‹ Histoire de l'Abbaye d'Avenay (volume 2)Chapitre 83 sur 100 · VÊTORES SOUS MADAME CH. J. DE BOUFFLERS · texte numérisé non relu

VÊTORES SOUS MADAME CH. J. DE BOUFFLERS

Le 8* juillet 1738, Mademoiselle Emilie Hocart, fille de Messire JeanHocart, éouyer^ seigneur de Renneville et autres lieux, et de. dé*

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f tinte dame Magdelâine le Vaatrel; soa épouse ; aanée 4t noyieiatei profession comme ci-dessus. *

Le 18* janvier 1739, Mademoiselle Marie-Antoinette Joseph de 6ethencourty fille de Messire François -Albert-Joseph Hanmer, éeuyer, seigneur de Bethencourt, et de Madame Marie-Joseph Luytens, Dame du Pont^-Vaudin, etc. Année de noviciat et profession comme cidessus.

Le 20 novembre 1740, Mademoiselle Marie-Joseph-Eulalie Lefebvre, fille de Messire Charles-Joseph Lefebvre, avocat au parlement d'Ar* tois, et de Madame Alexandrine-Joseph de Martbes. Noviviat et profession comme ci-dessus.

Le 26 décembre 1741, Mademoiselle Marie-Françoise d'Arras, fille de Messire Philippe d'Arras, seigneur de Pouillu, vicomte de Montiny, et de Madame Françoise de la Mottes. Année de noviciat et pro. fession.

Le 5 juin 1742, Mademoiselle Ëlizabeth-Félicité d'Aubigny, fille de Messire Alexandre-Firmin de Lastre, seigneur d'Aubigny, cfmseiller du Roy, président et lieutenant général au baillage d'Ëpernay, et Bobdélégué de M. Tintendant de Champagne au département de ladite ville, et de Dame Marie-Anne-Ursule Denizet, son épousQ. Année denoviciat et profession comme ci-dessus.

Le 6 juin 1744, Mademoiselle Agnès-Thérèse de Maës, fille de Charles-Frédéric de Maës, lieutenant-colonel du régiment de la Marck, chevalier de l'ordre du Saint-Esprit, et de Dame Marie-Joseph de Calonne.

Le 25 novembre 1749^ Mademoiselle Marié- Anne-Françoise Vavaeseur, fille du sieur Marie-Hedures Vavasseur, et de Dame Jeanne Coliinart.

Mademoiselle de navarre*

Son nom de famille était Hévin; son père, Claude Hévin, receveur des tailles à Soissons, et son oncle Jean- Baptiste Hévin, intéressé dans les affaires du Roi à Chi- Ions, prenaient Tun et l'autre le nom de Hévin de Navarre, ce qu attestent les transactions notariales et les registres de rétat-civil que nous avons pu consulter. Nous lui laisserons donc la particule que d'autres lui refusent. De Soissons, Claude Hévin était allé fonder à Bruxelles une maison de commerce qui lui facilitait l'écoulement de ses vins de Champagne. Il en fournissait notamment la t^bte

an maréehal de Saxe, durdnt le séjour que fit en cette ville celai que Frédéric II appelait le Turenne du règne de Louis XV. — Le héros, dont les galanteries sont restées légendaires, tenait à Bruxelles une véritable cour, dont mademoiselle de Mavarrè ne fut pas le moindre ornement.

C'est par Monnet, l'ancien directeur de l'Opéra-Comique, qui Tavait eue pour élève, que Marmoniel connut Mademoiselle de Navarre. Voici quelques-unes des historiettes que ce dernier nous transmet dans ses Mémoires.

« Dans ce temps de dissipation et d'étourdissentieKt, je vis un jenr arrivejr chez moi an certain Monet qui depuis fut directeur de l'Opéra- Ckmiiqu'e, et que je ne connoissois pas. « Monsieur, me dit-il, je suis chargé auprès de vous d'iine commission qui, je crois, ne vous déplaira point. N'avez-vous pas entendu parler de M"» Navarre ? » Je lui répondis qtie ce nom étoit tout nouveau pour moi. « C'est, poursuivit Monet, le prodige de notre siècle pour l'esprit et pour la beauté. Elle vient de Bruxelles où elle faisoit l'ornement et les délices du maréchal de Saxe. Elle a vu Denys le tyran : elle brûle d'envie d'en connoître Tàuteur et m'envoie vous inviter h dîner aujourd'hui chez elle. » — Je m'y engageai sans peine.

« Jamais je n'ai été plus ébloui que je le fus en la voyant. Elle avoit encore plus d'éclat que de beauté. Vêtue en Polonaise, de la manière la plus galante, deux longues tresses flottoient sur ses épaules, et sur sa tête des flétirs de jonquilles, mêlées partni ses cheveux, relevaient merveilleusement ce beau teint de brune qu'animoient de leurs feux deux yeux étincelans. L'accueil qu'elle me fit redoubla le péril de voir tant de charmes, et son langage eut bientôt confirmé l'éloge qu'on

m'avoit fait de son esprit Nous passâmes la soirée ensemble, et,

dans quelques momens tranquilles, elle me demanda quel étoit le nouvel ouvrage dont j'étois occupé. Je lui en dis le sujet et je lui en exposai le plan ; mais je me plaignis de la dissipation involontaire à laquelle j'étois forcé. « Voulez-vous, me dit-elle, travailler en paix, à votre aise et sans distration ? Venez vous-en passer quelques mois en Champagne, dans le village d'Avenay, où mon père a des vignes et une petite maison. Mon père est à Bruxelles, à la tête d'un magasin qu'il ne peut quitter, et c'est moi qui viens vaquer à ses affaires. Je pars demain poor Avenay, j'y serai seule jusques après les vendanges. Dès que j'aurai tout arrangé pour vous y recevoir, venez m'y joindre. Il y aura bien du malheur si avec moi et d'excellent vin de Champagne, vous ne faites pas de beaux vers. »

iOÔ AbBAYE D*AVENaY

Disons tout de suite que notre exaltée jeune fille n*était pas seule au vendangeoir d'Avenay, qu'elle s*y trouvait avec sa mère et avec sa jeune sœur, dont à la vériié elle ne redoutait ni l'autorité ni les remontrances, car la sœur était aussi rieuse qu'elle, et la mère, prise d'une folle admiration pour sa fille, n'était point d'un tempérament à la gêner beaucoup.

« Mais qu'al!ois-je chercher dans ce dangereux Avenay », reprend notre poète, a elle arriva enfin cette lettre si désirée, si impatiemment

attendue qui devoit marquer mon départ Ce fut à mon barbier que

je confiai le soin de me trouver un courrier de la poste aux lettres qui, dans sa carriole, voulut me porter jusqulà Rheims avec ma petite valise. Il s'en oiTrit un à point nommé, et je partis. De Reims à Avenay, j'allai à franc étrier; et quoiqu'on dise que Tamour a des ailes, en vérité il n'en eut pas pour moi. J'étois brisé en arrivant »

Marmontel intitule son livre : Mémoires dunpère pour T instruction de ses enfants, et fait précéder le récit de ses amours par cette réticence toute morale : « Ici, mes enfants, je jette un voile sur mes déplorables folies... ce n'est pas dans un état d'enivrement et de délire que je veui paroître à vos yeux » : — mais malgré cette affectation de pruderie, l'auteur entre immédiatement dans la peinture de sa passion qu'il affirme avoir été partagée ; et, de souvenir, il en rappelle des circonstances et des détails qui prouvent que le bon père, malgré sa réserve, oublie un peu le précepte latin : Maxima debetur puero rêver entia.

Nous regrettons que l'étendue du récit ne nous permette pas sa n^production intégrale, car l'excessive fatuité de l'auteur n'empêche pas que ce qu'il raconte ne soit infiniment curieux. — Après la confidence de ses succès, Fauteur de Bélisaire nous peint la belle Navarre comme la femme la plus capricieuse et la plus fantasque dn monde.

« Les jours d'orage, comme elle avoit peur du tonnerre, il falloit ou dîner ou souper dans ses caves... et au milieu de cinquante mille bouteilles de vin de Champagne, il étoit diflGcile de ne pas s'échauffer la tête... ^ A mesure que j'avançois, je lui lisois mes nouvelles scènes.

AM»Ê>Dii:iî loi

i^ur les juger elle alloit s'asseoir sur ce qu'elle appeloit son trône ; e'étolt au haut des vignes un monticule de gazon, entouré de quelques broussailles ; et il falloit voir dans ses lettres la description de ce trône qui nous attendoît, disoit-clle ; celui d'Armide n'avoit rien de plus enchanteur (1;. C'étoit là, qu'à ses pieds, je lui lisois mes vers, et lorsqu'elle les approuvoit, je les croyois les plus beaux du monde.... En tête â tête, au milieu des vignes de Champagne, quels moyens d'affliger et de tourmenter un jeune homme ! c'étoit là son étude, c'étoit là son génie. Tous les jours elle imaginoit quelque nouvelle épreuve à faire sur mon âme. Sa coquetterie inventoit à chaque instant quelque moyen nouveau d'exercer sur moi son empire. Les religieuses du village lui refusoîentelles l'entrée de leur jardin : c'étoit pour elle une privation odieuse et insoutenable : toute autre promenade lui étoit insipide. Il falloit, avec elle, escalader les murs du jardin défendu. Le garde venoit avec son fusil nous prier d'en sortir : elle n'en tenoit compte : il me couchoit en joue, elle observoit ma contenance. J'allois à lui, et fièrement je lui glissois un éca dans h main, mais sans qu'elle s'en apperçut, car elle eut pris c«la pour un trait de faiblesse. Enfin elle prenoit son parti d'elle-même, et nous nous retirions, sans bruit, mais en bon ordre et il pas lents, a

Toul ce paragraphe serait sujet à caution. L*auteur, ici, nous semble faire un de ces Contes moraux qui ont commencé sa réputation. Escalader les murs du Breuil pour s'y livrer, en compagnie de son héroïne, au plaisir de la chasse ; Tapparition du garde armé de son fusil dans un enclos interdit aux hommes, tout cela nous 'paraît de pure fantaisie. Madame Tabbesse et les religieuses avaient effectivement leur garde-chasse pour protéger les bois de leur communauté contre les maraudeurs et les braconniers, mais le Breuil, paisible lieu de promenade des sœurs, était suffisamment sauvegardé par ses hautes murailles, et, ajoutons aussi, par les plus vulgaires convenances. Le garde forestier lui-même n'y avait point accès, et la scène que raconte Marmontel, en la supposant possible, aurait gagné en vraisemblance, sans rien perdre de son piquant, à être placée dans les bois de Yausserain, du Raret, du Gouffre ou du Mont-Hurlé, forêts de l'abbaye, dont le

(1) Il s*agit ici du Fay, vulgairement Feuilly, bouquet de bois qui domine les vignes, et d'où la vue embrasse on ravissant paysage.

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garde forestier avait la surveillance et qui tombaient sons sa juridiction.

Il y a beaucoup d^autres détails dans le récit de Marmontel que nous sommes obligé d'omettre ici. Nous nous bornerons h dire qu'après un séjour assez prolongé à Àvenay, il fallut en arriver à se quitter. Le père de Théroïne, inquiet quelque peu de ce qui se passait ebez sa fille, rappelait celle-ci à Bruxelles : on dut donc se séparer ; les adieux, suivant Marmontel, furent des serments de s'aimer toujours, avec l'espérance de se revoir bientôt à Paris.

Mais voici qui projette un peu d'ombre sur lés triomphes du poète et fait même douter de ses grands succès près de la belle Navarre. A quelques jours du départ de son hôte, elle écrivait, d'Avenay encore, à son ami Moniaet :

ce A propos d'esprit, une femme de ma connoissance m'a écrit que Marmontel se plaignoit de mon silence à son égard. Il faut qu'il soit devenu fou. Je ne me connois aucun tort envers lui. Je suis naturellement paresseuse ; je n'aime à écrire qu'à ceux qui me plaisent beaucoup, et certainement il n'est pas de ce nombre. Je lisois ses lettres et ses vers avec une sorte de plaisir, mais voilà tout. — Il est amoureux de moi ; je n'ai eu que de l'amitié à lui offrir. Je ne l'ai jamais trompé làdessus. Il se désespère, il se fâcbe, il se raccommode, il me hait, il m'aime, et puis il me déteste : à lui permis. Je ne m'afflige de rien. .L'indifférence est un état tranquille. Mais, croyez m'en, mon cher Monnet, Marmontel est auprès d'une femme le mortel le plus maussade, et le plus ennuyeux qu'il soit possible de trouver, surtout quand il est amoureux. Chaque fois qu'il s'est avisé de m'entretenir de son amour, il m'a toujours laissé des vapeurs pour vingt-quatre heures. *

C'est, comme on le voit, une exécution en règle; resté à savoir si, de la part de notre jeune coquette, il y a dani^ cet écrit beaucoup de sincérité. — La correspondance qdî s'établit ensuite entre les deux personnages semble donnef raison à la lettre qu'on vient de lire.

« La première, dit Marmontel, fut vive et tendre, la seconde fut tendre encore, mais elle fut moins vive ; la troisième se fît attendre, ce n'étoieat plus que les pâles étincelles d'utfi feu mourant... «

Bref, Tinfidële ei> était alors au début de ses relations avec le chevalier de Mirabeau qu'elle devait finir par épouser.

« Dans la suite, » reprend Marmontel, « j'appris qu'après s'être mariés en Hollande, ils avoient passé à Avignon ; que le frère du chevalier, le soi-disant ami des hommes et l'ennemi de son frère, avoit eu le crédit de le faire poursuivre jusques dans les Etats du Pape; qu'au moment où les sbirres, par ordre du vice-légat, venoient pour l'arrêter, sa femme étoit en couches, et qu'en les voyant entrer chez elle, la frayeur qui l'avoit saisie avoit causé en elle une révolution qui lui avoit donné la mort (1). Je lui donnai des larmes... »

II est certain qu*en épousant Théroïne de tant de scabreuses aventures, le jeune Mirabeau devait encourir l'indignation des siens qui ne manquèrent pas de traiter cette union de honteuse mésalliance. M. de Loménie, dans la récente et curieuse élude que nous lui devers sur les Mirabeau, accepte toutes les préventions de Taristocra^ tique fomUle et qualifie fort durement notre belle Avenaisienne.

« Le jeune chevalier resta fidèle aux lois de l'honneur militaire, il fit bravement son métier de soldat... mais il ne respecta pas un autre genre de point d'honneur dont l'importance n'es\ pas moindre que celle du premier. A vingt-quatre ans, devenu capitaine dans le même régiment du Roy, il eut le malheur de rencontrer à Bruxelles une des nombreuses maîtresses du maréchal de Saxe, une comédienne appartenant à la catégorie des filles entretenues^ M"* Navarre, qui lui tourna la tête au point de s'en faire épouser. »

(1) « Nous ne conndssons pas bien au juste les moyens qu'employa le marquis de Mirabeau pour s'opposer à un événement qui faisait le désespoir de sa mère et qu'il considérait comme flétrissant pour sa famille. Nous voyons seulement dans ses lettres qu'il se mit lui-même en campagne, armé de toutes [es recommandations qu'il put se pro- , curer auprès de ministres; maib il avait affaire à un Riquetti aussi entêté que lui, et comme ses efforts furent inutiles puisque le mariage fut régulièrement célébré soit en Hollande, soit à Avignon, nous * sommet portés à douter, quoi qu'en dise Marmontel, que le frère aîné ait pu tardivement et après la célébration du mariage, tenter de faire arrêter à Avignon les deux époux ou l'un d'eux, et que le saisissement occasionné par cette tentative ait amené la mort de la nouvelle comtesse de Mirabeau Le seul fait certain, c'est qu'elle mourut à Avignon en 1749, peu de temps après son mariage. » (Loménib, Le^ Mirabeau,)

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Grosley, qui de son côlé a éôni des pages charmanles sur le séjour qu'il fit à Avenay en 1744, quelque peu avant Marmontel, est moins sévère que M. de Loménie pour notre belle Navarre. Ses récits, erapreinis de celte bonhomie spirituelle qui fait le fond de son caractère, bien mieux que ceux de Marmonlel, nous font entrer dans la . société dont se composait l'entourage de notre jeune fillle, et l'on n'y trouve rien qui puisse justifier les injurieuses qualifications du savant biographe. Nous ne pouvons résister au désir de citer quelques lignes des souvenirs de Grosley :

« La gaieté m'avoit défendu contre l'amour dont je plaisantois avec les amoureux et avec tous ceux qui aspiroient à le devenir : mon heure arriva dans une automne que J'allai passer à Avenay, avec madame de Nesle, qui y avoit des vignes et un très-joli vendangeoir. La table réunissoit ceux que le même intérêt amenoit à Avenai : c'étoit bombances, fêtes perpétuelles et repas qui, de midi à trois heures, et de huit à onze, accourcissoient ou plutôt remplissoient chaque journée. Les intervalles étoient remplis par des promenades et souvent par des courses sur des ânes, dans les chasteaux voisins. Suivant l'usage antique, les repas étoient assaisonnés de joyeuses chansons, qu'accompagnoit un vieillard à nez prodigieux, avec lequel il contrefaisoit l'orgue. M. Navarre, receveur des 'tailles à Soissons, étoit avec sa famille, un des des vendangeurs d'Avenai. La plus brillante partie de cette famille étoit mademoiselle Navarre, depuis aimée par le grand maréchal de Saxe. La beauté, les grâces, les talents, un esprit délicat, un cœur tendre Tappeloient à cette brillante conquête. Je la vis telle qu'elle étoit, la commensalité aidoit chaque jour au développement de ses charmes : sa conversation étoit délicieuse. J'allais dès le matin, la voir à sa toilette, dont je partageois le travail avec sa mère et sa sœur, et mon cœur ne perdoit rien de sa franchise. »

Quoi qu'il en soit de ces prémisses, ce ne fut pas d'elle que s'éprit Grosley. Le livre de Mademoiselle de Navarre, que l'un de nos amis prépare, et que se réserve de publier un habile typographe, achèvera les confidences de Grosley • et dira tout ce que le sujet comporte et ce que nous ne pouvons mettre ici. — Avant de quitter son chapitre sur Avenay, Grosley confirme en ces termes l'histoire de notre héroïne :

• Mademoiselle Navarre, après avoir eu dans ses fers le Mars de la France, œterno devinctum vulnere amoriSy avoit fini par épouser le chevalier M.. . , frère de l'Ami des hommes. Je les ai vus dans une petite maison du quartier du Marais... Mademoiselle Navarre n'avoit pu remplir le vide qu'avoit laissé chez elle le maréchal, et elle en est morte. Je rencontrai depuis par hazard sa sœur, assez mincement mariée à Paris. La maison du père étoit fondue par Timprudence de la mère, et par sa folle admiration des talents et des agréments de sa fille, à qui elle aimoit mieux voir des adorateurs qu'un mari. *

i754. — Incendie de l'abbaye.

Il nous reste si peu de détails du fatal incendie qui ruina de fond en comble Tantique abbaye, que nous recueillons avidement les moindres renseignements qu'on veut bien nous fournir. Nous devons à M. Loriquet cet extrait d*un des manuscrits de la bibliothèque de Reims.

Le couvent des religieuses bénédictines de l'abbaye d'Avenay, leur église et une partie de leur maison a été consumée par le feu, les reliques et le chef de sainte Berthe ont été brûlés. On a trouvé seulement que le crâne du chef de sainte Berthe, encore étoit-il noir comme le chapeau, suivant le procès- verbal de. M*" Le Blanc, éveque de Joppé, et les cloches qui ont été fondues. Ces bonnes filles ont fait une perte immense. Environ huit jours après on leur vient dire qu'elles ont une ferme qui est en flamme^ c'est une de ses plus forte ferme. On préteud qu'il y a cent ans jour pour jour que leur maison fut consumée par le feu. Ce triste spectacle arriva la nuit du 30 au 31 d'aoust, et selon d'autres, la nuit du 1"' au 2 septembre, par une religieuse qui ayant oublié son bréviaire, va présipitament le prendre dans son prie- Dieu avec sa bougie, et comme son lit'etoit proche de son prie-Dieu, elle s'en retourne vite à l'office, sans prendre garde que son lit étoit allumé par sa bougie qui l'avoit atouché; une religieuse malade se sentit un moment après suffoquée, elle répandit l'alarme, en disant que le feu étoit proche d'elle. Effectivement on fit ce qu'on a pu pour éteindre ce brasier et on a été obligé de luy couper son cours, (quoi que les eaux sont abondantes dans ce païs là), en tirant le reste en bas. Ija Dame de Boufflers, pour lors abbesse, volant que rien ne pouvoit arrêter le progrès du feu, elle fit rassembler ses religieuses et les pensionnaires, les fit conduire dans une maison du bourg, et trois jours après elle fit faire un mur qui renferme la chapelle et le bâtiment des botes, c'est-à-dire la maison des malades d'esprit, et's'y relégua avec

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ses religieuses jusqu'à ce que l'église soit racommodée ; et on y a travaillé aussitôt, mais elle ae sera pas eocore faite demain. Ce couTent est a quatre lieues de Reims et une lieue d'Ay.

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