A mon cousin le duc de Nivernois, 1592. 9 juillet
Mon cousin, j'ay veu la lettre que vous escrivés au s' baron de Biron et suis très aise de la diligence dont vous usés. Mais de tous envoyer de la cavallerie, il ne se peut faire, car je n'en ay point encore. Nostre délibération estoît de nous servir de la commodité des reistres, et de faire amener de Sedan encore deux canons et quelques munitions oultre celles de la Cassine(l) : je pense qu'il nous en fauldria passer par là. Lundy j'espère que nous leur donnerons congé, et seront conduicts par mon cousin le duc de Bouillon, qui vous verra en passant, pour vous dire ce que nous aurons résolu de faire. J'ay mandé les compagnies de la Capelle et de MauberfQutaine se trouver à Sedan pour ce mesme efiect. Vous entendrés le surplus par mon dict cousin le duc de Bouillon, qui reviendra vous trouver au retour de la conduite des reistres, pour faire ce que vous lui dires. Si vous voyez toutesfois que vous puissiés cependant faire amener de la Cassine les canons et les munitions qui y sont, je le remets à vostre prudence ; mais je ne suis pas d'advis de rien hasarder, si vous n'y voyés de la seureté ; priant, sur ce Nostre Seigneur vous avoir, mon]cQusin, en sa saincte garde. Escript à Dammery ce ix* de juillet
1592. Henry.
RuzÉ.
(1) La Cassine, maison de plaisance du duc de Nevers, entre Attigny et Donchery, que Louis de Gonzague avait fait construire à l'italienne, vitrée de toutes parts, comme si elle n'eût pas été en pleine cam-
fagne, au milieu de jardins qui répondaient à la richesse des bâtiments. 1 était bien difficile? de transformer cette élégante villa en forteresse, et les canons que le duc de Nevers y avait amenés ne pouvaient la défendre d'un coup de main ; aussi fut-elle à diverses reprises envahie et saccagée durant les guerres de la Ligue et les troubles de la Fronde. La Cassine fut acquise par le cardinal Mazarin, qui la donna à sa nièce Hortense, épouse du marquis de la Porte, duc de Mazarin après le cardinal, personnage que ses bizarreries et ses folles dissipations ont rendu célèbre. La Cassine, réduite en cendres par l'incendTie de 1697, a depuis été reconstruite sur un autre plan, et est aujourd'hui la propriété de M. Chenest, bibliophile ardennnis, bien connu des lettres.
2. — A M. DE Beauvoir, conseiller du roi, ambassadeur à Londres.
Principalement au sujet de la mort du maréchal de Biron, dont il déplore amèrement la perte.
Du camp de Mareuil, 10 juillet 1592.
Mons. de Beauvoir. Je vous ai escript depuis trois jours par le messager qui m'avoit apporté la vostre du ix du passé. Je ne pensais pas avoir occasion de vous faire une aussi prompte recharge, mesme pour un si fascheux subjet que ceslui cy, ayant à vous dire comment hier estant logé au bourg de Damery, et ayant voulu monter à cheval après souper, pour aller le long de la rivière, de l'autre costé d'Espernay, en recognoistre les advenues, mon cousin le maréchal de Biron, ayant, contre mon opinion, voulu venir avec moi, il est advenu qu'un coup d'une petite pièce, qui fut tiré de la viHe, lui porta sur la teste dont il mourut sur l'heure ; le malheur estant tombé sur lui seul, n'ayant aucun aultre de la troupe esté blessé. * Ce ma esté une des pires afflictions dont je pouvois estre visité, ayant perdu en luy, non seulement le plus ancien et expérimenté capitaine de mon royaulme, mais celuy en la fidélité et prudence duquel je remettois mes principaux affaires, ayant, oultre l'intelligence grande qu'il avoit d'iceux, recogneu en luy une particulière affection qu'il me portoit, qui augmente le regret autant que nulle autre considération. Il a atteint la fm où aspirent tous cœurs généreux; qui est de mourir avec honneur aux yeux et pour le service de son roy et de cest Etat, où il est généralement plaint et regretté de moi plus que de nul autre, entre toutes les occasions où je le trouve déjà a dire, et pour la charge que je lui avois destinée en Bretagne, où je fais toute la diligence qu'il m'est possible d'assembler les forces que je puis envoyer. Mais je ne me
(1) Cette lettre rectifie les dates diverses que les biographes ont assignées à la mort de Biron, la plaçant au 17, au 26. etc., mais je crois qu'il faut reléguer au nombre des contes pour rire l'histoire
3ue les chroniqueurs sparnaciens ont racontée touchant les circonstances c cet événement: « Henri IV et 'Biron étoient à cheval, » dit Bertin « du Rocheret et après lui Garnesson, « et revenoient gaiement au petit (( galop de Dameri, au camp. Le vent fit tomber le chapeau du roi, « lorsqu'il montoit la chaussée qui mène de Mardeuil au faubourg « d'Igni. Le maréchal de Biron le releva aussitôt, et le mit en ba- « dinant sur sa tête : Badinage qui, en sauvant les jours du roi, dece vait terminer les siens. Le panache blanc dont le cnapeau de Henri « étoit orné le fit apercevoir du nommé Petit, maître d'artillerie de « la ville. Petit visa au plumet blanc, croyant bien que ce fut le roi. a Au BéamoiSy s'écrie- t-il à ses camarades : le boulet part en même <( temps de la tour Saint- Antoine et va abattre la tête au maréchal de <( Biron, lorsque Henri lui parloit et qu'il avoit même la (nain sur « son épaule, »
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suis point encore voulu résoudre qui je luy feray succéder en la charge et commandement dudit pays, et seray bien ayse, ainsi que j'attends le principal secours de cette province de la Royne ma bonne sœur, aussy de lui déférer de tant que de me comporter en cela par son avis, lequel je désire, en luy faisant entendre cet accident, que vous cherchiez d'apprendre d'elle si elle auroit pour ceste dite charge plus tost acception de l'un que de l'autre; en quoy, comme en tout ce qui dépend de moy je feray toujours ce que je pourray pour la rendre contente. Vous aurés veu au reste, par mes précédentes dépesches comme j'avais esté contraint d'accorder le licenciement des reistres et lansquenets que m'avoit amenez mon cousin le prince d'Anhalt, lequel et ses colonels ont pris congé de moy pour partir demain. J'envoie mon cousin le duc de Bouillon pour les reconduire jusques à la frontière. Sur ce je prie Dieu, M. de Beauvoir, vous avoir en sa saincte garde. Du camp de Mareuil, ce \* jour de juillet 1592.
Henry