MADAME WILHELMINE
tin, moins pour le diriger ou Tinfluencer que pour en garantir et certifier la sincérité.
Une fois le vote connu, il était soumis au Saint siège qui, dans ses bulles ou provisions, évitait de mentionner l'intervention royale ou laïque, et exprimait au contraire ridée que la pourvue avait été élue selon la règle, c'est-à-dire par la communauté et à la pluralité des suffrages. D'ordinaire les abbesses étaient choisies parmi les sœurs du monastère ; quelquefois cependant on les prenait dans un monastère voisin, et, autant que possible, parmi celles qui, outre les témoignages de leur bonne vie et mœurs, justifiaient de cinq à six ans de résidence.
Précisément en raison de tout ce que Madame Hélisende avait fait ou entrepris pour rétablir l'abbaye en son ancienne splendeur, on peut supposer que sa mort prématurée laissait bien des choses inachevées et en souffrance. Les religieuses, vivement affectées de la perte qu'elles venaient de faire, et, n'osant se fier à elles-mêmes du soin de la remplacer dignement, implorèrent l'archevêque de Reims, protecteur-né de leur maison et le supplièrent de leur désigner celle qu'il jugerait la plus digne de leurs suffrages.
Guillaume-aux-Blanches-Mains accédant au vœu des religieuses, jeta les yeux sur Madame Wilhelmine, déjà depuis plusieurs années religieuse à l'abbaye de Jouarre. A cette époque^ ce monastère, comme le fut souvent celui d'Avenay était encombré d'un personnel qui excédait ses ressources et les revenus affectés à l'entretien des religieuses. Le roi Louis VII, sur la propre instance de l'abbesse. Madame Lucienne, venait même d'en restreindre le
84 ABBATK D*AVBf AT
nombre et de décider que nulle n'y serait désormais admise au-dessus d'un chiffre déterminé. « Quum atdem monasteriwn illud propter tenues acpermodicas facultates miUtitudini sancii-mofialtun^ sufficere nonpossety statuii Ludovicus VU rex^ anno 1176 ne in prœdicto monasterio deinceps aligna sancti-monialis admittereiuvy donec ad numerum centenarium universitas earum reducta esset. » (Gai. christ.)
Madame Wilhelmine, la nouvelle élue, sortait encore de l'illustre maison de Joinville : fille de Roger, comte de Joigny, sire de Joinville et d'Air derade de* Vignory ; elle était tante de ce Geoffroy de Joinville qui s'était acquis un si grand renom dans les guerres des Croisades (i).
L'archevêque de Reims, en dotant l'abbaye d'Ayenay d'une abbesse d'une vertu éprouvée, accomplissait donc un acte doublement louable, puisqu'en même temps il enlevait à l'abbaye de Jouarre une de ses pensionnaires et diminuait ainsi les charges qui pesaient sur la maison.
Cependant cette élection ne tarda point à amener un sérieux conflit ; mais, avant d'en exposer les circonstances, on nous permettra une courte ex* carsion dans l'histoire des comtes de Champagne, dont l'intervention se manifeste si souvent en celle que nous essayons d'écrire.
Avant de quitter ses états pour prendre part à la
(1) On l'avait surnomme Geoffroy le Trouillard en souvenir d*un coup de trouille^ instrument de pêcheur, qu'il avait en la main, et dont il avait assommé un pirate génois au moment où, s'approchant du vaisseau franc que montait Oeoffroy, il allait y mettre le feu*.
MADAME WILH&LMINE. 8$
croisade, le comte Henri II réunit ses barons à Sézanne et leur fit jurer que^ s'il ne revenait pas de Terre-Sainte, ils lui reconnaîtraient pour successeur son frère Thibaut. Mais Thibaut était encore Irop jeune pour qu'Henri pût lui laisser l'adminis* tration de la Champagne , et ce dernier confia la régence à Marie de France, samère. (d'Arb. deJub.) Henri débarqua à Tvr et se rendit au camp des croisés devant Sain t-Jean-d' Acre et reçut le commandement de l'armée en attendant l'arrivée des rois de France et d'Angleterre. A la mort de Conrad, marquis de Montferrat, il épousa Isabelle , héritière d'Amaury, roi de Chypre, 1 192. Ce mariage lui valut donc la royauté quelque peu imaginaire de Jérusalem, qu'il ne parvint point à reconquérir. Henri mourut pendant cette croisade et d'une façon aussi étrange que tragique, racontée en ces termes dans la Chronique de Rains : « A donc avint que li rois de Cypve en alla en Acre, et vot emprunt ter deniers à un bourgeois, et le traïst d'une part de joust une feniestre qui ouvroit par defors , et estoit close sans fremer : et li rois si apoïa, et maintenant li feniestre ouvri et li- roi chéis et brisa le col : et si chevalier et sa maisnie coururent aval et le dressièrent et trouvèrent qu'il avoit le col romput, si démenèrent grant duel. Li cors fut emporté en Cypre et fu illuec ensevelis (p. 47).
Cette mort mettait en pleine possession de l'autorité et du titre de comte le jeune Thibaut, alors âgé de moins de vingt ans. L'un des premiers actes de son règne fut une protestation contre l'élection de l'abbesse d'Ayenay. Les titres de cardinal archevêque métropolitain, de frère de la reine et de régent
86 AÔBAYE D^AVlSltAV
du royaume ne sauvèrent point à Guillaume la mortification d*un désaveu, et à Tabbaye l'obligation de se reconnaître soumise, en cette matière, au bon vouloir du Comte. Voici Tacte curieux qui nous révèle cette rétractation, acte dont ne font mention ni le cartulaire, ni les archives du monastère , mais que nous fournissent les archives nationales, et le Liber principum ou Cartulaire de Champagne.
« Ouillaume^ par la grâce de Dieu , archevêque de Reims, cardinal de la sainte Église romaine, du titre de Sainte- Sabine^ à son cher nepeu Thibaut , comte palatin de Troyes , salut et sincère affection.
« Nous savons et attestons que l'Eglise d'Avenay , quand elle n'a p^s d'abbesse, doit prendre l'autorisation du comte de Troyes avant de procéder à son élection, et qu'elle ne doit ni ne peut l'élever qu'après en avoir obtenu la permission dudit comte , et qu'elle n'est pas tenue de requérir pour cette élection la licence de l'archevêque de l'Église de Reims. Et si nous avons fait abbesse la tante de notre fidèle Geoffroy de Joinville, nous l'avons fait par nécessité et dans l'intérêt des Églises de Jouarre et d'Avenay. Et en agissant ainsi, nous avons mis notre confiance dans votre affection; aussi vous prions-nous et vous demandons avec instance que , pour notre honneur et pour l'amour de l'Église et de l'abbaye d'Avenay, vous veuilliez-bien nous remettre notre offense W. »
(1) Voici le texte même de cette pièce : Charta Guillelmi I, archiepiscopi remensis, de electione abbatissarum Avenacensium, Willelmus dei gratia Remensis archiepiscopus sanctse Rq-
ItADÀllE WlLfifiUlINE. 81
Ce désaveu fit autorité, et bien qu'on ne voie pas que les comtes de Champagne aient désormais tenu à exercer leur droit, il restait consacré et pouvait toujours être invoqué. Nous trouvons notamment que, dans un procès soutenu en 1263 par Tarchevêché et réchevinage de Reims contre les commissaires royaux, à propos des contributions aux dépenses royales en temps de guerre , Tarchevéque , se refusant à payer celles incombant aux abbayes du diocèse qui n'étaient pas sous sa garde temporelle y invoque lui-môme , à l'appui de son refus^ l'acte par lequel l'abbaye d'Avenay s'était soumise. « Et hoc apparet in abbatiis de Spamaco et de Avenayo que petûnt\licentiam eligendi a comité campaniœ in cujus custodia temporali immédiate sunty et (quœ) nihil solvunt de dictis impensis. »
La rigueur avec laquelle Thibaut avait exigé la retractation de son oncle à propos de l'élection de l'abbesse Wilhelmine n'était point un acte hostile à celle-ci, non plus qu'au monastère, mais le simple exercice d'un droit régalien. Aussi le voit-on s'em-
manse eccle&ise titulo Sanctœ Sabinse cardinalis carissimo Dopotî suo Th. comiti Trecensi Palatino, salutem et sincerse dilectîonis affectum. Scimus et testamur quod Eccl*^8ia de Avenay quando abbatissam non habet a comité Trecensi requirere débet licentiam eligendi» nec eligere débet aut poteat, donec a comité Trecensi licentiam requisierit, nec V
ab archiepiscopo vel ecclesia remensi licentiam eligendi requirere tenetur. Quod autem de matertera fidelis nostri Gaufridi de Joinvilla fecimus, propter necessitatem de Jotro et de Avenico ecclesiarum fecimus; et de dilectione vestra ûduciam asâumsimus faciendi. Rogamus igitur vos et cum affectu requirimus, ut propter honorem nostrum et amorem ecclesise et abbatissse de Aveneio nostram remittatis oûensam. (Ex thesauro Chartarum régis circitôr, 1200.)
88 Â&fiÀtB d'avenat
presser de donner aux d&mes d'Avenaj des témoignages de sa haute bienveillance. En 1198, il ratifie la vente du bois de Raret par Tabbé de la Char* moie, et, dans sa lettre, Thibaut énonce que, du prix de cette vente, les moines de la Charmoie pourront acheter une terre plus à leur convenance et portée, Ejusdem venditionis precium ad hereditatem aliam ecclesiœ suce magis idoiieam translaturus.
En 1199, le comte de Champagne reconnaît appartenir à notre abbaye, la moitié du bois d' Ablois pour Tusage et les aisances, mais sans pouvoir toutefois le vendre, essartir, ni aliéner, si ce n*est de son consentement. Il donne, en outre, les aisances, herbages et pâturages dans la forêt de Wassj.
En juillet 1200, la reine Blanche de Navarre, femme de Thibault III, certifie qu'Alain de Jouvaincourt et Aelis, sa femme, donnent en don irrévocable à l'Eglise d'Avenaj, tout ce qu'ils possédaient à Avenaj et aux Monceaux (aujourd'hui le Moncel) et tous les cens qui appartenaient dans Bisseuil, Mareuil et Aj à ladite terre des Monceaux. En outre, ils confirment la donation faite à l'Église de Saint-Pierre par Bellarde d'A'thie, leur parente, de toutes les vignes qu'elle avait au terroir dudit Mareuil, lorsqu'elle entra en religion et prit l'habit de bénédictine en ladite abbaye.
c A Reims, dans la rue de la Gabelle, dit M. Tarbé U), tombe la rue d^Avenay : c'est là qu'était la maison où descendaient les dames de la riche abbaye d*Avenay. Elle donna son nom à la rue et au
(1) Reims, Essais historiques, ses mes et ses monuments. 1S44.
llADAltS WlLHELltlNË .8d
quartier. En 1328, cet établissement devait avoir de l'importance , car le vieux manuscrit cite ces maisons d'Avenay. Il est question pour la première fois de ces bâtiments sous Madame Wilhelmine. En Tannée 1201, l'abbé et les religieux du couvent de la Mer, de Tordre de Prémonstré, reconnaissent avoir vendu à Henri de Uncq, chanoine de Reims, la maison size à Reims en la rue Darnstal.
Par une autre lettre de la même année, Tabbé de Clairfontaine, comme chef ou supérieur du couvent de la Mer, consent à la vente faite audit Henri dé Uncq, et, par une troisième lettre, le prévost et les chanoines de Saint-Symphorien de Reims, ayant droit de censive sur la maison en question , se di-* sent témoins de cette vente et déclarent ne point s'opposer à l'entrée en possession dudit Henry de Uncq. Nous verrons bientôt ce dernier céder aux dames d'Avenay cette maison de la rue Darnstal qui^ depuis, en raison d'autres acquisitions qu'y fit notre abbaye, prit le nom de rue d*Avenay, qu'elle porte encore aujourd'hui.
L'éclat toujours croissant de la maison de Saint- Pierre d'Avenay , le bruit des guérisons miraculeuses dues à l'intercession de la sainte fondatrice, le renom de ses vertueuses abbesses inspiraient à un grand nombre de familles nobles le désir d'y faire entrer celles de leurs filles vouées au célibat. Bientôt, comme à Jouarre^ les revenus de l'abbaye furent insuffisants pour l'entretien des religieuses, l'apport des postulantes n'étant pas toujours en proportion des dépenses que leur admission pouvait causer. En ces circonstances, l'archevêque de Reims crut prudent de mettre un terme à cet état de choses*
Par sa lettre du mois d'août 1201, Guillaume-aux- Blanches-Mains déclare que, voyant l'abbesse et les dames d*AVenay importunées par les grands seigneurs pour l'admission de leurs allés en la maison de Sainte-Berthe, il défend qu'à l'avenir l'abbesse reçoive aucune novice ou autres que les dames ne fussent réduites au nombre de quarante, eapropter cum affectu pie compassionis atiendentes diligenter nécessitâtes importunitates et fréquentes poienciiim instantias quibus premitur et impetitur moyiasterium Atenaï proinstituendis et recipien* dis ibidem monialibiis.
C'est le dernier acte que nous puissions rattacher à l'administration de Madame Wilhelmine, car la bulle Innocent III, que les auteurs du Gallia Christiaim placent' à son époque, appartient évidemment à l'abbatiat suivant.
XIIP Abbessb,
Ma«ame EUSTASIB.
(De 1204 à 1220.)
Madame Eustasie, ses grandes relations. — Synchronismes. — Pontificat d'Innocent III. — L*abbaye d'Avenay soustraite à la justice sëcûliôre. — Libéralité de Blanche de Navarre.— Alain de Jouvincourt donne à Tab baye ce qu'il possédait & Avenay, Ay, Bisseuil, Mareuil et au Moncel. — Madame Cécile de Ponthion donne une rente de vingt Bols sur Lésincourt. — Accord entre Madame Hélisinde et Gaucher de Nanteuil sur la maiHon fortifiée de Suippes. — Dixme de blé A Fagniôres. — Incendie de la rath^drale de Reims. — Pâturages de Mareuil. — La terre du Buisson la Vicomtesse. — Acquisition de Guillaume de Taisnière. — Beaulne-en-Brie. — Moulin de Boï. — Forteresse de Suippes. — Chapelle et chapellenie à Suippes. — Fagots dans les bois de Germaine. — Dixmes à Mareufl-sur-Marne. — Rente sur le péage de Montmirail. — Maison d'Ablois au prêtre Isambert. — Concordat d'Albéric de Humbert touchant les chanoines d'Avenay.
Nous ne savons rien de positif sur l'origine de cette abbesse ; toutefois nous la pouvons croire d'une haute naissance^ à en juger par ses relations avec les Grands de son époque et le crédit dont elle jouit à la cour de Rome^ près du Roi de France et surtout près de Madame Blanche, reine de Navarre et comtesse de Champagne.
L'abbatiat dé Madame Eustasie commence sous le règne de Philippe- Auguste, avec les premiers temps de Guy Paré, archevêque de Reims, et se prolonge au-delà d'Albéric de Humbert (1219), c'est-à-dire jusqu'à la prélature de Guillaume de Joinville, en tout l'espace de seize années.
92 ABBAYE b'aVENAY^
Ce ne fut pas, sans doute, une petite gloire pour notre abbesse d'étayer son entrée en fonctions d*un signalé témoignage de la haute protection du Saint- Siège. On sait que les Grands, comtes et ducs, changèrent leurs gouvernements en seigneuries héréditaires et qu'à l'instar de la royauté, impuissante à contenir leurs usurpations, ils se déchargèrent du soin de rendre la justice sur des prévôts, baillis ou sénéchaux, qui ne tardèrent point à étendre leur juridiction sur les clercs et les établissements monastiques. Les chapitres et abbayes de fondation royale se plaignirent à Rome des entreprises de ces juges séculiers. La chaire pontificale était alors occupée par un de ces génies puissants qui dominent leur siècle et remuent les populations. Innocent III, que ses luttes avec l'Empire ont rendu célèbre, devait naturellement prendre sous sa protection les franchises et immunités de l'Ëglise. L'archevêque de Reims, en cette année 1205, venait de ressentir les effets de la sollicitude du Saint-Père et d'obtenir pour sa métropole la confirmation de tous ses droits et le privilège exclusif de sacrer nos rois. C'est cette année même que, prenant en considération les instantes prières de Madame Eustasie, Innocent III confirmait également tous les privilèges de l'abbaye d'Avenay et la dispensait de répondre à aucune justice séculière pour raisons des biens de sa communauté, menaçant tous ceux qui voudraient l'y contraindre de l'ire et indignation de Dieu. Cette bulle, comme celle de Reims, est datée de la VI1« année du pontificat d'Innocent III, l'an 1205, précisément la deuxième de l'abbatiat d'Eustasie.
MADAME EUSTASIE. 03
Nous sommes arrivés, pour l'histoire que nous essayons d'écrire, à une époque où les documents abondent et rendraient notre tâche extrêmement difficile et peut-être d'une utilité douteuse, si nous voulions les étudier tous avec le même développement. Il faut nous résigner à une analyse succincte de chacun de ces documents et à ne nous arrêter qu'à ceux dont Timportance semble plus réelle.
Nous trouvons, pour les seize années du gouvernement de notre abbesse, vingt-huit actes que nous ont conservés, soit le cartulaire, soit les archives de la maison. Ces actes sont, pour le plus grand nombre, relatifs, au domaine de Tabbaye : ils n'intéressent qu'en raison des localités qu'ils concernent et du nom des contractants, dont il est toujours bon de sauver la mémoire.
Le premier de ces actes, après la bulle dlnnocent III, est une lettre de Blanche de Navarre, comtesse de Champagne (^). Cette princesse^ dont la bienveillance pour l'église Saint-Pierre d'Avenay se manifeste à diverses reprises, donne à l'abbaye un muid de blé, mesure de Reiras, à prendre annuellement au terroir de La Neuville-en-Beauvoir (2), qui était de ses acquêts : quod in terragio
(1) Fille du roi de Navarre, Sanche VI, elle avait, en 1199, épousé Thibaut III, comte de Champagne, qui, nous Tavons dit, la laissa veuve en 1201 ; et pendant la minorité de ce Thibaut IV, que ses chansons ont rendu si célèbre, elle gouvernait, comme régente, de 1201 à 1222.
(2) La Neuville-en-Beauvoir, dite aujourd'hui, par corruption, La Neuville-en-Beauvais, aux environs de Saint- Imoges, canton d'Ay, au sein de la forêt de Reims, près d'un étang et du chemin romain dit le Cheminet^ passe dans le pays pour avoir été une importante localité que défendait une forteresse rasée au xvi« siècle, opinion que nous n^entendons point soutenir.
Ville nove que dicitur Biau voir s, que est de adqmsiéione mea^dedi... village dont nous verrons l'abbaye acquérir plus tard la seigneurie presque
en totalité.
Une autre lettre de la reine Blanche^ de l'an 1208, atteste qu'Alain de Jouvincourt et Hélisinde, son épouse, ont donné à la même abbaye tout ce qu'ils possédaient à Avenay, à Ay, à Bisseuil et à Mareuil. Nous avons déjà vu, au mois de juillet 1200, Blanche de Navarre certifier qu'un Alain de Jouvincourt et Aëlis, sa femme, donnaient à l'abbaye tout ce qu'aux mêmes lieux ils possédaient, en cens, afiectés à la terre du Moncel. Y a-t-il ici double emploi et ne doit-on voir qu'un seul et même fait ou la confirmation par le fils du don fait par le père ? C'est ce que notre second acte n'établit pas suffisamment.
En l'année 1209, Messire Gaucher de Nanteuil certifie que Madame Cécile, dame de Ponthion (0, du consentement de son mari et de ses enfants, Raoul, Milon et Barthélémy, donne en perpétuelle aumône à l'église d'Avenay, vingt sols, monnaie de Reims, à prendre sur le four de Lésincourt.
Nous avons vu précédemment Tabbesse Hélisinde transiger avec Madame Helwide, veuve de Gaucher
(1) Ponthion, aujourd'hui du canton de Thiëblemont, dans le Perthois, arrondissement de Vitry, occupe une place assez considérable dans l'histoire de la province. Thierry» roi de Neustrie, y avait un château. Charle<i-le-Chauve y assembla un concile en 876, et nous avons vu, p. 29, que le fameux Renaud de Roucyle fortifiait h nouveau Tan 952. On sait que plus tard ce château, pille par les Grandes- Compagnies, 1358 et 1365, fut enfin ruiné et rase par les troupes de Charles-Quint, au zvi« siècle.
MADAME EUSTA6IE. 05
de ChàtilloD, au sujet de la maison qu'il avait fait fortifier à Suippes ; le cartulaire de l'abbaye nous donne, sous cette date de 1209, un nouvel accord à propos de cette maison, entre Gaucher de Nanteuil H), fils de Gaucher de Châtillon, et Madame Eustasie. Et ce nouvel accord est immédiatement confirmé par Blanche, reine de Navarre et comtesse palatine de Troyes. Il a surtout pour objet la chaussée de Haguenel, que, depuis Tacte de 1189^ le fils d'Elwide avait fait exécuter pour le service de son moulin. Cette chaussée, par son élévation, gênait Taction du moulin de l'abbaye. Dans l'intérêt de la paix, Gaucher convient d'abaisser la chaussée comme l'entend Madame Eustasie, à condition que les fossés creusés res teront sa propriété, promettant en son nom et au nom de ses successeurs de n'en plus creuser d'autres autour de sa forteresse, et de contraindre à sa garde les hommes de Suippes et de Somme-Suippe ; nec intra fossata et munitionem meam hommes de Soppia et de Summa^ Soppia estagianes retinere poterimus.
Octobre 1210. Par sa charte, Gérard de Douai, évêque de Châlons, témoigne que Madame Eustasie et le monastère d'Avenay achètent de Pierre de Oiry (2), chevalier, le tiers de la dixme de blé qu'il possédait à Fasnière (3)^ qui equid hebebat in deciina de Faisnieris^ à la condition de payer
(1) Naateuil-la-Fosse, du caaton de Chàtillon, était autrefois défendu par une puissante forteresse, sur les ruines de laquelle on bâtit un petit château qui, dans ces derniers temps, était à la maison de MM. de Charost-Béthune.
(2) Oiry, du canton d'Avize, annexe de Plivot.
(3) Fasniôres, Fagnières, du canton de Châlons; il en est question dans le testament de saint Remy.
annuellement à Téglise de la Trinité de Châlons, deux septiers de seigle : ce qui est approuvé par Guy de Corroy , chevalier du fief duquel cette dtme était mouvante ; et ce que Madame Blanche, cotntessè de Champagne, par sa lettre du même mois, confirme en présence dudit évoque.
C'est en cette année 1210, sous la prélature d'Albéric de Humbert, qu*eut lieu le funeste embrasement de la cathédrale de Reims, où périrent un si grand nombre de précieux joyaux et tant de vénérables marques d'antiquité. Le chapitre, épuisé par les frais de reconstruction, ne pouvait continuer l*œuvre qui menaçait de rester inachevée. La charité des fidèles lui vint en aide. Autorisés par une bulle du Saint-Siège et des lettres pastorales de l'archevêque, les chanoines organisèrent des quêtes dans toute lai province ecclésiastique. Avenay eut la visite des pieux collecteurs, et il est hors de doute^ bien que nos chartes n'en disent rien, que l'abbesse et ses religieuses prirent part au mouvement qui réunit promptement les fonds nécessaires à l'achèvement du somptueux œuvre des Coucy et des Libergier, monument qui^ de nos jours^ est resté l'objet de notre admiration.
On se rappelle ce que nous avons dit précédemment des sires de Roucy, devenus par droit de conquête vicomtes et seigneurs de Mareuil. Nous avons vu pareillement tout ce que Madame Hélisinde, sortie de cette maison, fit pour l'abbaye d'Ayenay. Voici maintenant Madame Elisabeth, comtesse de Mareuil et sœur, suivant toute apparence, de Madame Hélisinde. Du consentement de son époux, Robert de Coucy, elle donne, pour le repos de son âme et
MADAME EUSTÀSIE. 07
rame de ses prédécesseurs, en aumône perpétuelle, à Tabbaye de Saint-Pierre d'Âvenaj et pour les habitants de leur bourg, et honiinibus ejusdem villcBy les prés et pâturages de Mareuil; en telle sorte qu'après la fête de la Madeleine, ils pourraient de là en avant et toujours mener leurs bestiaux es dits pâturages ; et en confirmation de cet octroi, elle et le seigneur son mari mettent à ladite lettre leurs sceaux avec las de soie et de cire verte.
A quelques années de là, la même Elisabeth^ du consentement de son frère, le comte de Roucj, et de son époux, Robert de Coucy, donne encore à l'église d'Avenay, la terre qu'elle possédait de son chef, terram quam possidebam de patrimotiio meOy sise près du buisson de la Vicomtesse, et la terre qui est voisine, fuœta domum vice-comitissœ et terram que est in napagis (?), à charge par l'abbaye de distribuer, chaque année, au jour de son anniversaire, aux religieux et aux chanoines, vingt sols pour leur réfection.
Janvier 1215. — Blanche, Reine, et comtesse de Champagne, déclare qu'en sa présence, Guillaume de Taisnières et ses frères ont vendu à l'abbesse, vendiderunt dilecte mee abbatisse Avenaï, la part que devait avoir ^milieu, son ami, partem illam qiuzm habebat dilectus meus jEmilius^ en tous les meubles échus du décès de feu dame Ëremberge, sa femme, moyennant la somme de vingt livres qui lui étaient payées.
Beaulne-eyi-Brie^ 1216. — Jean, comte de Beaumont, donne à l'église Saint-Pierre d'Avenay vingt sols d'aumônes à les prendre annuellement sur les gens de Beaulne-en*Brie qui lui appartenaient, à
charge par les dames religieuses de prier pour rame de défunte Aélis, sa mère, dame de Beaulne. — Scellés de son scel en cire verte et las de soie. BoïŒouy) 1217 . — Jacquet de Marmeron vend à Renaut le Mineur, bourgeois de Reims, tout ce qu'il avait aux moulins assis sur la rivière de Boï, soubs la maison des dames religieuses d'Avenay, quidquid hahebat in molendinis sitis opicdBoiemum sub domo ynonialiiim de Avenaio^ et ce au prix de trente livres, monnaie de Reims, et reçues comptant.
Id. 1219. — Messire Gaucher de Nanteuil et dame Aélis, sa femme, quittent à Madame Eustasie, abbesse, toutes les prétentions qu'ils avaient ou pouvaient avoir sur la pièce de terre sise à Boï, dite la terre Sainte-Marie. Et ladite dame abbesse leur fait abandon du droit qu'elle avait de pêcher en leur vivier près leur forte-maison de Suippes durant deux jours par an. — Lettre scellée des sceaux de Gaucher et de sa femme^ en cire verte et las de soie vermeille.
Suippes, 1217j sept. — Madame Blanche, com- .tesse palatine de Champagne, confesse que l'aide qu'elle a reçue des habitants de Suippes dans la construction de la forteresse du dit lieu, a été de leur grâce et ne leur pouvait tourner à obligation de servitude pour Tavenir. — Scellé de son scel.
1217. — Madame Eustasie, abbesse, et son abbaye donnent à Messire Gaucher de Nanteuil la permission de construire dans sa maison de Suippes une chapelle avec chapellenie, à condition toutefois qu'il n'y aura pas de cloche, et que la chapellenie appartiendra à l'église d'Avenay, et capellanus
MADAME EUSTASIE: 90
tenebitur jurare fidelitaiem Ecclesiœ de Avenato et curato de Soppia.
Germaine^ mai 1219. — Milon, seigneur de Germaine, pour le repos de son âme et l*âme de ses héritiers, donne des ce moment et à toujours, cinquante fagots à l'abbaye d'Avenay, à charge par les dames religieuses de célébrer à, perpétuité son anniversaire et celui de Basilide, sa femme, dans réglise d'Avenay et durant leur vie, une messe du Saint-Esprit à leur intention. Ces fagots seront livrés au réfectoire du couvent, du premier dimanche de TAvent au temps de Pâques, et madame la prieure, avec Tassentiment du chapitre, en pourra faire la distribution.
Mareuil, 1219, sept. — Giles de Meleun^ chevalier, vend ce qu'il possédait en dixmes et autres choses au terroir de Mareuil-sur-Marne, à l'abbaye de Saint-Pierre d'Avenay, avec garantie envers et contre tous, si ce n'est contre Madame la comtesse de Champagne et Messire Alain le Grand de Roucy. Cette vente, dont le prix n'est pas exprimé, est confirmée par Madame Ermense, sa femme, et par Messire Jehan de Valéry, chevalier, et Hugo, ses fcères, et dame Elisabeth, leur sœur, de qui provenaient ces choses, et se constituent pleiges (garants) de ladite vente. J. de Valéry, Messire Guy deCortquilleroi, Jacques de Tarie, Ajorand de Villers, Gaucher son frère, Jehan de Avelois, et Pierre le jeune de Molins, son frère.
Sept. 1219. — Confirmation par Jehan, seigneur de Valéry et les autres comparants, de la précédente vendition, scellée du scel de Jehan de Valéry en las de soie«
100 ABBAYE d'aVENAY
Octobre 1219, — Autre confirmation de la vente de Giles de Meleun à l'abbaye d'Avenay par Guillaume de Joinville, sous son scel avec las de soie et cire verte.
Juin 1220. — Giles de Meleun reconnaît avoir reçu de Madame Eustasie, abbesse, et son couvent, la somme de 660 livres, monnaie de Provins, prix convenu, pour la vente de tous ses droits, dixmes et autres, qu'il avait à Mâreuil-sur-Marne, ajoutant que si ces droits valaient plus que ladite somme, il donnait le surplus en pure aumône à l'église d'Avenay, déchargeant de tout recours les cautions fournies à la dame abbesse et les autres. Scellée dudit chevalier, las de soie ^t cire verte.
Montmiraily 7iovembre 1219. — Robert de Milly et Aélie, sa femme, en considération de leur fille cadette, religieuse, lèguent à l'abbaye d'Avenay, 40 livres de rente, à les prendre sur le péage qui leur était deti à Monimirel^ à charge ^'un anniversaire après leur mort, et que sa vie durant, leur fille jouirait de ladite rente qui, après son trépas, retournerait à l'abbaye. Octroi ratifié par Guy et Agnès, autres enfants des donataires.
AbloiSj 1220, février. — Les dames abbesse et religieuses d'Avenay donnent à Messire Isambert, prêtre d'Ablois, sa vie durant, la terre qu'elles avaient audit lieu d'Ablois, avec 40 livres d'argent pour l'aider à y construire une maison avec son fouage en leur bois, mais tsans qu'il lui soit permis d'en rien vendre, et à la condition que tout ce qui appartiendrait audit Isambert, à sa mort, tant en meubles qu'immeubles et acquêts , reviendrait auxdites dames. Cette donation est passée sous
MADAME ËCSTAÔIÉ. lût
le scel en cire blanche de l'archidiacre de Brie.
Mais l'un des actes les plus curieux de cette époque, est le ' concordat par lequel Âlbéric de Humbert âxe les attributions, les charges et le trai tement du curé de la paroisse d'Âvenay qui, comme nous l'avons dit précédemment, devait toujours être pris parmi les chanoines. Ce concordat ne semble pas s'être conservé dans les papiers de l'abbaje et le cartulaire ne le contient pas ; mais comme ce titre intéressait tout particulièrement l'église patronale de la paroisse, il en fut délivré une expédition au conseil de la commune qui la devait précieusement conserver, et c'est dans les archives de la fabiique de l'église Saint-Trezain que nous en avons retrouvé une copie authentique et vidimée par Messire Guillaume Filliastre, licencié en droit, célèbre bibliophile du xiv« siècle, et officiai de l'église de Reims. Nous en donnerons le texte original aux Pièces justificatives^ ce qui ne nous empêche pas d'en reproduire ici une traduction du xvri« siècle^ que nous avons trouvée jointe au texte latin.
€ Albéric, par la grâce de Dieu, archevêque de Reims, à tous qui ces présentes verront, salut, savoir vous faisons qu'il est d'ancienne coutume que les six chanoines d'Âvenaj sont en même temps curés de la paroisse dudit lieu, et que tous les ans chacun à son tour est nommé prévost et en cette qualité chargé de faire les fonctions curiales, Noverit xtniversitas vestra quod cum de antiqua consue" iudine qiiilibet sex canonicorum de Avenaio Curatiis esset'parochialis Ecclesiœ ejusdem loci et unusquisque eorum, anno vicis suœ parochialia administraret^ eodem annoprceposilus appéllaius^
lOâ AÔdAVB d'aVÉNAV
d'où il natt souvent grande confusion qui met en danger ladite église et le salut des âmes qui leur sont confiées. Nous, voulant pourvoir jau bien de ladite église et au salut des âmes, pour remédier à l'avenir à cette confusion, de l'avis et conseil de personnes sages et éclairées, de l'aveu et du consentement de notre très-révérende sœur en Jésus- Christ, l'abbesse, des religieuses du couvent, et des chanoines de ladite église. Nous avons confié la conduite de ladite église paroissiale à l'un desdits chanoines, qui sera tenu et obligé de l'administrer et d'en remplir les fonctions, telles qu'exige une paroisse; et pour récompense en quelque sorte de ses peines et travaux et l'aider à subsister, lesdits chanoines lui ont volontairement et de bon gré accordé en pure libéralité sur leurs propres bénéfices les revenus ; et celui qui sera curé temporairement, percevra en entier et à toujours avec sa prébende, c'est à savoir ceux ci-dessus mentionnés et autres droits que les chanoines reçoivent jusques à trois sols seulement ; que s'ils surpassent ce taux, le surplus des trois sols sera partagé par égalité entre les six chanoines. — Comme aussi sont accordées audit curé les rétributions qui se paient aux noces et aux relevailles des femmes, lesdits chanoines se réservant tous les autres droits de ladite paroisse.
€ Ledit curé sera tenu de rendre compte à ses confrères chanoines desdites rétributions qui leur appartiennent. C'est pourquoi et au moyen de ce que dessus lesdits chanoines de leur pure volonté et sans force ni contrainte ont chacun résigné en nos mains leurs droits à ladite cure.
ItADÀMË ËUStASiS. tOâ
« L*abb6ss6 présente un des chanoines à l'arche* vêque de Reims qui accorde des provisions à celui-ci.
€ Après quoi ladite abbesse, à qui appartient la nomination, nous a présenté notre amé âls en Jésus-Christ, Robert^ l'un desdits chanoines, à qui nous avons confié le soin de ladite paroisse ; lequel sera tenu, ce néanmoins, à faire son service de semaine, â son tour, à Téglise Saint-Pierre de l'abbaye d'Avenay, comme auparavant et pour raison de sa prébende. Et ne seront pas moins obligés les autres chanoines pour desservir ladite église de Saint- Pierre, à prendre les ordres sacrés de la. prêtrise ; nous et nos successeurs pourrons les y contraindre comme lorsqu'ils étaient auparavant curés. Bien entendu cependant que le choix et la présentation de ceux qui succéderont dans ladite cure, de ladite paroisse, audit Robert, en cas de mort ou de permutation, appartiendra à ladite abbesse qui ne pourra toutefois conférer ladite cure ou autres prébendes de chanoine dudit lieu, à qui que ce soit ayant cure ailleurs (i).
€ Et afin que ces présentes demeurent fermes et stables, à toujours, du consentement de ladite abbesse, du couvent et des chanoines dudit lieu, comme il est ci-dessus exprimé, nous y avons apposé notre sceau apostolique et en vertu du droit et autorité pontificale que Dieu nous a confiés, vou-
(1) Alii vero canonici ad faciendum solitum et dehitum servitium in prœdicta ecclesia sancti Pétri, et ad suspi» ciendos sacros ordines sacerdotii nihilominus erunt ads* trictiy et ad hoc eos sicut antea quando curati erant, nos et Sîiccessores nostri posterimus coarctare*
1Ô4 àbbaVé î)*avenaV
Ions que ces dites présentes soient exécutées, sous peine d'excommunication contre ceux qui, en étant duement informés voudraient, dans la suite, y contrevenir.
« Fait et passé audit Avenaj, l'an mil deux cent quatorze, le 5"* jour du mois de mai après la Pentecôte. — Délivré par Hugon, notre chancelier, les jour, mois et an que dessus.
« Nous, officiai de Reims, à tous ceux que ces présentes lettres verront, salut, savoir faisons que le sceau apposé à ces présentes est le sceau de Monseigneur Âlbéric, ancien archevêque de Reims^ comme il nous est apparu. En foi de quoi nous avons fait mettre à ces présentes le sceau de notre juridiction. Donné par M. Guillaume Filliastre, licencié en droit.
€ Extrait et collationné par Jean Maillet, clerc et appariteur de la cour ecclésiastique. Tan mil trois cent quatre-vingt-huit, le second jour d'après la Saint-Barnabe, apôtre. >
A ces actes, peut-être un peu prolixement analysés, se borne tout ce que nous pouvons dire de l'abbatiat de Madame Eustasie, qui semble avoir pris fin en l'année 1220.
XIV* Abbesse.
Madame AÉlilS ou AEIilDIS.
(De 1224 à 1248.)
Durëe de son abbatiat. — Synchronismes. Guerre des grands vassaux. — Thibault, comte de Champagne, à Avenay» requiert gîte en Tabbaye. — Droit de gîte à Vraux. — Enquête sur le droit de gîte à Avenay. — Désistement du comte Thibaut. — Sceau de l'abbaye d' Avenay. — Dot d'Ansselette, âUe du châtelain de Yitry. — Maisons de Reims en la rue d*Avenay. — Le droit de guidage A Suippes. — Maison à Mareuil d'Eustache de Conflans. — — Thierry de Voucies vend à Tabbaye ce qu'il possède à Chouilly. — Droits de l'abbaye à Perthes-les-HuUus. — Dixme de Manre. — Pèlerinage de Sainte-Berthe. — Le bois des Batteys. — Sœur Marguerite, trésorière. — Yinage de Mutigny.
L'abbatiat de Madame Aélis nous parait s'être prolongé de l'année 1224 à Tannée 1248, c'est-àdire l'espace de 29 ans. Les auteurs du Gallia Christiana, dans la notice écourtée qu'ils lui consacrent W, crx)ient trouver deux abbesses en ce laps de temps : l'une du nom d'Aélis, de 1222 à 1234, et l'autre du nom d'Aéiidis, qu'ils font figurer de 1234 à 1248. Mais une difficulté se présente. Nous trouvons dans le Liber Principum^ au nom de cette même Aélidis, un acte sous la date de 1253. Il y a ici une faute évidente du copiste, et nous croyons qu'il faut lire 1243, car, d'après la notice du Gallia^ et plusieurs actes d'une authenticité
(Il Alix II occurrit annis i224 et i23î. Reperitur etiam Alidis, abbatissa, ab anno 1234 ad annum 1248,
106 abbaVe d*avenav
iQdi3catabIe, Isabelle, qui succéda à Madame Aélis, ou Aélidis, entrait, dès Tannée 1248, en lutte et contention avec la trésorière, Madame Marguerite, qui, à la mort ou cession de Madame Aélis, comme nous le dirons plus loin, avait cru pouvoir s'arroger, avec l'autorité, l'administration de l'abbaye. Quoi qu'il en soit, Madame Aélis, dont nous ne connaissons pas l'origine, parait avoir été élue en remplacement de Madame Ëustasie, durant la vacance du siège de Reims et vers l'époque du sacre du jeune roi Louis IX. C'était là un moment critique pour notre pays, car vers ce temps s'organisait déjà la ligue des grands vassaux qui, dirigée contre la régence de la reine-mère et en réalité surtout contre Thibault, roi de Navarre et comte de Champagne, devait porter le ravage dans nos contrées. On se rappelle comment, à la nouvelle de la mort tragique de Henri II de Champagne en la ville d'Acre, Thibault s'était emparé du comté au détriment de sa nièce, Alix, reine de Chypre et fille aînée de Henri. C'étaient les droits de cette princesse, qu'entre autres griefs, les seigneurs ligués faisaient valoir pour déclarer la guerre -k Thibault. Thibault, en prévision de rirruption,.de l'ennemi, avait fait couper le pont de Port-à-Binson et garder de ce côté les rives de la Marne. « Mais» « dit la Chronique de Rains, » à quelque distance delà passèrent tuit (tous), car Marne étoit petite adonc ; et puis alèrent à Aspernay el la brisièrent, et entrèrent ens par force et i gaignièrent grant avoir (i) , et moult
(1) Quelques auteurs modernes reprochent à Thibault Tincendied'fipernay.Onvoit ici qu'il fautTimputer aux grands vassaux, uae^fois ncialtres de la rive gauche de la Marne.