‹ Histoire de JustinienChapitre 12 sur 31 · SU · texte numérisé non relu

SU

On doit à Zonaras la justice qu i! a passé sur tous ces détails , qu'il a jugés indignes de l'histoire.

Le a6 mars de cette année, mourut saint Benoît, fondateur en Italie de l'ordre célèbre des bénédictins, qui fut la même année introduit en France par Maure, son disciple, et y obtint un grand crédit.

Samuel d'Ania rapporte à 544 ou 545 l'insurrection des Arméniens, dirigée par Mézézius, de la nation Gnuni, qui expulsa les Perses, s'empara du pouvoir et régna depuis pendant trente années dans l'Arménie de l'Ararat.

Baronius, d'après l'écrit intitulé: Miscella y \\v. 16, et d'après le bibliothécaire Anastase, mentionne en 545 le don d'une croix d'or du poids de cent livres (io3,8oo fr.), ornée en outre des pierres les plus précieuses, que Béiisaire aurait offerte en personne, par l'organe du pape Vigile, à l'église de Saint-Pierre, en ajoutant que les victoires de ce général y étaient gravées, ce qui eût été assez inconvenant ; mais le savant cardinal rejette cette tradition comme erronée, parce qu'en ces années, le général, réduit à parcourir les côtes de l'Italie, ne put pénétrer dans Rome.

Le même annaliste rapporte une pièce datée de cette année, insérée au Bullaire romain, d'ailleurs si pauvre d'actes officiels à cette époque: cette bulle du 1 1 des calendes de juin (22 mai), quatrième année après le consulat de Basilius, en 545 , confère à Auxanius, évèque d'Arles, sur la demande de Childebert, roi des Francs, les pouvoirs d'un légat du siège romain dans les Gaules, sauf la décision des questions relatives à la foi; et requiert ce prélat de faire des prières en faveur de Justinien et de Théodora , ainsi que de Béiisaire lui-même.

Sur la demande de ce patrice, elle le charge aussi de s'interposer paternellement entre Ghildebert et l'empereur.

Cette pièce suppose que les deux princes étaient en état d'hostilité, cequ'aucun document historique ne confirme. — Il est incroyable d'ailleurs qu'un évêque des Gaules, sujet du prince franc, ait pu être chargé de prier en faveur de souverains éloignés, et qui n'avaient aucun droit ni prétention sur son diocèse. Cette pièce semble donc apocryphe.

Baronius reproche à Procope d'avoir nié le récit du miracle opéré par l'image du Christ en faveur de la ville d'Édesse (peut-être Apamée). Mais Édesse n'échappa au joug de Chosroès qu'en satisfaisant sa cupidité. Procope a donc eu raison de n'y pas croire.

Le savant cardinal se. plaint avec plus de raison de l'intervention de Justinien dans la fixation de la fête de Pâques et du jeûne qui la précède, quoique Pagi prétende justifier l'empereur de l'erreur qu'il aurait commise en la fixant. Le prince était absolument incompétent à cet égard .

Ans 546 - 547 - 548.

Point de consuls.

20 e , 21 e et 22 e années du règne de Justinien et de Thbo-

dora , à partir du I er avril 527.

lX e -X e à XII e -XIU fl Indictions. — 6037 à 6o4o-6<>4i

de l'ère mondaine d'Alexandrie.

Nous n'avons à signaler en 546 qu'une seule loi , ta Novelle ia3, datée de la IX e indiction et des calendes ou 1 er mai. C'est un résumé en 44 articles des lois ecclésiastiques antérieures , qui renouvelle le principe d'élection aux évêchés avec énumération des conditions d'aptitude, mais en bornant le droit des électeurs à trois candidats; on peut y comprendre un seul laïc. En cas de préférence de ce laïc, il ne pourra prendre possession du siège qu'après trois mois de cléricature. — On ne dit pas à qui appartient le choix parmi les trois candidats, si c'est au métropolitain , au patriarche ou à l'empereur. On a vu que Justinien avait disposé du siège de Rome en faveur de Vigile, en destituant Silvère sans le faire juger; de celui de Constantinople en faveur d'Anthime, ensuite exclu sous prétexte d'intrusion ; en faisant nommer un général au siège archiépiscopal d'Antioche, dont Sévère avait été dépossédé, et avait ensuite, pendant son séjour à Constantinople, obtenu la protection de Théodora, et même la tolérance de Justinien; de celui d'Alexandrie, en faveur de Paul, expulsé plus tard par le synode de Gaza; de l'évêché de Césarée de Cappadoce , en faveur de Théodore Ascitas; de celui de Galatie, et de beaucoup d'autres.

Les grands sièges d'Anlioche et de Jérusalem ne furent

r,oo CHKONOLOUK HISTOKtQUK.

point affranchis de cette intervention jusque-là illégale, et qu'il voulut peut-être se ménager par cette nouvelle loi. Elle constate que les quatre patriarches payaient, à l'époque de leur ordination, à chacune de leurs églises, 20 livres d'or (20,760 fr.), ce qui était alors une somme considérable : les métropolitains nommés par les synodes ou patriarches, 100 sols d'or (i,5oofr.) à la cathédrale, et 3oo (4,5oo fr.) au secrétariat du prélat consécrateur. Ces prestations supposent que les prélats jouissaient de grands revenus. Sous le nom de clercs, Part. 19 comprend les prêtres , diacres, sous-diacres, chantres et lecteurs. On ne pouvait être prêtre avant trente-cinq ans, diacre avant vingt-cinq ans, et lecteur avant vingt ans. Il y avait des diaconesses. Elles devaient être âgées dequarante ans et n'avoir pas convolé à de secondes noces.

Les clercs peuvent épouser une seule femme (non concubine) qui ne soit elle-même ni veuve ni répudiée. Le lecteur, s'il devient veuf, peut se remarier, mais il ne peut devenir diacre. L'état de mariage est interdit aux évê^ues ; et il leur est défendu, ainsi qu'aux clercs en état de célibat , d'avoir dans leurs demeures des femmes autres que leur mère, sœur, fille, ou autre non suspecte. Les moines ainsi que les religieuses sont astreints au célibat; ils nomment leurs abbés ou archimandrites. Le noviciat dans les monastères est fixé à trois ans; sont exclus les esclaves, serfs ou colons, et les malfaiteurs. Les moines peuvent rentrer dans la vie civile; mais s'ils ont deux fois quitté leur monastère, ils sont enrôlés dans l'armée. Leurs biens restent au monastère : la profession monastique dissout le lien conjugal. On y rappelle les pei nes contre les rapts de religieuses. 11 est défendu , sou.s peine de châtiment rorporel et d'exil , aux laïcs, et sui -

tout aux comédiens, de prendre les costumes ecclésiastiques, et de tourner en dérision le sacerdoce.

Les évéques sont investis de grands privilèges. Ils ne peuvent être traduits en justice, même criminellement , sans l'autorisation de l'empereur. 11 leur est enjoint de tenir chaque année, une ou deux fois, leur synode, pour juger les affaires de discipline et les causes des clercs.

Quand il s agissait de juger des évêques, le synode devait être composé des évêques de la circonscription. On a souvent pris les synodes pour des conciles ; mais cette qualification doit être réservée aux assemblées générales des patriarches métropolitains et évêques de toute la chrétienté , ou de grandes provinces, telles que l'Afrique, l'Italie, la Gaule, l'Espagne , l'Orient, etc.

Personne ne peut être privé de la communion chrétienne sans un jugement préalable; car cette excommunication emportait la mort civile. L'outrage commis dans les églises envers les ministres du culte est puni des verges et de l'exil ; le trouble aux cérémonies sacrées , de la peine capitale.

En 547, il n'y a qu'une Novelle, la 127 e , additionnelle à la fameuse Novelle 118 sur l'ordre des successions; et un édit , le 8 e , des annexes , relatif à la province du Pont, qui était en proie à l'anarchie.

En 548, époque de la maladie et de la mort de l'impératrice, Justin ion ne publia aucune constitution ni édit qui soit resté. Les Novelles 38 et 127 ont été reconnues appartenir à d'autres dates.

Revenons aux événements militaires de ces trois années. En Afrique, Justinien, en 546, donna pour successeur à l'infortuné Aréobinde l'Arsacide Artaban, son vengeur; et, sur son refus, Joanuès, fils de Pappus, dout le

602 CHllONOIXMiiE HISTORIQUE.

poète Gorippus a chanté les exploits dans la Johannide , ouvrage très-médiocre.

Joannès livra trois batailles aux Maures du Byzacium, commandés par A n talus, aux Lévathes, et autres peuplades insurgées dans la province de Tripoli, et ailleurs; vaincu une fois et forcé de se réfugiera Laribu s (Sidi-Bou-Agez), il resta définitivement vainqueur et assura la paix de cette partie de l'Afrique (Procope, G. des V. y II, 28 jusqu'à la fin). Mais le reste du pays paraît être demeuré indépendant, sauf quelques villes de la côte, jusqu'à Septon (Ceuta), au détroit des Colonnes d'Hercule.

En 548, Theudis, roi des Visigoths d'Espagne, qui avait régné longtemps et habilement, en échappant à une invasion des Francs , fut assassiné à Barcelone, et eut pour successeur le général Theudégisile, qui fut assassiné lui-même l'année suivante (Isidore, de Fik illust. , 20).

En Italie, Bélisaire, ne pouvant lutter contre les forces bien supérieures de Totila, envoya (en 546) Joannès, ueveu de Vitalien, à Constantin op le pour presser l'envoi de renforts et d'argent; car ses soldats ne voulaient plus servir, parce que faute de solde ils manquaient de tout. Procope {G, des Goths, III , 12) atteste leur détresse. — Vitalien profita de son séjour en cette ville pour négocier et conclure un mariage avec Justina, fille de Germanus, que l'impératrice traversa autant qu'elle le put. C'était une bonne fortune pour ce général, puisque Germanus était neveu de l'empereur: mais il était en disgrâce; Théodora, qui le persécutait, donna, dit ailleurs Procope (A/iecd., V, 2), l'ordre de faire périr Vitalien à son retour en Italie; celui-ci, qui connut ses projets, fut obligé de se tenir éloigné de Bélisaire, et d'Antonina complice de Théodora , ce qui nuisit aux affaires.

Cependant Spolète, non secouru, se rendit, et Totîla vint mettre le siège devant Rome (ïbid., § i3). En habile politique, et plus sage que Justinien, il ménageait In population rurale et ne levait que les impôts anciens.

Pendant ce temps , Bélisaire se rendait de Ravennc, à l'autre côté de la mer, en Illyrie, pour recruter son

Pendant le siège de Rome, le pape Vigile s'était retiré en Sicile, d'où il envoya des vivres à Portus (Porto) pour secourir les Romains; mais les navires qui les portaient furent pris parTotila, qui fit couper les mains à l'évêque dirigeant le convoi, pour avoir répondu mensongèremeiit à ses questions. Ainsi, dit Procope (ibid., III, i5, p. 34oJ, finit la onzième année de la guerre contre les Goths.

Ici Procope porte pour la première fois, dans sou histoire 'ibid. , p. 329), un jugement sévère contre les fiutes de Bélisaire, et sur son séjour à Ravenne; mais c'estsurtout dans les Anecdota (IV, 9) qu'il l'accuse d'avoir traité à forfait de cette expédition avec Justinien, et d'avoir abandonné Hérodien, gouverneur de Spolète {ibid. , V, 1), qui, ne pouvant payer les sommes que son général exigeait, livra la place à Totila.

Procope termine ici son histoire de la guerre des Vandales.

Le continuateur de Marcellinus accuse Totila de cruauté. Mais Procope, plus digne de foi, loue sa modération. Un autre écrivain obscur, Grégoire, évêaue d'Agrigente (Dial. , III, i3), dit que l'évêque dt Péruse , Herculanus, fut tué et le peuple massacré, après an siège de sept ans. Le cardinal Baronius réduit ce temps à sept mois. Quand le même écrivain ajoute qu'à Méruîa, à huit milles de Rome, Totila fit livrer aux bètes l'évêque

de Populonia, Cerbontus, pour avoir donné asile à des soldats qui fuyaient, et que l'ours chargé de le dévorer vint lécher les pieds du saint évêque , ce qui désarma la colère du prince goth , ce fait , dont ne parle aucun historien , doit être renvoyé à la légende.

En £47» Placentia (Plaisance), capitale de la province JEmilh, sur l'Eridan (le Pô), s'était rendue par famine dès le commencement de la campague (Proc, G. des Goths, V, i3, p. 3 28). — Le siège de Rome continua, en présence de Pelage, légat du pape Vigile absent, qui fit distribuer aux habitants les richesses dont Justinien l'avait comblé pour ses missions en Orient. La famine était telle, que le médimne de froment (52 litres 18 centilitres) se vendait y chrysos (io5 fr. environ), et un bœuf 5o (^5o fr.) (Proc, III, 17, p. 347). ^ n va ' n Bélisaire tenta une diversion en se présentant avec la flotte devant Portus; les Isauriens livrèrent la porte Asinaria aux Goths, qui s'emparèrent de la cité, dontTotila détruisit les fortifications. Procope fait encore l éloge de ce prince. A l'égard des dames romaines, il les préserva des attentats suite d une prise d'assaut; il gouverna les provinces avec modération. Ce prince 6t sentir aux Goths que si, avec une armée de? 200,000 hommes, ils n'avaient pu sauver leur domination en Italie une première fois, devant une armée de 7,000 Grecs, c'est qu'ils avaient indisposé les peuples ; ils ne lavaient reprise plus tard que parce que les loguthètes de Justinien avaient écrasé la population et ruiné les sénateurs eux-mêmes par leurs exactions; il se valait d'ailleurs d'avoir tué plus de 20,000 hommes aux troupes impériales (Proc, III, 21).

Baronius fait aussi ressortir la générosité de Totila, en citant le passage de Procope où est rapportée l'aventure

de Rusticana, fille de Symniaque et veuve de l'infortuné Boëce. Cette dame avait perdu sa fortune , et pendant le siège elle avait été de porte en porte demander sa subsistance. Les Goths vainqueurs voulaient la faire périr Comme ayant trahi leur cause. Totila , plus humain que Théodoric, la sauva et la secourut.

Plus tard, pendant que ce prince s'était rendu en Lucanie, Bélisaire occupa cette ville ouverte et en rétablit les fortifications; mais il en fut bientôt expulsé.

L'historien des Francs, Grégoire de Tours, rapporte (Hist., III, 3î) que Théodebert renouvela son expédition de 54o; il envoya le comte Beucelin, qui s'empara de la petite Italie (sans doute l'Italie Transpadane), qu'il soumit à la domination des Francs ; et ensuite son armée passa dans la grande Italie, où elle combattit plusieurs fois Bélisaire, et le vainquit.

Ce récit est suspect, parce que ce n'est pas Bélisaire, mais Totila qui occupait alors l'intérieur du pays. Sans doute la conquête de la haute Italie par les Francs remonte à peu près à cette époque , la guerre active entre les Goths et les Romains ne permettant pas à Totila de la défendre ; mais s'il y avait eu des engagements militaires en deçà du Pô, avec l'une ou l'autre des armées belligérantes, Procope, qui ne ménage pas les détails, en aurait parlé.

En 548, les troupes de Bélisaire furent impuissantes à reconquérir l'Italie ; Justinien ne lui envoyait que des secours insignifiants. Après avoir essayé de secourir Tarente, assiégée par les Goths , il fut jeté par la tempête à Crotone, qu'il évacua, vu l'infériorité de ses forces, et se retira à Messine en Sicile. Ravenne était la seule ville importante par ses fortifications et son port (Classés)

606 CHRONOI.OCIK IIISTORIQLK.

qui restât à Justinien. Ainsi finit la treizième année de la guerre des Goths (Proc, III , -29, à la fin).

Vers 546*, un Barbare de la nation des A m tes imagina d'usurper le nom de Chilbude , habile général au service de Justinien, qui pendant trois ans, c'est-à-dire jusqu'en 534, avait préservé la Thrace de l'invasion des Huns, des Antes et des Sclabènes, et même avait fait quelquefois d'utiles diversions au delà du Danube. Et c'est pour cela sans doute qu'en 534 Justinien avait ajouté à ses titres fastueux celui d'Anticus. Mais, en cette même année, Chilbude avait péri dans une rude bataille qu'il avait livrée à la nation entière des Sclabènes (Proc, G. des Goths, III , 14, p. 330. La nation des Antes feignit de croire que ce général, fait seulement prisonnier, lui avait été livré par les Sclabènes , et elle offrit à Justinien de le lui rendre. Ces Antes d'ailleurs pratiquaient l'idolâtrie, quoique professant le monothéisme, puisqu'ils adoraient les fleuves, et autres divinités plus que secondaires, par des sacrifices de bœufs. Ils étaient auparavant confondus avec les Sclabènes; et comme eux ils étaient errants ou sans demeures fixes. L'empereur leur accorda un subside, à condition qu'ils défendraient le passage du Danube contre les Hnns, et rendraient leur prisonnier. — Narsès découvrit l imposture; mais le traité fut exécuté pour le surplus, et Justinien leur céda Tu rris, alors en ruines (Altorsova ou Tacha nia k). En 548, les Sclabènes, malgré les précautions prises par Justinien pour la garde des frontières, passèrent encore le Danube, envahirent l'Hlyrie; ils massacrèrent tout jusqu'à Épidamne (Durazzo). — Il n'y avait plus de population virile capable de se défendre, et les Barbares, gardiens des frontières, les bissaient passer, sauf à partager les dépouilles.

Procope, à la fin de son Histoire de la Guerre des Perses , semble avoir laissé quelques lacune», après avoir parlé de la trêve de 5 ans entre Justinien et Chosroès. — Il paraît du moins que la guerre continua en Lazique ou Golchide, comme entre les Saracènes des deux partis, par suite de la défection que les Lazes avaient faite au profit des Perses, à cause de l'avidité du gouverneur romain de Pétra. (V. G. des Perses, II, 28 et 3o.)

En 547, Chosroès se flattait de tenir les Ibères sous ses lois, quoique Gurgenès, leur roi, avec les principaux de sa nation (récemment convertis), inclinât au parti des Romains (Proc, G. des P., II, 28, p. 282). Par le concours de ce peuple , le roi des Perses aurait une barrière contre les invasions des Huns , habitants du Caucase; de même qu'en occupant le pays des Lazes, il pourrait envahir par terre et par mer les provinces romaines riveraines du Pont-Euxin, la Cappadoce, la Galatie, et même la Bithynie, aux portes de Byzance. Les Lazes ayant d'anciennes habitudes de commerce avec les Romains, qui leur fournissaient le sel, le vin et les autres fruits qui manquent à leurs contrées montagneuses , Chosroès eut le projet de les transplanter en Perse, en s'emparant de leur roi Gubaze. Pour mieux dissimuler ses projets, il envoya à Constantinople en ambassade Isdigune avec sa famille et une nombreuse suite qui y déploya un grand luxe. Il s'y fit défrayer par Justinien, auquel il en coûta 1 o centenaires (plus d'un million de francs), ce qui ne s'était jamais vu. Ainsi, dit Procope i!>id. , p. 286), finit la deuxième année de la trêve.

En 548, troisième année de cette trêve, Chosroès envoya quelques troupes en Lazique pour enlever le roi Gubaze; il ne réussit qu'à forcer ce petit prince à re-r

r,0« CHRONOLOGIE HISTORIQUE.

nouer l'alliance avec Justinien. L'empereur envoya aussitôt Dagisthée, avec 7,000 Grecs et 1,000 Tzanes, au secours de Gubaze; ces troupes se réunirent aux Lazes, et assiégèrent la place maritime de Pétra, gardée parles Perses. Chosroès , de son côté , mit Mermeroë à la téte de troupes nombreuses en cavalerie et infanterie. Procope (G. des P. y II, 29) fait une description très-intéressante des pays caucasiques , aujourd'hui encore théâtre dune guerre difficile, à raison de l'état des lieux, entre les Russes, et les Ottomans soutenus par les puissances occidentales de l'Europe. La géographie peut y trouver de précieux matériaux.

Il y a des difficultés pour savoir quelle est la véritable source et la direction du fleuve Boas, l'un des affluents du Phase : le pays des Lazes s'étend par les vallées de ces fleuves jusqu'aux frontières de l'Ibérie, dont il est séparé par une chaîne de montagnes détachée du Caucase.

Les généraux de Justinien ne purent prendre Pétra, quoique la garnison persane fût réduite à i5o hommes manquant de tout, ce qui fut un sujet de dérision pour le général Mermeroë, qui vint de Plbérie la ravitailler. Ainsi se termina cette troisième campagne (Proc, ibid. y N, 3o, p. 297).

Il nous reste à faire connaître l'administration intérieure de l'empire pendant ces trois années.

A 546 il faut assigner la mort du très-habile, mais très-cupide Tribonien, l'un des jurisconsultes les plus célèbres, à cause de la confection des Codes de 533 et de 534, auxquels il eut la part principale.

Il fut remplacé par des hommes moins habiles et non moins corrompus que lui : i° Junile Africain, qui n'avait aucune connaissance des lois, ni même des lettres grec-

ques, et vendait sa signature pour un statère d'or (i5 fr.) (Proc., Anecd. y XX, 7); cependant ce Junile conserva pendant sept ans la charge importante de questeur, qui, avant Tri boni en, avait la renommée de l'incorruptibilité; 2 0 Constantin, plus instruit , mais aussi vénal , qui était en fonctions l'an 26 e du règne, A. 552. (V. note som. 94 et 2i5.)

Du reste, le fils et les petits-fils de Tribonien furent dépouillés d'une partie de la fortune de leur père par Justinien, ce tyran avide, qui, quoique orthodoxe, n'eut pas honte d'employer pour ministre de la justice un jurisconsulte réputé un athée , ainsi que Jean de Cappadoce, et Petrus Barsyame le manichéen ( Anecd. , ibid., et XXII, 7).

Le pape Vigile, réfugié en Sicile, se rendit à Constantinople, au commencement de l'année, mandé par Justinien (Procope, G. des Goths, III, 16, p. 34o). Selon le continuateur de Marcellinus, ce pontife arriva dans la capitale le 8 des calendes de février (25 janvier), au moment où Totila prenait Rome d'assaut. Malala (XVIII, p. 483) dit que Vigile n'arriva qu'en février, et qu'il signala bientôt son séjour par l'excommunication de Mêna, patriarche de Constantinople. Mais cette attaque ne réussit pas comme celle de son prédécesseur Jean II à l'égard d'Anlhime; au contraire, il y eut résistance, et Vigile fut obligé, par les menaces de l'impératrice Théodora , de se retirer dans la partie fortifiée du monastère des Saints- Apôtres. Vigile eut la prudence de se réconcilier avec Mêna le 29 juin. Cet antagonisme presque permanent entre les deux grands sièges préparait le schisme de l'Eglise grecque.

Le diacre de Carthage Liberatus (ch. 24 du Brevia~

610 CHRONOLOGIE HISTORlQLr:

riutn a parlé aussi de querelles qui se sont agitées entre Théodore, évêque de Césarée, et le légat Pelage; il reproche à Théodora d'avoir pris en main, comme ennemie du concile de Chalcédoine, la protection de Théodore, investi d'ailleurs de la confiance de Justinien. Celui-ci profita de l'ignorance du prince pour lui persuader de . condamner ces trois chapitres par un édit formel, aujourd'hui perdu. On croyait alors que le concile était favorable à ces trois chapitres, quoiqu'on ait reconnu plus tard, en 553, en concile général, qu'ils étaient contraires à sa doctrine. Le savant Baronius dit avoir trouvé dans les annales ecclésiastiques et le recueil des conciles, quoique sous la fausse date du pontificat de Jean I er , une définition de ces trois chapitres. Le premier portait sur la nature double ou simple du Dieu fait homme; le deuxième attaquait le caractère divin de la Vierge, sa mère; le troisième distinguait entre le Verbe et le fils de Marie. Mais ces opinions étaient tellement enveloppées de nuages dans les écrits de Théodore et autres , accusés d'en être les partisans, que Justinien s'y était trompé. — Les patriarches de Constantinople , de Jérusalem et d'Antioche adhérèrent à ledit, tandis que le pape Vigile, les évèques d'Afrique, et d'autres Églises, adoptèrent le sentiment contraire , et s'élevèrent contre Justinien, comme s'il condamnait le concile de Chalcédoine. Toutefois ils confessaient avec Facundus, évêque d'Hermias, et Vigile lui-même, que Justinien était de bonne foi, puisque dans l'édit il sauvegardait expressément l'autorité du concile. Mais Pagi , sur Baronius, pense que la première édition de l'édit ne contenait pas cette réserve, et qu'elle ne résulte que d'une seconde édition faite en 55o. Toujours est-il , ajoute ce savant cri-

tique , que Justiuien resta quelque temps en dehors de l'Eglise romaine, et que ce fut le motif de la résistance que mit Vigile à assister au concile général de 553.

Vigile tint à Constantinople, en 547, un concile ou synode de soixante- dix évêques , disent les religieux bénédictins rédacteurs de VArt de vérifier les dates , synode qui fut dissous par autorité souveraine.

D'autres réduisent ce synode à trente, et levèque Facundus, qui en a fait partie et y a résisté à Vigile, en a fait un récit en douze livres qu'il adressa à Justinien. — Vigile sentit qu'il fallait se taire pour le moment sur les trois chapitres jusqu'à la réunion d'un concile universel, et se réconcilia avec Théodore et Mena, ainsi que ce pontife l'a raconté lui-même dans un rescrit de 55 1.

Le pape Grégoire le Grand (II, Ep. 36) prétend qu'en cette année (547) Vigile avait été jusqu'à excommunier Théodora et les acéphales. Mais rien de plus invraisemblable qu'une telle audace, surtout de la part de Vigile, qui devait son siège à Théodora, et qui a tant varié.

C'est à cette époque, selon Malmesbury (I, 3), que se forma le sixième royaume de l'heptarchie saxonne, celui de Northambrie.

A cette époque aussi, selon le continuateur de Marcellinus , pendant que Thomas était le préfet de la ville, et qu'on célébrait l'anniversaire de la fondation de Constantinople , les deux factions qui divisaient la cité (les Vénètes et les Prasiniens) excitèrent des désordres. Selon Malala, l'émeute eut lieu au mois de juin; les deux factions se réunireut et incendièrent l'édifice du Pardon, et d'autres; il y eut aussi beaucoup de meurtres. Selon Théophane, ce fut au n mai, samedi de la Pentecôte, qu'elle éclata pendant les jeux de l'Hippodrome, lieu

de leur commun rendez-vous ; l'empereur envoya pour les séparer ses gardes (cubiculaires) avec autres soldats et le carnage en fut grand.

Ce fait démontre combien l'administration de la capitale était peu prévoyante; car il y avait longtemps que, connaissant ces deux partis, Justinien aurait pu les éteindre par une justice impartiale. Mais il avait été le chef du premier, et il fut toujours indulgent pour ses excès: l'insurrection de 53a était pourtant une terrible leçon pour son gouvernement.

Zonaras (XIV, p. 69) suppose que la grande église de Byzance, Sainte-Sophie , tomba (c'est-à-dire sa coupole) , l'année même de la mort de Théodora , en 548.

L'époque de la mort de l'impératrice est fixée au 1 1 juillet par Cédrénus; selon Procope (G. des Gotks, III, 3o, p. 4 OI )> cet événement arriva après vingt et un ans trois mois de son principat (commencé le i* r avril 527), c'està-dire fin juin 548, selon Malala le 28; les fragments de Y Histoire ecclésiastique , recueillis dans les Anecdota de Cramer (p. 11a), donnent la date du 20 juin.

Victor, évêque de Tunes, attribue sa mort à un cancer; à l'en croire c'est un événement prodigieux, et peu s'en faut qu'il ne l'attribue à une vengeance du ciel contre l'impiété de Théodora. Mais selon Théophane sa mort fut pieuse (p. 35o), ce qui est répété par Cédrénus.

Gibbon (ch. 4°> «)> ^ ans son x *™ x animé et presque poétique, reproche au cardinal Baronius ses expressions plus que sévères contre cette impératrice , à laquelle il attribue de grands bienfaits, en compensation de ses cruautés avérées. Les débauches de sa jeunesse avaient peut-être, dit-il , affaibli sa santé, qui fut toujours trèsdélicate, et pour laquelle les médecins lui ordonnèrent

Page 1