DE PAR MONSEIGNEUR LE DUC DE MAYENNE, LIEUTENANT OÉNÉRAL
DE L'ESTAT et couronne DE FRANCE.
Le seigneur de Saint^Paul, conseiller d'Estat, lieutenant général
au gouvernement de Champagne, Brie et Rethelois.
Maire, manans et habîtans de Mareuil, vous ne faudréz incontinent la présente receue donner ordre d'envoier et faire porter dedans trois jours, au bourg de Bisseuil, la somme de huit escuz ès-mains de Hiérosme Moët, sous sa quittance, à laquelle vous êtes taxé pour vostre part de Tentretenement de la garnison y establie, et ce pour une semaine, commencée le xvii' jour de ce mois : à quoy ne ferez faute, et de continuer par chaque semaine, tant et si longuement que ladite garnison aura lieu, ou que par ledit seigneur autrement en soit ordonné, en peine d'y estre contrainctz et chacun de vous, à voz despens, par toutes voyes deûes et raisonnables : et moyennant ladite contribution sont faites defTenses à tous capitaines, leurs lieutenans, enseignes et gens de guerre de vous contraindre pour plus grande somme, ny de vous fourager, ny souffrir estre contrainctz ny fourrages ou paier autres munitions, sur peine de la hart. De laquelle contribution pourrez faire assiette sur vous au marcq la livre de la taille. De ce faire vous donnons pouvoir et à tous juges et officiers et chacun de vous en ce faisant estre obey. Donné à Rheims, le xvi" jour de décembre 1590. Par Monseigneur de Saint-Paul,
Repoyme. {Signature incertaine.) Au dos : Contributions.
Dès le jour même de la capitulation de Bisseuil, le duc de Ne vers, quelque peu glorieux de son succès, écrivait la lettre suivante : on remarquera qu'elle est datée de Condé, village tout voisin de Bisseull, où Gonzague avait établi son camp.
A Messieurs du Conseil de la ville de Chaalons.
Messieurs, Dieu n'a point voulu rendre infructueux mon voyage, puisqu'il vous a délivré des incursions et pilleries de ceux de Mareuil et Bisseuil, ceux-là (de Mareuil) s'en estant allez d'effroy, et ceux icy (de Bisseuil) m'ayant remis la place. Ses capitaines et soldats sont
(1) hihl, nat.y f. fr., vol. 3979.
obligez bien estroictement de ne faire plus la guerre : par ce mesnie
moyen, Saint-Paul en demeurera autant afToibli et descrié De
sorte qu'ayant veu le peu de compte que ledit Sainct-Pol a fait d'eux et le danger auquel il les a laissés d'estre taillés en pièces, ils sont demeurez fort mal contents de luy ; et crois que dans peu de temps il sera tellement descryé^ qu'il n'y aura personne qui le veuille assister. Au surplus j'espère m'en aller demain dîner à Mareuil, et coucher à Ëspernay ; vous remerciant du pain et du vin que vous avez envoyé pour mes soldats, qui est venu fort à propos. — De Condé, le 27* décembre 1590.
Les choses n'allèrent point tout à fait aussi vite que Tespérait Gonzague, à qui, vu la gène habituelle de l'armée royale, Targent et les moyens d'action manquaient bien plus qu'aux chefs ligueurs. On en voit la preuve dans cette lettre de Henri IV.
A mon cousin le duc de Nivernois, gouverneur et mon lieutenantgénéral en mes pays de Champagne et Brie,
Du camp devant Chartres, le 18" jour de mars 1591. Mon cousin, j'ay advis que le capitaine Saint-Pol a esté à Mézières où il s'est fait déclare^ par cry public duc de RethelloiSf en vertu du don qu'il dit en avoir eu du Pape, et publié partout que vous estiez mort. Il a faict publier ses hommages ; et encore que je croye que vous en avés eu advis d'ailleurs, je n'ay voulu laisser de le vous mander, et TOUS tesmoigner combien je trouve estrange l'outrecuydance dudit Saint-Pol. J'espère que nous l'en ferons mentir dans peu de temps et que Dieu me fera la grâce de le rendre aussi petit compagnon qu'il ait jamais esté. Je participe du tort qu'il vous fait, si tant est que vous en puissiez recevoir d'un homme tel que luy (1)
Ce ne fut qu'au mois d'août de cette année, plus de six mois après la prise de Bisseuil, que Louis de Gonzague, malgré le voisinage des troupes de Saint-Paul, parvint à se rendre maître du fort de Mareuil. Le ligueur J. Pussot rend compte en termes laconiques de ce fait d'armes dont il attribue le succès à la lâcheté du capitaine qui céda la pface sans essayer de la défendre.
« Sur la fin d'aoust 1591, le chasteau de Mareuil fut « rendu au sieur de Nevers, mal defiendu par le capitaine « Vaulgré, qui le tenoit pour Messieurs les Princes defîen-
(1) Archives deChâlons, Lettres missives, citées par M. E, Henry.
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« seurs de l'Eglise; lequel Vauigré le rendit d'un lâché cou- « rage. »
Les articles de la capitulation sont en effet assez étranges.