‹ Histoire de l'Abbaye d'AvenayChapitre 10 sur 42 · MADAME AÉLIS OU AELIDIS · texte numérisé non relu

MADAME AÉLIS OU AELIDIS

en vint à Rains... puis alèrent à Damery et fu tansée (taxée) et delà alèrent à Sézanne et la trouvèrent toute winde, car li quens i avoit fait le fu bouter. Et bien saciez que cil de Moiemer (Montaimé) les contralioient (gênoient) durement... et ainsi ardèrent le pays de Champaigne, que nus n'i mettoit conseilz^ dont c*estoit grant pitié. »

C'est en ces circonstances que Thibault, tenant la campagne, vint avec grande suite se reposer en l'abbaye d'Avenay et requérir le droit de giste qu'en qualité de suzerain lui devait l'abbesse. On sait tout ce qu'avait d'onéreux l'usage de ce droit. Il ne s'agissait pas seulement de loger le prince, mais de l'indemniser de ses frais de route, d'héberger lui et sa suite, de pourvoir aux besoins de chacun et de ne congédier le seigneur qu'avec un riche présent d'argenterie. Ce droit de gîte en certaines abbayes était rachetable au prix de soixante livres du pays.

Le cartulaire de Saint- Rémi de Reims^ sous la date de 1317, c'est-à-dire près d'un siècle après la visite de Thibault, nous donne une revendication du même genre par le vidame de Châlons, sire de Bazoche, contre l'abbaye de Saint-Rçmi. Le vidame prétendait le droit de giste à Yraux, dépendance de l'abbaye. « Je disoie et maintenoie que toutefois qu'il me plaisoit venir et hébergier en ma personne en la maison qu'ils ont à Vraux, je avoie et dévoie avoir de mon droite et estoient li habitants de ladite maison tenus à moi bailler et délivrer les biens de ladite maison, trois eûtes, et trois cussins, foin et litière pour trois chevaux, chadoille de bœuf, aulx, seil et feu en trois cheminées pour mi^ pour m^,

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compagnie, et pour ma mainie et plusieurs autres choses... »

Il faut croire qu'en raison de son rang et de son titre, les exigences du roi de Navarre étaient quelque peu plus onéreuses. Toutefois, après longs débats sur ce droit que, disoit le comte, avoient exercé ses prédécesseurs, Thibault con>entit à ce qu'on informât, et qu'il fût procédé à une enqueste. Le cartulaire d'Avenay nous fournit la lettre de compromis par laquelle le comte de Gham* pagne et de Brie s'engage, comme Madame l'abbesse, à s'en tenir à l'arbitrage de Oudart, maréchal de Champagne, son homme, et Henri Desbordes pour Tabbaye.

Nous reproduirons ici le texte même de cette enqueste, d'un véritable intérêt, et par le nom des personnages qui y figurent, et comme monument de la langue dont, en matière juridique, c'est un des premiers spécimens.

Ci est VEnqueste par laquele il est prouvé q. li signor de Champagne n'ont mie gite Avenay. « Mes sires Miles de Muteri jura et dist son sairement que il ne vit unques, ne n'oï que messires li Guens de Ghampagne eust giste à Avenay ; mais il vit gésir {coucher) la contesse Blanche. Et oï dire qu'ele avait comandé à randre son dispans, {dépense) mais il ne set se il fu rendus ou non.

€ Miles de Germaine jursi et dist ce meismes que dit mes sires Miles de Mutery.

« Mes sires Guillaumes d' Ave^iay ]xxtz. et dist ce meismes que mes sires Miles de Mutery. — Mes sires Pierre de Tors-sur- Marne jura et dist ce meisme que mes sires Miles de Mutery. — Païens

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