‹ Histoire de JustinienChapitre 14 sur 31 · ANS 549-553. C · texte numérisé non relu

ANS 549-553. C

tefois, Aria ban lui-même ne fut puni que de la perte de ses dignités (Proc, G. des Goths, III, 3i et 3a).

Justinien voulut d'abord envoyer Germ an us pour commander l'armée d'Italie ; mais sa jalousie lui fit préférer Liberius, homme âgé, étranger à l'art de la guerre, qu'il remplaça bientôt (en 55o sans doute) par Artaban, ce conspirateur gracié, que pourtant il soumit au commandement suprême de Germanus, pendant que Totila assiégeait Messine. Ces dispositions n'eurent pas de suite, et l'eunuque Narsès fut définitivement chargé de reconquérir Tltalie.

Gédrénus rapporte à l'an a5 de Justinien , c'est-à-dire à 55 i , une lettre que Justinien aurait écrite au concile de Constantinople contre Origène.

Mais ce concile ne fut assemblé que deux ans après. Il a sans doute voulu parler de l'écrit adressé par ce prince au pape Vigile, alors à Byzance, à Mena et aux autres patriarches , évêques et hégoumènes (abbés) des monastères, à propos de 1 edit de 543 dont Cyrille de Scythopolis a parlé dans la Vie de saint Sabas. Peut-être cet édit n'avait-il pas été exécuté ainsi que tant d'autres, et Théodore Âscitas, évêque de Césarée, alors en faveur auprès de Théodora et de Justinien , parvint-il à en paralyser l'effet, parce qu'il était favorable aux dissidents.

Justinien, à la veille de l'assemblée du concile, pendant que Mena vivait encore, c'est-à-dire avant le a5 août 55a , a pu résumer ce long et fastidieux factum , indigne de la majesté impériale , en une simple dénonciation. Elle est rapportée dans les Recueils des conciles 1 .

1 Labbe,V, 635 elsuiv.; Mansi, IX, 489-534. Il en existe un manuscrit à la Bibliothèque impériale de Paris, n° 419, in-P\

r>js CHRONOLOGIE HISTORIQUE.

Le cardinal Baronius remarque avec raison combien Justinien négligeait ses devoirs d'empereur, pour se livrer à la discussion des questions théologiques , qui n'étaient pas de sa compétence. Ainsi ce prince de l'Église romaine justifie le reproche que lui adresse Procope (G. des Goths, III, 35) d'avoir oublié les affaires d'Italie pour s'occuper des dogmes des chrétiens , qui , dit cet historien , absorbaient la plus grande partie de son temps.

Malala parle d'une émeute nouvelle, qu'il fixe au mois d'avril de lin diction i3 (55o). 11 ajoute qu'il y eut suspension des jeux, et que beaucoup de séditieux périrent de part et d'autre. — Théophane (ad. A. 6042, 55o) explique le fait en disant que le conflit de l'année précédente se renouvela , et qu'on pilla les bureaux d'un fonctionnaire, Joannès Concorobius ( le Bourgeonné).

Ces faits rappellent ceux de 547? ^ ont P u av °i r ueu encore en 549-

Pagi rapporte aussi à l'an 549 un s y noa>e des évêqucs d'Ulyrie, qui se prononça en faveur des trois chapitres condamnés par Justinien, et condamna Benenat, son métropolitain , archevêque de Justiniana I" (patrie privilégiée de Justinien). Victor de Tunes a placé cet événement avant la mort de Théodora , quoiqu'il compte l'an 9 après le consulat de Basilius , c'est-à-dire l'an 55o.

C'est probablement de cette querelle religieuse ou de ses suites que nous parle Procope, quand il nous dit (G. des GotliSy IV, 25, p. 594) qu'il y eut des troubles à Ulpiana, ville des Illyriens, à l'occasion d'une querelle religieuse suscitée par les chrétiens , querelle que cet historien a promis d'expliquer dans un écrit spécial qu'il n'a pas fait ou qui a disparu (V. p. 594).

Selon Malala (XVIII, 484), à l'époque de l'arrivée de

l'envoyé des Indes (55o), l'archevêque fut rayé des sacrés diptyques, ou du moins suspendu de ses fonctions par le pape Vigile ; mais quand il ajoute que Vigile lui-même subit cette radiation, on voit qu'il s'agit de la querelle de 547, puisqu'il fixe au 24 j u » n l a réconciliation de Vigile et de Mena.

A cette époque de 55o, Mena, porté sur le char impérial, célébra la dédicace de l'église des Saints-Apôtres, et y trausféra les reliques de Luc, d'André et de Timothée, qui étaient réunies, on ne sait par quelles circonstances, à Constantinople. Rien n'est plus commun que les doubles et triples reliques , à l'aide desquelles on entretient la piété des fidèles.

Théophane rapporte l'événement à l'année suivante (A. 6o4^ ou 55 1). Mais, loin que le nom du papeVigileeùtété rayé des sacrés diptyques, le protessomène ou pontife primat avait été placé à la tête. Le char sur lequel Mena fit l'inauguration des reliques était d'or et orné de pierreries.

Victor de Tunes dit que la dixième année après le consulat de Basilius, c'est-à-dire en 55 1, les évêques d'Afrique (dont il faisait partie) retranchèrent Vigile de leur communion comme adversaire des trois chapitres, et envoyèrent par Olympius Magistranus un message à Justinien pour qu'il fût donné suite à cette décision. Cette controverse s'embrouillait de plus en plus, et on ne se comprenait pas.

C'est au mois d'avril de cette Indiction, la 14 e et non la 4 e » répondant environ à l'an 55 1, queNarsès fut élevé au commandement de l'armée.

Malala et Théophane sont d'accord sur le récit qu'ils font d'un grand tremblement de terre arrivé (en 55 1) sur les cotes de Phénicie, et qui s'est même étendu en Arabie

et en Mésopotamie. Les villes de Tyr, Sidon, Béryte, Tripolis et Byblos en avaient beaucoup souffert. A Botrys , la mer fit crouler tout un quartier, et y ouvrit un port accessible aux plus grands vaisseaux, quoiqu'elle en fût privée auparavant. Sur un autre point , la mer se retira momentanément d'un mille (1480 mètres environ), mais reprit ensuite son niveau.

Justinien envoya de grands secours dans ces villes.

Au mois de septembre, Indiction i5% Mêna et Apollinaire, patriarches de Constantinople et d'Alexandrie, tirent la dédicace de l'église de Sainte-Irène, au delà du port, montés sur le char impérial , et y transférèrent de nouvelles reliques (Malala, XVIII, p. 486, et Théophane, ad A. 6o44)-

On ne sait pas s'il s'agit de 55i ou 55a; car la mort de Mêna est du mois d'août de lTndiction i5 e , commencée le i er septembre 55 1. Des écrivains ecclésiastiques disent que cet archevêque assista au commencement du concile général de Constantinople; mais ce concile commença en la i re Indiction, mai 553, et il fut présidé par Eutychius, successeur de Mêna. Ces difficultés chronologiques se représentent sans cesse d'une année à l'autre.

Apollinaire, dont il vient d'être parlé, avait été substitué à Zo 1 le , archevêque et patriarche d'Alexandrie , qui ne voulait pas condamner les trois chapitres, ainsi que l'atteste Victor de Tunes , et qui partageait sous ce rapport l'opinion des évèques d'Afrique, qui furent mandés à leur tour à Constantinople.

C'était donc la seconde fois que le gouvernement intervenait, au mépris de la loi sur la liberté des élections ecclésiastiques , dans les dispositions de ce siège.

Eutychius, moine et apocrisiaire d'Amasie, paraît avoir été promu au siège de Constantinople aussi par une volonté supérieure; car il n'était pas même prêtre, et fut ordonné en cette qualité le jour même des obsèques de son prédécesseur. Cet événement est placé par Malala en la i5 e Indiction, qui ne finissait qu'au i cr septembre 55a; et il faut bien qu'if en ait été ainsi; car jamais les Pères du concile de 553 n'auraient consenti, sur le refus du pape Vigile, alors présent à Constantinople, à se laisser présider par un autre évêque que celui qui tenait le second siège de la chrétienté; par un t. impie moine ou prêtre , si Eutychius n'eût été que cela.

C'est cependant ce que dit Nicéphore Calliste (XVII, 28). Mais ce chroniqueur, postérieur de sept siècles aux événements, était ami du merveilleux ; il a raconté que Justinien avait ordonné l'arrestation du pape, malgré sa vénération pour le saint-siége. Vigile se serait réfugié auprès de l'autel du martyr Sergius , dont il aurait été arraché malgré la force de ses bras; car, dit-il, Vigile était grand et vigoureux. Ce serait l'impératrice Théodora qui se serait interposée, et qui aurait fait cesser ce scandale, dont l'histoire contemporaine ne parle pas.

Selon Théophane, en cette année (55a), au mois d'août, les vêtements ensanglantés de Totila, revêtu de ses insignes royaux > furent mis aux pieds de Justinien. Le chroniqueur donne, par anticipation, le titre d'exarque des Romains à Narsès.

Enfin en 553, du 4 mai au a juin, se tint à Constantinople le cinquième concile général, composé de 1 5 1 évêques et de quelques chefs de monastères. Justinien l'avait convoqué, selon Évagrius (IV, 38), à la requête d'Eustochius, patriarche de Jérusalem, à cause du progrès dés doctrines

origénistes, défendues par Théodore Ascitas, évêque de Césarée.

Le pape Vigile refusa de le présider et même dy assister, quoique Justiuien l'en ait plusieurs fois requis, ainsi que le concile, par des députations réitérées. 11 craignait sans doute que l'Église latine , qui n'y comptait pas un seul prélat, ne fût entamée par les évêques d'Orient; mais, par précaution, il en adopta d'avance les principes, en condamnant , dans un écrit du i \ mai, les erreurs d'Origène, et se refusant néanmoins, ce qui était plein de sagesse, à condamner sa mémoire si chère aux véritables amis du christianisme, quoique Justiuien l'eût demandé dans le double écrit dont nous avons parlé.

Eutychius, créature de Justinien, se déchaîna dans le concile contre la mémoire des morts. Le concile remercia l'empereur de son zèle pour la foi, en lui donnant le titre llatteur de Doctissimus. Se foudant tant sur les écrits d'Origène que sur ceux de Théodore de Mopsueste, Théodoret et Ibas, qu'il interpréta autrement que le concile de Chalcédoine, il les condamna nominativement par le II e canon, avec Arius, Eunoniius, Macédonius, Apollinarius , Nestorius et Eutychès, et crut ainsi éteindre la querelle si longtemps ouverte des trois chapitres. Ce concile a d'ailleurs laissé quatorze canons sur la foi ou la discipline.

On voit dans l'analyse de ses actes {Recueil général des conciles. Imprimerie royale, in-f*, tom. XII) qu'il fut présidé par Eutychius , en qualité de patriarche de Constantinoplc, assisté d'Apollinaire et de Domnus, patriarches d'Alexandrie et d'Antioche (Théopolis). 11 fut tenu en présence de Théodore , sileutiaire et commissaire impérial, investi de cette mission par un message du 4

mai de Tan 27 du règne. Justinien y rappelait que Constantin était intervenu en personne au premier concile général , celui deNicée, et avait ordonné l'exécution de la confession sur l'unité de foi.

Théodore Âscitas dit à l'occasion de ses actes : « Puisque les apôtres et les martyrs firent des miracles, et qu'il ne leur manque que la résurrection pour être égaux au Christ, quand ressusciteront-ils ? »

Saint Grégoire le Grand, si célèbre par sa charité, ses lumières et sa modestie, qui a gouverné le siège pontifical de 5po à 6o4, n'avait pas pour ce concile, où, disaitil, il ne s'était agi que des personnes, la même vénération que pour les quatre précédents, où l'on s'était occupé principalement de la foi. Les savants religieux, auteurs de X Att de vérifier tes dates, disent que pendant longtemps on refusa de le recevoir, et qu'il est même impossible de prouver que les églises des Gaules et d'Espagne l'aient accepté; mais il a prévalu quand la misérable querelle des trois chapitres fut oubliée.

Quant aux détails du concile et à la part qu'y prit Justinien, ce prince avait travaillé depuis son avènement à rappeler à l'unité les prêtres divisés, et à faire exécuter les quatre conciles généraux précédents. Il se vantait d'avoir expulsé les dissidents de leurs églises et des monastères. Il avait demandé un nouvel examen des écrits de Théodore de Mopsueste, Théodoret, Ibas, etc., et des trois chapitres, dont il avait déjà obtenu la condamnation verbale et par écrit du pape Vigile. Enfin il entra dans la discussion des points théologiques. Après la lecture de son message, le concile fit retirer le commissaire impérial Théodore , afin de délibérer librement.

On lut ensuite une lettre du pape Vigile à Eutychius,

président du concile, adhérant à la profession de foi des Pères qui le composaient, notamment sur les trois chapitres, et dans laquelle il s'excusait sur ses infirmités pour ne point y paraître. Quatre jours après, à une nouvelle députation du concile, il répondit qu'il n'avait pas assez d'évcques d'Occident avec lui. Sur ce nouveau refus, Justinien joignit ses instances à celles du concile : Constantin, le questeur, porta la parole en l'assemblée au nom de l'empereur. Il était assisté d'autres commissaires, et notamment de Bélisaire. Le concile fit inviter les évêques d'Afrique et d'Illyrie présents à Constantinople à se rendre dans son sein. Ils s'y refusèrent à cause de l'absence de leurs primats.

Le 7 des calendes de juin (26 mai), le questeur Constantin parut une deuxième fois, après la condamnation des trois chapitres, pour requérir de nouveaux anathèmes. Le concile fut clos le 4 des nones ou a juin, et le pape Vigile fut sommé de ratifier les quatorze articles arrêtés par l'assemblée, ce qu'il fit par un acte du 6 des ides (8 décembre 553).

Réparatus, archevêque de Carthage, fut destitué comme partisan des trois chapitres , ainsi que l'avaient été antérieurement d'autres prélats plus innocents encore, et fut remplacé par Primasius, malgré les vœux du clergé et du peuple. Firmus, primat d'un synode assemblé en Numidie, corrompu par le prince, dit Victor de Tunes , donna son adhésion à la condamnation des trois chapitres et se rétracta. Macarius, expulsé du siège archiépiscopal de Jérusalem (en 544) en vertu d'une décision de Justinien, ne fut rétabli, en 563, qu'après avoir condamné Origène, dont il avait été le partisan. Victor, évêque de Tunes, fut lui-même victime de cette réaction, exilé et

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détenu prisonnier en Egypte. L'Église d'Afrique fut dispersée. Il y eut à Aquilée, en Italie, un schisme de 1 5o ans.

11 devient dès lors évident que Justinien foulait de plus en plus aux pieds les lois répétées qu'il avait faites sur les élections ecclésiastiques.

Cyrille de Scythopolis nous apprend (Vie de saint Sabas, § 74) 4 ue I e concile fut assemblé de son temps; qu'Eustochius , patriarche de Jérusalem, successeur de Macarius, s'y fit d'abord représenter par trois chefs de monastères, et s'y rendit plus tard en personne, puisque les quatre patriarches y assistèrent. Les actes de ce concile furent reçus en Palestine par les évêques, à l'exception d' Alexandre, évêque d'Abiia, qui préféra la perte de son siège à une palinodie.

Les moines de la nouvelle laure refusèrent aussi d'y souscrire, et furent expulsés par le duc Anastase, commandant de la province, et remplacés par cent vingt nouveaux moines, Cyrille compris, qui en prirent possession vingt-trois ans après la mort de Sabas, c'est-à-dire en 554.

Théophane, en parlant de ce concile œcuménique, dit que le pape Vigile n'y siégea pas. Il ajoute que ce pontife fut renvoyé, au grand scandale de plusieurs, par l'empereur, et qu'il mourut en Illyrie, d'autres disent en Sicile, pendant son passage à Rome; mais il acquiesça au concile, et sa mort ne date que de 555.

Après le concile, dit Nicéphore Calliste (XVII, 28), Justinien , comme un autre David , composa la Psalmodie, appelée le Troparion ou chant du triomphe, qui se chantait encore de son temps (au i4" siècle), et il institua une nouvelle fête au Sauveur qui est célébrée partout. Malheureusement cet écrivain donne la mesure de

la créance qu'il mérite, en ajoutant qu'il érigea Achrida (du lac Lychnidus), sa patrie, en archevêché, sous le nom de Justiniana prima, et une seconde Justiniana en Chypre en l'honneur de Théodora. Car la première Justiniana fut Bédcriane en Dardanie, et la ville de Chypre, à laquelle il fait allusion , s'appelait Théodorias.

La chronique Paschale ou Alexandrine rapporte en la 1 5 e Indiction (55a) la tenue de ce concile, et, sous le titre d'édit, le long factum de Justinien contre Origène, dans lequel on lui fait prendre ses titres guerriers (c'était bien le cas), outre ceux d'Auguste, de victorieux, d'heureux, triomphateur , illustre , toujours vénérable et pieux.

On doit peut-être rapporter à l'an 553 le poëme en deux cent soixante-dix-sept vers (V. Éd. de la Byzantine, p. 5o5-5io) écrit par Paul, silentiairc, dont Agathias ( V. p. i53) a fait un pompeux éloge, et que nous avons montré être plein d'une flatterie outrée. Il fut prononcé en présence du patriarche Eutychius et dédié à Justinien. Il contient la description du temple de Sainte-Sophie, que ce prince venait d'achever au prix des plus grands sacrifices, malgré la pénurie des temps.

C'est, en effet, le premier monument de l'architecture byzantine , et il est encore aujourd'hui célébré par les historiens de l'architecture (MM. Viollet Leduc et Delécluze). Longtemps on n'a pu en donner une description exacte; car, transformé en mosquée, il était défendu aux chrétiens, sous peine de mort, d'y pénétrer. Choiseul-GoufHer, quoique ambassadeur à Constantinople , n'en a parlé que vaguement dans son magnifique ouvrage pittoresque, sans en donner le dessin. Cependant Coborgnagno, en 179,4, l'a compris dans sa des-

criptiou topographique ; niais c'est principalement aux publications de Hammer (Constantinople), Pesth , 1820, 2 vol. in-8°, à Fossati, dont l'ouvrage a été publié à Londres en i852, et surtout à l'architecte M. W. Salzemberg, dont l'ouvrage, grand in-f°, a paru en i854 à Berlin, imprimé par ordre du roi de Prusse, qu'on doit la connaissance détaillée de ce temple , en plusieurs feuilles , avec son dôme, ses statues, ses mosaïques. Cet ouvrage renferme même la traduction en vers allemands de l'ouvrage du poète grec. 11 comprend aussi Sainte- Irène, Agia Theotocos, et ce qui reste de l'Hebdomon. Mais l'auteur pense que, détruit en 532, restauré à partir du 26 décembre 53^, l'œuvre ne fut définitivement achevée que le 24 décembre 563.

Procope en parle dans son Traite des édifices (1 , 1, p. 173 et suiv.); l'œuvre de cette restauration avait été confiée à Anthémius de Tralles, le plus habile mécanicien de son temps , assisté d'Isidore de Milet. L'édifice s'élevait au-dessus de la ville, et était supérieur en grandeur à tous les autres; les ornements en or et en argent étaient magnifiques; l'autel à lui seul pesait 4o,ooo livres (12,800 kilogr., de valeur de 2,820,000 fr. environ). Les arcs de la voûte étaient si élancés , que les architectes eux-mêmes craignirent leur chute faute d'appui ; mais Justinien suggéra de les appuyer l'un contre l'autre en forme de cintre , ce qui, en effet, leur donna une solidité suffisante.

Cet édifice ne fut achevé, selon Cédrénus, qu'en 32 du règne, c'est-à-dire en 558 ; plus tard, il fallut restaurer le dôme qui était tombé. — Nous reviendrons sur cette date; mais nous croyons que Procope a parlé du temple à sa première restauration, Fr. 42

vers 553, époque de la rédaction tle son Traité des édifices.

Samuel d'Ania 1 rapporte à Tan 553 (quoique en 21 «lu règne tle Justinien) la fondation de l'ère des Arméniens, à la suite d'une assemblée dans laquelle on reconnut que la pleine lune, qui, d'après le cycle en vigueur, créé par Andréas de Byzance, finissait le 25 mars, arrivait, en réalité, le i3 avril. Encore se trompa- t-elle, et en fit-elle la rectification neuf ans après , mais en adoptant, comme les Persans, 12 mois de 3o jours, et 5 épagomènes par année avec réserve d'un quart de jour. OEasen fut l'organe, et prit l'avis des lettrés. Toutefois, au lieu de commencer la nouvelle ère au i3 avril, on choisit le 9 juillet, date d'un concile ou synode tenu à Tiben, en Arménie.

Dans cette réunion , les Arméniens confirmèrent la condamnation du concile de Chalcédoine qu'ils avaient prononcée en 536, et par là consommèrent leur schisme, dont une partie d'entre eux seulement se désista par leur réunion à l'église latine, à Kherna, en i33o. (Mém. de Fréret , Académie des inscriptions et bel les- lettres , XIX, 85.)

C'est un fait important dans l'histoire de l'humanité que Samuel ne fait pas ressortir.

Malala (XVIII, p. 486) parle à son tour d'un fait important: c'est une émeute qui éclata parmi les pauvres de Constantinople , au mois de mars de la première Indiction (553), à l'occasion d'une altération de la petite monnaie (Kerma). Il ne peut s'agir du changement de la proportion entre les monnaies d'or et d'argent dont

• V. Rii. Mai, Isiîl, p. M

nous avons parlé en 545 , puisqu'il arriva du vivant de Thcodora.

Il est fâcheux que cet écrivain ne soit pas entré en plus de détails sur un événement si important dans l'histoire numismatique. C'est peut-être parce que l'altération n'eut pas de suite. L'empereur, dit-il , averti par la rumeur publique, ordonna que cette monnaie fût rendue à son ancienne valeur.

Il s'agit sans doute de la monnaie de bronze; car Kerma signifie petite monnaie, et Kermation, monnaie minime, ce qui ne s'entend que de celle qui sert aux besoins journaliers du peuple. (Lexique de H. Estienne, éd. Hase.)

Cependant l'obole d'argent était descendue de io à y ou 8 centimes (V. note 256). Justinien avait frappé des u.édaillons de bronze (dont nous donnons le type, planche a), du poids de 24 à 25 grammes au maximum, et de 12 à la livre romaine, variant du diamètre de 32 à 44 millimètres , tandis qu'antérieurement, sous Anastase 1 , les plus fortes sont de 12 à i3 grammes et du diamètre de 32 millimètres au plus, c'est-à-dire de 24 à la livre \

1 Nous eo possédons , quoique Mionnet les laisse en blanc dans son Catalogue, et ne compte que les grands bron/es de Justin I er .

1 Les grands bronzes de Justinien pèsent de 12 à 16 grammes, ils sont du diamètre de 32 à 35 mill. et forment ainsi pour le poids moitié des médaillons.

Les moyens bronzes, de 27 à 29 mill. de diamètre, varient de 9 à 16 grammes de poids.

Les petits bronzes, de 22 à 24 mill. de diamètre, varient de 7 à 12 grammes de poids, mais il y en a de cinq séries» inférieures.

Les petits bronzes (2« série), de 16 à 20 mill. de diamètre, varient de 2 gr. 50 à 7 gr. 50. Les bronzes (3« M?rie), de 15 mill. de diamètre varient de 2 gr. 50à 6 gr. Les hronï€S<4* série), de 12 à 13 mill. de diamèlr*

La proportion de l'or au bronze avait été fixée, par une loi de 396 insérée au code Théodosien (XI, 11 , a), à a5 livres de bronze pour un sol d'or , c'est-à-dire à i/i8oa.

Justinien, en reproduisant cette loi dans son code de 534, substitua 20 livres de bronze, pour un sol d'or, c'est-à-dire ramena la proportion entre les deux métaux monnayés à 1 1 4 -i f ■

Le sou d'or de Justinien valait donc 240 médaillons de bronze, ou 480 grands bronzes , et a,iao petits bronzes du poids des oboles d'argent.

Parmi la très-nombreuse numismatique de ce règne, qui nous vient des ateliers de Constantinople, Nicée, Nicomédie, Cyzique, Ântioche (Théopolis), Carthage, Rome, Alexandrie, Ravenne, et qui constitue tant de variantes , nous ignorons si nous possédons quelque type des pièces de bronze altérées en 553 , ou si ces pièces ont été supprimées. Dans tous les cas , le fait que nous signalons a échappé aux numismates.

En parlant de la révolution opérée vers 545, par Justinien, dans la monnaie d'argent, nous avons dit, d'après laNovelle io5 de Justinien relative au consulat de 585, qu'il y avait au-dessous de l'obole quatre subdivisions de cette pièce, qui en était l'unité.

Ducange (Dissert, de numism. Byz., § 97 ou 87) n'admet pas qu'il en fût ainsi, et croit que les Mêles, les Kaukies et les Tétragones étaient des monnaies de cuivre. On ne sait en effet quels noms donner aux petits bronzes ,

varient de 1 gr. 40 à 2 gr. 60 de poids. Le» bronzes (5* série), de 9 à 10 mill. 1/2 de diamètre, varient de I gr. 10 à 2 gr. 30 de poids. Enfin, il est deux petits bronzes qui descendent à 6 et même à 3 mill de diamètre, et de 70 à 30 ernt. de poids Os derniers correspondent an poids des oboles d'argent.

dont le poids est égal aux oboles , et aux diamètres supérieurs, intermédiaires entre les médaillons et les grands bronzes, et ces petites pièces , auxquelles l'histoire applique la dénomination générale de Kermès ou Kermations.

Malheureusement, nous ne trouvons dans les monuments numismatiques qui nous restent aucune légende ou inscription qui réponde aux termes de la Novelle , et pas une pièce qui soit tétragone ou carrée ; il est vrai que ce mot peut signifier la valeur du quart de la pièce servant d'unité, quoique alors le nom véritable dût être Te-capTepov , tandis que les Mêles et les Kaukies s'appliquent aux diamètres ou poids supérieurs. Mais si le mot grec M. - . < rappelle la pomme, et Kaukios, la plante Kaukôlis, ou un vase à gorge étroite, Baukis , quel rapport en résulte-t-il avec des pièces qui n'en ont point la forme ? C'est ce que Ducange (Dissert, de numism. Byz., § »°8 ou 98) ou ses devanciers n'ont pu expliquer, et ce que M. de Saulcy , dans sa Numismatique byzantine, n'a pas songé à traiter.

XXVIII à XXXIII e du règne de Justinien, à partir du I er avril 527. — Seul depuis le milieu de 548.

«•-IIP à VIP-VIII- Indictions. 6o45 à 6o5i, ère mondaine d'Alexandrie.

Narscs, duc d'Italie, depuis la fin de 552.

Childebert / w , frère de Clotaire, roi depuis 5i 1 jusqu'au a3 décembre 558. — Clotaire /", seul roi des Francs en 559.

Vigile , pape jusqu'au 10 janvier 555, et après lui Pelage, le 16 avril.

La décadence devient de plus en plus marquée, par suite de l'âge plus que sexagénaire de Justinien, pendant les onze années qui suivent et jusqu'à sa mort.

Les lois générales nouvelles sont de plus en plus rares pendant ces six années.

En 554, la Novelle 147 du i5 avril fait remise à tous les sujets de l'empire de leurs contributions, arriérées depuis la y e Indiction du cycle précédent, c'est-à-dire depuis 544*

Procope (Jnecd., XXIII, 2) accuse cependant le prince en termes formels de n'avoir fait aucun abandon d'impôts pendant 32 ans de règne écoulés lorsqu'il rédigeait cet écrit ; c'est qu'en effet il ne sacrifiait ici rien d'un revenu recouvrable, puisqu'il se réservait encore un arriéré de 9 à 10 ans, et n'abandonnait que des cotes irrecouvrables.

Justinien néanmoins se vante, dans le préambule de cette loi, de sa générosité, à une époque où l'empire était

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incessamment attaqué par les barbares, et où il avait besoin de toutes ses ressources financières. 11 ajoute que personne ne s'est retiré de sa présence sans avoir obtenu satisfaction, quoiqu'il n'ait cessé de confisquer les fortunes particulières, de créer des monopoles, de trafiquer des emplois publics et de la justice elle-même.

S'il se vante des qualités contraires, n'est-ce pas parce qu'il sait bien ne pouvoir être contredit?

Mais, quant au maintien des dépenses publiques dont il se vante, n'y a-t-il pas un fait contraire accablant : la réduction de son armée de 64o à i5o,ooo hommes, attestée par deux écrivains contemporains, ses apologistes ?

La Novelle 248 (sans date) expose que le prince à son avènement avait trouvé le trésor public grevé de dettes, et l'armée manquant des choses nécessaires; et cependant elle fait remise des impôts arriérés jusqu'à la 8 e Indiction, ce qui reporte ainsi sa date à l'an 56o.

Beck pense avec raison qu'elle est de 5j5, ou du règne de Justin II; car il est formellement attesté par Procope (j4necd.,XlX, a) que Justinien avait trouvé dans le trésor des sommes énormes accumulées par Anastase ; et Corippus, dans son poëme sur les louanges de Justin II, peint en termes très -vifs les charges auxquelles ce prince dut pourvoir (V. Notes somm. 287 et 298).

Justin II en réalité ue remettait à son avènement qu'un arriéré antérieur de 5 ou 6 ans, et faisait plus que Justinien qui, an 554, en retenait dix. La Novelle n'a été mise à la suite de la 147 e qu'à cause de l'analogie.

La date de la Novelle 1 5 1 est incertaine. Elle peut être de 554, parce qu'elle est adressée à Aréobinde, alors préfet du prétoire; mais elle n'a d'autre signification qu'un

privilège de juridiction aux curiales ou cohortales, officiers des curies, grevés d'une responsabilité sans mesure. Elle a quelque analogie avec la loi française qui accorde aux maires la garantie dite constitutionnelle contre les poursuites des citoyens qui se prétendent lésés par leurs actes.

Mais nous n'hésitons pas à croire qu'il faut rapporter à l'an 554 1 édit i3 c et dernier des lois particulières en dehors du corps des Novelles, qui est relatif aux subventions payées à la ville d'Alexandrie, et à la redevance de l'Egypte en grains. Cette loi locale a une grande importance pour les égyptologues et la géographie, et même pour l'histoire, quoiqu'elle soit mutilée et sans date, et ne porte pas selon l'usage le nom du fonctionnaire auquel elle est adressée. Il y est question de l'état des dépenses publiques à l'époque de la Indiction d'un cycle expiré ; or Justinien est mort dans la i3 e Indiction d'un de ces cycles, en 565; c'est donc de 17 ans auparavant qu'il est question. On y parle aussi de l'administration du comte Joannès, fils de celui dont la mémoire était magnifique, et qui dès lors ne peut être que Jean de Cappadoce, mort après 548.

Quoiqu'il en soit, Procope {Ànecd., XXVI, 11-ia) rapporte l'avanie faite aux pauvres d'Alexandrie par Hephaestus, qui priva les habitants d'une distribution annuelle de deux millions de medimnes (5a8 mille hectolitres), dont la fondation remontait à Dioclétien. L'édit, après avoir parlé des divisions de l'Egypte en 3 parties, de la province de Libye, de la Thébaïde, et de la populeuse Alexandrie, agitée souvent par des révoltes, donne mission au général de l'Orient de fournir au gouverneur de celte cite une cohorte permanente de 600 hommes,

et exige d'ailleurs avant tout qu'on assure la subsistance delà ville, en vertu du canon ou règle antérieure. Il fixe aussi le prix de l'artabe de blé (44 litres), dont 24° mille (ou io5,6oo hect.) doivent être livrés à Constantinople. L'édit renferme sur ce point des calculs à expliquer par les savants. Il se plaint des détournements de plusieurs fonctionnaires et du mauvais entretien des bains publics. On y parle aussi de la somme due pour les jeux équestres de la ville de Maréotis et de Parétonium aux limites de l'Égypte, et de nombreux détails locaux précieux pour l'archéologie.

A cette année aussi appartient une série de a8 lois, publiées le i3 août, l'an 28 du règne, rédigées à la requête de Narsès, préfet du palais, et adressées à Antiochus, préfet d'Italie. La première confirme les actes des gouvernements d'Amalasonthe, Athalaric et Théodat, sur la demande du pape Vigile; mais la deuxième annule ceux du règne de Totila, qu'elle qualifie îyran, quoiqu'il ait légitimement succédé au royaume des Goths et qu'il ait gouverné avec une grande modération. Il est ordonné que les biens donnés pendant les dix à onze ans de ce règne soient restitués aux anciens propriétaires. C'est une loi de réaction propre à compromettre la conquête.

Justinien avait souvent traité avec ce prince, qu'il ose appeler nejatidi&simus, et sceleratte memorice; c'est une lâcheté envers un ennemi vaincu, mais mort glorieusement.

Les lois 3 à 7 annulent même les ventes mobilières et les transactions privées; la loi i5 autorise les femmes qui ont épousé leurs esclaves, et les hommes qui ont élevé leurs servantes à la dignité d'épouse, à dissoudre ces unions. Les religieuses qui se sont mariées sont obli-

gées de se séparer, et leurs dots confisquées au profit du monastère qu'elles ont abandonné.

Il est pourtant quelques dispositions sages. La loi 19 établit l'uniformité des poids et mesures, à régler par le pape ou le sénat romain; la circulation des sous d'or à l'effigie des anciens princes romains .est garantie sans perte; les allocations aux grammairiens, orateurs, médecins et jurisconsultes, sont confirmées, afin d'encourager les jeunes gens à embrasser les études libérales, délaissées à cause du malheur des temps.

Procope, dans les Anecdota (XXVI, 1 et 2) , reproche à Justinien d'avoir supprimé ces honoraires et ruiné ces professions; apparemment qu'une exception fut faite momentanément en Italie.

L'art. 23 de ces lois défend aux militaires de s'ériger en juges des causes civiles. Cet abus provenait sans doute de la loi générale antérieure qui les appelait à faire partie des tribunaux.

Enfin, l'art. 23 confirme les privilèges dont jouissait Rome , pour ses monuments, le forum, la navigation du Tigre , et son port (Porto).

Enfin la pragmatique 5 e de Justinien, sans date, mais adressée à Narsès, à Panfronius et au sénat, probablement en 554 , annexée aux édits particuliers de Jnsiinien (Beck, p. 1225), déplore l'invasion de la barbarie (decursio barbariei temporis), qui augmente les malheurs ordinaires de l'humanité. Elle constate que l'Italie entière a supplié l'empereur de renoncera une partie des impôts, afin que ses habitants ne fussent pas réduits à l'insolvabilité. C'est surtout l'incursion des Francs qui a produit ce désastre. En conséquence Justinien veut que les emprunts soient exigibles seulement cinq ans après le réta-

blissement de la paix, et que les débiteurs puissent se libérer en abandonnant la moitié de leurs biens. Pendant cet intervalle, il interdit toute expropriation.

Cette mesure est étendue à la Sicile , ce qui semble prouvfr que ces Francs dont l'empereur s'intitulait toujours le vainqueur, ainsi que de beaucoup d'autres peuples, avaient envahi non-seulement le cœur de l'Italie, comme le rapporte Agathias (H, i , p. 64) , mais jusqu'à la Sicile , quoique cet historien semble arrêter leur expédition de 553 au détroit qui sépare les deux pays.

Nous ne trouvons pas de loi , même locale, en 555.

En 556, la Novelle i34, du i" mai, est rendue au nom de Jésus-Christ, quoiqu'il ue s'agisse pas d'une loi religieuse. Justinien y prend ses titres d'Alemannicus, Gothicus , Francicus , Germanicus, Ànticus, Alanicus, Vandalicus , Africanus et toujours triomphateur. Elle a pour objet de faire cesser les délégations de pouvoir. Les préfets de l'Orient et de l'Illyrie, le comte des largesses et celui des biens privés, les présidents ou archontes des provinces, les hauts magistrats et les magistrats locaux, se permettaient de substituer dans l'exercice de leurs fonctions (qu'apparemment ils avaient achetées de Justinien à beaux deniers comptants, ainsi que Procope l'articule formellement dans les Anecdota) des individus de leur choix. L'empereur se réserve la nomination directe de ces délégués en cas de nécessité \ de même qu'il interdit aux officiers civils et militaires tout transport hors de leurs résidences, si ce n'est à leurs frais.

Il rend les gouverneurs des provinces responsables du recouvrement des impôts.

Il donne aux évêques et aux principaux citoyens des villes le droit de s'opposer aux exactions des autorités

locales à l'occasion des testameuts et des mariages, et des donations antënuptiales , quelles soumettaient à des tarifs. Il recommande l'exécution des lois contre les rapts.

Il défend, sous des peines sévères, aux créanciers de se faire donner en gage, comme esclaves, les fils de leurs débiteurs , et déclare nulles les obligations des femmes en payement des dettes de leurs maris; il ne veut pas non plus qu'elles soient mises en prison pour dettes. Si elles sont prévenues de crimes , elles doivent être emprisonnées dans les monastères, ou asiles chastes, jusqu'au jugement.

Il rappelle les lois portées par Constantin contre les adultères, et veut qu'en cas de conviction , les femmes soient enfermées dans les couvents ; et, si le mari ne consent pas à les reprendre, qu'elles soient, après deux ans, tonsurées et recluses toute leur vie. Le séducteur doit être frappé de verges , et, en cas de circonstances aggravantes, puni du dernier supplice. -* Le divorce par consentement mutuel est interdit ; mais il est rétabli par la Novelle de Justin II en 566 (n° i4o).

Du reste, Justinien abolit les mutilations des deux membres.

Noul ne trouvons pas de loi an 55j ni an 558. En 559, la Novelle 1 4 1 > du i5 mars, adressée aux habitants de Constantinople , les exhorte d'une manière pressante à renoncer à la sodomie, et à en faire une pénitence sérieuse avant la fête de Pâques (tombant le i3 avril) entre les mains du patriarche; sinon Justinien menace de leur appliquer toute la rigueur de ses lois.

On a vu ci-dessus qu'eu 329 deux évêques, surpris en flagrant délit, furent punis de la castration, qui, selon Justinien lui-même, était presque toujours suivie de la

mort. La loi de celte époque est perdue. La Novelle 77, de 538, s'occupe des crimes contre nature, qu'elle punit de mort, mais ne les spécifie pas. Dans les ïnstitutes [de publ. yW., IV, 18, § 4)i Justinien dit que la loi Julia sur les adultères (émanée de l'empereur Auguste) punissait du glaive et les adultères et ceux qui osaient exercer leur infâme passion sur les mâles : antérieurement, une loi Scutinia, mentionnée par Cicéron (Philipp., III, 6, et Lettres fam., VIII, la, 14), ainsi que d'autres , ne prononçaient qu'une forte amende , ou la perte de la moitié des biens. La loi d'Auguste est mentionnée par le jurisconsulte Paul (Pandectes , V , 4, 14) et par le code Théodosien (IX, 7, 3; et 36, 6); les empereurs Constance et Constant la confirmèrent. Dans son code (IX, 9), Justinien rappelle celle de 342 ou 346 contre la Vénus masculine.

Dans l'édit de 559, Justinien rappelle la punition des sodomites dans la Bible, et l'anatbème porté par l'apôtre (saint Paul, Ép. aux Rom., I, 27 à 29). Il permet aux coupables de se racheter par la confession.

Avant la révolution de 1789, nos parlements prononçaient quelquefois la peine du feu , mais le plus souvent une peine arbitraire {lotisse , IV, 119), ce qui fut confirmé par le code pénal de 1768. Le Code actuel ne s'occupe de cette infamie qu'autant qu'il y a eu attentat commis avec violence ou corruption de la jeunesse.

Enfin, le 27 décembre de l'an 33 de son règne, l'an 18 après le consulnt de Bélisaire (559), Justinien publia un édit (le 11 e des lois particulières), défendant aux banquiers d'Égypte de rien exiger au delà de leur valeur vénale pour les monnaies en or obryze ou fin, dont nous avons expliqué l'origine en 545.

Revenons aux faits militaires de ces six années. En

Afrique, on ne trouve rien de nouveau , et peut-être en

faut-il conclure que cette grande province fut tranquille

sous le gouvernement de Joannès, chanté par Gorippus. Cette époque est celle de la grande anarchie produite

par les Saxons en Angleterre, et qui a nom Xheptarchie.

Le pape Grégoire I" en profita bientôt pour la foire

évangéliser par le moine Augustin.

Au printemps de 554 (selon Agathias, II, i), Narsès

rassembla toutes les forces de l'empire en Italie.

Les Francs avaient passé le Pô, et pillaient l'intérieur

et le midi de la péninsule, jusqu'au détroit de Sicile.

Convertis au christianisme depuis un demi-siècle ils respectaient les églises. Mais les Aiemans, leurs alliés, pillaient les vases sacrés et brûlaient les temples. On a vu (553) qu'ils étaient commandés par Leutharis et Butilin , et divisés en deux corps d'armée. Le premier de ces généraux, afin d'éviter les chaleurs de l'été, était revenu avec son butin; mais son corps fut envahi dans la Vénétie par une maladie contagieuse, plutôt que par le fer de l'ennemi, et il périt lui-même au milieu d'atroces douleurs. Le reste de son armée repassa le Pô vers les Alpes Cottiennes.

Son frère, Butilin, commandant de l'autre armée, qui s'était avancé jusqu'aux portes de la Sicile, avait ré' trogradé jusqu'à Gapoue, ou il campa sur le fleuve Casulin (Yoltorno), avec trente mille hommes. JVarsès n'en avait que dix-huit mille (Agath., II, 4). Cependant l'armée des Francs fut battue, au point qu'il n'en échappa que cinq Aiemans ; Butilin y périt (II , 9). Sept mille Goths, alliés des Francs, commandés par Regnaris, occupaient le fort de Compsas(Conia), où son gé-

nérai fut tué ; la place fut obligée de se rendre. C'était le dernier poste des Goths indépendants.

Grégoire de Tours, dont les annales sont très-vagues et inexactes quant aux affaires des Francs, dit (III, 3a et sqq.) que le comte Beucelin (Butilin), leur général, s'empara de toute l'Italie, et envoya de grands trésors à Théodebert (Tbéodebald, son fils, lui avait succédé depuis plusieurs années). Il ajoute que Justinien avait expédié de grands renforts à son général, qui fut vaincu, et que par suite Beucelin s'empara de la Sicile, où il leva des tributs, et fut très-heureux dans ses entreprises. C'est le contre-pied des récits d'Agathias, qui mérite plus de confiance; car cet historien ne dit que du bien des Francs.

Grégoire de Tours est obligé d'avouer (IV, 9) que Beucelin, après ses premiers succès, fut défait et tué par Narsès ; que Justinien reprit ses conquêtes, et que depuis personne parmi les chefs des Francs ne les recouvra.

Cependant, ajoute-t-il (IX, 20, et X, 3), une partie de l'Italie (au nord du Pô) resta quelque temps aux rois francs (jusqu'à l'établissement de la monarchie des Lombards).

Un peu plus loin (X, 3), l'historien français prétend que Childebert (sans doute le deuxième de ce nom qui a régné de 5?5 à 596) fit marcher une armée de Francs en Italie, conduite par vingt ducs, qui eut à combattre, non plus Narsès ou les Goths, mais Aptachaire, roi des Lombards.

Sismondi, dans son Histoire des Français, convient des reproches mérités par l'évêque Grégoire de Tours , comme historien. Quant à l'histoire des Francs, depuis le règne de Justin l rr jusqu'en 554, ce * historien parle,

en5a8,de la guerre faite en TUuringe par Thierry (Théodoric) et Clotairej de leurs victoires; du mariage de Glotaire avec une princesse de ce pays, canonisée depuis sous le nom de sainte Radegonde, et du meurtre de son frère, qui la fit retirer du monde en 544* La Thuringe fut réunie à la monarchie des Francs, après le massacre des enfants d'Hermanfroi, ainsi que le pays des Alemans et celui des Bavarois, dont le duc, Gariwald, fut obligé d'épouser, vers 533, une des femmes de Glotaire qui n'en voulait plus.

Thierry avait cherché à se défaire de son frère, mais, n'ayant pas réussi, il se réconcilia avec lui. Cependant Childebert et Glotaire se concertèrent pour se défaire des fils de leur quatrième frère Clodomir, tué daus leur guerre contre les Bourguignons. En vain Clotilde, leur aïeule, veuve du grand Glovis, incercéda pources enfants. Elle attendrit Ghildehert, mais Glotaire en égorgea deux de sa main, et le troisième n'écbappa à la mort qu'en se faisant religieux. Ils s'emparèrent de leurs Etats , eu même temps que du royaume de Bourgogne. Ils se seraient aussi emparés, en 534, des États de Thierry, mort de maladie, si ce prince n'avait laissé un fils, Théodebert, grand guerrier déjà connu des Francs, et âgé de plus de 3o ans. Celui-ci, comme Glotaire son oncle, avait à la fois plusieurs femmes, ce qui n'empêche pas Grégoire de Tours (un évêque) de s'abstenir de tout reproche à cet égard.

Loin de là, au moment où Glotaire, après avoir épousé Kadegonde , puis Cheinsem , mère de son fils Chramne, prit Ingonde, sa troisième épouse, Grégoire, r.ipporte, dans le style de la Bible, le discours par lequel celle-ci priait son mari de choisir un époux à sa saur.

Celui-ci lui répondit qu'il n'en avait pas trouvé de meilleur que lui-même; Ingonde, au lieu de se plaindre de cet audacieux adultère : « Que mon seigneur fasse ce qui paraît bien à ses yeux , pourvu que sa servante trouve grâce auprès de son roi. » Telle fut sa parole *, et le clergé se montra aussi patient qu'elle; il recevait de ce barbare trop de richesses pour s'exposer à le mécontenter. Clotaire épousa encore Wultrade, veuve de Théodebald , son petit-neveu , mort paralytique , quoique encore mineur, en 553. Son fils Chramne se révolta contre lui, en Auvergne, et s'allia à son oncle Childebert, irrité de ce que Clotaire s'était emparé des États de Théodebald ; mais il fut bientôt vaincu.

Agathias semble (II, i4, p. 94) placer à la fin de 554 ou 555 la mort du jeune fils de Thcodebert (Théodebald), qui commandait aux Francs contigus à l'Italie. Mort sans enfants , Théodebald laissait pour ses héritiers Childebert et Clotaire, ses grands-oncles. Le premier était déjà vieux et près de sa fin ; il n'avait que des filles exclues de la succession à la couronne (sinon du partage des autres biens) par la loi salique. Clotaire était encore vigoureux; il était ambitieux et cruel. Il avait quatre fils pleins d'ardeur. Il s'empara des États de Théodebald, sachant bien que son frère n'oserait lui disputer cette nouvelle proie. Bientôt, en effet, Childebert mourut lui-même, le a3 décembre 558, et la monarchie mérovingienne se trouva reposer, comme sous Clovis, mais prodigieusement accrue, sur une seule tête. C'est l'époque la plus brillante de la première race des rois francs. Les annales mérovingiennes semblent ne tenir

1 Grégoire de Tours, IV, 3 Fr.

aucun compte du règne deTbéodebald, quoiqu'il ait duré quatre ou cinq ans.

Le continuateur de Marcellinus parle en cette II e Indiction, l'an i3 après le consulat de Basilius (555), de la mort en Sicile, le 10 janvier, du pape Vigile, au retour de son voyage de Constantinople , par une maladie de la vessie. D'autres reportent l'événement au premier semestre de l'année suivante (fin de la III e Indiction). Il eut pour successeur Pelage, qui gouverna le saint-siége pendant onze ans dix mois.

Cet ancien légat de Vigile était accusé d'être ennemi des Romains, et même auteur de la mort de Vigile, qu'il accompagnait; il s'en justifia auprès de Narsès, souverain de fait de l'Italie en ce moment, qui le fit élire, ce qui prouve de plus en plus que X élection aux dignités ecclésiastiques , consacrée par les lois répétées de Justinien , était une vaine forme. A cette époque les empereurs , à l'imitation des rois goths, s'attribuèrent le droit de confirmer et plus souvent de dicter l'élection des papes. (Pagi ad Baron. Anast. in Agat.)

Pélage fut consacré le 16 avril, et ne fut assisté que de deux évêques et d'un prêtre. Victor de Tunes, évêque africain , accuse ce pontife d'avoir dû son élection à des membres prévaricateurs du clergé. Pélage publia sa justification , et depuis il gouverna librement son siège.

Le continuateur de Marcellinus place en la troisième Indiction, mais en même temps en l'an i4 après le consulat de Basilius, c'est-à-dire en 556 (en corrigeant une date par l'autre), la guerre des Saxons contre LLothaire (Clotaire), roi des Francs; elle se termina par de grandes cruautés. (Cette ebronique devient désormais si brève, quelle ne vaut plus la peine d'être citée.) Cette

nation s'était affaiblie par ses invasions en Angleterre, où elle fonda l'heptarchie.

Thëophane parle en cette année de la défection momentanée des Lazes, causée par la cupidité de Joannès, général romain, commandant en ce pays, de leur réconciliation, et de la prise de l'importante place de Pétra sur les Perses.

Samuel d'Ania (p. 5i) dit que la paix (trêve) entre Justinien et Chosroès rétablit la paix dans son pays , alors gouverné depuis dix ans par un prince particulier, appelé Meson , sans doute tributaire des Perses, puisque l'histoire n'en parle pas.

A l'occasion de l'an 9.5 de Chosroès correspondant à l'an a8 de Justinien (554), Agathias (II , 27, p. ia5) fait un éloge pompeux du roi des Perses (qui régna 48 ans, et ne mourut dès lors qu'en 579). Il le représente comme un ami des lettres grecques et savant; comme un grand guerrier, et le plus remarquable des princes Sassanides, sans exempter Cabadès son père, lequel a régné 4i ans. L'historien, qui avait obtenu des renseignements précis de Sergius, chef des interprètes grecs de Chosroès, et chargé des archives persanes, prétend avoir réduit les éloges exagérés qu'en faisaient les Perses , et même les Grecs-Romains ses contemporains.

On prétendait que Chosroès avait étudié Platon et Aristote, et adopté la philosophie grecque: Damascius, le Syrien ; Simplicius, leCilicien; Eulamius, le Phrygien; Priscianus, le Lydien; Ermeias et Diogène, Phéniciens; et Isidore de Gaza, qui, du temps d'Agalhias, formaient l'élite des philosophes. Mécontents du dogme qui prévalait alors chez les Romains, c est-à-dire de l'intolérance de Justinien, trompés par la renommée qui mettait au-dessus

de l'institution catholique la constitution persane, et voyant qu'il ne leur était plus possible d'après les lois (de Justinien) de vivre sans crainte dans leur opinion, ils émigrèrent chez les Perses. Mais bientôt ils s'aperçurent combien les grands et les magistrats persans étaient orgueilleux et oppresseurs ; combien les crimes étaient fréquents et impunis; à quel degré les mœurs étaient licencieuses, puisque la pluralité des femmes n'empêchait pas la fréquence de l'adultère. Après des conférences avec Chosroès, ils ne purent tomber d'accord; ils reconnurent qu'il n'était rien moins que philosophe, mais que, subjugué par ses préjugés, il favorisait la promiscuité des sexes. Ils se retirèrent, malgré les efforts que ce prince fit pour les retenir en leur offrant des honneurs; tous revinrent dans leur patrie. Ils y gagnèrent toutefois que, dans le traité de paix qui intervint entre Chosroès et Justinien, un article sur lequel Chosroès nè voulut jamais revenir, et dont il requit la stricte exécution, fut qu'ils jouiraient de la liberté de leurs opinions; singulier monument de la diplomatie ancienne chez un prince barbare (II, 3i), d'ailleurs subjugué par les artifices d'un charlatan, nommé Uranius (II, 3a).

Au lieu d'ensevelir les morts, comme autrefois, 011 expose les cadavres à la rapacité des oiseaux de proie et des animaux carnassiers, jusqu'à ce qu'il n'en reste plus que les os. Les Perses épousent leurs sœurs et leurs nièces. Ils vont même jusqu'à l'inceste. Agathias cite l'exemple de Sémiramis à l'égard de Ninias son fils, et d'Artaxercès, fils de Darius, à l'égard de sa mère Parysatis. Leurs institutions religieuses viennent de Zoroastre, ou Zaradès, contemporain de Darius fils d'Hystaspes, qui substitua au polythéisme, imité des Grecs, le principe mani-

chéen du bien et du mal, représenté par Ormisdatès et Arimanès, dieux ou démiurges. Us adorent l'eau, au point de ne pas faire d'ablution , et surtout le feu, ainsi que des dieux secondaires (II, ai-a5).

M. Longperrier , dans sa Numismatique des Sassanides (1840), dit que Chosroès, dont il célèbre d'ailleurs les sages institutions , la sagesse et la modération , ainsi que les qualités guerrières , est monté sur le trône en 53a ; c'est un an de retard. — Il décrit (planche x) plusieurs médailles de ce prince avec la légende Khousroui en caractères sassanides, qui n'ont pas pu être complètement déchiffrés, et dont une, en argent, appartient à notre cabinet. Le type en est barbare; — tout alors était en décadence en Perse comme à Constantinople; — ces médailles, au revers, représentent en général un pyrée, ou autel consacré au culte du feu; de chaque côté est un astre et un croissant.

L'une de ces médailles, en or, du cabinet de Blacas, a été apportée de Tiflis par Ker-Porter ; elle est du module 7, un peu plus petite que notre médaille d'argent; mais d'un poids analogue, malgré la différence de métal, 77 grains au lieu de 78. Il y en a une autre en argent du poids de 75 : le prince y est représenté de face, la tête ceinte d'une couronne à pointes, sur le devant de laquelle est un croissant, et sur le sommet un autre croissant; au centre est un globe; de chaque côté du visage les cheveux se partagent, la barbe est courte et frisée ; au-dessus des épaules, un croissant; au-dessus de la tête, deux astres. — • Le vêtement royal porte sur chaque épaule encore un astre dans un croissant; au revers est la figure du roi debout, les deux maitis appuyées sur sou épée ; les deux extrémités du bandeau royal pendent fort

bas ; en haut dans le champ sont encore deux astres au- • dessus du croissant.

Partout on remarque un luxe asiatique, sans goût, et les symboles du culte du feu. Burnouf (Gomm. de l'Yaçnas, I, 1 38) a cru lire dans la légende le mot Âspan (le très-haut) ou Aman, le fidèle, ou Apastan, ministre ou sectateur de l'Avesta. V. aussi S. de Sacy, A/e/». de Clnst^ i8i5, II, 226 à la note. Les Arabes appellent Chosroui, Kesra.

Cependant la guerre avait continué en Lazique. Mer- 1 ne rue , le meilleur des généraux perses, avait pris Téléphis, place très-forte (Aga th., II, 19-21); il mourut de maladie à Mechistha, ville d'Ibérie 4 ,où il s'était fait transporter (II, 22). Il eut pour successeur Nachoragan (III, 2). A cette époque Rusticus, général romain, d'accord avec Murtinos, son collègue, accusa Gubaze, roi des Lazes, de trahison ; et, sur une autorisation conditionnelle de Justinien, Rusticus et son frère Jean assassinèrent ce prince aimé des Lazes (III, 4). Ceux-ci firent une députa lion pour demander la punition des meurtriers. Ce prince, reconnaissant qu'il avait été trompé, envoya l'un des premiers du sénat, Athanasius, pour faire, selon les formes romaines, le procès de Rusticus et de son frère, ainsi que de Martinos ; le sénateur, arrivé sur les lieux, fit incarcérer Rusticus et son frère, à Apsaronte, pendant l'instruction du procès (III, i4).

Athanase réunit dans une vallée au pied du Caucase tout l'appareil de la justice. Assis sur une espèce de trône, il était assisté de personnages experts dans l'instruction des procès, expédiés de Constantinople. L'audience était

' Auj Mbkhitlia, près «lu confluent du Cyrus (Koucr), avec l'Arapus (Aragri) au nord de Tiflis.

publique, les accusés accompagnés de conseils (IV, i); les accusateurs étaient des plus illustres parmi les Lazes, habitués à parler grec; après qu'ils eurent été entendus, et queRusticus eut présenté la défense, le sénateur, auquel, selon la jurisprudence romaine , le droit de prononcer seul était dévolu, se consulta pendant deux jours, et prononça la sentence de condamnation capitale contre les accusés, en réservant à l'empereur le sort du général Martinos, atteint de complicité; les condamnés furent conduits sur des mulets, à travers les Lazes et les Romains, au lieu d'exécution , et eurent la tête tranchée (IV, 1 1).

C'est le seul exemple remarquable de justice que nous trouvions sous ce règne, si fécond en capitulations avec les généraux prévaricateurs. L'arrêt fut prononcé en

Nachoragan avait réuni les forces des Perses, dans le pays des Lazes.

Les Romains s'assemblèrent dans 17/e, pour une nouvelle campagne. Cependant on procéda à l'inauguration de Tzathès, frère de Gubaze, demandé parles Lazes pour leur roi. Sotérichos, commissaire impérial qui l'avait amené de Byzance, l'installa en présence et avec le cortège de l'armée, avec les marques de sa dignité qu'il avait reçues de la main de l'empereur. C'étaient une couronne d'or, enrichie de pierres précieuses, une robe brodée d'or, tombant sur les pieds, des brodequins d ecarlate , une mitre d'or, ornée de pierreries , et un manteau blanc. Sotérique était de plus chargé de payer aux chefs des barbares les subsides accoutumés. Dans son passage au pays des Misinianes, dépendant des Lazes, il fit fustiger les chefs qui vinrent le prier de ne pas livrer aux Alains le fort Buchloon qui leur servait de rempart

dans le Caucase. Ils se vengèrent de cet outrage en le massacrant la nuit dans sa tente avec ses deux fils, et se donnèrent aux Perses (Agath., III, 16). Chosroès avait encore réuni une armée de 60 mille hommes avec 3,ooo Dilimnites, détachés d'une grande nation en deçà du Tigre tandis que les Romains avaient un nombre inférieur , composé en partie de barbares , Longobards, Érules, et notamment de 2,000 Huns Sabires (III, 17). Phasis, ville à l'embouchure du Phase, près d'un lac ou marais salant, à six parasanges (33 kil. environ) de Vite, à l'Ouest, fut attaquée, mais en vain, par les Perses qui perdirent 10 mille hommes devant ses murailles de bois. — Leur général alla passer l'hiver en Ibéric (III, 28). Ainsi finit cette campagne (IV, 12).

En 557, les Romains voulurent punir les Misimiancs de leur défection (Agath., IV, 1); mais les Perses leur envoyèrent des secours, dans lesquels se trouvaient des Huns Sabires , précédemment soudoyés par Justinien , qui, suivant l'usage des barbares, avaient changé de drapeau.

Cette guerre dans les montagnes fut très— difficile , et signalée par divers incidents. Les insurgés finirent par se soumettre, en restituant 28,800 pièces (vo^i'a^ata Sia- [jL'jpta xoù oVcotxur/fXia 7tpo; Éxspoiç àxtaxofffoiç), qu'ils avaient enlevés à Sotérique , commissaire impérial {ibid^ IV, 20, p. 25u). Il faut supposer qu'il s'agit de pièces d'or, et par conséquent de 432,ooo fr. environ.

Le général des Romains en Lazie fut à cette époque Justinus, fils de Germanus, proche parent de Justinien , comme remplaçant de Martinos, atteint de complicité du

' Si Martin les place au contraire au sud de la mer Caspienne, dans le Ditan, région montucuse. N. 3, p. 328. Tom. ix de l'Hist. de Le beau.

meurtre de Gubaze, auquel Justinien avait remis la peine qu'il avait encourue.

Après un voyage à Constantinople , qui eut lieu sans doute dans l'hiver de 55^ à 558, Justinus revint à son poste en Lazie (Âgath., IV, ai). Il y avait dans son camp un certain Joannès, Africain, chargé de l'intendance de l'armée, qui, se prétendant porteur de ao talents (110,000 fr. à raison de 5,5oo environ par talent), offrait, mais sans le payer, le prix des bœufs qu'il se faisait livrer par les habitants, et commit ainsi des exactions considérables. Son général, qui en fut informé, mais qui en profitait indirectement, ne l'en punit pas. Aussi, malgré ses succès militaires ultérieurs contre les barbares du Danube, sa moralité en fut tachée, et il en fut châtié par le ciel, ce qu'Agathias se réserve de raconter dans la suite (V, 22), ce qu'il n'a pas. fait. Joannès est sans doute celui dont Théophune a parlé plus haut sous le titre de général, quoiqu'il ne fût qu'intendant

Chosroès,se montrait plus sévère envers ses généraux. Après la campagne de 557, ce prince, indigné de la lâcheté de Nachoragan, le rappela d'Arménie, et le fit écorcher vif. C'était, selon Agathias (IV, a3), conforme à la loi des Perses dont Sapor était l'auteur, il ne parle pas d'un supplice semblable infligé par Gambyse à un juge coupable d'avoir vendu la justice; mais ii regarde comme une fable le supplice de Marsyas par Apollon. Du reste, l'historien blâme l'atrocité de cette loi.

Chosroès lui-même fui forcé de reconnaître qu'à une si grande distance, et dans un pays si difficile, il ne pouvait facilement s'emparer du territoire des Laz.es, pays

1 On rapporte uoe histoire semblable du temps de Justin 1" rp. 223). C'est probablement un anachronisme; le fait n'est pas de fttl, mais de 557.

caucasique , ouvert par son littoral aux secours incessants de l'empire des Grecs ; et il conclut encore une trêve, en attendant un traité définitif (IV, 3o). Les deux monarques étaient âgés , et avaient , surtout Justinien , perdu beaucoup de leur ardeur.

Celui-ci regarda comme un des événements les plus mémorables de son règne, puisqu'il le célébra [Agath., V, a, p. 281) clans une Novelle spéciale (aujourd'hui perdue), le tribut annuel qu'il imposa aux Tzaniens (anciens Mosches), nation montagnarde, contiguë à Trébizonde et au Pont-Euxin , qui avait déclaré son indépendance et envahi l'Arménie. Ils furent vaincus près de Théodorias-Rhysus (Riza). Une partie de ce peuple était restée fidèle.

Il faut assigner à Tannée 559 (et non à 558, comme l'a fait Niebuhr) les événements décrits par Agathias (V, 10), au printemps nouveau. Ce printemps vit une recrudescence de la maladie contagieuse dont l'Orient avait été affligé, mais avec intermittence, depuis la cinquième année (53 1) de Justinien. Sa description fait croire que c'était le choléra.

Les Huns, anciens Scythes, qu'on distinguait en quatre nations, et qui habitaient vers l'orient du Palus-Méotide (mer d'Azof), au nord du Tan a ïs, ainsi que d'autres peuples barbares indigènes de l'Asie sise en deçà del'lmaùs, avaient passé en Europe, à l'endroit où le Palus se jette dans le Pont-Euxin (la mer Noire). Ils s'étaient répandus au loin dans l'ouest, au point qu'à 1 époque d' Agathias on avait perdu les traces de deux d'entre elles, les Ultizares et les Burugundes. Mais alors les Huns Cotrigures descendirent sur les bords de l ister, et passèrent ce fleuve sur la glace, sous la conduite de Zabergan , tra-

versèrent la Mysie (Mœsie) et la Scythie, et firent irruption en Thrace. Une de ses divisions alla ravager la Grèce (V, n)j l'autre se dirigea sur la Chersonèse de Thrace, fermée par un mur, auprès de Callipolis (V, 12). Zabergan se dirigea en personne avec 7,000 hommes sur Constantinople , dévastant tout sur ses pas. Le prétexte de cette invasion était son inimitié contre les Huns Utigures ayant pour roi Sandichl , auxiliaire de Justinien ; mais son motif réel était l'amour du pillage , et la jalousie qu'il avait des subsides payés aux Utigures. Les barbares firent un nombre incroyable de prisonniers; beaucoup de dames nobles et chastes éprouvèrent les derniers outrages. Que faisait iustinien avec ses armées, devant des affronts qui se renouvelaient jusque dans la banlieue de la ville impériale, en deçà des fortifications appelées les longs murs (f*axpol téï^oi) (V, i3, p. 305)? Ce prince les avait réduites de 640,000 à t5o,ooo à peine; et ces soldats étaient disséminés en Italie, en Afrique, en Espagne, en Colchide, et en Égypte jusqu'à Thèbes. Il n'y en avait qu'un petit nombre sur les frontières orientales du côté de la Perse , parce qu'on avait foi aux préliminaires de paix {A gai h., V, i3, p. 3o5-3o6).

On est étonné , ici , de voir l'Espagne figurer parmi les pays où il y avait des garnisons romaines ; peut-être il s'agit uniquement du territoire de Gadires (Cadix). Mais Lebeau, sur l'aveu de Grégoire de Tours (Hist., IV, 8), dit que Justinien s'empara, par son lieutenant Liberius, à la tète d'une flotte, contre Agila, roi des Goths d'Espagne, d'une partie considérable de ce pays, et que l'empire conserva cette conquête jusqu'en 623. Grégoire ne parle que de quelques cités qui furent reprises en partie par Athanagile, son successeur iibid.). Isidore de Séville, en

sa chron., avoue que celui-ci ou ses successeurs, jusqu'à Sisébut, ne put les expulser. Liberius avait même attaqué Bordeaux, et eût eu pour successeur Francion, qui réduisit laCantabrie, d'après une convention avec Agila. Liberius aurait obtenu la cession d'un grand pays, s'étendant d'une mer à l'autre, dans la Bétique et la Lusitanie. Cette possession s'étendait jusqu'à Ebora, et comprenait deux provinces. Mais aucun des écrivains orientaux ne parle de ces succès invraisemblables.

Quoi qu'il en soit, Agatbias n'ose pas expliquer les conséquences de la désorganisation de l'armée de l'empire et de son énorme réduction. Il se borne à dire que les légions disparurent parce qu'on cessa de payer la solde et que les fonctionnaires qui en étaient dépositaires n'étaient pas punis de ces détournements. Cet argent était dépensé en débauches de toute espèce; c'est pourquoi les militaires, mourant de faim, embrassèrent d'autres professions.

Le cœur de l'empire en était si dépourvu, que les Huns ruinèrent toutes les campagnes, et eurent l'insolence de venir camper à i4o stades (26 kilomètres) de Constantinople, sur la rivière Athyras, qui se jette dans la Propontide. La cité en fut frappée de terreur. Justinien lit enlever les ornements des lieux sacrés, depuis les Blakcrnes et le Céras (port de Byxance) jusqu'au Pont-Euxin (V , 14). A peine put-on trouver des officiers et des hommes d'armes parmi les scholaires du palais, pour occuper les Svkes et la porte d'Or. Ces scholaires étaient même étrangers au maniement des armes, et ne se faisaient remarquer que par le luxe de leurs vêtements. Enfin l'empereur fit appel à Bélisaire, malgré sa vieillesse et le long temps qui s'était écoulé depuis qu'il ne

commandait plus. Ce vieux guerrier rassembla trois cents cuirassiers , ses vieux compagnons d'armes , et les hommes qu'il put recruter. Il défit deux mille cavaliers huns, commandés par Zabergan en personne, et les força de s'éloigner au delà du Macron-Tichos (V, 20). Les Huns tirent aussi une vaine tentative sur la Chersonèse de Thrace, pour tourner le rempart. La division des Huns qui se portait sur la Grèce ne put franchir les Thermopyles (V, 23) et revint sur ses pas. — Zabergan, ayant réuni ses forces , déclara qu'il n'évacuerait pas la Thrace avant qu'on lui eût livré de grandes sommes d'argent pour le rachat des prisonniers. Justinien envoya autant d'or qu'il en exigea (V, 23). On fut indigné à Constantinople de ce traité honteux ; mais Âgathias excuse Justinien en disant qu'il eut l'habileté de mettre en hostilité Sandichl, chef des Utigures, avec Zabergan, chef des Cotrigures. Il fit croire à l'un qu'il avait remis à l'autre le salaire destiné au premier. Aussitôt Sandichl alla au-devant des Cotrigures , qui , à leur retour de Thrace, traversaient lTster, les défit et leur reprit tout leur butin , avec l'or qu'ils avaient reçu de Justinien. De là une guerre interminable entre ces deux nations, ce qui, selon Agathias, finit parla ruine de l'une et de l'autre (V, a5).

Cet écrivain a annoncé qu'il en ferait l'histoire. Mais Ménander, dont malheureusement nous n'avons plus que des fragments (Rec. de Ch. Muller , tom. IV des Histor., p. 201, 269, éd. Didot, i85i), dit qu'il fut surpris par la mort avant d'avoir accompli ce dessein.

Ménander, né à Constantinople, était destiné au barreau, ainsi que son frère; mais ni l'un ni l'autre n'y

réussirent. Notre historien avoue avoir mené une vie très-dissipée, jusqu'au règne de l'empereur Maurice (582- 602) , qui, comme ami des lettres, l'accueillit et lui donna un emploi dans le corps des protecteurs, ou gardes du palais, lesquels, selon Procope (4necd. y XXIV, 8), n'étaient militaires que de nom. Cet écrivain dit que pour s'occuper il entreprit de continuer Agathias. Il commence son récit à l'expédition des Huns Cotrigures en Thrace et à la diversion de Sandichl {Fragm. 3, p. 202). Il nous apprend que Justinien s'était engagé à rétribuer Zabergan et sa nation annuellement, à condition de remplacer Sandichl et les siens dans la défense de l'empire; mais il promit à celui-ci de lui rendre le tribut annuel s'il était vainqueur des Cotrigures. Sandichl répondit que les Huns de l'autre tribu étaient ses frères , et qu'il se bornerait à leur retirer les chevaux avec lesquels ils faisaient leurs incursions.

Jean d'Antioche {Fragm, apud Muiler, IV, p. 536) parle des dons faits au chef des Huns de l'Ister (n° 217), et du passage de ce fleuve par Zabergan avec sept mille hommes seulement (n° 218), et il ajoute cette remarque importante, que Justinien avait réduit les armées de 6'4o,ooo à i5o,ooo hommes, de sorte qu'elles ne pouvaient plus dominer en Lazique, en Arménie, en Afrique, en Italie. Voi là un double témoignage contre la politique désastreuse de Justinien. Il eût mieux fait de conserver l'ancienne armée et de ne plus soudoyer les barbares.

Malala, en confirmant ces détails, ajoute que les barbares entrèrent par des brèches dans l'intérieur même de Constantinople, et arrivèrent jusqu'au temple de Saint- Stratonice.

Théophane place en l'an 6o5i du monde, répondant

à 559, l'invasion des Huns. Il y joint les Slaves, lesquels envahirent la Thrace avec une grande multitude, y tuèrent beaucoup de monde, et y firent beaucoup de prisonniers , entre autres Sergius, le stratélatès (général en chef) , et Éderman , stratège , fils de Calopodius , cubiculaire et prévôt.

Trouvant une partie de la muraille d'Anastase renversée, ils y entrèrent, et firent des prisonniers jusque dans le Drypias, Nymphi et Chitacomis (apparemment des cantons voisins de Byzance). L'empereur fit une levée en masse et l'envoya au Macron-Tichos, où beaucoup périrent. Il fit rentrer le reste, et rassembla les richesses des églises extra-urbaines dans un dépôt public.

Toutes les portes du mur Théodosien furent occupées par les scholaires , les protectores, les enrôlés, et par les sénateurs. Le patrice Bélisaire fut appelé à commander la défense. Ce général fit sortir de la ville tout ce qu'il trouva disponible dans la population, sans en excepter les sénateurs , et s'empara des chevaux des particuliers. Il campa à Chitacomis, tua quelques barbares, coupa les arbres, et mit le feu aux branches vertes, dont la fumée fit croire aux ennemis l'arrivée d'une grande armée. Ceux-ci se retirèrent sur Tzurulle, Arcadiopolis et Saint- Alexandre Lupare, où ils demeurèrent jusqu'à Pâques. Après la fête (qui tomba le i3 avril), l'empereur et les habitants enrôlés se rendirent à Sélymbrie, pour travailler aux réparations du Macron-Tichos. Les barbares évacuèrent l'intérieur de cette fortification; Justin ien conserva sa position jusqu'en août. Finalement, il ordonna aux navires à deux poupes de se rendre aux bouches du Danube et d'attaquer les barbares au passage de ce fleuve. L'ennemi entra en négociation à ce sujet , et

l'empereur envoya Justin, son neveu et ministre de son palais (son successeur) , pour surveiller cette retraite.

Ces deuils intéressants prouvent la vanité des éloges prodigués naguère par le courtisan Paul, chef des silentiaires, à ce prince, prétendu vainqueur de toutes les nations, et insulté à la même époque, jusque dans sa capitale, sans pouvoir opposer des troupes régulières à l'invasion.

La même année , d'après les Fragments de Ménander (n° 4) » les Abares (Avares) , après avoir longtemps erré, prièrent Savosius, chef des Alains, de s'interposer auprès de Justinien, pour leur procurer l'amitié de ce prince. Celui-ci en référa à son général enLazie, Justin, qui envoya leur ambassadeur Kandich à Constantinople. Celui-ci représenta sa nation comme très- nombreuse et invincible à la guerre. Si l'empereur leur payait une redevance annuelle , avec un territoire fertile , ils défenr draient l'empire. Justinien, qui était vieux (y^psXéo;; il avait alors soixante et onze ans), et qui n'avait plus son nrdeur ancienne, mais qui craignait la guerre, soumit la question au sénat, qui en louant sa prudence l'autorisa à traiter. L'empereur alors combla les députés des Avares de riches présents en habits et ornements d'or, et envoya chez eux Valentin, l'un de ses gardes, pour renouveler les présents et conclure une alliance. Aussitôt les Avares attaquèrent les Huns Utigures, ensuite les Zales, autre tribu des Huns, ainsi que les Sahires; sachant que les Antes étaient affaiblis, ils envahirent leur pays. Ceux-ci leur envoyèrent en députation Mezamer, qui , par l'orgueil de ses paroles, les irrita au point que, malgré son caractère public, ils l'assassinèrent, et recommencèrent ave»: plus de fureur que jamais à ruiner le

pays des Antes. 11 paraît que cet événement se passa dans la Thrace, où les Avares avaient obtenu un établissement {Fragm. 5, 6 et

Théopbane parle de cette députation ad A. 6049 , répondant à 557-558. C'était une nation alors inconnue. Leur députation, composée de chefs montés sur des chevaux liés et tressés par derrière, excita une vive curiosité à Constantinople , quoiqu'ils ressemblassent d'ailleurs aux autres Huns. Ils venaient demander un asile en Seythie et en Mysie (Mœsie), en deçà du Danube.

Les fragments de l'histoire ecclésiastique recueillis par Cramer (p. 112) placent en l'an 3o de ce règne et en l'Indiction VI (ce qui est contradictoire, l'un répondant à l'an 556, et l'autre à 558) l'arrivée de la députation des Huns-Avares expulsés de leurs demeures. Malala (XVIII, p. 488) se prononce pour l'Indiction VI e ; mais l'historien Ménander, plus ancien, a droit à la préférence.

Il nous reste à parler de la politique intérieure de Justinien.

Au mois de juillet de l'Indiction IV (556), dit Malala (XVIII, p. 487), les Samaritains et les Juifs excitèrent une sédition à Césarée de la Palestine, attaquèrent de

1 S«-Martin a fait, dans l'Histoire de Lebeau, IX, p. 368 et suiv., une digression sur ces Avares, qui, d'après ThéophylacteSymocata , sont originaires de l'extrémité de l'Asie orientale, 00 de la Chine ; ils s'eiaient divisés en deux branches, et avaient donné, vers 4o î. a L urs .!iei* le nom de Klukan ou Chagan, qui fut porté par < elui de Pannouie. C'est aussi le titre pris par le cher des Turcs, en 554. Mais les Avares dont il s'agit ici sont une nation hunnique, qui prit ce nom d'Avares, célèbre en Asie, pour se rendre pins redoutable. Us vmient du nord de la mer Caspienne , traversèrent le Wolfça (alors appelé Aidas), et s'arrêtèrent un moment entre ce lleuve et î ; Tanais (le Don) ; pur, ils passèrent le Tanaïs, et se rendirent de plus en plus redoutables, campes sur le Danube.

concert les chrétiens, et en tuèrent plusieurs, après avoir pillé leurs églises. Ils massacrèrent même Stephanos, préfet de la ville ; sur les plaintes de sa veuve, Amantius, comte de l'Orient, reçut l'ordre de les châtier; il fit empaler les uns, décapiter les autres, couper la main droite à plusieurs, et confisquer les biens de quelques-uns.

Théophane et Cédrén us varient sur les dates, mais aucun ne parle des formalités de justice qu'il aurait été nécessaire d'établir pour distinguer les innocents des coupables.

On a vu dans l'analyse des actes de la législation que cette nation samaritaine avait été tenue longtemps en suspicion pour sa religion. Ainsi l'intolérance deJustinien était cause de ces guerres de l'intérieur, qui compliquaient la guerre extérieure.

Au mois de décembre de la même Indiction , une maladie pestilentielle fit des victimes dans la population de plusieurs villes.

Malala (XVIII, p. 486) rapporte (au mois d'août 554) un tremblement de terre qui, à Nicomédie, renversa une partie de la ville , ainsi qu'une portion des murailles de Gonstantinople, avec la lance qui décorait la statue du forum de Constantin, laquelle s'enfonça de 3 coudées en terre ; il se prolongea quarante jours.

Théophane, en confirmant ces détails, place le commencement de ce tremblement au i5 août. Cédrénus, écrivain postérieur, parle d'un événement de ce genre arrivé A. 27 et 28 du règne, 553 et 554-

Agathias, en effet (IV, 1 5), ajoute qu'il ruina Béryte,l'ornement de la Phénicie, où florissait une fameuse école de jurisprudence, qui fut alors transférée à Sidon. Cos, patrie d'Hippocrate, fut aussi ruinée par l'invasion de la mer.

Victor de Tunes place en l'an 14 après le consulat de

ANS 554-559. GOI

Basilius (555) le remplacement, au siège d'Antioche, de l'évéque Frontinus par Pétros ; mais il ne peut s'agir de la grande A mioche de Syrie, dont le patriarche Domnus assistait au concile de 553 à Constantinople. Son récit prouve que là, comme à Rome, et dans* les grands sièges , on ne respectait point la liberté des élections ecclésiastiques.

Victor lui-même se plaint d'avoir été expulsé de son siège en l'an i5 après le consulat de Basilius, c'est-à-dire en 556; il fut exilé parce qu'il était partisan, comme l avaient été ses collègues d'Afrique, des trois chapitres; mais ceux-ci s'étaient soumis au concile général de 553.

En l'an 16 (55*;), Théodose son collègue et lui furent relevés de cet exil; mais il paraît que Victor retomba dans sa résistance ; car il fut remis en prison, et détenu à Canope en Égypte, où il mourut.

Au printemps de l'an 556) on réduisit à Constantinople, à cause de la disette , les habitants à une petite portion de blé ; des clameurs s'élevèrent contre l'empereur, en présence de l'ambassadeur des Perses. Le préfet de la ville reçut l'ordre de comprimer ces murmures, et fit exécuter les chefs de cette faction des Vénètes, ordinairement l'alliée de Justinien, mais souvent insurgée, qui lit courir tant de périls à ce prince en 53a, avec celle des Prasiniens. Elle se flattait toujours de l'impunité.

Théophane (ad A. 6048) dit que cet événement arriva au mois de mai, et qu'à cette époque il y avait abondance de poisson, de vin, et autres subsistances.

En 557, selon Théophane (ad A. 6o4p), il y eut un grand feu dans le ciel s'étendant du nord au couchant, c'est-à-dire une comète ( Gédrénus dit en forme de lance); et en 6o5o une grande secousse de tremblement

de terre, renouvelée le i4 décembre , qui renversa deux murs de Constantinople, le Constantinien et le Théodosien, divers édifices, et la statue de l'empereur Arcadius. L'empereur, effrayé, se dépouilla de sa couronne pendant quarante jours, et assista aux processions. Malala (XVIII, p. 488) rapporte cet événement à l'an 558, ou à ITndiction VI e .

Agathias (V, 3) place cet événement à 558 ou à la fin de 55j, à la veille de la fête des festins ou des noms (le jour de l'an). La populatiou fut si effrayée qu'elle courut tout entière aux églises, fit pénitence, et donna de grands biens au clergé, comme si c'était la fin du monde. Le sénateur consulaire Anatolius fut tué dans son lit. On attribua sa mort à la vengeance du ciel, à cause des spoliations qu'il avait commises, même envers ses amis, par la fabrication de faux testaments , et par le crédit qu'il avait sur Justinien. Malgré l'habitude qu'il a de ménager la réputation de ce prince, Agathias ne peut s'empêcher d'avouer qu'il y avait bien des coupables de ce genre à Constantinople, et que le ciel ne les a pas punis (V, 4). On voit que la crédulité n'était pas partagée par tout le monde.

C'est à cette époque qu' Agathias mentionne (V, 6-9) l'accident arrivé à la grande église de Sainte-Sophie, que Justinien fit réparer par Anthémius de Tralles, savant mathématicien de son temps, sans doute l'auteur de la première construction.

Il était frère de Métrodote , célèbre grammairien ; d'Olympius , grand jurisconsulte; de Dioscore et d'Alexandre , médecins illustres , dont l'un exerça sa profession à Rome, et l'autre resta dans sa patrie. Heureuse la mère qui, dit Agathias, eut de tels enfants !

Ce fut Anthémius qui donna le plan de la coupole,

et l'architecte Isidore qui l'exécuta. Agathias ue parle pas des conseils de Justinien dans cette restauration ; mais, comme il ajoute (V, 9, p. 297) que ce fut la seconde, il n'est pas en contradiction avec Procope, qui, dans son traité des Edifices , célèbre la première restauration terminée vers 553. Si c'était la même, Procope aurait donc écrit simultanément son traité des Édifices, trop louangeur pour Justinien , et ses Anecdota , qui le peignent comme le plus grand des tyrans et comme ayant épuisé ses peuples par la folie de ses constructions. Cela est impossible ; les deux ouvrages sont séparés par plusieurs années d'intervalle. Si Procope avait écrit après le tremblement qui fit tomber le dôme, n'en aurait-il pas fait mention? D'un autre côté, tous les monuments qu'il décrit ont été inaugurés sous Mena, en 55a; donc on doit placer la rédaction du traité des Édifices en 553, et non en 563.

Quoi qu'il en soit, 1 historien Agathias renvoie pour plus de détails au poëme de Paul, fils de Cyrus, fait en vers hexamètres (qui sont passés jusqu'à nous). C'était, dit cet historien , un homme très-opulent, d'une naissance illustre, et l'un des chefs des officiers silentiaires (espèce de valets de chambre) du palais impérial. IL était, dans tous les cas , comme on l'a vu, un flatteur sans scrupule.

En février 558 (Ind. VI e ), ce qu'on appelle le trullum de la grande église (Saiute-Sopilie) s'écroula; mais Justinien, en la faisant réparer, l'exhaussa de 20 pieds (6 mètres 4o cent.), et elle ne fut achevée qu'en l'Indiction V e (Malala, XVIII, 489).

Cédrénus, qui écrivait bien des siècles après, en parlant à son tour de lu chute et de la restauration du trullum, dit qu'il reposait sur un demi-cercle, et renfermait une

inscription ainsi conçue : « Ceci , ô Christ , est une oft frande de tes serviteurs , Justinien et Thëodora ; ac- « cepte-la bénignement, Verbe de Dieu, qui t'es in- « carné pour nous, qui as été crucifié ; et fortifie-nous « dans la vraie croyance en toi ; conserve et accrois jus- « qu'à ta propre gloire le gouvernement politique que tu « nous a confié, d'après l'intercession de la sainte Vierge « mère de Dieu. » Cette inscription supposerait que le monument a été, au moins une première fois, achevé avant la mort de Théodora, encore régnante.

Les fragments de l'histoire ecclésiastique recueillis pur Cramer mentionnent au contraire, en l'an 3i du règne et au 7 mai (557), correspondant à la cinquième lu diction, la chute de ce trullum et sa restauration.

Par trullum, selon Ducange, il faut entendre l'enceinte intérieure, en forme d'œuf, des églises. Le concile de 691, tenu à Constantinople , est surnomme in trullo, parce qu'il se tint, dit X Art de vérifier les dates, dans le dôme du palais. Ce sont là des contradictions. Comment un concile aurait-il tenu ses séances dans un dome ?

Samuel d'Ania mentionne (p. 5i en l'an 557-558 le schisme arrivé entre les Arméniens et les Ibères, leurs voisins ; mais il ne fait pas connaître en quoi a consisté cette dissidence, et si elle se rattache au schisme de 553.

C'est en 55o. que Procope a cessé d'écrire les Anecdota, puisqu'on y cite a plusieurs reprises (XVIII, 7, XXIII, 2, XXIV, 9) l'an 32 du règne de Justinien. Le traité des Édifices lui serait postérieur s'il était vrai, selon Théophane, que le pont du Sangarius n'ait été exécuté qu eu 5o62 (56o) et si, selon Malala, la restauration du trullum n'avait été achevée qu'en l'Indiction V, qui précéda la mort de Justinien. Mais le premier fait est de 535.

Ans 56*o à 565.

XXXIII à XXXIX du règne de Justinikn, à partir du i er avril 537.

Indictions VI1I-IX à XIII-XIV. Ans 6o5a-6o53 à 5o5 7 -

5o58 de l'ère mondaine d'Alexandrie.

Clotaibe I er , seul roi des Francs, jusqu'au 10 novembre

56i ; après lui, ses quatre fils survivants : Charibert,

Gontran, Chilpéric et Sigebert.

Papes : Pelage jusqu'à la fin de juin 56o ; Jean I IL dit

Catelin, à partir du 10 juillet.

Patriarches de Constantinople : Eutjrchius, jusqu'au a

avril 565 ; après lui Joannes III , dit le Scolastique, à

partir du ia avril.

Ces six dernières années de Justinien sont tristes et annoncent une grande décadence. Il est vrai qu'il était septuagénaire.

On n'a plus pour s'éclairer aucun des précieux ouvrages de Procope, ni même de l'histoire d'Agathias, interrompue après la grande invasion des Huns. C'est Me Mander, dont il n'y a que des fragments, qui devient l'historien de l'époque; c'est Évagrius, prêtre qui écrit principalement au point de vue ecclésiastique. Malala s'arrête à la onzième Indiction (563). Théophane n'a plus que quelques phrases; et d'ailleurs il est loin d'être un contemporain.

Les papes de Rome, n'étant point encore souverains, n'ont pas d'archives régulières, et le Bullaire est trèsrestreint; quant aux monuments législatifs, nous n'en trouvons que quatre qui aient des dates.

6U6 CHKOSOLOGIE HISTORIQUE.

Les deux premiers (Novelles i43 et i5o, du 21 mai, de l'an 37 du règne, et de l'an 22 après le consulat de Basilius, en 563), qui ne forment qu'une seule loi, en latin et en grec, rejettent toute transaction au sujet du rapt des femmes; celles qui auront consenti à épouser leurs ravisseurs, ni leurs parents, ne profiteront pas de la conûscation des biens des coupables, qui seront dévolus au fisc.

La Novelle 137, du 26 mars, datée de la même année 1 an 3; du règne, et de l'an 22 après le consulat de Balisius, c'est-à-dire de 564, est semblable à un mandement, à cause des citations qu'elle renferme des Pères de l'Église. Elle confirme le principe si souvent violé de l'élection des évêques. Elle enjoint aux commandants des provinces, même sous peine du dernier supplice, de veiller à ce que les évêques réunissent une fois par an, en juin ou en septembre, leurs synodes diocésains, pour expédier les affaires de discipline ecclésiastique.

Elle constate que le prince se croyait appelé à faire exécuter les canons de l'Église, comme les lois civiles ; et qu'il y avait des prêtres qui ne savaient pas la liturgie, pas même les prières publiques , parce qu'on les avait

reçus sans examen.

Enfin, elle exclut du sacerdoce ceux qui ont eu deux femmes, ainsi que les enfants provenant de la seconde union ; ceux-ci sont en quelque sorte réputés adultérins , conformément à un canon du concile général de Nicée.

La sixième et dernière des lois de Justinien recueillies parmi les authentiques, sous la date des ides, i3 février de l'an 36 du règne (062), et que néanmoins Beck assigne à Tan 565 ou au 69, est adressée à Narsès, patrice en Italie. Justinien ne lui reconnaît pas le titre de duc d'Italie, que lui avaient donné les Gotbs.

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