‹ Histoire de l'Abbaye d'AvenayChapitre 11 sur 42 · MADAME AÉLIS OU AÉUDIS · texte numérisé non relu

MADAME AÉLIS OU AÉUDIS

D'ogier ]\iViii et dist qu'il ne vit onques gésir signor de Cbampaigne à Avenay, mais que la contesse Blanche y vit-il gésir : mais il ne set se ele randi son dispans ou non. Mes sires Euvrars li Prest, jura et dist ce meisme q. Paiens. — Girars Men- 7iiers jura et dist ce meisme q. Paiens. Mais il fu au compte q. la conte.^se Blanche ât faire de ses despans. Mais il ne set ce il fut rendus ou non. — Renais des Bains jura et dist q. il vit gésir à Avenay le comte Thibaut, le père cestui conte qui or est : ne set que il en randist nule rien. — Loiset, sergent au prévost d'Espernai, jura et dist que il ne vit unques gésir à Âvenai conte de Champagne fors que la contesse Blanche^ et que ele en randi vint livres et les paia> Thomas de Saint-Remi qui estoit lors prévost d'Esparnai. — Mes sires Fauques, chanones de leglise, jura et dist que il li jnanbre bien de seisante ans q. il ne vit onques gésir à Âvenai conte de Champagne, fors que la contesse Blanche et celé an randi vint livres ou vint et deus. — Juliane la Priouse jura et dist que il li manbre bien de cinquante ans que ele ne vit onques à Avenai gésir conte de Champagne, fors que la con* te.sse Blanche, et celé an randi vint livres. — Madame Houdears^ la chantre, jura et dist ce meisme que Julianne »

Cette information donnait toute raison à Tabbesse d'Avenay et devait clore le différend; aussi Thibault, après la signification de l'enquête, donna-t-ii acte de désistement. Sa charte est du mois d'avril 1233, et coïncide avec les conventions suivantes qui probablement aidèrent à la modération de Thibault. ( Foer aux pièces justificatives.)

ItO ABBAYE D*AVENAY

Bien que repoussées, les prétentions de la royne de Chypre n*en subsistaient pas moins. Une fois la guerre terminée^ Thibault consentit à transiger avec elle^ou du moins à lui donner une indemnité. Entre autres domaines, il lui céda la forêt de Yassy (i), sur laquelle Mesdames d'Avenay avaient droit d'usage, aux termes d'une charte du comte Thibault, que nous avons énoncée en la notice de Madame Wilhelmine.

Lecartulaire de Champagne (V'^Colbertôl^f 46)

nous donne la lettre par laquelle Tabbesse d'Avenay

fait cet abandon. En voici le titre et le texte :

Abbatissa de Avenaïo quittavit Reginœ Cipri

usagium quod habitat in Vassione foresta, ad

preces regias.

« Universis présentes litteras inspecturis Aelidis « humilis Abbatissa de Avenaio et ejusdem loci % conventus, salutem in Domino. Noverit univer- € sitas vestra quod nos ad preces Domini Theo- % baldi, régis Navarrse, comitis Campaniae et « Briae, comitis Palatini, quitta vimus Aelidi vene«* € rabili Reginse de Chypra et haeredibusejus usagium t quod habebamas in Vaissiaco quantum pertinet < ad illam partem nemoris ad quam Dominus rex % ipsam reginam pro compositione facta inter ipsos i assignavit. Datum anno Domini M.CC.XXXIIII, « meitse aprili. »

En reprenant aux dames d'Avenay le droit 4*usage qu'elles tenaient de la libéralité de son

(1) Il ne s'agit point ici de la forêt de Wassy, dans la I|aute-Marne, mais des bois qui se trouvent non loin d*£pernay, attenant la forêt d*Ënghien, entre Igny-le-Jard, Orbais et Le Baisil (arrondissement d*B:pernay).

MADAME ABUS OU A^UDIS lli

aïeul, l6 roi d6 Navarre déclarait, par sa lettre du même jour que si le bois de Vassy qu'il donnait à la royne de Chypre venait à lui retourner, à lui, ou à ses héritiers, l'abbaye d'Avenay y reprendrait son droit d'usage, comme elle l'avait avant sa cession.

Le Trésor des Chartes^ J. 197, Champagne y Y. n"" 38, nous fournit une autre pièce assez curieuse sur la même affaire. C'est une lettre de l'archidiacre de Ghàlons, dans la juridiction duquel était située la forêt de Vassy, qui atteste à Madame Alix, reine de Chypre, que l'abbesse et le couvent d'Avenay n'ont d'autre sceau que celui qu'elles ont apposé au bas de leur acte d'abandon ; en voici le texte, précieux à conserver.

< J. Cathalaunensis , archidiacpnus illustri do* € minae A. (Aelidi) reginae Cypri attestatur abba- « tissam et couventum de Avenaio unicum habere € sigillum sub quo sigillaverunt litteras de quitta-

< tione usuagii nemoris de Vissiaco, praefatae reginse « a domino rege Navarrse, Campanise et Brise,

< comité Palatine, concessi. — Datum anno domini « M\CC*.XXXMI1I% mense aprili. (Avant Pas- € ques.) »

Outre cette cession, Tahbesse, à la sollicitation du roi de Navarre, abandonnait encore sa belle maison de Pinelte, avec ses dépendances, consistant en plus de cent arpens de terres et prés, mais cette fois-ci à titre d'échange, et contre une somme de 40 livres, monnaie de Provins, hypothéquées sur diverses terres que possédait Thibault à Suippes, à Avenay, à Mutigny et autres lieux, et dont, pour ne pas allonger notre récit outre mesure, nous renvoyons le texte à l'appendice.

H2 ABBAYE D*A\'EXAY

Il est vraisemblable que ces sacriâces que faisait Tabbaye à la politique du roi de Navarre lui étaient onéreux; Thibault Je comprit ainsi, car, ainsi qu'on le verra plus loin, il fit à Tégliôe d'Avenay plusieurs offrandes et donations, en manière de dédommagement.

Nous avons eu déjà occasion de remarquer qu'aux termes mêmes de la règle de saint Benoit, toute aspirante à l'état de religieuse était tenue d'apporter une dot dont le prix variait suivant les familles et servait au soulagement des charges de l'abbaye. Cette dot était indépendante de la petite pension que les parents faisaient habituellement à leur âlle pour ses besoins personnels. Nous voj'ons, par une charte de 1238, que Hugues^ châtelain de Vitry, sous son scel armoyé et du consentement d'Âélis, sa femme, donne en aumône perpétuelle et irrévocable, à réglise Saint- Pierre d'Avenay, en considération de sa âlle Ansselette, religieuse en cette maison, 17 septiers de seigle à prendre chaque année sur son moulin de Coulmiers, avec cette clause que sa fille en jouira pendant sa vie et qu'à sa mort ladite rente retournera à l'abbesse et religieuses, à charge d'anniversaire dudit Hugues et d'Aélis, sa femme.

Madame Aélis, à Timitation de ses devancières, ne perdait pas de vue les intérêts de sa maison, et comme elles, on la voit étendre ses relations, acquérir, échanger autour d'elle, dans les villes et villages des environs, et toujours au profit du domaine de l'abbaye.

C'est d'abord à Reims que nous la trouvons préoccupée du désir de créer à ses religieuses un pied-à-

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