MADAME MARGUERITE D^ESPIES
gumes, etc., les comestibles qui peuvent nous rester et qui viennent de notre culture ou de nos achats, j'ai rhonneur de vous prévenir, Messieurs, que je vais le partager aux religieuses qui le réclament, ce que je fais afin d'éviter toutes dificultés de la part de la municipalité qui nous donne lieu de croire qu'elle s'opposera à l'enlèvement de ces choses.
« Je vous prie de m'accorder quelques planches qui étaient destinées au plancher de ma chambre, et qui me deviennent nécessaires pour boucher les fentes qui sont au grenier de la maison que je vais habiter,
« Je me flatte que vous voudrez bien me donner la permission d'enlever mes autres meubles et effets, comme Font eu les autres religieuses : la municipalité nous tient une rigueur sans exemple et dit que c'est par vos ordres. Elle a refusé au menuisier de la maison une table qui sert pour monter les lits des religieuses qui viennent demeurer avec moy. On a offert un récépissé, on n'a rien obtenu. Vous voyez, Messieurs, par cette petite chose, comme nous sommes traitées.
€ Toutes les choses portées sur l'inventaire se trouvent où elles doivent être. Je désire beaucoup d'en être déchargée : nous avons tous les jours le pillage à craindre, et si je n'avais d'autre ressource que celle de me sauver, je ne pourrais seurement pas être responsable.
« J'ai l'honneur d'être, Messieurs, votre trèshumble çt très- obéissante servante,
« S' d'Espiés, supérieure. »
A cette lettre de Madame d'Espiés est jointe la pièce que voici :
« Vu la lettre à nous écrite ce jourd'huy par la
Dame d'Espiés, supérieure de la maison d'Avenay,
«Nous avons commis M. Roger, l'un de nous, pour
se rendre à Avenay, se concerter avec la municipalité dudit lieu pour faire opérer la sortie des religieuses qui y sont encore ; leur faire faire la délivrance des meubles que la loi leur accorde, receler l'inventaire de ceux laissés à la garde de la Dame Despiés, et dans le cas où lesdits meubles se trouveraient, en donner décharge : pourvoir à leur garde en y établissant un ou plusieurs gardiens ; faire transporter à Epernay l'argenterie et métaux propres à la fabrication de la monnaye, et généralement faire tout ce que les circonstances exigeront. € Fait et arrêté à Epernay, en directoire, 1q vingt-deux septembre 1792, l'an 4* de la Liberté, premier de l'Egalité.
< Ainsi signé : Be^itin, président ;^Balézeaux- GoBERT ; Dautez ; Delacroix; Arnoult. »
En conséquence de l'arrêté qui précède, mis au bas de la lettre de Madame d'Espiés, M. Roger, l'un des administrateurs du district d'Epernay, se rendit à Avenay pour y accomplir la mission dont on le chargeait. Son procès-verbal est des plus intéressants pour l'histoire des derniers jours de notre abbaye, mais son étendue ne nous permet pas de l'insérer ici. Nous en renvoyons donc le texte à V Appendice, tout en le recommandant à l'attention du lecteur.
On comprend qu'après la visite de l'administrateur Roger, après les constatations insérées au procès-verbal qui la déchargeaient de toute responsabilité et contre toute espèce de recours. Madame d'Espiés n'eut plus d'autre désir que de se soustraire aux émotions que pouvaient encore lui ménager le^ agitateurs du jour : les horribles massacres de sep-
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tembre qui, après Paris, venaient d'ensanglanter la ville de Reims étaient bien de nature à lui faire hâter son départ. Nous n'aurions rien qui indiquât le jour de ses adieux aux murs de l'antique abbaye, sans cette mention significative qui clôt le procès-verbal du commissaire Roger : « Et toutes les Dames qui étaient restées^ sont sorties immédiatement de ladite maison. >
Telle fut la triste jet lamentable an de l'abbaye de Saint-Pierre d'Avenay, dont la fondation par Madame sainte Berthe remontait au vii^ siècle et qui par conséquent durant plus de onze cents ans n'a pas été sans éclat et sans honneur pour notre pays : ce que nous avons tenté de lui rappeler par la présente histoire.