‹ Histoire de JustinienChapitre 6 sur 31 · AN" 530. 3P · texte numérisé non relu

AN" 530. 3P

Érules et non des Gépides (G. Pers., I, 24, p. 127). Il reconnaît son origine barbare, son dévouement à l'empereur et son habileté à la guerre (G. des G., I, 5, p. 26). Il ne parle pas d'ailleurs de ses campagnes contre les Gètes et les Bulgares.

Les Gépides (FijiwuSsç) habitaient autrefois, dit cet historien (G. des Vand.) I , a , p. 3 12) , au delà de l'Ister; mais de mon temps ils se sont établis sur les deux rives auprès de Singedon et Sirmium. La position de Sirii) i mu sur la Save (Mitrowitz) est bien connue; celle de Singedon, que Lapie appelle Singidunum, serait Belgrade, sur la rive droite et non sur la rive gauche du Danube ; c'est plutôt Pancsova, qui a conservé quelque chose de son ancien nom.

Procope ne nomme pas les Bulgares, mais à leur place il semble placer les Gépides, qu'il nomme les Goths. Les Vandales sont originaires des anciens Gètes. Quant aux Érules, ils obtinrent, sous Anasiase, de s'établir sur les confins des Gépides, en deçà du Danube; mais ils rendirent peu de services, quoique du temps de Justinien il y en eût qui s'enrôlèrent dans l'armée des alliés de l'empire. Les autres habitaient sur les confins de la Thrace et de l'Illyrie, près de Singedon; ils y faisaient souvent des incursions [G. des Goths, III, 33, p. 4*8).

Nous croyons qu'il faut assigner à cette aunée les événements rapportés par Procope (G. des Perses^ I, i5) après la bataille qui eut lieu entre Dares et Nisibe, c'està-dire l'invasion de l'Arménie romaine par Cabadès. Son armée, composée de Persarméniens et de Sunites, contigus aux Alains, à laquelle s'adjoignirent trois mille Huns-Sabires, était commandée par le Perse Mermeroès ; elle campa sur les limites de la Persarménie, à trois jours

de marche de Théodosiopolis. Dorothée commandait alors pour les Romains en Arménie; c'était un général intelligent et de grande expérience à la guerre. Mais il fut remplacé par Sittas, qui était à Byzance; celui-ci fut vainqueur dans un premier engagement; Mermeroès, ayant réuni toutes ses forces, au nombre de trente mille, envahit le territoire romain, et rencontra l'ennemi près de Satala. L'armée impériale était beaucoup moins nombreuse; elle fut victorieuse dans le combat qui s'engagea sous les murs de la ville, et força l'ennemi d'évacuer le pays, mais ne put le poursuivre au delà. A cette même époque, les impériaux prirent en Persarménie les châteaux de Bôle et de Pharangion , où sont des mines d'or exploitées par les Perses. Le pays de l'or est habité par les Tzanes, auparavant appelés Sanes, nation barbare, récemment convertie au christianisme, et soumise par Sittas à l'empire; elle fournit des troupes auxiliaires à ses armées. En allant de l'Arménie en Persarménie, on laisse sur sa droite le Taurus, qui s'étend jusqu'aux Ibères et aux nations voisines; à gauche la route est encombrée de montagnes très-clevées et couvertes de neige, d'où sortie Phase, qui traverse la Golchide. C'est le pays intermédiaire qu'habitaient les Tzanes, nation pauvre, vivant de brigandages, à laquelle l'empereur payait, mais en vain, un tribut annuel en or; ils étendaient leurs incursions jusqu'à la mer (le Pont), et quand ils étaient poursuivis se réfugiaient dans leurs montagnes. 11 y a de ce côté une vallée de trois jours de chemin, qui remonte jusqu'aux monts Caucasiens, obéissant en partie aux Romains, en partie aux Persarméniens. C'est là que sont les mines, dont l'extraction avait été confiée par Cabadès à un habitant du pays nommé Syméon. Celui-ci, quand il vit la

guerre éclater, les livra aux Romains, convaincu que ceux-ci ne lui demanderaient aucun compte. Il livra aussi Pharangion.

A cette époque aussi Narsès et Aratius, qui, au commencement de cette guerre, se battaient en Persarménie contre les Romains , passèrent dans leur parti avec leur mère. Narsès, trésorier de l'empereur, les accabla de présents, et Isacès (Narsès), son jeune frère, qui était Persarménien lui-même, séduit par ce moyen, se rendit avec sa mère à Byzance , après avoir secrètement livré aux Romains la place de Bole, voisine des frontières de Théodosiopolis ^Procope, G. des Perses, I, i5,

Lapie, dans sa carte, a néglige de placer les Tzanes et Théodosiopolis; quant à Satala, il lui donne la position de Baibout , au confluent du Suman et du Tchorok, ancien Boas, dans l'Arménie turque*, il est évident qu'en cela il y a erreur, et qu'elle était une ville forte de l'Arménie romaine, ainsi que cela résulte d'ailleurs du Traité des Édifices de Procope (III, 4, p. aSa); elle appartenait au pays des Osrhoènes (ibid., p. a53, ou Orsène de Ptolémée) ; elle était à trois journées de chemin, c'est-à-dire à environ no kilom., de Théodosiopolis.

Cette seconde ville, située aussi dans l'Arménie romaine, à gauche de l'Euphrate, sur la route de la Persarménie à Amida (JEdif., III, 5), était le boulevard de l'empire du côté de la Perse \ibid. y III, i), près des sources du Tigre et de l'Euphrate (G. des Pets., I, 17).

Bole, qui en était voisin, doit être Djebel-Hemrin. Quanta Pharangion, près des monts Caucase, il devait être dans le voisinage de Mostabatzick , là où les monts de Géorgie vont se joindre à la chaîne venant de la Fr. 26

mer Noire, et se rallient à la grande chaîne du Caucase. Pharangion, en effet, était voisin du pays des Lazes, qui, du côté du nord-ouest, occupaient la contrée contiguë aux Tzanes, c'est-à-dire la Cholcide (Procope, G. des Goths, IV, i3). Les Alains étaient sur les sources du Boas, qui passe à Satala (G. des Perses, II, 29). Les limites de ces tribus montagnardes n'étaient pas bien déterminées, et aujourd'hui encore les meilleures cartes diffèrent sur la direction de ces montagnes et sur celle des vallées.

La Chronique de Victor de Tunes place sous ce consulat la mise à mort d'Hypatius et de Pompée, pour cause de sédition ; mais l'événement appartient à l'année 53a , c'est-à-dire est postérieur de deux ans.

Cyrille de Scythopolis, dans la Vie de saint Sabas, met en 53o l'insurrection des samaritains, puisqu'il mentionne en la IX e Indiction (en 53 1) le retour en Palestine du saint personnage, après le voyage que cet événement avait amené. Voici le fait : Quatre mois après la mort de l'abbé Théodose (arrivée le 1 1 janvier), c'està-dire en mai, les samaritains de la Palestine attaquèrent en masse les chrétiens de cette province, brillèrent les églises et les maisons de campagne, s'emparèrent de Néapolis, et élurent pour roi un des leurs, Julianus; ils égorgèrent Ammon , l'évêque de cette ville. Les routes royales étaient envahies et les communications rompues.

Justinien envoya contre eux Théodore et Joaunès, généraux distingués, qui les vaiuquirent et en tuèrent un grand nombre avec Julianus leur chef. Silvanus, un samaritain, étant entré sans ordre impérial dans Scythopolis, fut saisi par les chrétiens et brûlé par eux au milieu de la ville, sort qui, dit Cyrille, lui avait été prédit par

saint Sabas. Si Ivan us avait un fils à Constantinople , Arsenius, ayant rang d'illustre, c'est-à-dire de sénateur, qui parvint à intéresser Fempereur et Théodora à la répression de cet acte de barbarie; car ils avaient fait tomber sur un citoyen de Scythopolis innocent la responsabilité des actes de Julianus. L'archevêque de Jérusalem, Petros, et les évêques ses suffragants, déterminèrent Sabas à se rendre à Constantinople pour demander à l'empereur la remise des impôts de la Palestine Première et Seconde, à raison des pertes que l'insurrection avait causées. Sabas obéit à ses supérieurs et revint au mois d'avril de la IX* Indiction. — Le reste du récit appartient donc à Tannée 53i, puisque l'Indiction IX e a commencé le i er septembre 53o.

Il est évident que la révolte des samaritains était l'effet des lois atroces portées contre eux par Justinien depuis le commencement de son règne, et renouvelées en 53o, par celle du 22 novembre , ci-dessus analysée.

Procope, en effet (Anecd., XI, 7), dit que la loi contre les samaritains produisit une commotion en Palestine; qu'à Césarée, sa patrie, et dans les autres citéà, une partie des habitants, cédant à l'ordre impérial , feignirent de s'être convertis au christianisme; mais la plupart, indignés de la violence qui était faite à leur conscience, inclinèrent de préférence au manichéisme, et se réunirent aussitôt aux partisans du polythéisme. Les cultivateurs se levèrent en masse , résolus de résister les armes à la main , et choisirent pour leur roi un pillard, Julianus, fils de Sabure, qui eut l'imprudence de livrer bataille aux troupes impériales, et fut tué avec beaucoup de ses compatriotes. On dit, ajoute Procope , que cent

404 CHRONOLOGIE HISTOKIQLE.

mille hommes périrent dans ces circonstances critique», et que le pays le plus fertile demeura désert et privé de bras, ce qui fit un très-grand mal aux chrétiens propriétaires; car ils furent obligés, quoique sans revenu, de porter d'année en année leur impôt au fisc, qui ne leur accorda aucun répit ni remise à raison de leurs pertes. Cyrille n'est pas tout à fait de cet avis, ainsi qu'on le verra dans l'histoire de 53 1.

Ailleurs {Ànecd., XXVII, 3 et 7) Procope raconte l'histoire d'Arsenius, dont le père et le frère, samaritains de foi, mais chrétiens en apparence, habitaient Scythopolis, et persécutaient par ses conseils les chrétiens. Ceux-ci, s'étant révoltés contre eux, les massacrèrent avec des circonstances cruelles; il en résulta de nombreuses calamités en Palestine. L'empereur ni Théodora, dont Arsenius était l'affidé, ne sévirent contre lui, quoiqu'il fût la principale cause (au moins secrète) de tous ces malheurs; ils se bornèrent seulement à lui interdire l'entrée du palais, afin d'apaiser les plaintes que les chrétiens en portaient.

Cet Arsène fut envoyé peu de temps après à Alexandrie, pour seconder le prosélytisme si fort à cœur à iustinien ; mais par là même il encourut la défaveur de Théodora, qui, comme on l'a vu, tenait pour le pani contraire. Arsène fut impliqué dans le meurtre du diacre Psoës, et empalé par le nouveau gouverneur, de l'ordre de Théodora.

Evagrius (IV, 11 et 12) se borne à mentionner, d'après Procope, mais en quelques mots, la première victoire des Romains sur les Perses, entre Dares et Nisibe, gagnée par Bélisaire et Hermogène, les événements d'Arménie et les incursions d'Alamotindar, chef des Scéuites (Arabes

Ax\ 530. 40ô

vivant sous les tentes), qui mit en croix Timostrate, frère de Rufin, avec ceux qui l'entouraient. Alamoundar et Azareth (sans doute un général des troupes perses, ses alliés) revinrent sur le territoire romain; l'armée romaine fut défaite sur les bords de l'Euphrate vers la fête de Pâque, pour n'avoir pas obéi aux ordres de Bélisaire; et ensuite Rufin et Hermogène conclurent avec les Perses un traité indéfini.

Ce traité étant postérieur à 53o, c'est à la fin de mars de cette année, à l'époque de la Pâque, qu'Évagrius semble placer cette défaite.

Au chap. 16, le même écrivain parle des vingt-sept ans du règne deTrasamond sur les Vandales, et des persécutions dirigées contre les chrétiens par ce prince, et surtout par ses prédécesseurs , chauds partisans de l'arianisme; il suppose qu'elles ont continué jusqu'à l'époque où Justinien, pour les faire cesser, décréta l'envoi d'une armée commandée par Joanuès, préfet du prétoire, dont la mission fut retardée jusqu'à la septième année du règne, c'est-à-dire en 532-533; Bélisaire en fut le général eu chef. — Cet écrivain passe ainsi sur les sept ans du règne d'Hildéric, prince tolérant détrôné par Gélimer.

C'est en l'année 53o que s accomplit cette usurpation, racontée par Procope (G. des F and., I, 9). Hildéric était trèe-lié avec Justinien, dont il se disait l'hôte, et auquel il adressait des présents, qui étaient échangés. Gélimer, descendu comme lui de Giserich (Genséric), profitant de l'inexpérience militaire de Hildéric, et de l'impopularité dont il était frappé par suite d'un échec que lui avaient fait subir les Maures (Maurusiens) et de sa déférence envers Justin et Justinien, forma un complot avec les plus vaillants de la nation, et se fit proclamer

lOfl CHKONOLOGIK HISTORIQUE.

roi. Il fit prisonnier Hildéric, avec Hoamer son général et Evagès son frère. Justinien écrivit à ce sujet une première lettre à Gélimer, pour l'engager à attendre la mort d'Hildéric, alors avancé en âge, et à se contenter du gouvernement dont le testament de Genséric lui assurait la survivance. — Gélimer, sans lui répondre, craignant une diversion armée, fit crever les yeux au général Hoamer, et resserra davantage la captivité d'Hildéric et de son frère. Justinien lui adressa une seconde lettre menaçante, demandant qu'on lui renvoyât les deux princes et le général aveugle. Gélimer lui répondit par un refus, prétendant d'ailleurs avoir été légitimement appelé au trône par les chefs des Vandales. — Dès ce moment Justinien médita l'expédition d'Afrique, sur laquelle il consulta Bélisaire, rappelé de l'armée de Perse (en 53 1).

Ce récit fait voir combien les écrivains ecclésiastiques exagèrent, et dénaturent l'histoire. Les chrétiens jouirent du temps d'Hildéric de la plus profonde paix; et la cause de la rupture de Justinien et de Gélimer tient uniquement à l'usurpation de celui-ci.

Jean Malala rapporte au consulat de Lampadius et d'Oreste (XVIII, p. 452-439) le commencement des hostilités entre Gildérich (Hildéric) et son cousin germain (tçaotXfpo;). Ce prince se plaignit à Justinien de ce que son parent , après avoir fait la guerre aux Maures (Maurusiens) avec l'armée qu il lui avait confiée, et leur avoir enlevé Tripolis, Leptome, Sabatha et la Bysacin, qu'ils avaient pris, avait fait alliance avec eux, avait arboré Llétendard de la rébellion, l'avait fait prisonnier avec sa femme et ses enfants à Carthage KapTayévT))^ et avait mis à mort ses conseillers. — L'historien ajoute que Gélimer, l'usurpateur, rnvoya des présents à Jus-

tinien, et que celui-ci lui renvoya son ambassadeur avec opprobre (là se place la première lettre dont parle Procope). Justinien envoya aussi Magistrianus à Rome pour engager Athalaric à ne pas reconnaître Gélimer; celui-ci obtempéra à cette invitation (XVIII , 460).

A cette époque, l'empereur, voulant combattre les Perses, réunit par terre, et aussi par mer (sans doute contre Gélimer), une armée capable de protéger les frontières. Cependant il avait envoyé déjà (p. 45a) des ambassadeurs, Hermogètie et Rufin , pour négocier avec Cabadès. Ceux-ci s étaient rendus à Dares (Anastasiopolis), attendant une lettre d'introduction. Les armées s'étaient réunies; Bélisaire, à la tète des Romains, avait reçu le choc d'une armée persane de soixante-dix mille hommes, commandée par Méram (ou le Miramès, généralissime) et le fds du roi des Perses, partis de Nisibe; il avait pris son étendard , avait tué un «le leurs chefs , et les avait forcés de se retirer à Nisibe. A cette nouvelle, Cabadès avait consenti à recevoir Rufin, avec le comte Alexandre (au lieu d'Hermogène), comme ambassadeurs (XVIII, 453).

Malala, XVIII , p. 44 ~S parle de la révolte des samaritains comme arrivée au mois de juin de ! Indiction Vil (quand Cyrille Ta mise à la VIII e au mois de mai, c'est-àdire en 53o). Nous croyons qu'il faut lire VIII e dans son texte; car il a raconté bien des événements depuis qu'il a parlé, p. 4*8, du deuxième consulat de Justinien, correspondant aux quatre derniers mois de l'Indiction VI e et aux premiers de l'Indiction VII; et il se trompe évidemment quand, p. 44$) M parle de la promulgation du code de Justinien qui a eu lieu en avril 529, après les événements de juin et de juillet, p. 445 et 447*

408 CHRONOLOGIE HISTOIUQUE.

Quoi qu'il en soit, il ajoute au récit de ses devanciers ces particularités : i° que l'empereur irrité fît couper la tète sur les lieux au commandant Bassus, qui n'avait pas empêché l'émeute de Scythopolis , signal de la révolte; a° qu'un chrétien, Nicéas, remporta le prix aux courses que le roi des insurgés, Julien, fit célébrer à Néapolis ^Sichem),et que celui-ci lui fit couper la tète quand il se présenta pour recevoir son prix ; 3° que les commandants delà Palestine et le duc Théodore à leur tète, avec le phylarque (chef des Saracènes ou Arabes) (le la contrée, combattirent Julianus, le tuèrent, ainsi que vingt . mille des siens; 4° que le phylarque y fit en outre vingt mille prisonniers qu'il vendit aux Perses et aux Indiens (sans doute Arabes Homérites) ; 5° que néanmois Justinien, mécontent du duc, qui avait laissé piller et brûler par les samaritains beaucoup d'habitations, même dans les villes, le destitua, le fit mettre en prison, et mit à sa place Irénée d'Antioche; 6° qu'enfin ce dernier dissipa entièrement les restes de l'armée insurgée, qui s'étaient réfugiés dans l'Arpaziris, la Trachône et la montagne de Fer.

Cette insurrection, à laquelle les juifs étaient mêlés avec les samaritains proprement dits, ressemble, comme on le voit, à celle de Simon Barcochebas, sous Adrien , auquel M. Saulcy vient de faire une si grande part dans la numismatique hébraïque (i 854, in-8°) aux dépens «le Simon Machabée. Rlle paraît en effet avoir duré plus d'une année, et elle a pu commencer en 5^9»

Malala raconte ensuite l'histoire d'un chien savant qu'on disait inspiré par l'esprit de Python; puis l'apparition d'une comète qui dura vingt jours, et qu'on appela Lampadias.

Les ambassadeurs étaient revenus, au mois de septembre, de Perse, munis d'un traité, ou plutôt de préliminaires, qui causèrent une grande joie à Justinien; mais, dans l'intervalle, Cabadès avait reçu de quelques notables samaritains la promesse d'une diversion de cinquante mille hommes, avec lesquels il pourrait s'emparer de la Palestine et des richesses des lieux saints. (Ce récit semble bien indiquer que la révolte des samaritains date de cette année, et non de 529.) Cabadès, pour ne pas donner suite au traité, allégua la perte des mines d'or dont les Romains s'étaient emparés en Persarménie (ceci se réfère sans doute au récit de Procope sur la reddition de Pharangion). Cinq des samaritains, à leur retour de Perse, avaient été arrêtés et conduits devant le général de l'Orient (Bélisaire), qui leur arracha l'aveu de leur trahison et en informa Justinien.

Celui-ci n'en reçut pas moins l'ambassadeur de Cabadès et le renvoya avec des présents; mais, informé par Un fm de la perfidie des Perses, il pressa le roi des Indiens Aux limites, qui avait vaincu les Homérites et leur avait imposé Anganès pour roi, de faire diversion en sa faveur. Celui-ci avait reçu l'envoyé de Justinien , qui avait remonté le Nil, traversé la mer Indique (sans doute le golfe Arabique), et était arrivé auprès du prince Indien Élesboas. Il signifia au roi des Perses son alliance avec les Romains, envahit la Perse avec les Indiens Saracènes , et ravagea cet empire.

Pour que ce récit soit intelligible, il faut admettre qu'Élesboas et ses Auxumites, quoique éthiopiens, Anganès et les Homérites, quoique Arabes, contigus à ceux d'Alamoundar toujours allié des Perses, purent traverser le golfe Persique, ou l'embouchure de l'Euphrate

410 CHRONOLOGIE H1STOKIQUK.

pour combattre Chosroès; mais ces contrées sont à des distances considérables, et séparées par des déserts sans eau. Procope les déclare infranchissables.

Après le récit de la diversion d'Elesboas et des nouveaux armements de Justinien , Malala mentionne les négociations autorisées pour le rachat des prisonniers d'Alamoundar, qu'il appelle petit roi des Saracènes. Cependant il y eut de grandes collectes faites par Éphraïm (Éphrem), alors patriarche d'Antioche, et par les magistrats, pour satisfaire sa cupidité (XVIII, 46*i), et l'on sait qu'Alamouudar fut toujours redoutable pendant le règne de Justinien , qui lui payait un subside. — Malala est mal informé.

Une nouvelle mission fut donnée à Hermogène en Orient, à l'occasion d'une nouvelle invasion des Perses et d'Alamoundar, qui, par Circésium, sur l'Euphrate, arrivèrent jusqu'à Callinique de l'Osrhoène. Procope parle de cette campagne (G. des Pers. % 1, 18) comme ayant eu lieu après la quatrième année de Justinien (l, 17, p. 81), c'est-à-dire en 53 1. Nous devons donc ici interrompre l'analyse de Malala, quoique plus bas (p. 46*5) il parle du remplacement de Julien par Jean de Cappadoce dans la préfecture du prétoire, événement qui , d'après les lois nombreuses du Code , appartient à l'année du consulat de Lampadius et d'Oreste.

Le même écrivain parle ensuite (XVIII, p. 47°) des lois faites cette année pour abréger les procès, et ajoute que les Antiochiens les firent graver en lettres grecques. Ces lois ne peuvent être que celles ci-dessus analysées du 27 et du 29 mars 53o, confirmatives de constitutions précédentes.

Mais on a déjà vu qu'à l'égard de ces lois, sa Chroni-

que n'est pas parfaitement d'accord avec les dates authentiques du Code.

La Chronique paschale, ou Alexandrine, place expressément en 53o, ou dans l'Indiction VIII, la révolte des samaritains, la création de leur roi éphémère et leur défaite, qu'elle attribue à Irénée, fils de Pentadius, général en chef dans ces contrées; elle constate que la prétendue conversion des samaritains n'était qu'apparente, et que les magistrats du pays, corrompus par des présents, leur abandonnaient l'exercice de leur religion. Voilà l'effet de la persécution insensée de Justinien.

Théophane le Chronographe , qui paraît aussi placer l'événement au mois de juin 53o (p. 274)» prétend que Dieu livra les samaritains à Justinien , qui les fit périr tous!

On sait que cet écrivain fait remonter l'avénement de Chosroès à Tan 5a6, c'est-à-dire cinq ans trop tôt (p. 264). Il parle aussi de la mission secrète des notables samaritains en Perse, de leur arrestation à Ammidion (Amida) et de l'aveu qu'ils firent à Bélisaire; de la mission d'Hermogène qu'il substitue à Rufin; du revenu des mines d'or d'Arménie, qui rapportaient un talent à chacune des deux nations, les Perses et les Romains.

C'est dans l'Indiction VIII , an du monde 6022 , par conséquent c'est bien en 53o qu'il parle des grandes poursuites faites par Justinien contre les hellénisants, c'est-à-dire les partisans de la religion grecque, plus ou moins modifiée, et contre toute hérésie, et de la confiscation de leurs biens.

Quoique les lois du Code sur ce sujet ne prononcent

pas expressément cette confiscation , on a vu que les mesures prises par elles sont équivalentes.

Théophane rapporte à ce sujet (p. 276) que Macédouius, ex-référendaire, et Asclépiodote , ex-gouverneur, furent mis en jugement pour cause religieuse; celui-ci par peur fit une profession de foi orthodoxe, et mourut. Pégasius d'Héliopolis , avec ses fils, furent soumis à une enquête; Phocas, le patrice, fils de Cratère, le questeur Thomas et d'autres furent aussi arrêtés; la terreur se répandit partout. Justinien aurait bien dû soumettre la foi de Théodora à une enquête; mais il n'osait.

L'empereur édicta que les hellénisants et les hérétiques ne seraient pas reçus dans les emplois publics s'ils ne devenaient orthodoxes, et leur accorda trois mois pour se convertir. Déjà ce délai leur était accordé par la loi de 5*8. Paul, diacre, en parle pour l'an 3 du règne, c'est-à-r dire en 629 (liv. XVI). Quelle prime donnée à l'hypocrisie, et combien d'exemples il y a, sous ce règne, de fausses conversions, avouées par les écrivains ecclésiastiques !

Au mois de mars de la même Indiction VIII, Hermogène, ex-consul et maître des offices, et le patrice Rufin, ex-général en chef, qui étaient à Antioche, partirent pour Dares en demandant leurs lettres d'introduction. Cependant une grande armée persane, au mois de juin, partie de Nisibe, livra bataille et la perdit. Théophane considère cet événement comme une grande victoire ; car, à celte nouvelle, le roi des Perses manda Rufin avec le comte Alexandre (il n'est plus question d'Hermogèue), et l'on tomba d'accord sur la paix, au mois d'août.

Cette année est aussi indiquée comme la première du pontificat de Boniface II à Rome; l'apparition pendant

Page 1