MADAME AÉLIS OU ABLIDIS
d'Avenaj toat ce qu'il possédait à Chouilty^ tant en hommes qu'en terre et autres choses. M. Tabbé Barré, dans sa très-intéréssante Étude historique sur Chouilly, a le premier signalé cette pièce, qui est de Tannée 1225. — En 1234, Messire Milon de Chouilly, chevalier, sous le scel de Tofficialité de Reims, vend, avec promesse de garantie, aux abbesse et religieuses d'Avenay, cinq journels de terre, un peu plus un peu moins, sis en la maladrerie de Mareuil, juxta domum leprosorum de Marolio : et promet ledit Milon de faire ratifier et garantir cette vente par demoiselle Isabelle, sa nièce, à sa majorité, et par Marguerite, sa propre sœur. — Enfin, en 1238, le même Milon de Chouilly tombe d'accord avec les dames d'Avenay au sujet de certaines terres achetées par Madame Âëlis du sieur Payen d'Ogier : lesdites terres chargées de deux sols de cens au profit dud>t chevalier.
PertheS'leS'HulliiS <i). Voici l'origine des droits de l'abbaye sur ce village. En janvier 1227^ Madame Ada, comtesse de Soissons, précédemment de Grandpré, donne en perpétuelle aumône, à l'église Saint-Pierre d'Avenay, tout ce qu'elle avoit acheté des dixmes de Perthes-les-HuUus, à la charge de célébrer tous les ans l'anniversaire de feu Henry, comte de Grandpré, son premier mari; et Messire Raoul, comte de Soissons, donne son approbation à l'acte de libéralité de Madame la comtesse son
épouse.
(1) Perthes-leS'Hurlus, canton de Ville, arrondissement de Sainte-Mënehould. a L'abbaye d^Avenay, dit M. Chalette, dans sa Statistique de la Marne, levait, en 1227, les dîmes de ce village. .
Maure (près Vouzy). Simon de Manre, chevalier, et Marguerite, sa femme (juillet 1237), donnent en perpétuelle aumône, à l'abbaye d'Avenay, la 12" partie de la dixme de Manre qu'il avait acquise durant son mariage avec Ermangarde, à condition qu'après la mort dudit Simon, l'abbaye rendrait à Madame Marguerite, sa vie durant et annuellement, vingt- sept septiers de blé du meilleur de cette dixme, mesure dudit Manre. — Ce qui est accepté par les enfants du premier lit, qui promettent de n'aller jamais au contraire.
Guillaume de Machepin, de Fontaine, écuyer, vend, avec toute garantie de recours, aux dames abbesse et religieuses d'Avenay tous les droits de terrage qu'il avoit à Avenay, moyennant prix de 40 sols (oct. 1237).
Jehan dit le Bourgeois (en juillet 1243), citoyen de Reims, donne à l'abbaye d'Avenay 40 s. de revenu annuel, monnaie de Provins, pour l'anniversaire de Robert le Bourgeois, son père, à prélever à Epernay, sur la maison de Nivard.
Le cartulaire et ce qui nous reste des archives de l'abbaye contiennent peu de traces du pèlerinage d'Avenay, qui, dès les premiers temps du moyen-âge, avait acquis une célébrité que la Révolution put. seule amoindrir. La fontaine miraculeui^e de sainte Berthe et les cures merveilleuses attribuées à l'intercession des saints fondateurs de l'abbaye, attiraient, toute l'année, un grand concours de malades et de pèlerins qui visitaient ce sanctuaire et s'en retournaient fréquemment guéris ou consolés. Cependant, on s'en doute bien, ils ne guérissaient pas
Madame aéus ou aélidis 117
tous. L'hôpital dont nous aurons bientôt à nous occuper, recueillait ceux des malades qui, après la visite aux châsses de sainte Berthe, de saint Gombert et de saint Trezain, entraient en traitement, et là, suivant le temps et la gravité des maladies, surtout à l'époque des épidémies, il en mourait beaucoup dont- les corps, loin de leur famille et de leur domicile, restaient à la charge de la maison. Dans Timpossibilité souvent de faire constater l'état civil des décédés, les dames infirmières ne se croyaient point libres du genre de sépulture à leur donner. La charte suivante de l'archevêque Henry de Braine leur donne à ce sujet tout pouvoir. En voici la traduction :
1235. — « Henri, par la grâce de Dieu, Archevêque de Reims, à ses chères filles, abbesse et religieuses du monastère d'Avenay, salut et amitié dans le Seigneur. Nous avons vu, par la requête que TOUS nous avez adressée, qu'il arrive que des pèlerins qui viennent à votre monastère y paient le tribut dû à la nature et restent trop longtemps exposés sans sépulture parce qu'on ignore à quelle paroisse ils appartiennent, et qu'il en résulte un grand danger pour votre santé. A quoi vous nous avez humblement prié de pourvoir. Voulant donc, comme nous le devons, prendre à ce sujet les mesures nécessaires, nous accordons que vous puissiez librement donner ou faire donner la sépulture ecclésiastique à tous ceux qui seraient yenus en pèlerinage à votre monastère, et seraient décédés dans l'enceinte du couvent, à moins qu'il ne soit prouvé qu'ils étaient nommément excommuniés ou interdits, ou qu'ils avaient fait choix d'un autre lieu pour leur
118 ÀB&AYE D^VENAV
sépulture ecclésiastique: ce que nous voulons être exécuté, nonobstant inhibition ou appel. En témoignage de quoi nous avons fait sceller ces présentes lettres de notre sceau. Donné à Cormici, Tan de notre Seigneur mil deux cent trente-cinq, au mois de décembre. »
Très, des ch. champ. 5. n® 59. Lay. — 1242. — Lettres de Tabbesse et couvent d*A venay par lesquelles elles approuvent derechef réchange qu*elles auroient fait avec le Roy Thibault, du lieu de Presles au lieu de 40 livrées de terre qu'icelui Roy leur auroit assignées à Soupe^ Avenay et Melligny. — Mai 1242.
Sous la date de 1243, nous voyons Madame Marguerite, trésorière, acheter pour l'église Saint- Pierre d'A venay, de Messire Halet, chevalier, et Demoiselle Perrote, sa femme, trois pièces de terre, sise à Avenay, lieu dit en Margerie, au prix de 40 livres, monnaie de Provins.
Nous ne pouvons clore l'article de Madame Aélis sans parler d'une pièce d*un assez haut intérêt pour les habitants d'A venay. Il s'agit d'un accord passé au nom de ceux-ci par Madame Tabbesse et ses religieuses avec Messire Guillaume, seigneur de Germaine et écuyer, au sujet des usages dans les bois des Bateys de Germaine et d'Avenay.
Décembre 1244. — Carta super concordia de Bateis, Acte de l'officialité de Reims portant accord entre les Dames religieuses, tant pour leur église que pour PHôtel-Dieu et le four bannal d'Avenay, et les habitans dudit Avenay d'une part^.et Guillaume,, seigneur de Germaine, chevalier, d'autre part, au sujet des bois appelés les Bateis de Ger« maine. A été convenu, savoir : lesdites Dames
MADAME AELIS OU AELIDIÔ. lld
renoncent à tout droit tant d'usage qu'autres qu'elles avoient ès-dits Bateys, tant pour elles que pour l'Hôtel-Dieu et le four bannal du bourg, en sorte que les habitans ne pourront mener leurs bétes es taillis des dits Batteys durant cinq ans après la coupe d'iceux ; mais ces cinq ans expirés le pourront par tout le bois, tant en la part dudit Guillaume qu'en celle desdites Dames. Que semblablement les habitants de Germaine auront leur usage es dits bois à partir de la borne des Grillons jusques à la borne près les champs de la Neuville, c'est-à-dire la partie du bois qui est du côté d'Avenay, franche et quitte. — Moyennant lequel arrangement les Dames renoncent à tous les droits qu'elles pou voient avoir es dits noms, avec garantie vis-à-vis des habitants d'Avenay comme de la part dudit Guillaume vis-àvis des habitants de Germaine. — Cart. f^ 129, f 51, no 3.
On sait que ces droits d'usage dans les bois seigneuriaux se sont conservés et maintenus, à quelques modifications près, jusqu'aux décrets révolutionnaires qui ont changé toutes les conditions de la propriété.
La même année, au mois de janvier, durant l'absence ou la maladie de Madame Âélis, Etienne, chapelain procureur de la maison des Lépreux de Louverci (près Suippes), du consentement des frères et sœurs de la dite Léproserie, vend à Madame Marguerite, trésorière de Saint-Pierre d'Avenay, pour la somme de quarante-cinq sols provins, dix septiers du vin de leur vinage de Mutigny.
En l'année 1248, la dernière de Tabbatiat de Madame Aélis, nous trouvons encore un acte par
120 àbôave d*avenav
lequel le monastère d*Avenay, sans qu'il y soit question de Tabbesse ou de la trésorière, acquiert : de Jean de Faumart, de Miles de Mareuil et Marguerite, son épouse, trois septiers de froment, mesure de Mareuil, à prendre annuellement sur une pièce déterre sise à Avenay, lieudit la Loivre (la Livre?) au prix de 15 livres payées comptant, et en garantie de laquelle acquisition les vendeurs affectent une autre pièce de terre, sise à Mareuil, lieudit Faussart.
Nous nommes arrivés au terme de la gestion de Madame Âélis, sans pouvoir toutefois en indiquer la date précise. Nous croyons remarquer que, dans les dernières années de son abbatiat, Madame Âélis, absente ou malade, laissait volontiers le soin d'administrer à la sœur trésorière, Madame Marguerite, et que les acquêts et transactions de l'abbaye se faisaient alternativement au nom de l'une ou de l'autre.
Quand vint la retraite ou le décès de notre abbesse, Madame Marguerite, soutenue dans ses prétentions par une partie des religieuses, continua à gouverner en qualité de trésorière, en attendant que l'autorité ecclésiastique consacrât les droits qu'elle se croyait à la succession de Madame Aélis. Nous allons voir ce qu'il en advint dans le chapitre suivant.
XV* Abbessk.
MMiame Ifi^ABEIiIiB.
(De 1248 à 1274.)
Sœur Marguerite administre. — Election disabelle. -* Mode et cérémonial de Tëlection. — Innocent lY en France. — Bulle dépossédant sœur Marguerite et maintenant Madame Isabelle. — Blé à Moreny, légué à Tabbaye. — Viatrix et Ërmengarde, de condition serve. — Droit de succession. — Domaine de Suippes augmenté. — Donation entre vifs d*UQe maison à Châlons. — Procôs avec les chanoines.
Dans les monastères de allés, de Tordre de saint Benoit, la trésorière occupait, après Tabbesse, le premier rang parmi les dignitaires, et, dans les transactions temporelles, suppléait celle-ci en cas d'absence ou d'empêchement. Nous avons vu qu'en cette qualité, la sœur Marguerite avait pris dans le couvent une grande autorité, puisque, commise ou non par Tabbesse, sa personnalité âgure en tète de plusieurs actes comme agissant au nom et dans l'intérêt de la communauté.
On comprend qu'à la mort ou résiliation de Madame Aélis, sœur Marguerite ait eu l'ambitieuse prétention de lui succéder. Elle avait un parti parmi les religieuses, et ses adhérences lui faisaient entrevoir la position comme acquise.
Il semble cependant que, si légitimes que pussent être les espérances de la sœur trésorière, l'élection ne les justifia point; les voix se portèrent sur une autre religieuse du couvent, sur Madame Isabelle,
fille du châtelain de Bâr-le~Duc, que recommandaient d'ailleurs un haut mérite et aussi sans doute les influences de famille.
Disçns ici quelques mots de la manière dont il était procédé à Télection de Tabbesse. Deux ou trois jours avant^ il y avait les prières de quarante heures, pendant la durée desquelles les religieuses demandaient à Dieu de les éclairer sur le choix qu'elles avaient à faire pour le plus grand bien du monastère ; il y avait à ce sujet des recommandises à toutes les messes, des prédications, des exhortations faites, soit par le prédicateur de semaine, soit par le visiteur ou tout autre dignitaire du chapitre désigné par l'archevêque de Reims. Le jour de l'élection au matin, la dame prieure préparait, — sur l'appui de la grille qui séparait le chœur, où se tenaient les religieuses, du bas de la nef, laissé aux assistants, — de l'encre, des plumes, du papier, des ciseaux et le tableau contenant les noms de toutes les sœurs prenant part au vote ; à côté, les boëtes destinées à recevoir les voix. La sœur sacristine faisait disposer dehors la grille, les sièges pour le délégué de l'autorité ecclésiastique, qui présidait à l'élection, et pour les assistants. A l'heure voulue était célébrée la messe du Saint-Esprit (haute et basse), avec mémoire de Notre-Dame, de sainte Berthe et de saint Benoît, messe à laquelle toutes les sœurs communiaient. Puis était sonnée la cloche au son de laquelle toutes les mères et sœurs ayant voix au chapitre se réunissaient à l'église, à l'exclusion des chanoines et des supérieurs auxquels l'entrée du chœur restait interdite. Alors les religieuses se rangeaient selon leur rang, aux chaises basses, les anciennes
MADAME ISABELLE. i^l'd
près de Tautel. Le visiteur ou délégué de Tarclievéché fais^ait une courte exhortation sur Timportance de l'acte auquel on allait procéder, et le péché que commettraient celles qui voteraient mal. Après l'exhortation, les religieuses s'agenouillaient et le visiteur entonnait l'hymne Ve7ti Creator, puis prononçait l'oraison suivante : Domine, qui corda nosti omnium, oui omnis volunias logiiiiur, et quem nullum laiet secretum, oste^ide nobis quam elegeris accipere locum miynsterii hujics, in quo pio in has famulas tuas studio seinper tibi pla^ cita, familiam tuam virtutibus instruit, et fide^ lium mentes spiritualium aromatum odore per^ fundat, Per Christum, etc.
L'élection faite et publiée par le délégué visiteur, on entonnait l'hymne Te Deum, chanté en notes par toute l'assemblée ; les cloches retentissaient et annonçaient à toutes les sœurs du monastère qu'elles eussent à se trouver au lieu de l'élection. Le Te Deum achevé et les autres oraisons dites, toutes s'agenouillaient à nouveau, et le père visiteur faisait alors l'appel de l'abbesse nouvellement élue, laquelle allait se mettre à genoux devant la grille, où il la confirmait en ces termes :
« Moi, N., assisté de M'* N. et du confesseur de. ce monastère, en présence de toute la communauté, de l'autorité de Mgr l'archevêque de Reims, votre ordinaire et supérieur légitime, approuve et confirme l'élection qui a été faite de vous, en qualité d'abbesse en ce chapitre, et vous constitue pour mère abbesse de ce monastère et vouï commande d'exercer cette charge selon vostre capacité et la teneur de votre règle et constitutions. » Puis, s'f^-
dressant aux religieuses, il ajoutait : < Et vous, je vous commande aussi, par la mesme authorité, mes très-chères sœurs, de lui obéir en tout ce qui ne sera contraire à votre sainte règle et constitutions, recognoissant et honorant en elle la personne mesme de nostre Seigneur Jésus-Christ. »
Immédiatement après, le père visiteur ou délégué donnait à la nouvelle élue le sceau et les clefs du monastère, et finissait le chapitre par une bénédiction générale,
Madame Isabelle proclamée. Madame Marguerite ne se tint point pour battue et, malgré la régularité de l'élection, elle refusa obstinément de se dessaisir de l'administration, et, en raison des services qu'elle avait rendus, ne recula point devant un appel au Saint-Siège.
On sait quelle était en ce moment la situation du chef de la chrétienté. L'Italie, l'Allemagne et la - France elle-même étaient encore agitées par cette grande querelle de Frédéric II et de l'Eglise. Innocent lY, menacé dans sa personne, s'était réfugié à Lyon ; mais, loin que la mauvaise fortune eût en rien abattu son courage, on le voyait, plein de zèle et d'énergie, s'interposer, du fond de son exil, entre les peuples et les rois et faire parvenir aux contrées les plus lointaines, la voix encore puissante de l'autorité apostolique.
C'est à Lyon^ et au milieu des grands intérêts dont il était tout occupé, que lui parvint le pourvoi des Dames d'Âvenay. Isabelle avait jugé utile de porter elle-même son recours au Saint-Père, aussi obtint-elle une prompte décision. La bulle papale
doBnait gain de cause à Madame Isabelle ; elle nous a paru assez remarquable pour que nous nous hasardions à en donner ici la traduction , à peu près littérale :
a A notre chère allé en J.-C.» Isabelle» abbesse de Saint-Pierre d'Avenay, 0. de S.-B., diocèse de Reims, salut.
€ Une difficulté s'étant élevée entre vous et Marguerite^ trésorière de votre monastère, à propos de rélection que vous* affirmiez avoir été faite de vous comme abbesse, et des prétentions de Marguerite se disant pourvue de ladite charge par l'autorité ordinaire du monastère, et encore à propos de divers autres points relatifs à ce difiérent, Nous, évoquant cette affaire à notre examen apostolique. Nous avons jugé convenable d'en commettre la connaissance à notre cher frère G., prêtre cardinal de la basilique des douze Apôtres ; ledit cardinal en ayant fait un examen attentif, qu'il nous a, et à notre conseil, fidèlement exposé, a, par sa sentence, annulé tant votre élection que la provision de la sœur Marguerite ; la direction dudit monastère nous étant réservée ; Nous, voulant donc y pourvoir et prenant en considération les nécessités du monastère grandement en péril par la prolongation de la vacance, Nous avons enjoint par' nos lettres, à notre cher fils, l'abbé de Chéhéri, de Tordre de Gitaux, au diocèse de Reims, qu'il eût à interdire absolument à ladite trésorière, se prétendant justement abbesse, de s'ingérer à l'avenir dans l'administration dudit monastère, et qu'il eût à tirer du sein dudit monastère une personne idoine pour y remplir les fonctions vacantes et gérer, administrer
les affaires tant spirituelles que temporelles, et la fît reconnaître en cette qualité en frappant les contradicteurs de la censure ecclésiastique.
4; Ledit abbé ayant donc avec diligence exécuté notre ordonnance, après l'inhibition faite à la trésorière, a fait choix en notre nom de vous^ Isabelle, religieuse audit monastère, et ce en raison de vos mérites et recommandable par la pureté de votre vie et la ferveur de votre piété. Par ces raisons, ayant agréable la provision 'dont il vous a pourvue pour le gouvernement de cette maison, nous l'avons pleinement confirmée par l'autorité de notre présente bulle ; qu'il ne soit donc permis à personne d'enfreindre cette lettre de confirmation, et si quelqu'un est assez téméraire pour y attenter, qu'il encoure l'indignation divine et des bienheureux apôtres Pierre et Paul. — Donné à Lyon, III Ides de septembre, la & année de notre pontificat. »
Cette même année, ainsi que le mentionne la notice du GalHUy Madame Isabelle fut bénite par l'archevêque Ivelle, ou Juhelle, dans l'église du monastère d'Eaunes, au diocèse de Toulouse.
1249. — Par le premier acte que nous puissions rattacher à son administration, Mad® Gallie, veuve de feu M" Audry, chevalier, seigneur de Moreny, et GoUin, leur fils, reconnaissent que ledit Audry a laissé par son testament, à l'église d'Avenay^ un muid de blé, à la mesure de Moreny, à prendre annuellement et à perpétuité au moulin dudit Moreny, à la seule condition que ses héritiers pourront assigner l'hypothèque sur tout autre immeuble aussi
près d'Avenay. Mais le nom d'Isabelle non plus que de Marguerite ne âgure en cet acte^ et les Dames d'Avenay seules y sont mentionnées.
Par un autre acte^ que nous croyons de la même année, Viatrix de Suippes et Ermengarde, sa fille, de leur pleine volonté et sans contrainte, se recon- ' naissent femmes de l'église Saint-Pierre d'Avenay, savoir^ de condition serve. Cet aveu avait sans doute quelque chose de grave et de solennel, car nous voyons cités dans cette charte, comme témoins, après Madame Isabelle, abbesse, noble homme Philippe, chastelain de Bar-le-Duc, père de Madame Isabelle; Dom Gilles de Montcornet, religieux d'Hautvillers ; Messire Jean de Venderesse, chapelain de ladite dame abbesse ; Jean le Thiois, maïeur d'Avenay; Guillaume^ maïeur de Boy et de Suippes, et deux échevins ad ce appelé. Ce qui fut fait le mercredi devant les Brandons.
Le Saint-Père, voulant donner. à la jeune abbesse un nouveau témoignage de sa haute bienveillance, la soustrait à la justice séculière pour toutes les choses de son monastère par une bulle très-som* maire datée de Lyon, février 1250; et par une autre, de Peruse, du 17 juillet 1252, il confirme aux Dames d'Avenay le privilège de succéder à tous les meubles et immeubles à elles échus, nonseulement depuis leur acte de profession, mais même du temps qu'elles étaient encore du siècle.
1254. — Le domaine que possédait à Suippes l'abbaye d'Avenay s'agrandit en cette année d'une façon notable, suivant les termes de cette charte que nous reproduisons dans son texte intégral :
< Je, Guy de Sarnay, chevalier, sire de Sarnay
128 ABBAYE d'aVKNAY
en Dormois, et Isabiau, ma mère, avons donné à perpétuité, per Deu et en aumône^ à Tabesse et à l'Église Saint-Pierre d'Avenay, la quarte partie de notre ban de Monfeschier que nous avons à Suippe, c*est à savoir en hommes, en rantes, en cens, en terrages^ en terre ahénable^ {labourable) en gelines, en quatre hommages, et en autres, se nous lesi avons, en plais, en ban et en justice et en autres choses quelquelles soient en ce ban de Montfeschier . . . et si recognois que je, et ma mère, avons vendu à celle abbesse et à celle église devant dites, à perpétuité et comme de franc-alleu, les autres trois parties de ce meisme ban de Monfeschier, por le pris de set — vinz livres, et dis de tornois; desquesjerequenois que je en ai eu mon gré et receu en deniers qui me sont contés, baillés et délivrés por moi et por ma mère... Et en tesmoignage de ces choses furent présens mes sires Guis, ses âz, messire Jehans dou Chastelet et messire Guis de Chaleranges, chevaliers... et j*ai ces présentes lettres scellées de mon scel, en Tan de grâce mil ce cinquante- quatre au mois de novembre <i).
1261. — Bertrand d'Athies, demeurant à Chà- Ions, pour le repos de son âme et l'âme de ses parents, sain de corps et jouissant de ses facultés, compos mentis in bono statu pedibus suis ambulans per viam, fait donation entre vifs en pure aumône, à l'abbesse et couvent d'Avenaj, de tout son manoir et dépendances, sis à Châlons, rue Morand, derrière le cimetière des Juifs, entre la grange de
(1) Voir à V Appendice plusieurs autres titres concernant Suippes et Montfeschier.
IfÀDAIfE ISABELLE. 129
Raoul Chopin, et la maison de Guillaume de Cour* tisols, chevalier, avec toute garantie de n'aller jamais au contraire de ladite donation.
C'est à cette donation que le Oallia Christiana fait allusion/et qui fut, en effet, confirmée par Pierre de Hans, évèque de Châlons, non point, comme le dit la notice, en 1251, car la donation n'eut lieu qu'au mois de novembre 1254, mais seulement en 1261 • Le prélat consent à la présente donation, à la condition que le teneur de ladite maison au nom des Dames abbesse et religieuses seroit justiciable dudit éVéque; qu'elles ne la pourront aliéner, vendre ni échanger sinon aux bourgeois de Chàlons et avec le consentement dudit évêque, autrement la maison retournerait à l'évéque sans que ces Dames j puissent rien réclamer. Necposstoii ex tuncdictœ abbatissa et conventus in ea jus aliquid vindicare. (Voir aux Pièces justificatives.)
L'an 1264, notre abbesse eut surtout l'ennui d'un différend avec ses chanoines, qu'une sentence arbi* traie donnée sous le scel de l'officialité de Reims vint terminer à son avantage. Les chanoines soutenaient : P qu'ils étoient en droit de suspendre l'exercice de leurs fonctions toutes les fois que Madame leur faisoit grief : qtcotiesctimqice eisdem canonicis Domina abbatissa prœdicta aliquod gravamen inferret ; 2" qu'ils avaient la faculté de s'absenter d'Avenay quand ils le jugeoient à propos et qu'ils n'étoient pas hebdomadaires ; que l'abbesse ne pouvait exiger d'eux que de faire leur semaine par eux ou par autre : dum tamen perse vel per alios faciant suas hebdomades in mémorata ecclesia Sancti Pétri.
130 ABBAYE d'aVBNAY
Le troisième objet de la contestation étoit relatif aa droit que l'abbesse disoit avoir de mener avec elle un des chanoines, ou de Tenvoyer où elle jugerait à propos pour les affaires de l'abbaye, sans que cette absence lui f&t préjudiciable, les autres présents étant tenus de faire son service.
La sentence arbitrale jugea que les sujets de plainte que les chanoines pouvaient ayoir contre l'abbesse ne les dispensoient point de remplir leurs fonctions.
Qu'ils ne pouvaient pas s'absenter plus de sept jours, sans la permission de l'abbesse, ou de la sœur chargée de la représenter, en cas d'absence ou de vacance de l'abbaye : Quod si dicti canonici vel aller eorum volait recédera ah ecclesia seu villa de Avenaia^ etmoram trahere ultra septem dieSy hoc non possimt...
Que cependant, au cas où le chanoine auroit une cause juste et raisonnable de s'absenter plus de sept jours, l'abbesse ne pourroit refuser la permission, mais qu'en aucun cas le service de l'abbaye n'en pourroit souffrir.
Ënân, contre le dire des chanoines, l'abbesse est autorisée à mener avec elle ou à envoyer hors d'Avenay un de ceux-^ci pour les affaires de l'abbaye et que nonobstant l'envoyé sera réputé présent, et aura la même part dans les distributions que les autres; et que les chanoines présents, avertis de l'absence, seront tenus de le remplacer et faire son office. Débet ipsa abbatissa aliis canonicis remanentibus in dicta ecclesia hoc facere nùntiari. Cependant la sentence reconnaît que l'abbesse ne pourra disposer ainsi d'un de ses chanoines sans son
consentement, ntsi de ipsius canonici voluntate procédât. C'est en ce cas seulement, quand de sa propre volonté il accompagne ^abbesse, qu'il est réputé présent^ et que les autres chanoines sont tenus de le remplacer et de faire son service.
Nous n*ayons plus à mentionner, pour Tabbatiat de Madame Isabelle, que des actes du domaine temporel, mais qui ne manquent pas d'intérêt pour les localités qu'ils concernent; mais nous croyons devoir en renvoyer l'analyse à l'appendice et clore ici l'article de madame Isabelle, dont les transactions n'ont pas peu contribué à l'agrandissement des domaines de l'abbaye.
XVI* Abbesse.
(De 1274 à 1889.)
L'abbaye, pendant la vacance, administrée par les Dames prieure ou trësoriôre. — Madame Alix ; date incertaine do son entrée en fonctions. — Acquisitions à Ambonnay, Tauxiôres et Jonchery. — Don du moulin de Mallier. — Blanche de Champagne épouse le Ûls du roi d'Angleterre, Edmond, comte de Lancastre. — Amortissement des biens acquis de Jean d^Avenay. — Fondation d'une chapelle en rëglise paroissiale par Gilles d*Ayenay. » Dotation de la chapelle N.-D. fondée par Gilles d'Avenay. — Le comté de Champagne et Brie réuni à la couronne. — L*abbaye exempte des droits de francs fiefs dus au roy. — Hôpital Sainte-Marie d'Avenay, son origine et ses moyens d'existence. — Inscription de 1284.
Nous avons dit qu'en cas de vacance du siège ou d'absence de Tabbesse^ les affaires de la communauté pouvaient souffrir, mais n'étaient point arrêtées. Elles étaient gérées au nom du monastère, soit par la Dame trésorière, soit par la Dame prieure.
Le peu de mots que les auteurs du Gallia consacrent à Madame Alix III, nous laisse dans une égale incertitude sur l'époque précise et de son élection et de la un de son administration. En parlant d'Isabelle qui précède, les auteurs disent sedebat adkuc anno 1274y mais cela ne prouve pas qu'elle n'ait pas continué à vivre et à gouverner encore quelques années. Quant à Madame Alix, la notice est aussi peu sûre : Renunciata est anno 1286 y et
voilà tout ce que ron nous dit de son passage à Tabbaye.
En admettant qu'elle n'occupa le siège abbatial que depuis 1286, comme son héritière, suivant le GalUUy parait dès l'année 1289, elle n'aurait gouverné que l'espace de trois ans. Nous plaçons cependant à son nom, ou sous son règne, les neuf actes de 1274 à 1289 que nous fournissent les archives ou le cartulaire de l'abbaye et dont aucun n'est au nom d'une des deux abbesses^ Isabelle ou Alix.
Ambonnat/j 127 4y le vendredi d'après Pâques. — Isabelle de Chevigny, veuve de Miles le Caucey, escuier, vend aux Dames abbesse et religieuses tout le vinage, et le terrage, qu'elle a ou peut avoir à Ambonnay; ce qu'elle a, en cens et avoine, à Tauxières: dix-sept septiers d'avoine et quatre sols de cens avec quatre gélines au village de Jonchery : toutes choses qu'elle tenait de son douaire, moyennant prix de 8 livres 10 sous, reçus comptant.
Mallier y 1274, mercredi après Pentecoste. — Thibaut de Mallier, chevalier, donne à perpétuité à l'église d'Avenay un moulin, sis à Mallier, s'en réservant toutefois l'usufruit durant sa vie et les frais nécessaires aux réparation et entretien dudit moulin. Et de plus cent sols pour les nécessités de sœur Jeanne, sa fllle, religieuse audit monastère.
Lorsque mourut^ le 27 juillet 1274, HenriJe-Gros, quinzième comte de Champagne^ sa fille unique, Jehanne, n'avait encore que trois ans, mais il avait pris la précaution de la faire reconnaître de son vivant reine de Navarre et comtesse de Champagne et Brie, et lui avait assuré sa succession par son testament, en lui choisissant pour tutrice sa femme
Blanche d'Artois, que nous avons dite Slle de Robert d'Artois et nièce de saint Louis. A quelque temps de là, Blanche, encore jeune, épousait en secondes noces Edmond, comte de Lancastre, et frère d'Edouard, roi d'Angleterre. Ce mariage se faisoit le 18 décembre 1275, et Jehanne, héritière des états de Henry, n'était encore âgée que de huit ans. Edmond de Lancastre, époux de la comtesse douairière, et, à ce titre, quasi tuteur de Jehanno, prenait volontiers dans ses chartes la qualité de comte de Champagne et de Brie. Les chartes qui nous restent de ce prince, avec ce titre, sont assez rare^; on en connaît cinq ou six, et, si nous avons bonne mémoire, les archives de la ville de Reims en possèdent une avec un magnifique sceau de ce prince, ainsi titré. Le cartulaire d'Avenay nous en fournit une lettre que nous tenons à mentionner :
i276. — Edmond, fils de Henri, roi d'Angleterre, prenant la qualité de comte palatin de Champagne et Brie, permet aux Dames d'Avenay de posséder perpétuellement en main morte ce qu'elles ont acquis en fiefs, arrière-fiefs, alleux des seigneuries de la comté de Champagne, c'est-à-dire environ 4 muids de vin et environ 3 septiers de blé de rente annuelle, environ 12 sols de cens et 4 gelines, le tout provenant de Jean d'Avenay et pris sur le terroir d'Ay, sauf la garde-justice réservée.
La charte qui suit concerne spécialement l'église de la paroisse d'Avenay, placée sous le vocable de saint Trezain. Gilles d'Avenay, personnnage important par son rang et sa fortune et dont le nom figure à plusieurs reprises dans les actes du temps, obtient la permission d'y fonder une chapelle. On-
sait que, pour une pareille érection, il fallait une autorisation supérieure, et elle* n'était accordée qu'au cas où le pétitionnaire offrait un fonds suflSsant pour l'entretien d'un prêtre. Pour y pouvoir célébrer la messe, il fallait une bulle papale.
1278 j juillet. — Le roy Philippe le Hardi, se mettant aux droits du Saint-Père^ permet à Gilles, d'Avenay de fonder une chapelle en l'honneur de Notre-Dame et de tous les saints, en l'église paroissiale d'Avenay, avec dot de 29 arpents de prés, sis aux terroirs d'Espernay et d'Ay, et autres biens longuement désignés en la charte, le tout pouvant valoir environ 30 livres ts, en faveur du chapellain, avec amortissement du roi Philippe. La lettre est scellée du grand scel en cire verte et lacs de soie.
Le 15 août 1284, Philippe de France, fils de Philippe le Hardi, épousait Jehanne de Navarre, fille et héritière de Henri III et de Blanche d'Artois. Par ce mariage, ce prince devenait roi de Navarre, comte palatin de Champagne et de Brie. L'année suivante, à la mort dePhillippe le Hardi, Philippe le Bel et Jeanne de Champagne étaient couronnés roi et reine de France, à Reims, par Tarchevéque Pierre Barbet, et c'est ainsi que le comté de Champagne et Brie était réuni à la couronne. Philippe n'avait alors que dix-sept ans et Jeanne à peine quatorze.
Baugier dit que le roi était si persuadé du mérite de la reine qu'il lui laissa toujours l'administration de son royaume de Navarre et de ses comtés de Champagne et de Brie. Nous ne trouvons pas la preuve de cette affirmation dans les trois actes suivants, tous trois exclusivement au nom du roi de France. Tous trois, du reste, attestent une bienveillance dont le
136 ABBAYE d'aVENAY.
mérite pouvait remonter à la jeune princesse qui ai* mait dans ses titres à conserver ceux de Reine de Navarre et de Comtesse de Champagne.
Avenat/j 1284^ /éorier. — Jean de Saint- Verain, commissaire^ député de par le roy pour le recouvrement des finances des francs-âefs et nouveaux acquêts, donne quittance aux Dames d'Avenay pour les choses acquises par elles depuis quarante-six ans, moyennant la somme de cent dix livres neuf sols, lesdits acquêts sont décrits en cette même lettre de concession.
Nous avons à présent à parler d*un don fait par un habitant d'Ay à l'hôpital d'Avenay. Ce serait ici le lieu de remonter à l'origine de cet établissement, de rappeler, avec l'époque de sa fondation, le nom de ses bienfaiteurs, et d'exposer la nature des services qu'il rendit au pays. Il n'est pas douteux pour nous que Thôpital ait été une création de l'abbaye, dotée par elle, entretenue aux frais de la paroisse et soutenue des dons de la charité publique. On voit par les titres que l'administration des revenus et de la maison elle-même fut d'abord laissée à l'un des chanoines, et les malades confiés à l'une des plus notables religieuses du couvent qui prenait le titre de sœur hospitalière. Nous aurons à revenir sur ces divers points : quant à présent, voici les notions qu'après les événements de la Révolution la municipalité avait conservées de l'ancien hôpital :
€ Il parait W que l'existence de notre hôpital est « due à la libéralité des fidèles qui l'ont doté,
(1) Lettre du maire d'Avenay, du 23 messidor an XII ^ à M» le sous-préfet de Reims,
< et que l'origine de sa fondation se perd dans « la nuit des siècles les plus reculés. Une bulle € du pape Paul II, de Tan 1468, accorde la cha- € pelle et l'administration de l'hôpital à Jean Bar- € thélemy de Gappa. Une autre donne cette € administration à Jeanne de Mareston , reli* € gieuse d'Avenay. Une inscription gothique, € placée au frontispice de cette maison, et qu'on € ne lit que très-difficilement, prouve qu'en 1500 € un sieur Baudoin a légué 35 s. tournois de rente « pour acheter du bois pour chauffer les pauvres. »
Nous reprendrons et achèverons de citer en temps et lieu la notice de M. le maire qui, selon nous, n'est pas d'une irréprochable exactitude; nous nous bornerons ici à relever ce qui touche l'inscription gothique qu'on ne peut lire que très difficilement et qui prouve qu'en 1500^ etc.
Cette inscription subsiste encore, telle qu'elle fut gravée, non point en 1500, mais bien en 1284, ce qui est très-différent et lui donne un tout autre intérêt. C'est Une pierre de 0™ 30 de hauteur sur 1™ 50 de longueur, encastrée au-dessus de la porte de l'hôpital, aujourd'hui maison des Sœurs de la Providence qui y tiennent l'école des filles. Voici textuellement cette inscription ;
f. flfn : Un : ht : avact : illtl : ii : ctm : quatre : vin» : iv : | lam : ûaivxM : en : Ite : a : tous : jour» : 0or : tipvi: qotl : aomt : a : 2('t : pour : acijrter : ior> : bot : a pooree : (l)auf. fett : prit* : pour : e ame : W
(1) En Van de grâce i284t laissa Bauduins en legs à Vhostel de céans 1^5 sols de rente chacun an a totmjours sur
Cette inscription^ dont la lecture a tenté bien des curieux, est aujourd'hui, après l'église paroissiale de Saint-Trezain, à peu près le seul monument historique que puisse offrir notre cher pays. La maison qui conserve intacte cette inscription, ne cessa, jusqu'à l'époque de la Révolution, d'être l'hôpital ou maison de refuge dont nous avons conservé quelques précieux titres ; mais elle avait changé déjà de physionomie depuis l'incendie qui, au XVII* siècle, la réduisit en cendres. Reconstruite dans les conditions les plus économiques, elle devint la maison-commune ou mairie. C'est là que se tinrent durant plusieurs années les séances du conseil municipal. Depuis, en y réunissant l'emplacement du pressoir de l'hospice et de Tancienne chapelle, on abandonna le tout aux sœurs chargées de l'enseignement des, petites filles; si bien que la maison hospitalière se retrouve aujourd'hui un établissement d'utilité publique où se con^^ervent et pratiquent les meilleures traditions de la charité chrétienne. L'édifice en lui-même, n'est plus remarquable que par l'inscription qu'on a eu la bonne pensée de conserver en l'encastrant, comme nous l'avons dit, au fronton de la porte d'entrée.
un pré quHl a'ooit à Ay pour acheter du bois a pauvres chauffer. Priez pour son âme. — Cette inscription que noua avions dans le temps fournie à notre aime et regretta compatriote Dideron aîné, a paru pour la première fois dans l'un des premiers volumes des Annales archéologiques, — Dans ces derniers temps, le savant numismate M. Chabouillet, de passage à Avenay, l'a recueillie à son tour et en a donne une nouvelle copie dans le Bulletin de la Revue des Sociétés savantes (an. 1877).
XVIP Abbessb.
Hadame Isabelle II.
(De 1289 à 1303.)
Temps et durée de son abbatiat. — Lettre de Philippe le Bel en faveur des Dames de Saint-Pierre d'Avenay. — La ville de Suippea mise au ressort de la prëvostë du bailliage royal. — Pouvoir des Dames d'Avenay de disposer des biens à elles léguées par J. de Sapignies. — Droits de for^ mariage et de main-morte. — Différend et accord entre Pierre de la Mal maison et l'abbaye d*Avenay. ~ Fief et château de la Malmaison. — Prés à Athis.
Isabellis II occurrit in schedis amio 1289. (Gai, Christ,) Voilà tout ce que l'histoire imprimée nous apprend de cette abbesse. Voyons ce que notre cartulaire et la partie conservée des archives de la maison peuvent y ajouter.
Madame Isabelle, 2"" du nom, administra de 1289 à 1303, c'est-à-dire l'espace de quatorze ans, du temps des archevêques Pierrei Barbet et Robert de Gourtenay. Nous ne connaissons que neuf chartes se rattachant à son abbatiat^ et, de ces neuf, deux seulement nous sont fournies par le cartulaire.
La première est une lettre de Philippe le Bel, roi de France, et, comme nous Tarons dit, époux de notre dernière comtesse de Champagne, Jehanne de Navarre. Ce prince permet aux Dames religieuses de Saint-Pierre d'Avenay de jouir à perpétuité de tous héritages, cens, rentes portés en leur déclaration aux commissaires députés pour le recouvrement de la finance royale, comme aussi de le9
140 ABBAYE d'aven A Y
Tendre ou changer quand bon leur semblera. Cette lettre du mois de novembre 1295, est scellée du sceau royal, avec lacs de soie et cire verte.
Le même prince, par sa lettre donnée à Paris, le mardi après la Chandeleure 1299, mande au bailly de Vitry de mettre la ville de Suippes et ses appartenances au ressort de la prévosté de son bailliage, autant pour le bien du Seigneur que pour l'utilité des habitants de ladite ville.
Une autre lettre, encore de Philippe le Bel, du mois d'avril 1300, par laquelle, de l'aveu et bonne grâce de Madame Jehanne, reine de France et de Navarre, son épouse, il donne puissance aux Dames d'Avenay de tenir à perpétuité les héritages acquis par elles de damoiselle Jehanne de Sapignies et ses enfants, consistant en cens et revenus, sis au terroir d'Avenay, mouvant en fiefs et arrière-fiefs de la couronne royale, omnia et singula ab omni feodali onere liberamus^ teneant et possideant paci*
ficè et quietè absque coactione vende^idi
et absqice prestatione alterius financie cujus^ cumque
1301j au mois de mai. — Jean Demisaine et Babelée, sa femme, donnent plusieurs héritages à l'abbaye, et sis au terroir d'Avenay, en vertu de l'accord fait entre eux et les Dames religieuses, touchant les droits de for-mariage et de mortemain que ces Dames prétendaient envers ladite Babelée, s'obligeant, elle et son mari, de garantir auxdites Dames ces héritages sous l'hypothèque de tous leurs autres biens, meubles et immeubles quelconques. — La pièce est curieuse par la désignation des nombreuses pièces d'héritages et des lieuxdits,
MADAIUS ISABELLE U. i41
mais trop longue pour être transcrite ici, même en analyse.
Voici maintenant un acte d'un certain intérêt^ car il fait revivre un nom et des lieux aujourd'hui assez ignorés, malgré leur importance relative au moyen-âge :
Il s'agit de noble homme Pierre^ seigneur de la Malmaison, chevalier» par sa lettre du mercredi devant saint Simon et saint Jude» au mois d'octobre 1302, il est dit que les Dames d'Avenay réclamaient huit sep* tiers de froment, huit d'avoihe et huit de seigle^ i prendre sur les terrages de la Neuville en Beauvoir, à la mesure de Reims ^ item seize septiers et mine de froment à ladite mesure, sur les terrages de la Neuville en Chaillouet, de la maison de Chartreuve que tenoit ledit chevalier : lesquelles denrées les Dames religieuses lui demandoient comme arré« rages de plusieurs années. De son côté, le sire dé la Malmaison réclamait auxdites Dames trente livres d'argent pour poisson de ses étangs, délivré i la dernière de leurs abbesses. Après maintes contestations, ledit chevalier déclare s'en rapporter au jugement de Raoul Maquart de Mareuil, gruyer de Champagne, promettant, sous l'obligation de tous ses biens de tenir ce qu'il en diroit et ordonneroit.
Par sa sentence de la prévosté d'Epernay, du dimanche après Noël de la même année 1302, il est dit qu'après avoir entendu Raoul Maquart, exposant les dires et les droits de l'une et l'autre partie, le juge, eu égard à l'affection, au bien, aux services que ledit chevalier de la Malmaison a faits et rendus à l'abbaye d'Avenay, demeure quitte et absous
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de tous les arrérages des grains qui lui étaient demandés» sauf qu'en l'année suivante^ au terme de la Saint-Martin^ il paiera à l'abbaye huit septiers de froment, huit de seigle et seize d'avoine, à la mesure de Reims» sur les terrages de la Neuville en Biauvoirs, qui est de son propre héritage : — plus seize septiers et mine de fromènt> à la même mesure sur les terrages de la Neuville en Chaillouet, qui sont de la maison de Chatreuve que tient ledit chevalier. Qu'en outre l'abbaye demeurera quitte des trente livres que le sire de la Malmaison demandait pour poisson livré.
La Malmaison devait être, au temps de cette charte, un château d'une certaine importance : elle subsiste encore, sous une forme nouvelle, ayant conservé quelque chose de son ancienne grandeur et de son apparence aristocratique,.sise au milieu des bois» à égale distance de Mutigny et de Champillon. Non loin de là» et également dans les bois» se trouve La Neuville en Beauvoir» qu'on dit aujourd'hui, par mépris de l'étymologie, La Neuville en Beaiwais^ ' non loin de Saint-Imoges, près de l'étang poissonneux qui alimentait aux jours maigres les couvents d'Avenay et d'Hautvillers ; tout près aussi la voie romaine, dite aujourd'hui le Cheminet» et dont nous avons parlé ailleurs. Enfln, dans les mêmes parages, mais un peu plus loin, entre Germaine et Louvois» la Neuville en Chaillouet ou Chaillois, dont il est souvent question dans les titres de l'abbaye et qui était, comme la Neuville en Beauvoir, une terre de l'abbaye d'Avenay.
1302. — Le dimanche avant saint Laurent, Henrion d'Athies, écuyer» vend à Jean dit Govion
de Livercey, la part qu'il avait en quatre pièces de prés sis à Athis.
Nous n'avons pas la suite des seigneurs d'Athies, dont le château fut longtemps célèbre. Ce joli vil* lage, dont l'église, vue de la prairie, offre un aspect si pittoresque, était sous le patronage de Tabbaye de Saint-Basle qui y percevait quelques droits.
XVIII* Abbesse.
]IIa4*me CliAIRE ou CIiARlSf^E DES ARMOISES.
(De 1303 à 1324.)
Maison den Armoises. » Accord entre l'abbesse et Madame Aëlis, dame de Bos et de Germaine. ~ Seigneurs deOermaine et de Bos. - Rente sur le moulin de Beaulne-en- Brie. — Prairie de Tours-sur-Marne. — Cession de Tabbaye aux religieux de Saint-Pierre-au-Mont de Vanaultles-Dames, Rozay et Bassu. — Travaux de maçonnerie aux maisons de Reims. — Franchise des hommes d*Ayenay. — Enquête sur les usurpations de Jean de Vaudenois. Legs d*Hermingarde de Hautvillers. — Hommes justiciables de Tabbaye réfugiés à Louvois et autres lieux de Juridiction royale.
La famille des Armoises était originaire de Lorraine et a laissé de grands souvenirs dans le Barrois; alliée aux Beauvau, aux Nettancourt^ elle portait : Gironné de douze pièces d'or et d'azur. Nous avons dans les Ardennes (près le Chêne, arrondissement de Vouziers) deux localités, les Grandes et les Petites-Armoises, autrefois du domaine de cette maison^ et qui la rappellent.
Voici ce que nous apprend de notre abbesse le Gallia Christiana : Clarissa des Armoises, sedebat anno 1303. Tra^isegit an. 1305 cuth Theobaldo abbate S. Pétri de Montibus. Occurrit adhuc an.
La première charte que nous possédions avec le nom de Madame Claire est un accord entre elle et