FIN
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"^ /-.^ Airant-Propos, — Saint-Trëzaiii,
On sait que THibernie, amenée au christianisme par les prédications de saint Patrice, mérita le glorieux surnom de ïlle des Saints, C'est effectivement de ce pays que sortirent ces pieux personnages qui vinrent à leur tour christianiser certaines contrées de notre France restées dans les ténèbres du paganisme. Marlot, dans son Histoire de T Eglise de Reims, à propos dé l'émigration de saint Gibrien et des siens, s'exprime ainsi : c On s'étonnera d'abord pourquoi une famille entière, comme celle de saint Gibrien, quitta son pays natal pour vivre pauvrement en un royaume étranger. Certes, bien qu'on puisse dire que la haute réputation des vertus de saint Remy répandue partout, ait attiré ces saints Hibernois dans la France, il se peut faire aussi qu'ils aient été induits pour diverses causes, et que la persécution des Pietés fut Tune des principales de leur voyage... On peut encore attribuer la cause de cet acheminement au naturel des habitants de llsle, Alii ultrô sibi exilium indicentes, pro Christo pèregrinari volentes, et ignares erudire eupientes, relictà Hiberniây tanquam grèges philosophorum, ad lit tara gallicana comniigrabant. Saint Gibrien ayant donc résolu de faire voile en France, avec ses frères et sœurs, fut l'ange directeur de leur voyage, ayant déjà le caractère de prêtrise avant que de partir, suivant les plus sincères
54 ABRAYE D'aVENAY
manuscrits suivis par Flodoard, et que je trouve confirmés par une ancienne vitre de l'église* de Saint-Remy, où saint Gibrien est en habit de prestre, célébrant la sainte messe en présence de ses frères, auxquels il donne la bénédiction, et les marques de pèlerins, avant que partir. Leurs noms estoient Hélain, Trésain, Germain, Veran, Âbran, Petran, et les trois sœurs Francle, Prompta et Posenna. — Geste bienheureuse troupe que les originaux marquent avoir esté du sang royal, estant arrivée en f^rance s*arresta d'abord dans la province de Champagne... Saint Remy reçut Gibrien avec toutes les marques de bienveillance et lui assigna un village près la rivière de Marne, nommé Gosle pour y vivre en solitude... »
U parait constant que tous les membres de la colonie hibernoise prirent établissement et racine dans nos contrées, à peu de distance les uns des autres, et sur les bords de la Marne, comme le dit la chronique invoquée par Flodoard. Ainsi trouvons-nous encore aujourd'hui saint Verain, patron de Matougues, où il fut inhumé; Germam, patron d'Avize; Agnan, patron de Fontaine; Hélain, patron de Bisseuil ; Trézain, patron d'Avenay, tandis que Gibrien, le plus renommé d'eux tous, quoique enseveli à Gosle ou Goolus, donnait son nom au village de Saint-Gibrien, et était pris pour patron des églises de Fapières et de Cramant. — Le martyrologe de saint Thrmothée de Reims assignait le décès de saint Hélain aux nones d'octobre : Nonas octobris, in pago qui dicitur Buxiolus (Bisseuil) deposHio sancti Helani presbyleri et confessoris : s'y trouvait également mentionné au IX des calendes de juin, le décès d'une des sœurs des sept frères, celui de Posenna, pareillement qualifiée sainte: IX caîendas junii, in vico Bosiono (Bouzy) super fluvium Matronam^ depositio sanctœ Posennse virginis, — Quant à saint Trézain, le martyrologe de saint Rémi s'exprime ainsi : VI idus februarii in pago Remensiy sancti Trezani transitas, qui fuit presbyter sub sancto Remigio, a sancto Gene^
APPENDICE 3o
baudo, Laadunensi primo episcopo, ordinatiis, frater sancti Gibriani, apud Avennacum quiescit.
Nous n'avons pas trouvé à quelle occasion et sous quelle abbesse eut lieu la translation des reliques de saint Trézain en réglise abbatiale. Il est à présumer qu'elle ne se fit pas sans opposition de la part des communiants parois* siens, mais qu'elle s'exécuta en vertu du pouvoir seigneu* rial et discrétionnaire de l'abbesse. Quoiqu'il en soit, Tune des sources dont la miraculeuse quenouille de sainte Berthe dota les jardins du Breuil, fut mise sous l'invocation de saint Trézain, et ses eaux, particulièrement renommées comme exquises, participèrent avec les eaux de la splendide fontaine de sainte Berthe, à l'honneur d'attirer les pèlerins et de concourir à la guérison des malades. Et de nos jours encore les fidèles qui, de temps à autre, entreprennent le pèlerinage d'Âvenay ne manquent pas de visiter avec confiance la citerne de saint Trézain, presque égale en célébrité à la fontaine de sainte Berthe.
Bibliographie, — D s'en faut que nous ayons pu consulter toutes les éditions qui ont été données de la vie et légende de saint Trézain. Flodoard, ainsi que nous l'avons dit, avait emprunté son récit à une vieille chronique qui se conservait de son temps chez les moines de Saint-Remi de Reims. Le Minime J. Colgan, dans la notice qu'il a donnée de notre saint, in Actis SS, Hiberni^, prétend que le corps de saint Trézain reposait dans l'église de Saint- Remi de Reims. Ce qui a pu tromper cet hagiographe, c'est que les reliques de saint Gibrien, frère aine de saint Trézain, furent effectivement, dès le temps de l'archevêque Foulques (883-900), transférées à Saint-Remi, où elles restèrent en grande vénération. Quant à saint Trézain, Flodoard et les Bollandistes ne laissent aucun doute que son corps fut à Avenay, liic S. TrezanuSj presbyteri sseculo VI traditum sepullurse est corpus asservaturq, etiamnum. C'est ce que confirme l'ofiice et la légende dont
86 ARRAYE d'aVENAY
Madame deLinanges a donné en 1557 une si belle édition. Et celle imprimée depuis par ordre de Madame de La Marck (édition que nous avons le regret de n'avoir pu retrouver), confirme également cette tradition. Les Bollandistes nous donnent de la préface de ce livre un précieux extrait :
Francisca à Marcana antislita Aveniacensis, in praefat. ad officia propria Sanctorum illius monasterii, quae ipsa, Clementis VIII Pontificis maximi, ac Philippi archiepiscopi Remensis auctoritate, ad Romani Breviarii formam restitula, excudi Remis an MDG curavit, ita suas alumnas allôquitur :
« Et nos {\)y honœ et dilectse filise meœ, in paupere hac nostra reUgiosa domo ac cœtu, honoramus corpora SS. Gomberti, Bertae, Tresani ; quorum méritis ac sufTragiis, locus nostrse habitationis felicitate cumulatur ac gratiâ Dei, qui sanctorum horum corporum praesentiâ, frequentia operatur miracula, ac res naturae vim longe superantes planèque divinas, uti in dies oculis perspicere quivis potest. Ac deinde se plurimum collaborasse ait, ut per homines peritos concinnarentur officia gloriosorum illorum sanctorum, quorum corpora in eâ ecciesià quiescunt; — primo autem loco est officium S. Tresani, ad octavas usque ordinatum. »
Après rédition de Madame de la Marck, il nous faut encore mentionner celle que René Benoît a donnée en français, d'après une autre plus prolixe publiée à Reims par Pierre Vieillo. Puis une autre arrangée en style moderne
(1) « Et nous, mes chères bonnes filles, nous honorons les corps des « SS. Gombert, Berte et Trésain dans notre pauvre et religieuse maison » et convent, par les mérites et suffrages desquels notre monastère est « comblé de félicités et de grâces de Dieu, qui h la considération de « ces saintes reliques opère de fréquents miracles et des prodiges ex- « traordinaires, ainsi que chacun peut en rendre témoignage. . . » Puis après quelques autres propos Madame de la Marck ajoute : « Ces Offices • de ces glorieux saints, dont les corps reposent en cette église, ont « été rassemblés par des hommes capables... » Et en premier lieu figure l'office de saint Trezain et l'octave^ suivant l'ordinaire,
par Guillaume de Douai, chanoine régulier et tirée, disent les BoUandistes, d'un manuscrit de Nicolas Belfort. — David de Cambrai en cite une autre faite sur un manuscrit du monastère de Saint-Rerai, abrégée sans doute de de celle que vit Flodoard et que Colgan a également consultée, mais qu'il déclare pleine de fautes, tant de style que d'impression. Il y est dit que saint Trézain voulut, par un travail servile, chercher à gagner sa vie qu'il ne pouvait espérer trouver dans Texercice de son saint ministère. — Citons encore la Vie de saint Tressain, confesseur, patron de T église parochialle dAvenay que le P. Dom Laurent Majoret, a mise à la suite de sa Vie de sainte Berthe, Toul, i6S0.
Depuis, on a réimprimé, à diverses reprises, la légende de saint Trézain, et les fidèles conservent encore quelques exemplaires de V Office de saint Trésain, prêtre, patron de la paroisse d'Avenai, diocèse de Reims, à f usage de ladite paroisse. A Reims, chez Jeunehomme, imprimeur du Roi et de Son Excellence Monseigneur TArchevêque. — MDCCLXXXIII, avec approbation et' privilège du Roi, pet. in-12 de 21 p. Cet office diffère complètement de Toffice de Madame de Linange. La narration historique des leçons est singulièrement modifiée : on en a supprimé, par considération sans doute pour Messieurs d'Ay, tout ce que nous apprend la légende primitive des dénonciations formulées par leurs ancêtres contre le pauvre pâtre, et les malédictions qui ont frappé les dénonciateurs. Il n'y est rien dit des prodiges opérés par l'intercession de saint Trésain, non plus que de la miraculeuse translation de son corps de Mai'euil à Avenay. On voit que la critique philosophique du xviii® siècle a présidé à cette édition. Voici en quels termes il est parlé finalement du saint : Tandem jejuniis^ laboribusque confectus virtutum ac meritorum plenus, perceptis Ecclesiœ sacramentis, corde et oculis in cœlum intentis, die septima Februarii migravit ad Dominum, Sepultus est Aveniaci, ejusque reliquiœ in
Ecclesia Abbatiali dicti loci religiose et studiose con^ servantur et coluntur.
On a réédité textuellement cet office en 1818.
Nous ne terminerons pas cette note bibliographique sans rappeler une petite gravure de Lochon, représentant la dernière communion de saint Trésain. Le malade, revêtu de ses vêtements sacerdotaux, agenouillé au pied de son lit, va recevoir le saint viatique que lui présente un prêtre debout, entouré de quelques acolytes. Âa bas de Testampe, se lit une Oraison à saint Traisin (sic), patron d'Avcnay. Cette gravure d'une exécution médiocre, n'est point citée dans Tœuvre de Lochon, et ne se trouve plus facilement. — Nous croirions volontiers qu'elle a été exécutée en rhonneur du chanoine janséniste Gérard Rousse ( Voy. son histoire, p. 401 du présent volume), dont elle semble bien plus rappeler les traits que ceux de saint Trésain. Les accessoires de la scène reproduite sont du xviii® siècle et n'ont rien du VI^ Il se peut donc que cette gravure ait été faite pour populariser le culte de saint Rousse, et qu'en présence des persécutions qui menaçaient les jansénistes, l'éditeur après coup, ait jugé à propos de transformer rémule du diacre Paris en notre saint Trézain, patron de réglise paroissiale, ce qui lui permettait de continuer k vendre sa gravure. — Nous laissons juges de cette conjecture ceux qui connaissent la gravure de Lochon.
l'* Abliesae* — Sainte Berllte*
Une ancienne version qu*a suivie le P. Majore! dans sa Vie de saint Gombert, mais que l'on ne trouve point dans XOtGcium Gomberti non plus que dans la Légende qui lui fait suite, édition de 1557, ni dans le bizarre volume du P. Binet, donne à entendre que Gombert, malgré sa continence et son goût pour la vie ascétique, cédant aux sollicitations de sa famille, avait contracté une première union, avant d*épouser la jeune et vertueuse Berthe. c L'histoire ancienne de sa vie, dit Majoret, taist et le nom et les qualitez de cette première femme ; et tout ce que nous apprenons de ce premier mariage est que saint Gombert en eut deux enfants, lesquels nonobstant les rares exemples de toutes vertus que leur bon père leur donna et les salutaires instructions qu'il leur fit, se laissèrent emportera tous les vices et desbordements... Cette première femme vescut si peu d'années depuis qu'elle eut l'honneur d'estre mariée avec S. Gombert, lequel demeura veuf en la fleur de ses ans et avec une résolution plus ferme que jamais, de n'entendre plus à aucun mariage. »
Poursuivant son hypothèse, Majoret n'hésite pas à charger ces deux fils de saint Gombert du meurtre de sainte Berthe. « Ces deux jeunes seigneurs ne voyaient pas sans grand dépit que sainte Berthe employait nonseulement tous ses biens patrimoniaux mais aussi ceux que saint Gombert lui avait laissés à l'entretien de son monastère et à la nourriture des pauvres. Possédés d'un esprit d'avarice et d'un désir insatiable des biens ^e la terre, ils conceurent une telle haine contre Madame sainte Berthe,... qu'ils arrestèrent entr'eux de luy osier la vie. Ils gagnèrent donc Muncie, leur cousine, niépce de saint Gombert, etc. »
lia Légende de sainte Berthe^ édition de 1557, ne fait
pas de Muncie une nièce de saint Gombert, mais une simple religieuse jalouse et ennemie de la sainte fondatrice, et les deux meutriers, suivant ce texte, ne sont point les fils, mais les neveux de saint Gombert. C'est la version la plus ancienne et celle que nous avons dû suivre.
Les offices de saint Trézain, de saint Gombert et de sainte Berthe, publiés par Madame de Linange et dont le texte est emprunté à d'anciens manuscrits, se composent d'antiennes et de répons d'hymnes et d'oraisons. Il est à remarquer que les répons de l'office de sainte Berthe contiennent en vers hexamètres l'abrégé de sa vie. La forme en est vive et d'un faire qui ne manque pas d'une certaine élégance. Les Bollandistes ne doutent pas que ce récit ne remonte à une haute antiquité.
Nous faisons suivre chaque stance latine de la traduction française qu'en a donnée Madame de Linange ellemême.
Sancta Dei Bertha, prsedulcis Francis alumna, A Summis Procerum generosum protulit ortum, Cum carnis génère mentis proba nobiiitate.
Saincte Berlhe, amie de Dieu, nourrie en France, Est sortie de grande lignée Noble de race et d'esprit.
Sponsa fuit sponso, conjuncta beata beato, Par insigne animis Gumberto Bertha fidelis, Proie tamen cassa, latet an sit et inviolata !
L'espouse bien heureuse a esté accompagnée de Tespoux bien heureux Semblables du tout en esprit et d'une même volonté Tant que Sainte Berthe, n'ayant point de lignée, on est en doute de sa
[virginité.
Desolata viro migrante beata virago Guncta fere spreto pede repulit infima scelo Permutans pùllo rutilantia flammea vélo,
APPENDinE 61
Sainte Berthe séparée de son mary Comme ayant l'esprit fort et viril
A repoussé toutes richesses et mis sous le' pied toute mondanité, Changeant ses vestemens riches et reluisans, en hahits de deuil et de
[simplicité.
Dum sancta explorât quo diva babitacula condat, Angelico Visu super hac re certificatur, Monstratur que locus vallis prius aurea dictus.
Pendant qne S. Berthe estoit en peine où elle bâtiroit un temple en
' [l'honneur de Dieu, Par la vision de l'ange fut faicte certaine de son désir : Le lieu lui est monstre qu'auparavant on appelait le Val d'Or.
Omnibus extructis, dum mater tractât herilis Quisnam illus Domini famulatu militet ordo Virginibus septa visa est sibi virgo Maria.
Le monastère achevé de bâtir et parfaict, comme la noble mère peasoît Quelles personnes elle y mettroit pour servir au seigneur Dieu, La Vierge Marie, comme environnée de vierges, s'apparut à elle en vision. Lui monstrant par ce, qu'elle devoit dédier aux vierges son monastère,
Sic monstrando locum monialibus instituendum. Temporibus priscis aqua decrat sedibus i&tis Undè gravata dum sancta exposcerct almum Fons certusque locus sibi coelitus insinuatur Qui Virtus dictus jacet ad tria millia passus.
Le temps passé, en ce lieu, on avoit faute d'eaue Dont la bonne Dame en peine, pour ce faisant requeste à Dieu Une fontaine lui est monstrée par ordonnance céleste Laquelle appelée Vertu est distante du lieu de trois mille pas.
Illuc cum libra nummorum sancta profecta Post quam pro pretio fuit illam solvere presto Per trahit arva colum, sic ducens ad sua rivum Quo Huit usque hodie servans cognomina Librœ,
6â ABBAYE D*AVENAV
Sainte Berthe ayant porté le prix
Et prest à le délivrer,
D'une quenouille elle fit une roye par laquelle Teau la suivit
Jusques à son lieu en grande abondance, par où elle coule encore
Jusques à ce jour, gardant le nom de Livre,
Félix et Domino gratissima Bertha supremo Dum per multipliées mundo obluctata labores, Testata est Christi quantum Victoria possit. Tandem martyrium per agens petit alta polorum.
Sainte Berthe bienheureuse et agréable à Dieu
Après avoir labouré et travaillé Pour le nom de Jésus-Christ de toute sa puissance, Finallement recevant la couronne du martyre' elle est montée aux cieux
[avec les bienheureux.
Quae divina videns, et jam sine tempore gaudens Christo, cui placuit, precibus nos jungere poscit.
Ou ayant la vision de Dieu et joie éternelle Puisse par ses prières nous obtenir la grâce de J.-C. auquel elle a
Xesié agréable.
Christe, salus nostra, tibi laus et gloria cuncta, Qui nobis oriens lux, atque redemptis vera, Nos tants matris donas prsdivite gleba : Cujus nos precibus pius abstrahe mortis ab umbra.
O Jésus nostre salut, louange soit à toy et toute gloire! Pour ce que comme nostre lumière et vraye rédemption Nous a donné une mère si excellente et vertueuse. Par les prières de laquelle retire nous, Seigneur pitoyable, de Tombre
[de mort.
Nous ne pouvons pas quitter la notice de sainte Berthe sans rappeler une singularité historique : la coïncidence d*une autre sainte Berthe, contemporaine de la fondatrice de Tabbaye Saint-Pierre d'Avenay, et fondatrice ellemême d'une abbave de Bénédictines au diocèse de Thé-
rouanne, pays d'Artois, dont on vient d'essayer de rétablir le culte et le pèlerinage. Voici le récit que nous fournissent les Annales bénédictines du mois de juillet, page 66.
SAINTE BERTHE, ABBESSE — (4 juillet).
Ce jour on fait mémoire de l'illustre Berthe, première abbesse et fondatrice du monastère de Blangy (1). Elle avait été engagée dans l'état de mariage étant encore jeune et eut pour mari le prince Siffroi, du sang royal de Clovis, duquel elle eut cinq filles. Mais aussitôt que la mort eut enlevé son époux du monde, et que par conséquent elle se trouva délivrée de la servitude et maîtresse de sa liberté, elle en fit uo sacrifice à Notre-Seigneur, lui protestant que son cœur ne serait plus partagé et qu'il en serait désormais le souverain : elle lui demanda seulement la lumière dont elle avait besoin pour faire le cboix de la vie nouvelle quelle était résolue de commencer, mais qu'elle n'osait entreprendre qu'avec sa grâce.
Après une longue et ardente prière et un jeûne de trois jours. Dieu envoya un ange à notre sainte veuve pour lui marquer le lieu où elle devoit bastir un monastère, qui fut la ville de Blangy sur la rivière appelée Ternoys. Là, cette admirable femme, ayant renoncé aux voluptez du siècle, se revestit de nostre sainct habit et sacrifia avec sa personne, Gertrude et Téotite, ses deux aisnées, qui furent les pierres vives de la nouvelle maison de Dieu. Voici un trait digne de la générosité de la mère et de la bienheureuse Gertrude. Celle-ci étoit belle et plaisoit aux yeux d'un prince du pays qui ne cessa de la persécuter pour la ravir à l'époux céleste. Sainte Berthe, voulant arrêter ses téméraires et le détromper une bonne fois des prétentions téméraires qu'il avoit sur elle, la mit au coin de l'autel, puis fit ouvrir les portes de l'église à cet amant, en présence de plusieurs personnes, et lui parla en ces termes : « Voicy, lui dit-elle, l'épouse de Jésus-Christ,
(1) Les religieuses y subsistèrent jusques aux incursions des Nor« mands qui brûlèrent le monastère. Il fut rétabli dans le xi' siècle, mais par des moines du même ordre, que le comte de Flandres y fit venir l'an 1032. Il subsistait encore au moment de la Révolution. Les moines avaient eu le crédit de faire revenir dans Tabbaye de Blangy les corps de sainte Berthe et de ses deux filles, sainte Gertrude e sainte Destile, du monastère d'Alziac, près de Strasbourg, où les religieuses les avaient transportés en fuyant les Normands,
64 ABBAYE D^AVENAV
elle a esté voilée par la main des Evêques, et consacrée à Dieu devant cet autel : si vous osez la ravir à Nostre-Seigneur, faites-le ; car, pour nous autres, rinfirmité du sexe ne nous permet pas de vous combattre par la force; mais Dieu est notre protecteur; et assurément nous ne périrons pas entre ses mains. »
Le jeune prince fut frappé de crainte à la voix de cette héroïne chrestienne sans toutefois amollir la dureté de son cœur par la pénitence : mais au lieu de ses premières poursuites qui tendoient à l'amour, 41 ne cessa de persécuter l'innocence de cette nouvelle famille et lui rendre tous les mauvais offices que la colère et la vengeance lui purent fournir qui n'eurent pourtant aucun effet. « Parce qu'çn vain on jette a des traits contre ceux que Dieu cache dans son saint tabernacle et « dans le secret de sa face : ils sont à couvert du trouble des hommes « et de la contradiction des langues », a dit le Psalmiste.
Sainte Berthe a esté honorée de la gloire des miracles devant et après sa mort et a mérité que son nom fut inséré dans le martyrologe de l'ordre de Saint-Benoist. — {Ann. bénédict. juil., p. 66.)
Saint Gombert.
Suivant le martyrologe de saint Thimothée, saint Gombert est désigné sous le titre de Roi ; Calendis Mai in territorio Remensi, qui vocatur Avennacus pagus, passio sanctse Berthœ uxoris sancti Gomberti Régis,
C'est vraisemblablement d'après cette autorité que nous retrouvons dans toutes les imageries, médailles, statues et figurines exécutées en son honneur, saint Gojnbert avec les ornements et attributs de la Royauté, debout, ou assis sur un trône, avec le sceptre et la couronne royale. Mais nous devons avouer que nous ne lui voyons ce titre nulle part ailleurs. Seulement, et ce qui est hors de doute, c'est la haute naissance et la grande position que ses parents et lui-même occupèrent sous le règne des enfants de Clovis. Si Ton en croît la légende, reproduite par Flodoard, Marlot et les BoUandistes, le roi Childéric avait pour femme la sœur même de saint Gombert et de saint Nivard ; et Réole, successeur de ce dernier à Tarchevéché
de Reims, avant d*entrer dans les ordres, avait épousé Amathilde, fille de Ghildéric et nièce par conséquent de de saint Gombert et de saint Nivard : saint Gombert était donc Tun des grands seigneurs de France, riche en biens temporels, mais plus éclatant en vertus. Vocatur vir illustris à Flodoard.,, nobilissimus inter Francorum proceres.,. Mais laissons ici parler Marlot :
Saint Réol, que Chesneau nomme Rieul, a esté autant successeur des vertus de saint Nivard que de sa dignité. Il estoit fils d'un comte de quelque quartier de Champagne, dont le nom ne se trouve pas. Ses parents, riches en héritages et d'une extraction fort illustre, le voyant avancé en âge, l'engagèrent au mariage, et lui Itrent espouser la nièce de saint Nivard, nommée Amathilde, fille de Ghildéric, de qui il eut quelques enfants. Cette vertueuse ■ dame venant à mourir, saint Réol résolut de quitte)^ le monde par le conseil de saint Nivard, son oncle, pour vivre régulièrement en l'abbaye d'Hautvillers, avec Gédéon son
fils, sous la conduite du bienheureux Berchaire Gondebert, grand
seigneur de France, lui disputa îes legs pieux que saint Nivard son frère avoit faits aux églises, soutenant avec beaucoup de chaleur que les seigneuries provenant de son patrimoine, tant paternel que maternel, dévoient lui retourner incomutablement, après son décès. — Saint Kéol deffendoit au contraire quelles avoient été laissées pour toujours aux églises par ce saint archevesque, notamment à celle de Notre- Dame et de Saint-Remy et aux monastères d'Hautvillers et de Verzy, où le corps de saint Basie estoit inhumé, et que le même saint Nivard avait fait bastir et réparer à ses dépens ; comme pareillement la donation £siite au monastère des filles, où Bove estoit abbesse, et à l'église des saints martyrs Valere et Rufin. Cette contention s'échaufTant par l'intérest des parties, on^ trouva moyen de les accorder en cette sorte : scavoir que Gondebert retiendroit en sa puissance les héritages situés au-delà du Loire qni venoient d'Emme leur mère, sans que Réol y puisse prétendre aucune chose : et quant aux autres terres que saint Nivard avoit laissées aux saints lieux marqués ci-dessus, et cotées en son testament, elles leur demeureroient inviolables, sans que Gondebert ou ses héritiers eussent le pouvoir d'y contredire. — L'original de cet accord estoit gardé en l'archive de Reims, du temps de Flodoard. Ma.Tlot, t. II, p. 300.
Il résulte de tout ce qui précède qu'avant de prendre le parti de TEglise, Gombert jouissait dans le monde d'une
66 AftBAYE D*AVENAV
grande considération. Il la devait en partie à sa haute naissance et à la position des siens près du roi d'Auslrasie. Plus tard ses vertus, sa charité et les pieuses fondations qui furent son œuvre, le signalèrent comme un homme selon Dieu. Son martyre et les circonstances de la translation de ses restes en l'abbaye d'Avenay dont il avait été le bienfaiteur^ achevèrent de glorifier son nom et de consacrer sa mémoire.
Il y a quelques années que dans ces mêmes contrées de là Marne, rendues célèbres par les exhumations et les découvertes archéologiques de M. Joseph de Baye, un cultivateur mit à j(Jur, avec des débris de poterie galloromaine, un anneau d'or d'une forme antique ociogénale, finement ciselé et présentant au contour du chaton des caractères restés longtemps inexpliqués. De mains en mains, cet anneau passa en celles de M. le baron Jérôme Pichon, président de la Société des Bibliophiles, dont le cabinet, comme on sait, renferme d'inappréciables richesses ; le savant paléographe ne tarda point à reconnaître dans ce bijou une œuvre d'art du cycle mérovingien, de Técole ;de rhabile ciseleur, si connu sous le nom de saint Eloi. Puis, après tâtonnements et en tenant compte des sigles, abréviations ou lettres couchées en usage à l'époque, •M. Pichon lut d'une façon incontestable :
GVNDOPjTlVS uAkYlcf^ G <E0
traduisez : Gumbert agréable à Dieu, — ou plutôt, penserions-nous, Gumbert le pieux — avec Dieu — en d'autres termes : saint Gombert avec Dieu.
Cette interprétation, si bien appropriée au personnage, que, sans connaître l'histoire de saint Gombert, partant sans parti pris, feu Ch. Lenormant adopta et affirma la seule possible, ne peut en réalité s'apphquer qu'à l'époux de sainte Berthe, seul de ce nom au temps mérovingien. On suppose donc que cet anneau, exécuté quelque temps
At>t>ENDlCE
après la mort du saint, devint Tanneau pastoral de saint Réol, nevea de saint Gombert, archevêque de Reims, puis fondateur de Tabbaye d'Orbais, où ses restes furent inhumés.
M. le baron Pichon a fait exécuter la photographie de ce précieux bijou,. qu'il a bien voulu nous autoriser à publier et que nous reproduisons ici.
11^ Abbenfie. — Hadame Bertlie If.
Fiodoard analyse ainsi la lettre d'Hincmar à Madame Berthe IL (p. 29 et 30.)
Berths Abbatissae Avennacî monasterii, pro impedimentis quae fratrès ac servientes monasterii Altvillaris aliarumque viilarum Remens's Ecclesiae patiebantur ab hominibus ipsîus, postquam in hoc regnum illa devenerat. Unde petit ut diligentiam studiumque adhiberi jubeat, ne tanta et sic insolita praejudicia hase patiatur Ecclesia de ipsius vicinitate, de quâ solamen et gaudium pro ipsius bona vita et sobria conversatione habere debebat. Quod si egisset, Deum proinde placabilem sibi faceret, et sanctam Mariam sanctumque Remigium sibi conciiiaret, ab ipso quoque obsequium episcopale haberet. Si vero suos corrigere parvi penderet, ipse licet invitus aures régis inde pulsaret; ut si necesse foret ut in tantum causa excresceret ministerium ecclesiasticum, secundum régulas canonicas, in eam suosque exsereret.
Analyse par Fiodoard de la lettre d'Hincmar à Vimpératrice Irmingarde (p. 31),
Respondens ad litteras quas ipsa (Irmingarda) sibi direxerat significantes intimasse Uli quosdam homines, quia per ejusdem jiissionem multa maia fièrent erga res Avennaci monasterii, Berthae ipsius imperàtricis filiae; Asseverans quoddiabolus per eorum sit ora locutus mendacium, velut est pater mendacii. Si quid vero homines ipsius injuste fecerint in rébus ipsius monasterii, non'denegat : tamen quia et ignoraverit, et non consenserit, nec voluerit indicat. De quodam praeterea manso, quod illa signifîcaverat injuste abstractum a prsfatomonasterio, asserit qnod nulli homini, quantum sibi conscientia testimonium perhibebat, injuste unquam mansum abstulerit, sed apud regem pro eo petierit et obtinuerit ut missos suos dirigeret, qui diligentissime hoc inter Ecclesiae Remensis et Avennaii monasterii possessiones aequa lance indagantes décernèrent. Num ipse qui sua pro Christo dimiserat, nec vellet nec indigeret ut aliéna raperet, ea tamen quae sibi commissa erant. sine ratione et lege negligenter dimittere, non audebat : adjiciens esse multa de ipso monasterio, unde ipsius filiseque suae in-
digebit auxilio : petîtque ut mittat missum suum strenuum et fidelem^cum mîsso filiae su», qui una secum qu» corrigenda sunt ibidem corrigat, ut videat quam intentionem et voluntatem ipse in taiibus habeat, ne ipsis et sibi periculum, quod absit, exinde maneat : petitque ut animus ipsius sit semper sollicitus, ne aliens lingus facile credat maxime de sacerdotibus Christi ; quoniam diabolus, si non potest in alio, in hoc velit intentionem ipsius fuscare, ut eam faciat in opinione indebita sacerdotum errare.... {Flodardi historia remensU ècclesiœ,)
111* Abbesse. — Teutberse.
Analyse par Flodoard de la lettre d'Hincmar à la reine Teutberge,
Teutbergae abbatisss pro ordinatione Avennaci monasterii, quam ipse quondam cum Irmintrude regina disposuerat, de numéro clericorum et nonnatum, atque de rébus villarum ipsius monasterii, videlicet mille centum quinquaginta mansis ; significans se diposuisse viginti clerieos, et quadraginta nonnas ibidem consistere posse/victumque lis providisse, et res necessarias ac ministeriales instituisse, prseter luminaria et caetera monasteriî necessaria : ostendens quod Nivardus Remorum archiepiscopus de rébus Remensis Ecclesiae monasterium Altivillarense eonstruxerit : et frater ejus de suis proprietatibus, et qus alil boni homines ad eumdem locum dederunt, Avennacum extnixerit monasterium, quodque ad Ecclesiam Remensem tradiderit, unde et chartae habebantur id apert» panduntes, sed per regium donum, sicut et alia res hujus Ecclesis, ab externis a longo rétro tenebatur tempore....
Nous allons maintenant commencer la reproduction des chartes contenues au cartulaire de Saint-Pierre d'Avenay, manuscrit du xiii* au xiv* siècle, conservé à la Bibliothèque de Reims : nous en devons la communication à M. Loriquet, Conservateur, dont tous les lettrés connaissent l'obligeance et la haute érudition.
V^ Abbesse. — Madani/D Alix on Aelis.
I, — Donation par Gilbert de Bazoches des dimea de Vattciennca
à Vahbaye d'Avenay.
G. Dei patientia Suessorum dictus episcopus,... ejusdem gratiavenerabili ecclesie Avanensis abbatisse, suisque successoribus canonice substituendis, imperpetuum. Notum fieri volumus tam futuris quam presentibus quatinus Gilebertus, Basularum vicecomes, decimam quam apud Vacennium injuste possidebat, recognita injuria sua in maoju nostra refutans, Avenîacensi ecclesie iu qua ejus filia sub monachali habitu Deo milltabat dari postulavit. Nos autem precibus ejus et pre-
cipue interventu ,
(Le reste manque J (F- 26, W)
II. — Donation par Guy de Chastillon, archevêque de Reims, des autels de Saint-Pierre et Saint'Martin de Somme-^uippe {i050).
In nômine sancte* et individue Trinitatis. Notum esse volumus presentibus et futurîs quod ego Wido archiepiscopus concessi saneto Petro de Avennaco, sanctisque qui in ejus requiescunt ecclesia, altaria sancti Pétri et sancti Martini de Summa Soppia jure perpetuo possidenda, ea videlicet ratione ut si horum altarium persone morte prevente fuerint, vel aliquod crimen commiserint propter quod personatum amittere possint, abba tisse ejusdem ecclesie, alias micbi vel suoeessori meo, loco earum subrogandas liceat representare, que canonise altaribus possint deservire. Et ut boc gratis fiât, nec ab aliquibus successoribus meis, vel archidiaconis eorum, precium pro bis altaribus exigatur, modis omnibus et sub anathemate prohibemus. Igitur ut bec donatio nostra firma et inviolabilis deinceps per omnia tempera maneat, precatu domine abbatisse Alaidis, hinc scriptum fieri voluimus, quod etiam ipanus nostre subscriptione firmavimus, quodque a Warino archidiacono, eu jus archidiaconio predicta subjacent altaria, corroborari fecimus. Actum Remis anno Incarnationis dominice millésime L*"**, Indictione III«, régnante Henrico rege anno XXII, archiepiscopatus supradicti Widonis anno XVIII, presentibus et annuentibus Odone archidiacono, Odalrico preposito, Rachardo decano, Odone cantore, Alberto camerario, Gerardo subthesaurario, Seiberto,
Constantio presbytère, Hugone, Elberto ; de laicis : Harduinus, Bavo, Gongisus, Gooth, Hugo, Stephanus, Gotberlus. Odalricus cancellarius scripsit et subscripsit.
III. — Donation par Renaud du Bellay, archevêque de Reims, de Vautel de Saint Hilaire de Mareuil (1086.)
In nomine sancte et individue Trinitatis , Patris et Filii et Spiritus Sancti. Quoniam salutari sancti euvangelii preceptione instruimur in pauperibus Xristum suscipere, et quod minimis ipsius erogamus ad eum indubitanter pervenire, ego Rainoldus, licet indignus, gratia Dei Remorum archiepiscopus, universis catholice matris ecclesie filiis întimare studui, nos ad preces justamque petitionem Domne Agnetis, Avenniacensis monasterii abbatisse, ecclesie sancti Pétri de Avenniaco altare sancti Hylarii de Maroilo concessisse, ea videUcet ratione, ut cum persona prefati altaris vel obierit, vel aliquid propter quod a personatu décidât commiserit, alia ante nos vel ante eum qui postfios Remensi cathedre presidebit persona deducatur, et ita stabili successione ad ejusdem altaris personatum absque pecunie exactione subrogetur. Quia ergo animam nostram in manibus nostris semper esse necesse est, religiosam banc conventionem interposuimus, ut cum ad vocem pulsantis Dei carnis universe viam ingressi fuerimus, anniversarium nostrum quot annis, eodem officio quo et abbatisse anniversarium, sorores ejusdem loci in prememorata ecclesia concélèbrent. Postremo ne quis hujus nostre largitionis auctoritatem ausu temerario evacuare présumât, testamentum hoc signis tam nostro quam coepiscoporum nostrorum corroboravimus.
S. Domiii Rainoldi, archiepiscopi ;
S. Domni Henrici, Suessorum episcopi;
S. Domni Elinandi, Laudunensis episcopi ;
S. Domni Rogeri, Cathalaunensis episcopi ;
S. Domni Ursionis, Silvanectensis episcopi ;
S. Domni Gerardi, Cameracensis episcopi ;
S. Domni Rabodi, Noviomensis episcopi;
72 ABBAYE D*AVEKAY
S. Domni Gerardi, Morinensis episcopi ;
S. Domni Henrici, abbatis sancti Remigii;
S. Domni Arnulfi, archidiaconi ;
S. Domni Rogeri, archidiaconi;
S. Domni Manasse, prepositi ;
S. Domni Leuvini, decani ;
S« Domni Richeri, cantoris ;
S. Hugonis, Mainardi, Leudonis, Frederi, Dudonis, presby-
terorum ; S. Herimanni Camerarii, Widonis, Frederi, Alberti, dia-
chonorum ; S. Fulconis, Widonis, Isambardi, Constantii, Odolrici, Fulcradi, Lamberti, subdiachonorum.
Actum in palatio Remensi millesimo LXXXVI*, Indictione VIII', régnante gloriosissimo rege Francorum Philipo anno XX.* VI», archiepîscopatus autem Domni Rainoldi anno IIP. Godefridus cancellarius scripsit et subscripsit.
VfP Abbesse. — Jlladaiiie Frideburse.
(1103-1110) ip. 50)
IV. — Donations failei par Hugues ^ comte de Champagne , en reconnaissance de sa guérison m.iraculeuse {1Î03J.
In nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti. Quodam vero tempore, Hugone comité nobilissimo gubernacuia regionis sue providente, ac multis ob culmen sue eximie virtutis subveniente, accidit ut invenlor mortis dyabolus qui felicibus semper invidet actibus, veneno sue invidie manibas cujusdem (sic) traditoris eùm conaretur occidere. Namque cum in carcere cum peditorum libéra tione et orationibus, ac larga bénéficia impendendo pauperibus, Deo, cui omnia serviunt, devotissime comes famularetur, pro ejus nominis dilectione, quemdam transmarinum sub pauperis specie, nomine Aiexandrum, in privata familia recepit. Qui dum a nobilissimo comité et a suis, suo edictu, ita tractaretur, ut etiam ante eum pranderet et sepissime dormiret, nocte quadam, explorata rei et temporis vice, apud villam que vocatur Don-
treium gladîo eumsonno oppressum conatus est jagulare (1). Sed di« vina clementia succurrente que semper recte invocantibus presto est, semivivus evasit. Cumque ad eum utpote ad regni principem turba copîosa medicorum conflueret, nec manu alicujus soliertis medici a tam gravibus vulneribus curari potuisset, placuit disposition! divine ut apud Avennacum adduceretur, ut plage que a medicis sanande horerentur, sanctorum illius loci intercessione sufTragante, Dei clementia, foverentur. Predictus autem cornes bone indolis Hugo diu, videlicet fere tribus mensibus, apud prefatum locum tam sévis vulnerum dolo* ribus astrictus, et quia senciit se non tam sollerti cura medicorum, quam gloriosissimis sanctorum Avennacensis ecclesie meritis et precibus, Deo auxiliante, ad vite curricula revocari, pro se in felicibus actîbus salvando, et pro ejus anime parentumque suorum atque antecessorum remedio, apud ipsam villam duos mansos terre et dimidium, illiusque jura, Teobaldo nçpote suo annuente, concessit ecclesie. Dédit autem quamdam feminam cum omni familia apud villam quam Logias vocant commorantem, scilicet Gilboudi uxorem ; apud vero villam que vocatur Pliviacus, dédit aliam cum familia, videlicet Constancii uxorem. Concessit autem venerabilis comes Dei inspirante gratia, quod elegantius videtur, scilicet ut quicumque comitis feodo feodatus, ob celerem loci illius sanctorum sufTragationem, sei) ob alicujus defuncti corporis ibi sepulti animam, seu ob aliquam divitis filiam régula moniali consecrandam, seu ob cujuslibet quamcumque beneficii causam, ipsum feodum cômitis ecclesie velit attribuere, nutu suo, ac prece sua, Teobaldo nepote suo atque omni familia sua annuente, attribuatur ecclesie. Et hoc factum adsignatum est litteris, anno Incarnationis Domini millesimo centesimo tercio, Inditione Xla, Kalendas martii, régnante rege Francorum Philipo, archiepiscopo Remorum Manasse, abba tissa eongregationis illius existante Fredeburgi.
Signum Teobaldi, nepotis comitis; S. Andrée, comitis; S. Gaufridi. senescalli; S. Guineberti, picerne; S. Odonis, paniferi; S. Pagani, Maroliensis prepositi ; S. Hernaudi, majoris. S. clericorum Gilleberti, Alberici, Berangarii, Widonis i S. Dominarum Emeline, decanc, Agnetis, cantricis, Marthe, celerarie; S. Gilberti, Avennacensis villici ; S. Uugonis, decani.
Et quicumque huic facto contradicerit sub anathema^te cum Juda traditore infemum participetur. ^
(1) Voir Hist. des ducs et des comtes de Champagnef parM.d'Arbois de Jubainville, t. II, p. 82, 83.
V. — Charte par laquelle Hugues^ comte de Champagne, reconnait que ses agents doivent s'abstenir de toute poursuite pour les délits commis contre lui par les hommes de Vabbaye d'Avenay, avant d'avoir porté plainte à Vabbessedu dit lieu. (Sans date.)
Notum sit fidelibus Xristianis qaod antiquitas fuit in hominibus Sancti Pétri Avennacensis ecclesie consuetudo hec et prelatio, quod si quîs illorum injuriam, vel aliquod delictum contra comitem sub eujus potestate et advocatione sunt, fecerit, vel contra suos ministros, nunquam inde placitarent vj, neque ulla aiimonitione illorum, donec ab ipsis clamor fieret ad domnam loci iiiius abbatissam. Hac consuetudine et prelatione salva et quieta firmiter stante, forte evenit quod .quidam homo Santi Pétri Pliviensis ville nomine Bavo, anmonitus a ministris nobiiissimi Ilugonis comitis, videlicet Heltrando preposito et Hernaudo villico, contra jus et fas, quod illicitum est, placitaretur. Sciens hoc domna abbatissa nomine Fredeburgis, humilis et lacrimosa expetivit misericordiam comitis, ne pateretur taie quid in ecclesia fieri ' in diebus suis. Preclarus autem comes celesti gratia imbutus, concedens illius dîctis et precibus, testificatus est et prohibuit ne illud propositum quod ab antiquis confirmatum fuerat, per ministros suos violaretur. His complelis, pro' remedio'anime sue concessit et affirmavit litteris, quod si quis homo Sancti Pétri possideret terram vel aliquam domum in terra, et forte aliquando eveniret quod de censu suo vel de consuetudinibus iaceret injuriam ministris, ita ut inde placitaretur, etiam si in illo placito aut pro stultia aut pro superbia nollet facere quod justum est, ab ipsis non retineretur, neque in aliqua captione poneretur, donec a supradictis ministris clamor fieret ante domnam abbatissam. Quod si ipsa fecerit emendare per justum judicium aut per accordationem, fiat ; sin autem, deinde querant ministri'ne perdant.
Signum Jofridi, dapiferi ; S. Johannis, filii Dudonis vicecomitis ; S. Adonis; S. Hugonis ; S. Malogiensis Rogeri ; Hugonis; S. Johannis ; S. Wauteri Huronensis ; S. Heltrandi, prepositi ; S. Hemaudi, villici ; S. Rainaudi, Avennacensium clericorum ; S. Gileberti, decani ; S. Alberti ; S. Widonis ; S. Berangeri.
Hoc signum manu sua fecit comes Hugo, et eodem die excommunicare quicumque hoc violaret.
TIIl* Abbesse. — Jllfidaiiie Cëcilc.
VI. — Confirmation par Raoul le Vert, archevêque de Reims, de la possession des autels de Saint Pierre et Saint Martin de Suippes (iiiO.)
Ad perfectionis augmentum recte gradientibas hoc utile fore speramus, indigentibus scilicet propria largiri, et ut minorum inopîa subievetur, ex majorum abundantia dispertiri. Ego igitur Rodulfus, Remen- 8ÎS ecclesie indignus sacerdos, duo altaria de villa que Sopia dicitur, unum videlicet sancti Pétri, et aliud sancti Martini, que predecessorum nostrorum non improbanda largitio monasterio Avenniaci personaliter contulerat, eorum meritum imminutum permanere decernens, nostrum vero accumulari desiderans, prefato monasterio, cum ea per decessionem persone in manus nostras devenissent, ad petitionem Cecilie, ejusdem loci venerabilis abbatisse, impersonaliter contradidi, et sic eidem perpetualiter possidenda concessi. Ut vero bec pagina testimonii pondus nunquam dehabeat, probabilibus eam personis approbari et imagine nostra insigniri jussimus. Signum Adenarii, abbatis sancti Remigii; S. Hugonis, abbatis Autvillarensis ; S. Hugonis, abbatis sancti Basoli ; S. Rodulfi, abbatis sancti Theoderici ; S. Haiderici, abbatis Mosomi ; S. Jorranni, abbatis sancti Nichasi ; S. Fulchonis, ai*chidiacoiii ; S. Gerardi, S. Guilielmi, S. Ade, diaconorum; S. Lirici, vicedomini ; S. Ade, S. Nicholai, S. Guidonis, S. Leonis, S. Gerardi, S. Simonis, Signum Pétri, subdiaconorum.
Actum Remis anno Incarnati Verbi millesimo 0* X», Indictione III', régnante Hludovico rege Francorum anno IIP, archiepiscopatus autem domni Rodulfi anno IIII<*.
Fulcradus cancellarius scripsit et subscripsit.
76 ABBAYE d'AVENAY
m*" ^ X"" Abbesses. — IMP^" Adèle ou Alwidis.