepté ce commandement pour sortir de Thu-

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milialion où il s 'était trouvé à Byxance , et qu'aussitôt qu'il aurait ressaisi ses armes, il ferait des exploits dignes de sa renommée, afin d'en imposer à sa femme qu'il idolâtrait quoiqu'elle eût déjà soixante ans, et qu'il penserait au malheureux Photius. Mais il oublia tout, et fut plus servile qu'auparavant.

Voilà le tableau qu'a fait Procope (IV, 9, Anecdotd) de celui dont il avait été le conseiller et le compagnon assidu. Nul mieux que lui n'a pu connaître les faits. C'est sur cette disgrâce, rapprochée de celle de Jean de Cappadoce, que repose l'erreur qui a fait de Bélisaire un proscrit privé de la vue et réduit à l'aumône.

A l'égard de la maladie de Justinien, qui donna lieu à la disgrâce de Bélisaire , il y a une variante qui peutêtre vient d une confusion d'époque. Métaphraste , dans la Vie de saint Sampson , patrice romain, cité par Alemanni, p. 4<>-3, dit que Justinien fut malade aux parties génitales et que la vessie était gravement ulcérée. On ne fixe pas la date particulière de cette maladie. Victor de Tunes place en cette année , neuvième après le consulat de Bélisaire, la réunion en Illyrie d'un concile qui condamna Benenat , archevêque métropolitain de Justiniana (patrie de Justinien), comme adversaire des trois chapitres, question théologique sur laquelle il n'a été statué définitivement que dans le concile général de 553. Ce chronographe commet d'ailleurs un grand anachronisme en plaçant en 543 la mort de Théodora , qui vécut jusqu'en 548.

Théophane (p. 346) parle aussi, en cette année 543 ou 6o35 , d'une guerre entre le roi des Indiens Auxumites, professant le judaïsme, sur les frontières de l'Egypte, et pamien, roi des Homérites , qui avait fait égorger les

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négociants romains qui se rendaient en Ethiopie; les détails de cet événement prouvent que c'est une vieille histoire rapportée ici par anachronisme.

Samuel d'Ânia, sur l'an 543, dit (p. 5o, éd. 1818) que la peste qui régna en Occident sévit aussi d'une manière inouïe en son pays pendant deux ans.

Malala (XVIII, p. 481) rapporte une invasion des flots de la mer sur les rivages de Constantinople ; cet événement effraya les habitants au point que, frappés de terreur, ils coururent aux églises avec un grand bruit. Justinien envoya Narsès, chef des gardes cubiculaires, pour s informer de la cause de ce tumulte, qui ne prouve que la superstition populaire et l'ignorance des lois physiques du globe. Théophane reporte ce fait à l'an 6037, ou 545 11 parle d'ailleurs sous la date de 6o34 de la grande mortalité arrivée à Byzance après un tremblement de terre, et ajoute qu'à cette époque on célébra pour la première fois la fête de IWrctvTt), ou de la présentation de Jésus-Christ au temple, dite de la purification. Théophane (ad A. 6037) mentionne non-seulement l'inondation des rivages de Byzance, mais une élévation des eaux de quatre milles environ (six kilomètres) sur la côte, à Odyssus (Varna), Dionysiopolis (Baltchik), sur le Pont- Euxin; et à Aphrodision ou Aphrodisias (Caouak), sur la Propontidej beaucoup d'habitants auraient été noyés. Cet événement a sans doute été beaucoup exagéré.

Malala rapporte (XVII I , p. 482) à l'Indiction répondant à 544 le renversement de la moitié de la ville de Cyzique par un tremblement de terre au mois de septembre, et l'érection à Constantinople d'une statue équestre de Justinien près du palais dans l'Augustéon ; elle fut faite avec les matériaux de celle d'Arcadius. Il y eut

cette année disette de vin. Au mois de novembre, à l'époque du Carême, on prorogea^ d'une semaine la vente des viandes ; mais personne ne voulut profiter de la permission. D'ailleurs , le temps de la Pàque fut réglé selon l'ordre de l'empereur lui-même.

Voilà de quels détails s'occupait Justinien, et les seuls événements que l'auteur byzantin trouve cette année dignes d'être transmis à la postérité! N'est-ce pas un trait remarquable des mœurs du temps?

Théopbane fixe au 6 septembre la catastrophe de Cyzique, et ajoute (p. 348) aux petits faits rapportés par Malala un grand spectacle de chien, donné à Constantinople par un Italien nommé Andréas. Ce chien, selon Cédrénus et autres chroniqueurs, fut nommé Python, parce qu'il devinait tout , même les femmes qui avaient violé la chasteté. Il distinguait aussi les monnaies frappées à l'effigie des divers empereurs.

Justinien, dans sa statue, que Cédrénus décrit, tenait de la main gauche un globe, ainsi qu'on le voit dans les médailles, comme s'il était maître du monde eutier, quoiqu'il ne possédât ni l'Espagne, ni les Gaules, ni la Grande-Bretagne, ni l'Allemagne, ni les pays au nord du Danube, du Pont-Euxin et du Caucase, ni la Persarménie , ni les immenses pays à l'est du Tigre , ni les bouches de l'Euphrate, ni l'Arabie, ni l'Éthiopie. Son autorité était même très com promise autour de Carthage, de Rome et de Ravenne, en Lazique, en Arménie, en Osrhoène et sur les frontières de la Palestine. Sa main droite était étendue du côté de l'Orient, comme pour enjoindre aux Perses, dont il était le tributaire, et dont chaque année il avait à repousser les invasions, de s'arrêter et de respecter le territoire de l'empire?

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