‹ Histoire de JustinienChapitre 13 sur 31 · ANS 54C · texte numérisé non relu

ANS 54C

les bains de Pythie, en Bithynie. C'est dans ce voyage pompeux, où elle se montra magnifique , qu'il trouve la preuve de ses bienfaits et de sa charité. Mais l'historien anglais commet ici un grand anachronisme ; son excursion aux bains de Pythie est antérieure de plus de dix ans (533) et ne fut qu'un voyage de plaisir.

Que Justinien l'ait pleurée, et que sa perte ait été irréparable pour ce prince , c'est ce que l'histoire semble justifier; car il fut fidèle à sa mémoire, et après elle il ne fit rien de remarquable ; il tomba dans le marasme, et plus que jamais dans la théologie qui l'absorba.

Cette femme en effet avait des qualités supérieures et un grand caractère , tandis que Justinien était borné et lâche ; mais elle était vindicative et cruelle , et elle se rendit coupable de nombreux actes condamnés par la morale, notamment en profitant, ainsi que le raconte Procope dans ses Anecdota, de l'absence de Bélisaire et d'Antonina pour consommer l'union de Joannina avec son petit-fils Anastase, en les conduisant au lit nuptial avant que cet hymen fût célébré, et en exposant ces jeunes gens à une séparation cruelle. Car Antonina, après la mort de l'impératrice, fit rompre les fiançailles.

L'hiver de 548, dit un écrivain presque contemporain, fut cruel et marqué par de grands tremblements de terre. Le Nil eut une crue de dix-huit coudées (Péchis); la basse Egypte perdit ses récoltes. On prit à l'embouchure du Sangaris (Sakaria) une baleine ou cétacée (Kt,to<) appelée Porphyrion , qui , depuis dix ans, désolait Constantinople et sa navigation; elle avait au moins 3o coudées (i3 mètres 83o) de long, et io coudées (4 mètres 6io) de large. Elle échoua en poursuivant des dauphins. Ce fait est important pour l'histoire naturelle. Procope (Anec-

dota, XV, ii, F. Notes somm., n° 182 et 167) parle de l'apparition delà baleine dans les parages de l'Héneon, c'està-dire dans l'intérieur du Bosphore. Cet historien donne une preuve de son jugement, exempt de superstition, en réfutant les fables que ses contemporains attachaient à des accidents physiques, et il explique le mythe de Scylla, auquel on attribuait la figure de femme, par la présence d'un grand nombre de poissons appelés Scylaces (petits chiens). Ainsi les hommes à figure de chien (cynocéphales) n'étaient que des chiens marins. En Pisidie on croyait qu'il y avait des hommes à tête de loup, parce qu'une de ses montagnes s'appelait Lycocrane (Procope, G. des Goths, III, a 7 , p. 394).

La chronique de Malala (XVIII, p. 483-484) dit qu'à l'époque où le comte Dipundiariste entrait dans l'exercice de ses fonctions de préteur, la cause du meurtre de l'évêque de Cyxique amena la condamnation d'Andréas et de Joannès , qui eurent la main droite coupée. Il est vrai que Procope, dans les Anecdota , semble avoir placé le jugement de l'affaire de Cyzique après l'exil de Jean de Gappadoce. Mais nous persistons à penser que le jugement a précédé l'exil et est contemporain du premier exil de Jean de Cappadoce. Le chroniqueur parle sans doute de personnages tout différents en ramenant à 548 le jugement des meurtriers de l'évêque, puisque, d'après l'attestation formelle de Procope , c'est ert cette année, immédiatement après la mort de l'impératrice, que Jean de Cappadoce fut rappelé de son deuxième exil et vint terminer ses jours à Constantinople , dans l'exercice forcé du sacerdoce ( G. des Perses , II , 3o à la fin). Singulière époque, au surplus, où les fonctions les plus respectables

et le» plus libres étaient imposées à titre de peine et de dégradation ! Le clergé aurait dû se soulever contre un tel ordre de législation.

L'absurde querelle des trois chapitres, qui reposait sur un malentendu, continua. Pour ramener les esprits à l'unité, le pape Vigile porta, le n avril, un jugement qui les condamnait aussi, mais sans préjudice du concile de Chalcédoine, décision qui ne contenta ni l'un ni l'autre parti. Tous les évêques de l'IHyrie, de Dalmatie et d'Afrique se séparèrent même de sa communion [Art de vérifier les dates). Deux diacres de l'Eglise de Rome, Jlusticius et Sebastianus, poussés par les évêques d'Afrique, se révoltèrent contre leur pontife, sous ses propres yeux, à Constantinople.

A cette époque, l'hérésie qu'on appelle d'Origène reprit parmi les moines de la Palestine, et surtout parmi ceux Emèse, admirateurs de son génie et de ses immenses travaux, ainsi que l'a raconté Léonce, évêque de Néapolis en Chypre, dans la Vie de saint Symon Salus ou le Fou. Ces moines allèrent consulter Johannès , un des solitaires du Jourdain et de la mer Morte.

Une inscription latine qui, au témoignage de Ciampini (1699), a existé dans l'église de Saint-Vital de Ravenne, constatait son inauguration à la date du i4 des calendes de mai, l'an 6 après le consulat de Basiltus ; c'est-à-dire en 547 , le 18 avril.

Notre célèbre archéologue M. Raoul-Rochelte , qui a mis deux jours à son examen, a déclaré , dans une lettre du mois de février i853, que « cette église est encore « dans un très-bon état, et que ce n'est pas seulement « un des édifices les plus remarquables de l'Italie, mais « un monument unique au monde (probablement après

• Sainte-Sophie de Constantinople) , comme le modèle

• le plus accompli et le mieux conservé de cette architec- « ture byzantine, qui forme la transition entre l'archi-

• tecture romaine et l'architecture gothique. » Ciampini l'a particulièrement décrite dans son ouvrage

classique intitulé Fêtera monumenla (in-f*, tom. Il, — 2 édit., l'une de 1699, l'autre de 1747») où ' °n v °i* (tab. X.X1I , p. 73 sq.) deux groupes à la gauche et à la droite du chœur, qui représentent : l'un Justinien en costume impérial, nimbé, ligure assez jeune, mais barbu, avec un diadème de deux rangs de perles, vu de face, tenant dans sa main droite un vase , ou cassette , au milieu d'un groupe de dix personnes. Parmi celles de gauche, parais sent deux sénateurs et des gardes doryphores, dont l'un porteur d'un grand bouclier avec le Labarum. De l'autre, un troisième sénateur, et trois ecclésiastiques tonsurés, dont le premier est Maximianus, alors archevêque de Ravenne.

Le second groupe représente l'impératrice Théodora , aussi nimbée, ainsi qu'on Ta dit p. 3ao.

On en a conclu naturellement que l'empereur et l'impératrice avaient assisté à cette dédicace. Mais Aleinanni est d'un avis opposé; parce que Théodora était alors atteinte de la maladie du cancer qui l'a fait périr au milieu de l'année suivante; et parce que depuis son avènement Justinien n'a pas quitté les environs de Constantinople, si ce n'est pour se rendre une fois en Galatie. En 547, il y aurait eu du danger; car, quoique Ravenne soit restée, depuis sa soumission à Rélisaire en 54o, en possession de l'empire, les succès de Totila , roi des Goths, depuis la prise de Rome, étaient tels , qu'il menaçait sérieusement Ravenne , alors presque la seule ville d'Italie

qui ne fut pas conquise. D'ailleurs, s'il eût fait un voyage lointain à une époque si critique , les historiens contemporains, surtout les ecclésiastiques, soigneux dans l'énuraération de ses fondations religieuses, l'auraient mentionné. Procope, dans son traité des Edifices, où il parle de Sainte-Sophie et de tant d'autres monuments, n'en a pas parlé; et cependant on ne peut pas dire que son ouvrage soit antérieur à cette inauguration. Ciampini, néanmoins, persiste à croire qu'en avril 547 Justinien et Théodora ont pu faire cette courte ahsence, sans que les écrivains contemporains en aient parlé; mais nous persistons aussi dans l'opinion contraire (V. ci-dessus, p. SiS).

On suppose que du moins Justimen a fait les frais du monument lui-même. Mais, outre le silence de Procope et des autres , l'inscription de 547 ne mentionne que le mandat de l'évéque Ecclésius, mort en 54 i , et Julianus, argentaire , qui l'édifia, V orna et le dédia. Julianus a-t-il reçu les fonds de Justinien ? ou n'a-t-il fait travailler que sur ceux du clergé , alors fort riche , et des fidèles? Nous inclinons pour cette seconde opinion. Il existe un ouvrage récent sur les monuments de Ravenne, par Fantuzzi , Venise, 1801 , 6 vol., et un manuel du voyageur de Nani, Il Forestière , 1826.

Alemanni a publié les deux portraits en pied de Justinien et de Théodora que nous reproduisons planche a% n° 1. Ils diffèrent de ceux compris dans la double mosaïque déjà décrite , auxquels ils ressemblent d'ailleurs beaucoup: i° en ce qu'ils ne sont pas nimbés; a° en ce que la figure de Justinien n'est pas barbue ; 3° en ce que sa main droite est étendue , sans porter aucun vase , tandis que sa gauche soutient un globe ; 4° en ce que le man-

teau impérial est relevé sur sa jambe droite, au lieu de retomber sur ses pieds; 5° en ce que sa chaussure n'est pas la même; 6° en ce que son diadème et celui de Théodora ont trois rangs de perles; 7 0 en ce que le collier de celle-ci est de deux rangs de perles, terminé par «n grand diamant carré; 8° sa figure est plus expressive et plus belle. Alemanni donne séparément ces portraits comme exécutés aussi en mosaïque (p. 28 et 47). Mais comment Ciampini n'a-t-il vu et dessiné que ceux-ci? Comment n'en a-t-il pas relevé les différences? Aurait-il dessiné ces portraits de Fantaisie, d'après les deux groupes dont il a lui-même reproduit le plus important, celui de Justinien (page 77), mais pas d'une manière exacte ? La gravité d' Alemanni ne permet guère de le supposer. Nous laissons aux antiquaires connaisseurs dans les arts du dessin à décider la question, d'après une nouvelle vérification de Saint-Vital deRavenne.

V. d'ailleurs sur le costume tle Justinien la note sommaire i44 1« nimbe, Chronol., ci-dessus, p. 307; et, sur l'âge auquel Justinien résida à Ravenne comme otage, Chronoi., p. a4o et 32o.

D'après l'autorité formelle de M. Raoul -Rochette , mentionnée ci-dessus, p. 387, nous n'avons pas hésité à attribuer à Justinien un portrait barbu et à cheveux longs et bouclés qui porte son nom , et qui se trouve dans l'église de Saint-Apollinaire-Nuovo de Ravenne. Mais, en rendant hommage au savoir de l'ex-secrétaire perpétuel, des antiquaires auxquels nous avons soumis nos doutes ont pensé que ce portrait était celui de Justinien le Jeune, ainsi que l'indiqueraient les lettres IV qui paraissent après le nom. Ce prince, qui a régné plus d'un siècle après Justinien I", surnomme Rhinot-

raète, est en effet, dans ses médailles, barbu et à cheveux longs; il ressemble fort au portrait de la table a5 de Ciampini, tandis qu'il n'a aucun rapport avec les portraits qui nous restent de Justinien I er , non barbus et à cheveux courts ; les ornements impériaux et la figure sont également tout différents; le Rhinotmète, dans la deuxième phase de son règne comme dans la première, eut des rapports de souveraineté avec Ravenne, quoique cette ville fiU alors capitale d'un exarchat, presque indépendant et très-hostile à ce barbare empereur. Cependant, dans les médailles décrites par M. de Saulcy (Numt'sm. byzantine), aucune ne le désigne sous le nom de Justinien jeune ; il est plutôt associé, à l'âge où il put porter de la barbe et fut un homme fait, à son fils Tibère. Aucun éclaircissement n'a encore été donné à cet égard par les numismates et par les antiquaires.

Parmi les monuments de Ravenne construits du temps de Justinien, Giampini, t. II, ch. 8, signale: i° l'église de Saint-Michel Archange, comme appartenant à Tannée 545, et attribue le travail, à Bacuda, gendre de Julianus, l'argentaire de Justinien : par cela même le prince serait présumé en avoir supporté les frais;

a 0 Ch. 10, l'église de Sainte-Marie In-Cosmédim, fondée en 553, et ornée d'une belle mosaïque circulaire, représentant le baptême de J. C. et donnant les portraits des douze apôtres.

Mais rien dans ces deux monuments n'indique la participation de Justinien.

3° Ch. n, l'église de Sainte-Apollinaire In-Classe, c'està-dire au port de Ravenne, construite vers 567, riche en mosaïques. L'une de ces mosaïques paraît représenter le fait de la réception comme otage, par le Grand Théodo-

rie, du Jeune Uprauda ou Justinien. Il ne nous appartient pas de porter un jugement sur l'importance artistique de ces monuments, dont nous n'avions pas de dessins plus exacts que ceux de Ciampini, déjà vieux de 1 5o ans quand M. Leneveu , pensionnaire de l'Académie de France à Rome, en a pris une copie plus fidèle. Ce dessin, qui nous a été communiqué par M. Desvergers, de l'Acad. des inscript, et belles-lettres, constate que la figure de Justinien, dans le groupe de l'église de St-Vital, est réellement barbue, en sorte que le portrait de S.-Apoll.-N. peut être aussi de Justinien I« r , et les lettres qui suivent sont IN.

Ans 549 à 553.

iV à 28 e du règne de Justinien, seul à partir de juillet 548.

ta" à i5 e années de l'indiction, 1-2 de l'autre Indiction. 604 1 à 6046 de l'ère mondaine d'Alexandrie.

Mena, patriarche de Constantinople, jusqu'au 25 août 552 ou 55$ ; Eutychius lui succède.

Totila, roi des Goths, jusqu'en juin 552. — Théris jusqu'au i cr octobre 553. — Narses, général de Justinien, sous le titre de duc d'Italie.

Théodebert , roi des Francs, jusqu'en 549. — Théodebald, son fils, jusqu'en 553.

Depuis la mort de l'impératrice Théodora, toute activité législative et même gouvernementale disparaît chez Justinien ; il est vrai qu'il était plus que sexagénaire. Les contemporains ont remarqué cet abaissement de l'autorité impériale.

Nous ne trouvons aucune loi en 549 ni en 55o.

En 55i, la Novelle 129 reproche aux Samaritains

d'avoir été des ennemis acharnés des chrétiens, qu'on avait dû châtier précédemment, même en leur interdisant les droits civils. On rappelle la loi générale (laquelle est perdue) faite pour confisquer leurs biens; maison avoue que cette loi n'avait existé que sur le papier, et que le trésor impérial n'en avait pas profité. C'eût été en effet provoquer une guerre à mort en Palestine, au lieu d'éteindre la rébellion. Maintenant, d'après l'intervention deSergius, évêque de la métropole de Césarée, qui (en véritable prélat chrétien) s'était porté leur garant, l'empereur daigne leur permettre de disposer de leurs biens par testament, donation ou par contrat; et comme si la justice était impossible à ce prince, il stipule encore qu'en cas de mort ab intestat, les enfants chrétiens et autres parents excluront de l'hérédité leurs frères restés fidèles à la foi de leurs ancêtres, à moins que ceux-ci ne viennent à se convertir. Tel était donc le fanatisme de Justinien.

En 552 ou 553 ', ce prince publia la célèbre et bien louable Novelle i4a du 17 novembre, qui punit de peines sévères la castration tendant à faire des eunuques. Il y rappelle que les empereurs qui l'ont précédé avaient à cet égard promulgué des lois qu'on ne cessait d'enfreindre^ Ces empereurs ne sont pas seulement les bons princes, tels que Nerva et Adrien (lois 3, § 4» e * 4» § 2 » Pand. de Si car Us) , mais Domitien lui-même (Suétone, in Domit.y 7; Martial, Epig. 6; et Dion, in Domit.).

La Novelle i45, du i3 septembre, sur le gouvernement de l'une et de l'autre Phrygie, n'intéresse aujourd'hui que la géographie historique de l'empire ; mais la

' Selon Beck. — Godefroy, l'assigne à l'an Ml, époque où nous en avons parlé.

C22 chronoïxk;ie historique.

Novelle 146 des ides on i3 février 1 est relative à la conversion des Juifs. Justinien les blâme de s'en tenir à la lettre du texte hébreu de la Bible; il les exhorte à se pénétrer du sens caché des prophéties , a préférer l'Ecriture sainte traduite en grec et en latin , ou tout autre dialecte local (ce qui peut s'entendre même de la version d'Ulphilas en gothique). — Mais pour le grec ils ne se serviront que de la version des Septante (rédigée sous les Ptolémés) ; il est convaincu qu'ils y verront la révélation de l'avènement de Jésus-Christ (quoique ce texte n'ait rien de positif à cet égard). 11 permet aussi l'usage de la version d'Aquila, faite sous Adrien (quoiqu'elle diffère en quelques points non médiocres des Septante, selon le pseudo-Epiphane, de Mensuru, ch. i4)-

Il ne parle qu'implicitement de la version latine de saint Jérôme, adoptée comme sacrée, sous le nom de Vulgate, par l'Eglise de Rome.

Justinien prohibe expressément la lecture de la Deutérose, et il paraît bien qu'il s'agit de la Mishna et de la Gemarrha, dont se compose le Talmud de Jérusalem, comme celui de Babylone; le premier rédigé sous Adrien, par l'école des rabbins de Tibériade, et l'autre par les rabbins exilés après la chute de cette école, mais antérieure aussi au règne de Justinien. Sans doute, le Talmud, qui comprend les opinions des docteurs pharisiens, depuis le règne d'Hérode, et les traditions d'un peuple aussi superstitieux que les Juifs, est empreint d'une superstition croissante; il contient, dans des passages qu'on laisse en blanc dans les éditions imprimées, des allusions outrageantes pour Jésus-Christ. Néanmoins, et malgré »

1 Assigné par Godefroy aussi à 541.

les lois prohibitives, cette immense compilation a passe jusqu'à nous, comme celles de Justinien. Ce prince déclare que les traditions rabbiniques sont étrangères aux saintes Écritures ; il est évident au contraire qu elles ont un rapport direct avec V Ancien Testament hébreu, quoiqu'elles leur soient inférieures, de même que les décisions des jurisconsultes de Justinien accusent une décadence marquée à l'égard des grands jurisconsultes de la république et de l'empire jusqu'aux Antonins.

Quoi qu'il en soit, Justinien punit du bannissement et même du dernier supplice ceux qui , à l'aide de ces écrits, nient la résurrection, ou la création des anges, et se livrent à des blasphèmes. Il veut que, dans la traduction des livres saints, on s'abstienne à la fois des interprétations malignes et nues, et qu'on s'attache à la substance des choses et au sens' divin.

L'Église romaine, par le concile de Trente au seizième siècle, a mieux aimé en prohiber la lecture, et n'autoriser qu'un texte latin ; mais elle n'a pu empêcher le protestantisme de livrer la Bible , comme tous les autres écrits, à I nterprétation libre et individuelle, ni les pasteurs de l'Église réformée d'en faire renseignement, chacun au point de vue de leur symbole. L'Église orientale a aussi son système à part, et suit le texte grec.

Vers la tin du neuvième siècle, par sa Novelle 55, Léon, dit le Philosophe, abrogea, comme dangereuse, la concession faite aux Juifs de vivre selon leurs rites , et voulut, mais en vain, les soumettre à l'enseignement orthodoxe des Écritures.

Ces lois intéressent, comme on le voit, au plus haut point l'histoire de la liberté religieuse , et l'authenticité de l'Ajicien et du Nouveau Testament.

624 CHRONOLOGIE HISTOIUQUK.

Revenons aux événements militaires de ces cinq années. L'histoire ne nous fournit presque rien sur les possessions de l'Afrique. Il paraît seulement, par le poème en sept chants de la Johannide , écrit par Corippus, que le gouverneur Joannès assura, vers 55a , la pacification de ces contrées. Malheureusement ce médiocre écrivain , dont une édition récente fait partie de la Byzantine (Bekker, i836), n'était, sous Justinien II, qu'un [lutteur salarié, protégé du questeur Anastase. Il parle vaguement de la vieillesse de Justinien, de ses victoires sur les barbares et même de [l'impératrice Théodora ; mais il n'a rien précisé.

Procope est encore sur ce point l'historien à consulter. En Afrique, dit-il (G. des Goths ou Hist. mêlée y IV, 17), Joannès, général de Justinien, eut les plus grands succès, grâce à l'alliance de Cutzinas, l'un des princes du pays, et soumit Jabdas et Antalas, chefs des Maurusiens (Maures).

Dans son poème sur le temple de Sainte-Sophie, dédié à Justinien et publié vers 563, Paul le Silentiaire dit que les Etats de ce prince avaient pour borne, à l'occident , Gadires (Cadix) , et qu'il possédait l'Afrique tout entière, wdvrot AifrSriv, qui lui était soumise depuis longtemps. Cette expression poétique 11e peut infirmer le témoignage d. I historien Procope, qui, comme on l'a vu , limite ces possessions au littoral ; encore ce littoral était-il interrompu.

Procope (IV, 20) raconte une guerre qui éclata entre les Varnes, nation considérable, habitant entre le Danube, le Rhin et r océan Arctique, et les habitants de la Brettia ( la Grande-Bretagne) , les Angèles ( Angles) , les Frisons et les Brittons. Par une erreur qui prouve combien de ce côté les notions géographiques étaient altérées depuis

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l'évacuation des Romains, l'écrivain byzantin sépare la Brittia de la Britannie, qui, d'après son langage, ne peut être autre que l'Hibernia, ou Irlande. Il parle d'un mur qui divisait la Brittia, non de l'est à l'ouest, ce qui rappellerait les anciennes fortifications des empereurs romains contre les Pietés ou Calédoniens ; mais du nord au sud, de manière que tout ce qui était à l'ouest est réputé absolument barbare et inculte, et la partie orientale seulement babitée. Il rapporte aussi des fables sur le passage des âmes (les cadavres des morts) dans le canal entre cette grande île et le continent.

Quant aux faits historiques, il rapporte qu'Hermigisèle, roi des Varnes, avait épousé la fille de Théodebert, roi des Francs. — Son fils, Hudiger, qu'il avait eu d'un premier mariage, était fiancé avec la sœur du roi des Angles, et en avait reçu de grands présents. A la mort de son père, par le conseil des grands, Rudiger répudia sa fiancée, et épousa sa belle-mère, pour ménager son alliance avec les Francs. La princesse anglaise, pour se venger de cet outrage, arma 4oo vaisseaux et transporta 1 00,000 hommes aux bouches du Rhin. Assistée de son frère, un des fils du roi, cette fière insulaire commanda en personne, livra bataille, et fit Rudiger prisou-iier. Au lieu de lo faire périr, elle l'admit à expliquer sa conduite, et ; sur son affirmation qu'il avait été violenté et qu'il répudiait la fille de Théodebert, elle consentit à l'épouser.

L'histoire d'Angleterre est absolument inconnue jusqu'au neuvième siècle. On sait vaguement que vers 534 Hermanric régnait dans le royaume de Kent, le plus mérional de l'Heptarchie, et qu'il associa à son trône Éthelbert. On fixe à 547 l'époque où les Brittons, auxquels les Romains, en 448, avaient cédé leurs possessions, furent Fb. 40

obligés de se réfugier en Écosse et dans le pays de Galles. Kenric, le Saxon, régna dans le Wessex vers 56o.

Ces notions s'accordent difficilement avec le récit assez romanesque de Procope.

En Italie, Justinien n'avait envoyé, en 548, qu'un secours de 2,000 hommes à Bélisaire, incapable , par l'insuffisance de ses forces, de descendre de sa (lotte et de faire une guerre régulière dans l'intérieur du pays. Ces secours rejoignirent ie général à Dryonte (Otrante).

Antonina, sa femme, partit pour Constantinople afin d'obtenir, par la protection de Théodora, le rappel de son mari; quanti elle arriva, l'impératrice était morte (Procope, G. des Golhs, III, 3o, p. 4oi)-

Cependant la garnison de Rome assassina son commandant qu'elle accusait de vendre les vivres au profit de son monopole , et obtint de Justinien amnistie de ce crime. Bélisaire , au lieu d'aller ravitailler la place, et de secourir Pérouse, assiégée par les Goths, retourna précipitamment à Byzance , où Antonina n'avait pas eu de peine à obtenir son rappel , à cause du mauvais état des affaires d'Orient, et y arriva vers la fin de 548. Procope, cette fois, blâme Bélisaire de cet abandon, et lui reproche les honneurs et les richesses dont il savourait les délices dans son riche domaine de Pantichion (aujourd'hui Péra ou Galata,) sur les collines où s'élevaient les maisons des grands, en face les murs de la ville (ibicl., III, 35, p. 427, > et Anecd., V, 4 , N. 58).

En vain le pape Vigile et d'autres personnages pressèrent Justinien d'envoyer des forces suffisantes pour reconquérir l'Italie et les immenses richesses qu'elle renferme, et pour réparer une grande perte d'honneur résultant de campagnes sans succès depuis cinq ans.

A cette époque les Barbares se rendirent maîtres de l'Occident ( Procope, ibid. , III, 33, p. 4i 6). L'Illyrie et la Thrace furent cruellement ravagées.

Dans l'Italie supérieure, les Francs de Théodebert occupèrent sans coup férir tout le pays jusqueset y compris la plus grande partie du pays des Vénètes (depuis Etat de Venise) (ibid., p. 4*8).

Les rois francs, en possession paisible deMassilie (Marseille), et présidant aux jeux du cirque d'Arles, frappèrent des statères ou sous d'or, non à l'effigie des empereurs, comme c'était la coutume des rois barbares, mais à leur effigie propre (Procope, ibid., p. 417)

Les rois des Perses commencèrent à les imiter.

Pendant la quinzième année de la guerre d'Italie, 549 ou 55o (Procope, ibid. , III, 392), Totila assiégea Rome, défendue seulement par 3,ooobommeslaissésparBélisaire dans la place, et s'en empara après un long siège. On dit qu'il dut son succès à uue nouvelle trahison des Isauriens, qui lui livrèrent la porte de l'apôtre Paul; il traita la garnison et les habitants avec humanité {ibid., III,

» Le cabinet de Paris possède sept sols d'or du poids moyen de 4 gram. 36 (donnant 313 grain. 20 à la livre), et six tiers de sol, an Dom de Tliéodebtrt. Quatre de ces pièces portent à l'exergue CONOB, qu'on regarde comme le signe monétaire de Constant inople (CON), et en même temps (OB ou 72) , selon M. Friedlander, comme l'indication du nombre de pièces à la livre. Il n'y a qu'un tiers de sol au nom de Théodebert, au revers Cbrarane, pesant 1 gram. 79. Enfin, ce cabinet renferme (30 janvier 1855) sept tiers de sol au nom de Clotliaire avec variantes, el le monogramme de Marseille, MA, mais ne pcsautquc 1 gr. 22.

Les monnaies d'or de Perse, à pat tir de Cbosroès I", portent aussi son effigie (Mémoire de U. Longpérier, 1852); mais elles sont rares, el on a généralement respecté la règle dont parle Procope, qui réservait l'effigie impériale aux pièces d'or, dans les pays récemment détachés de l'empire, sans doute dans la crainte qu'elles ne fussent mal reçues dans la c irculation

36). Il demanda la main de la fille du roi des Francs , qui la lui refusa parce qu'il n'était pas maître de toute la Péninsule. Ravenne, en effet, et quelques villes tenaient encore pour Justinien.

Il répara dans Rome tout ce qui avait été brûlé, rétablit les jeux du cirque, et y rappela les sénateurs fugitifs. Il prit Tarente etRhégion, et prépara une expédition contre la Sicile. Il assiégea même Messine ( ibid. , III, 37).

C'est dans le quatrième livre de la Guerre des Goths , ou plutôt dans X Histoire mêlée , que Procope continue son récit. En 55o, Justinien fit une nouvelle tentative pour obtenir 1 alliance des Francs. Théodebert était mort, et il espérait plus de facilité de son fils mineur Tbéodebald; mais ce prince, ou plutôt son conseil, la refusa, et se borna à envoyer une ambassade à Constantinople, conduite par un seigneur franc, Leudard, et trois autres personnages. On ne put tomber d'accord que d'une neutralité (Procope, IV, 24). C'était en la seizième année de la guerre, 55o ou 55 1.

En la dix-septième (55 1 ou 55u) Justinien donna le commandement de l'armée d'Italie , avec de grands renforts et de grands secours pécuniaires, à l'eunuque Narsès, qui fut, pendant cette campagne, retenu d'abord à Philippopolis, sur les frontières du Danube, où il eut à repousser les Huns, qui avaient encore envabi la Tbrace [ibid., IV, 21). Cependant Ancône était assiégée parles Goths par terre et par mer. Valérien, commandant à Ravenne, et Joannès à Salone , se réunirent et gagnèrent une bataille navale qui fit lever le siège (IV, 23). Totila, avec une flotte de 3oo vaisseaux , avait ravagé les côtes de la Grèce et notamment Corcyre (Corfou). Il prit aussi la Corse et la Sardaigne , laquelle nourrit une herbe qui

produit le rire sardonique (IV, 24 et a5). Ces deux îles étaient un apanage de l'Afrique, conquise autrefois par Bélisaire.

En 55a, les Francs étaient maîtres, avec les Alpes Gottiennes, d'une grande partie de la Ligurie (Piémont et pays de Gènes) , et de la Vénétie (royaume lombard-vénitien). On lit même dans un discours de Léonce, ambassadeur de Justinien, que l'empereur grec avait donné au prince franc de grandes sommes d'argent pour acheter son alliance, mais qu'il n'en avait reçu aucuns secours réels contre les Gotbs.

Il était réservé à un eunuque, qui, selon l'opinion commune, devait être dépourvu de toute virilité morale, le général Narsès , ancien chef des gardes (cubiculaires) , qui déjà avait rendu des services importants depuis l'émeute de 53a et contre les Barbares, de rétablir les affaires en Italie.

Il partit de Salone en Illyrie, avec l'argent nécessaire pour payer l'arriéré des troupes ; deux mille cinq cents hommes d'élite. et trois mille Longobards (Lombards), fournis par Audouin leur roi; plus de trois mille Érules , commandés par Aruth , petit-gendre de Mundus ; les Huns auxiliaires, commandés par Dagistbée, ancien général, malheureux en Lazique; un corps de Perses, commandé par Cavade , neveu de Chosroès , réfugié à Constantinople ; Asbedès, commandant un corps de Gépides; et enfin avec Joannès Fagan, commandant de l'élite des soldats romains (en tout dix ou douze mille hommes environ).

Il marcha par terre ; les Francs lui refusèrent le passage de la Vénétie. — Téias, un des généraux des Gotbs, lui fermait la route de Vérone et les passages du Pô.

Il fut obligé de côtoyer la mer, et arriva enfin àlkivenne (Proc, ibid, y IV, 56). Totila marcha à sa rencontre. Les deux armées se livrèrent une bataille décisive à Caprrc; et le roi des Goths , écrasé par des forces supérieures, fut vaincu, et tué dans sa retraite à 84 stades (i5 kilomètres i/a)du champ de bataille, après un règne de onze ans (Proc, IV, 3a, p. 6a).

Ce prince fut le plus remarquable des rois goths depuis le grand Théodoric. Il régna avec modération et habileté, et mourut glorieusement.

Les médailles de son règne portent son nom goth de fiaduela ou Baduilla. Elles sont en argent, module ordinaire, et module des quinaires; et en petit bronze, avec le revers de Justinien, parce que la monarchie des Goths s'en reconnaissait feudataire.il en est une qui porte la tête diadémée d'Anastase, sans doute parce qu'elle avait commencé sous le règne de cet empereur, en la personne de Théodoric , vainqueur d'Odoacre. Au reste , la tête de Baduela paraît elle-même diadémée, et ornée d une croix sur les médailles, avec la légende INV1C- TISSIM. AUG. Il y a d'autres variantes qu'il appartient à la numismatique seule d'expliquer.

Après sa victoire , Narsès congédia les Lombards, qui pillaient et brûlaient amis et ennemis, et qui violaient les femmes même dans les églises. Il assiégea Vérone , que les Francs revendiquèrent comme leur propriété, et il se retira, ne voulant pas avoir une seconde guerre avec ces formidables guerriers. Il vint faire le siège de Rome, et la prit pour la sixième fois. Dagisthée, si malheureux en Lazique, fut celui qui contribua le plus à ce succès.

Ainsi se termina, dit Procope (IV, 33, p. 632), la vingt-

sixième année du règne de Justinicn , ce qui répond bien à l'année 55a.

Cependant les Goths réfugiés au delà du Pô, à Pavie , élurent pour leur roi Téias, l'un de leurs plus braves généraux. Celui-ci , pour fermer tout accommodement avec l'ennemi, massacra, ou toléra le massacre des sénateurs réunis par Totila dans la Campanic, et de trois cents fils des plus nobles maisons, que son prédécesseur n'avait exigés que comme otages (IV, 34, p. 633). Cette barbarie, qui déshonore même une bonne cause, ne lui profita pas. Après avoir en vain réclamé des secours du roi des Francs Tbéodebald, il se rendit de Pavie en Campan ie, où les deux armées se trouvèrent en présence sur la rivière Dragon , près de Nuceria et du mont Vésuve, à Bebios. Là elles restèrent campées respectivement près de deux mois. Enfin la ha taille s'engagea près du mont Galacte; Téias y fit des prodiges de valeur, mais périt accablé de blessures. Les Goths, après avoir renouvelé le combat le lendemain , mirent bas les armes et reconnurent Narsès pour leur chef, à condition qu'il resterait indépendant de Justinien , ce qui fut accepté par Narsès. Mille Goths essayèrent encore, sous la conduite d'Indulphe, de se retirer à Pavie; mais le reste se soumit; et ainsi, dit Procope (IV, 35, p. 643), finit Tan 18 delà guerre, répondant à l'an 26 de Justinien, ou 55a. Ainsi Teias ne régna que cinq ou six mois; et Narsès, dès ce moment, ou le commencement de 553 , figure dans l'histoire sous le nom imposant de duc d'Italie , d'où sortit plus tard l'exarchat de Ravenne.

En cela Narsès se montra plus ambitieux que Bélisaire. Sans doute il se défiait des caprices de Justinien, dont, selon Procope , le caractère était plus léger que la

poussière. Narsès fit une proclamation aux peuples comme duc d'Italie.

Les médailles qui portent le nom de Théia ou Théla , et que Marchand (Lettre numism. à la société de Trêves) attribuait à ce prince, portent au revers le nom et la tète diadémée d'Anastase; ce sont deux quinaires avec la légende DOMNUS THEIA REX et D. N. THELA REX en 3 et en 4 lignes dans une couronne de laurier : M ion net, Mèd. rom.y II, 4< 1 » 4«7)- 0° l*« attribue à un prince inconnu, contemporain d'Anastase. Mais il se pourrait qu elles appartinssent à Théias , à cause de la variante fréquente dans l'orthographe des noms. En ce cas, Téias, comme Baduela , ne voulant pas reconnaître Justinien , au plus fort de la guerre, préférait remplacer son effigie par celle de l'empereur Anastase , qui avait permis à Théodoric de fonder la monarchie des Goths?

Procope a terminé son histoire à la 26 e année de Justinien, c'est-à-dire au triomphe définitif de Narsès. 11 a ensuite écrit, mais en silence et secrètement, ses Anecdota, jusqu'en 558.

Agathias, son continuateur, a rédigé en cinq livres une histoire qui n'a pas la précision de celle de Procope, et ne nous conduit pas même jusqu'à la (in du règne de Justinien.

Né à Myrine, ville d'Asie, à l'extrémité du golfe Eléatique,où il exerçait la profession d'avocat , Agathias aimait à délasser ses loisirs dans la poésie; mais il a trouvé peut-être le burin de l'histoire trop lourd pour sa main, puisqu'il n'a pas dépassé 55p, quoiqu'il paraisse avoir vécu sous le règne de Justin II '.

' v. Préface de Mebuhr, p. 9, é»lit. I8?s

11 déclare (p. i4) partir de la 26" année du règne, c'est-à-dire de 55a. Il explique (l, 1, 5 et 6) comment la guerre, loin de finir, comme le croyait Procope, recommença , parce que les chefs des Goths , retirés dans leurs châteaux, les uns au delà du Pô, les autres en Vénétie, les autres en Tuscie (Toscane) , ainsi qu'en Ligurie (pays de Gênes), s'allièrent aux Francs. Ils trouvèrent des appuis dans les comtes Leutharis et Butilin , seigneurs allemands, qui, par le crédit dont ils jouissaient sur Théodebert, avaient obtenu le commandement de leur nation, alors confondue avec les Francs, ainsi que l'a formellement attesté Procope.

Leutharis et Butilin levèrent une armée de 75,000 guerriers parmi les Allemands et les Francs. Ils se flattèrent de chasser Narsès de l'Italie, et même de s'emparer de la Sicile (/bld., 1 , 7). Narsès alla au-devant de cette armée qui avait passé le Pô; la campagne se termina sans combat décisif ; de Ravenne, le général de Justinien vint à Rome où il passa l'hiver (1 , 22).

Agathias fait un grand éloge de sa prudence , de son habileté et de sa modération. Il était fort petit de taille et fort grêle, mais renommé pour sa générosité. Son état d'eunuque est positivement attesté (I, 16).

Le continuateur de Marcellinus parle de la mort du jeune Théodebald , en la I rc Indiction, l'an 12 après le consulat de Basilius , c'est-à-dire en 553 , de celle de sa femme Vanderanda, et de l'usurpation que fit de sa portion des Etats des Francs Clotaire , son grand-oncle. — Clotaire avait succédé en 5n à son père Clovis, et était alors, en 553, en la quarante-deuxième année de son règne Notre chroniqueur compte la quarante-quatrième année j mais les chroniques de cette époque, et

631 CHKONOLOGIK HISTORIQUE.

même les Novelles de Juslinien , sont pleines de ces contradictions dans le calcul des années.

Comme on l'a dit (p. 627), en 549, ^ es Barbares saccagèrent lTllyrie et presque toute la Thrace.

Les Gépides , qui avaient obtenu de Justinien la cession deSirmion (Mitrowitz sur la Save), quand ce prince l'eut enlevée aux Goths, ainsi que de la Dacie, réduisirent les Romains de ces contrées en servitude, et continuèrent de s'avancer. Justinien retrancha les subsides qu'il leur accordait, et donna de plus grandes sommes aux Longobards (Lombards), avec la ville de Noricon (Judenbourg ou Bruck en Styrie), et les autres forts de la Pannonie (l'Esclavonie), pour qu'ils continssent les Gépides. Mais ces Barbares ravagèrent eux-mêmes la Dalmatie et 1 Illyrie jusqu'à Epidamne (Durazzo), et firent la population esclave. Ils osaient même réclamer à domicile les habitants fugitifs comme si on les avait volés, et Justinien ne s'opposait pas à cette horrible spoliation.

Enfin ce prince avait donné aux Érules la partie de la Dacie qui entoure la ville de Singedon (Belgrade en Servie) , d'où eux aussi ravageaient l'illyrie et les frontières de la Thrace (Proc, G. des G., III, 33, p. 419).

Heureusement la guerre éclata entre les Gépides et les Longobards. Justinien se prononça pour ceux-ci, comme orthodoxes , tandis que les Gépides étaient ariens. Une cavalerie de plus de dix mille hommes , commandés par Joannès , neveu de Vitalien, vint à leur secours. Les Érules se divisèrent entre les deux partis, qui traitèrent entre eux sans la participation du général de Justinien , et devinrent plus formidables que jamais par cette union.

Les Sclabènes (Slavons), au nombre de 3,ooo, passèrent le Danube, puis l'Hèbre, se divisèrent en deux corps, dont l'un battit les troupes de l'empereur enlllyrie, et l'autre prit en Thrace le fort Tzurule (Tchorlou, près Erekli). 11 commit un acte de barbarie en écorchant vif Asbedès, commandant de la place. 11 pilla tout le pays, s'empara deToperon (Kara-Guieuze, ou Kara-su-Jenidschef, en face de l'île deThasos), principale ville maritime de la Tbrace,à douze journées seulement de Constantinople, passa i5,ooo hommes au fil de Pcpée, et fit le reste de la population esclave. Les cruautés commises par ces barbares , dans ces contrées où ils n'avaient jamais pénétré , consistaient principalement dans le pal. Dans la suite, ils s'adoucirent, et firent dans la population virile des prisonniers (Procope, ibid. % 111, 38).

Comment, devant de tels faits, admirer les conquêtes de Justinien , et dire, comme le poète Paul le Silentiaire, qu'il commandait jusqu'aux colonnes d'Hercule, quand il ne savait pas protéger le cœur de l'empire ? Est-ce à tort que dans ses Anecdotes Procope reproche à Justinien d'avoir été le fléau du genre humain par sa mauvaise administration? N'avait-il pas détruit la population virile, par sa prédilection pour les monastères, et réduit l'armée de 64o à i5o mille hommes? Les subsides qu'il fournissait à tous les Barbares n'avaient -ils pas pour résultat d'exciter leur avidité et de ruiner son empire ?

Evagrius, contemporain , IV, 28, reproche à Justinien son insatiable avidité, ses confiscations, et la vente de toutes les fonctions publiques, en même temps que ses prodigalités pour les églises et édifices de toute espèce.

Eu 55 1-552, les Longobards, avec leur roi Audouin,

père d'Alboin qui fonda la monarchie des Lombards en Italie, en 568, rirent une trêve de deux ans avec Thorisin, roi des Gépides (Proc, G. des Goths, IV, 18). Les Gépides obtinrent des Huns-Cuturgures, habitant en deçà du Palus-Mœotide (la Crimée), un secours de 12,000 hommes pour attaquer l'Illyrie et la Thrace. Justinien s'allia avec les Huns-Uturgures, auxquels il payait aussi un tribut annuel ; ceux-ci passèrent leTanaïs, avec 2,000 Goths-Tetraxites, leurs voisins, sous la conduite deSandil, passèrent le Danube, défirent les Cuturgures, reprirent les prisonniers romains, et retournèrent chez eux avec leurs propres prisonniers. Justinien néanmoins acheta encore la paix de Chinial , chef des Cuturgures vaincus, et reçut en Thrace 2,000 d'entre eux, sous condition de défendre l'empire. Sandil s'en plaignit, comme d'une infraction à son alliance avec Justinien, qui trouva moyen de l'apaiser à force d'argent (*£., IV, 19). Bientôt après les Sclabènes envahirent encore l'Illyrie, et Justinien n'eut pas de forces suffisantes pour les refouler. Ils firent d'horribles ravages, et rentrèrent dans leurs demeures au delà du Danube avec leur butin. Les Gépides leur livrèrent le passage, moyennant un statère d'or (i5 fr.) par tête ; et Justinien ne trouva d'autre remède à cette trahison que d'augmenter leurs subsides pour renouveler leur alliance (IV, 25, p. $9$.}

On voit à quel degré Justinien était la dupe des Barbares, et combien il avait tort d'épuiser ses sujets pour satisfaire leur avidité insatiable.

En 552, la guerre recommença entre ces Gépides et les Longobards soudoyés aussi par Justinien , qui leur fournit un secours, commandé par les deux fils de Germauus(son neveu) et par Suartuas, un prince érule, qui

avait été expulsé de l'île de Thulé (presqu'île de Scandinavie) par ses compatriotes, et que Justinien avait recueilli et élevé au rang de général. Il y joignit un Gotli, Amalafride, fils de la sœur de Théodoric, et Hermenefride, fils du roi des Thoringes (ibid., IV, a5).

Audouin fut vainqueur des Gépides, et se plaignit à Justinien de sa déloyauté puisqu'il était aussi allié des Gépides. Un Longobard, qui prétendait avoir été dépouillé de la couronne de sa nation par Audouin, avait été recueilli à Constantinople, et nommé chef de la garde longobarde. Audouin demanda son extradition. Ce prince, Isdigisal , ne se fiant pas à Justinien dont il était d'ailleurs mécontent , s'empara des chevaux du haras impérial d'Aprôn , défit les Huns - Guturgures mercenaires qu'on mit à sa poursuite, traversa l'armée réunie en Illyrie, tua plusieurs de ses généraux qu'il surprit, et parvint à se réfugier chez les Gépides. Thorisin, leur roi, avait aussi un compétiteur dans Ustrigoth, fils d'Élemond, son prédécesseur, qui s'était réfugié auprès d'Audouin. — Les deux usurpateurs se rapprochèrent, et se livrèrent réciproquement Ustrigoth et Isdigisal, qui furent mis à mort.

La manière dont ce dernier brava les forces de i 'empire n'est-elle pas une preuve évidente de sa faiblesse et de la détestable administration de Justinien ?

Jornandès, écrivain contemporain, dit' que dans la guerre entre les Longobards, alliés des Romains et des Gépides , il périt plus de 4<>,ooo hommes dans une seule bataille, et que ce fut le plus terrible engagement qui eût existé depuis Attila. — « Telles sont, dit cet écrivain,

1 Succession des temps, p. 192, édil. Savagner.

f,38 CHRONOLOGIi: HISTOIUQUi:.

(qui a cessé d écrire vers 55a), les vicissitudes de la république romaine, indépendamment des incursions quotidiennes des Bulgares, des Antcs et des Slavins. En relisant ces annales, on verra que la tragédie fut digne de notre temps, et comment les républiques ont à souffrir de leurs incapables souverains. »

C'est un bistorien pourtant bien timide et bien modéré que Jornandès, qu'on dit avoir été évèque ! Que son langage est différent de celui des écrivains ecclésiastiques postérieurs, qui à la distance d'un ou plusieurs siècles ont oublié les calamités qui pesèrent alors sur l'espèce humaine, pour ne voir que la préférence accordée par Justinien à leur foi, et ses lois contre les hérétiques!

Lydus , qui a écrit un livre sur les magistratures byzantines, publié pour la première fois par notre célèbre helléniste M. Hase, et en dernier lieu par M. Bekker (Bjz. de Bone, 1837), y célèbre (p. 268) Justinien comme le plus vigilant des empereurs , qui voulait que tout le monde dormît tranquillement; mais il qualifie suffisamment sa politique en disant qu'il combattit Chosroès par l'or et par les armes, c'est-à-dire qu'il fut son tributaire.

Lydus a vécu jusqu'en 55a, mais il faut croire que ces lignes ont été écrites par ironie ou avant le débordement des Barbares sur l'empire; autrement ce serait une impudente flatterie.

Paul le Silcntiaire , malgré la haute position qu'on lui suppose à Constantinople, a, dans sa description du temple de Sainte-Sophie, osé dire que Justinien avait vaincu toutes les nations à l'Orient et à l'Occident, Alamoundar (Moundhir), chef des Arabes Scénites, vivant sous la tente, et les nations barbares qui envahissaient l'empire romain de toutes parts.

ANS 549-553. Cî9

« Il a relevé de toutes les maladies , il a échappé à tous les périls; sa magnanimité est admirable, son intelligence supérieure. » (Procope prouve assez qu'il l'avait bornée et qu'il a pu mériter le titre de sgaudari.)

« Prince excellent, il a compati à nos larmes. «(Pourquoi ces larmes coulaient-elles donc?) » Il est clément; j'espère que l'âme de l'impératrice, cette femme excellente aussi belle que sage, intercédera pour lui au ciel. »

Jamais la flatterie n'a reçu plus de démentis de l'histoire; mais, selon Agathias, ce poète avait un poste élevé à la cour de Byzance parmi les Silentiaires ; il était probablement maître de la garderobe.

En Orient, Mermeroé, général des Perses, traversa les limites de l'Ibérie, et se rendit par la rive gauche du Phase (le Ilion) au secours de Pétra, cette clef du Pont- Euxin (54p)' Dagisthée, général des Romains , en avait quitté le siège, quoique la garnison fut réduite de 5oo à i5o soldats, et les murs de la place en ruines. Cette retraite força les Tzanes, alliés des Romains, à se retirer aussi chez eux, près de Trébisonde (Proc, G. des P., II, 3o). Le général persan s'étonna de la faiblesse de l'empire, dont les partisans, disaient-ils, devaient désormais désespérer (ibid., p. 295) de la fortune. Gubaze, roi des Lazes, conserva ses positions et même poursuivit les Perses jusqu'aux frontières de l ibérée, après les avoir taillés en pièces, près d'un gué du Phase.

Après avoir relevé les murs de Pétra , et laissé 3, 000 hommes pour sa défense , Mermeroé se retira de la Colchide en Persarménie, et ainsi se termina la 4 e année de cette trêve menteuse, qui n'existait que sur les frontières du Tigre , et la 23 e année du règne de Justinien (549).

r,40 CHRONOLOGIE HISTORIQUE.

Ici aussi se termine l'histoire de la guerre fies Perses, rédigée par Procope.

La 5 e année de cette trêve prétendue (55o, Procop., G. des G. on mêlée, IV, i,) Chorianès envahit, avec une immense armée de Perses, la Colchide; mais Gubaze, roi des Lazes, et Dagisthée, général des Romains, parvinrent à l'arrêter, et même à le tuer dans une bataille (ibid., IV, 8). — Une autre armée des Perses réussit à ravitailler Pétra, qu'après sa victoire, Dagisthée aurait pu reprendre. — Ce général fut arrêté par ordre de Justinien (puis envoyé en Italie, où il assista à la prise de Rome par Narsès) et remplacé par Bcssas, un des généraux de l'armée d'Italie. Celui-ci entra dans le pays des Abasges, qui avaient élu deux rois, et avaient fait défection en faveur des Perses; prit le fort de Trachion , clef du pays, situé sur la mer et sur un contre-fort du Caucase, qui de ce côté borde la côte; et soumit les Apsiliens, anciens tributaires des Lazes, en s'emparant de Tsibilon, leur forteresse {ibid., IV, 10, p. 5oa). Les Abasges rentrèrent sous la domination des Romains.

A cette époque , Chosroès, dangereusement malade, fut guéri par un très-habile médecin de la Palestine, Tribunus, qui profita de son crédit pour obtenir la délivrance de captifs de haut rang et de 3,ooo autres.

Anatozadas, fils aîné de Chosroès, en disgrâce pour avoir abusé de ses femmes , leva l'étendard de la révolte a Vasaïnè, pays riche de la Perse, à 7 journées de chemin de Ctésiphon, où il était exilé : vaincu et prisonnier, il fut condamné par son père à perdre la vue, ce qui le rendait désormais incapable de gouverner. Ainsi, dit Procope (V, 1 1, p. 5o6), finit la 5 e année de la trêve.

A l'expiration de cette trêve prétendue, Justinien en-

ANS 549-553. «il

voya à Chosroès (en 55 1) le patricien Pétros, maître des offices (le meurtrier d'Araalasonthe), pour traiter de la paix de l'Orient. Le roi des Perses envoya, pour remplacer à Byzance Braducien, son ambassadeur (qu'on l'accusa d'avoir fait disparaître parce qu'il avait dîné à la table de Justinien) , Isdigune, Persan, d'une insolence rare, dont le faste révolta Constantinople. Il avait à sa suite sa femme, ses enfants , son frère, deux nobles Persans, ceints de diadèmes d'or , et une suite si nombreuse, qu'il semblait armé en guerre. Justinien lui accorda des honneurs inusités, alors même que cet envoyé, au lieu de parler de paix, ne cessait de récriminer, et de se plaindre des entreprises d'Aréthas (Harith), chef desSaracènes alliés des Romains, tandis qu'Alamoundar (Moundhir), chef des Saracènes alliés des Perses, était bien autrement redoutable (Procope, ibid.).

Cependant Bessas, général septuagénaire, parvint, à force de bravoure et de résolution, à s'emparer de Pétra en Lazique, et rasa la place, afin qu'elle ne servît plus de boulevard aux Perses pour attaquer l'empire (ibid., IV, il et 12). Mais il ternit ses lauriers en abandonnant le pays, et se rendant dans le Pont et dans l'Arménie pour y lever des impots. Il y fit beaucoup de mal par ses exactions : il comptait sur l'indulgence habituelle de Justinien à cet égard (ibid., p. 5a5). Pendant ce temps, Mermeroè, général des Perses, était rentré en Lazique par les frontières de l'Ibérie, où, malgré l'àpretédes montagnes, il fit passer huit éléphants. Il avait pour auxiliaires 12,000 Huns-Sabires, tandis que l'armée romaine n'était que de 12,000 hommes. — Avec des forces bien supérieures il assiégea Archaeopolis, principale ville des Lazes sur le Rhéon, défendue par 3,ooo Romains et protégée par Fr. 1 1

le fort Catatisien Cotatis), appelé par les Grecs Cotyaeion, patrie du vieil JEètes (ibid., IV, i3). Mais il fut forcé de lever le siège (ibid., IV, 14.)

Cependant Isdigune, après beaucoup de délais, conclut un traité pour cinq ans avec Justinien sous la condition que ce prince payerait aux Perses 26 centenaires (environ 3 millions), ce qui arriva Tan a5 du règne de Justinien (55i)(<6Jrf., IV, i5, p. 538). Ce traité fut trèsodieux aux Romains, qui y voyaient la perte de la Lazique, et une menace perpétuelle contre la sécurité de Constantinople, tandis qu'ils devenaient d'ailleurs tributaires permanents des Perses. (Et cependant les écrivains ecclésiastiques admirent Justinien!)

Ce prince combla en outre Isdigune de largesses, et le rendit le plus riche des Perses.

Les Lazes, de plus en plus mécontents des Romains, se détachaient d'eux, et livraient aux Perses leurs forts, de manière que le général persan intercepta les communications des Romains, pendant que Gubaze, roi des Lazes, était obligé de se réfugier dans les plus hautes montagnes {ibid. y IV, 16).

Samuel d'Aniane rapporte à cette année l'avènement de Mosès ou Moïse, d'Élivard en Aragazote,au patriarcat de l'Arménie; ce Moïse, n'est pas l'archevêque de Pakrevant, l'historien Moïse de Chorène, mort en 487, qu'il ne nomme même pas.

Il s'agit d'ailleurs, non de l'Arménie romaine, mais de l'Arménie persane, aujourd'hui si peu connue.

Malgré la nouvelle trêve de cinq ans, la guerre continua en Lazique, Tan a6 du règne de Justinien (55a). Les Romains occupaient les bouches du Phase (Proc, ibid., IV, .7).

ANS 549-553. on

J. Malala (XVIil, p. 484) dit qu'en l'Indiction i3 (55o), un envoyé des Indes vint à Constantinople avec un éléphant. Ce renseignement est bien vague; car à cette époque on étendait le nom d inde à l'Ethiopie et à l'Arabie, comme aux pays au delà de la Perse jusqu'à la Sérique. Les Perses employaient fréquemment des éléphants, et l'ambassade magnifique d'Isdigune date de cette époque.

Théophane, qui parle aussi (ad A. 6042) de cet envoyé, et de l'entrée de l'éléphant dans l'hippodrome de Byzance, ne précise pas davantage; non plus que Cédrénus, qui place son arrivée an a3 du règne (549).

Mais un fait qui a pins d'importance pour l'humanité que les prétendues conquêtes de Justinien, c'est l'importation à Constantinople (en 55i-55i) du ver à soie. Procope dit (G. des Goths, IV, 17, p. 548) que des moines, les premiers missionnaires sans doute qui aient pénétré si loin dans l'Asie orientale, étaient allés aux Indes. Sachant combien Justinien désirait se racheter du tribut qu'il payait aux Perses pour la soie, dont l'usage devenait de plus en plus commun dans la cour de Byzance, ils lui révélèrent la possibilité d'acclimater les vers qui la produisaient , et d'en apporter des œufs de la Sérinda , pays très-peuplé des Indes (la Chine), où ils avaient longtemps résidé; Justinien leur promit de grandes récompenses. Ils retournèrent dans l'Inde, et en rapportèrent ces œufs; on les fit éclore, et on nourrit les vers avec les feuilles du mûrier. C'est ainsi qu'on naturalisa la soie dans l'empire des Romains.

Le prix exorbitant de la soie est indiqué par Procope dans les Anecd. V. note phil. p. 4°4 » ct somm. a58. Théophane de Byzance {Fragments des histor. grecs, ap.

Ch. Millier, IV, p. 270, n° 3) attribue cette importation non aux moines, mais à un Perse qui sans mission était allé dans le pays des Sères chercher des œufs qu'il avait cachés dans une boîte, et les rapporta à Bpance. — Justinien montra cette industrie nouvelle qui venait de s'établir aux Turcs, qui en furent fort étonnés ; ceux-ci possédaient seuls les marchés et les ports où les Sères l'apportaient. Ils avaient succédé dans ce commerce aux Perses. CeThéophane est un historien du vi f siècle, qui avait écrit dix livres, commençant à la rupture de la paix de 56a entre Justinien et Chosroès. Son ouyrage existait encore du temps de Photius, qui en a fait l'analyse. Les Turcs (Toûpxoi) étaient alors un peuple nouveau.

Zonaras, écrivain postérieur, reporte (XIV, 69) aux moines récompensés par Justinien l'introduction de cette industrie.

Au vi e siècle, les Chinois, convertis, depuis l'an 61 ou 65 de notre ère, au bouddhisme, qu'ils appelèrent religion de Fo, entretenaient dès lors avec l'Indostan des relations religieuses permanentes; notamment en 5 18. Une impératrice les avait ordonnées. — On connaît aujourd'hui les noms de deux de ses missionnaires; ils avaient été précédés en 3 99 -4oo par Fa-Hien et ils furent suivis en 629 par le célèbre Hîouen-Thsang, dont M. Stanislas Julien , notre grand sinologue, publie en ce moment la relation , avec la vie des vingt-huit premiers patriarches bouddhiques , et une chronologie qui remonte au fondateur de cette religion, Çakyaiuouni. La première de ces biographies a été composée de 5oa à 556. A côté de ces missionnaires, il y eut ceux de la politique et du commerce, qui ne furent ni moins laborieux ni moins exacts. Des magistrats, des généraux,

chargés de missions officielles, ont rédigé des mémoires et des statistiques, qui dès 666, avec les documents religieux, formaient déjà une vaste compilation sous le nom de Description des contrées occidentales en 60 vol , avec 4o livres de dessins et de cartes ; elle est imprimée aux frais de l'État, et l'empereur Kao-Thsong y mit une introduction *. Du reste il est impossible que de l'Indostan à la Perse il n'y ait pas eu des communications fréquentes, et il n'est donc pas invraisemblable qu'un envoyé de cet Indostan soit venu à Byzance sous Justinien.

En 549, Justinien manqua de perdre son trône par l'effet d'une conspiration dont voici les causes. Artaban l'Arsacide , qui , en Afrique , avait vengé sur Gontharis le meurtre] d'Aréobinde, gouverneur et mari de Préjecta, nièce de Justinien , aspirait à la main de celle-ci. Mais il avait été marié avec une parente, Arménienne comme lui, dont il était séparé depuis longtemps pour un motif qui fait rompre tout commerce entre une femme et son mari.

Celle-ci vint trouver l impératrice Théodora, fort bien

• Journal des Savants, mars 1855, «rude de M. Barthélémy Saiot-Hilaire, académicien.

Du reste, à l'époque de Justinien, la Chine était dans une espèce d'anarchie par le conflit des religions; les Tao-Tse, ou sectateurs de la raison, combattaient le bouddhisme et l'antique religion de Koung-Tseu (Conlucius) ; le. chef de la dynastie alors régnante te prononça pour celle-ci, et le bouddhisme perdit du terrain. Ce prince multiplia les relations de son empire avec l'Asie occidentale. Ses vaisseaux se rendaient en grand nombre à Ceylao et dans les ports de l'Inde, où ils faisaient un commerce considérable. U>s ambassadeurs des différents rois de l'Indoustan et des peuples voisins de la Perse arrivèrent à sa cour. Il est bien étonnant qu'aucun des écrivains du règne de justinien n'en ait eu connaissance. (Paulhicr, Chine, I, 27H, 1H53.)

disposée pour les femmes de cette espèce, quand elle apprit que son mari avait été promu aux premières dignités, celles de général en chef et de consul honoraire. Théodore, en effet, l'obligea de reprendre sa femme; et maria Préjecta avec Joannès, fils de ce Pompée et nièce de cet Hypatius qui, en 53a, avaient été condamnés pour avoir participe à l'insurrection de cette époque. Outré de colère, Àrtaban renvoya sa femme immédiatement après la mort de l'impératrice. Un de ses parents lui représenta qu'il était facile de se défaire de Justinien , qui , dit-on, passait une partie de la nuit avec de vieux prêtres pour feuilleter les livres des chrétiens , c'est-à-dire pour s'occuper de théologie.

Ceux qui seraient tentés de croire que Justinien , dans ses écrits et ses lois, n'est que l'expression des opinions dominantes à son époque, trouvent ici la preuve que l'opinion publique était tout opposée, et que Procope n'est pas le seul qui en soit l'organe.

L'ami d' Artaban lui fit croire que Germanus , irrité aussi contre Justinien, qui l'avait dépouillé de la succession de son frère Boraïde, le seconderait, ainsi que ses enfants Justin et Justinien. Il représentait à ces jeunes gens que l'empereur ne s'entourait que de gens de bas étage, et n'avait pas fait de position à Justinien, l'un d'eux.

Mais ni Justin ni son père Germanus ne voulurent prêter l'oreille au complot ; ils en révélèrent le secret à JVIarcellus, préfet des gardes du palais, qui en avertit l'empereur, au moment du retour de Bélisaire, en 549- Les accusés furent soumis à la torture. Cette fois le sénat fut saisi du procès; il reconnut l'innocence de Germanus, qui devait être proclamé empereur, et de ses fils. Artaban et ses complices furent seuls condamnés. Tou-

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