‹ Histoire de l'Abbaye d'AvenayChapitre 20 sur 42 · MADAME NICOLE DE SAULX · texte numérisé non relu

MADAME NICOLE DE SAULX

C'est le testament et ordonnance de dernière volonté de Madame Marie de Saulx (sans doute sœur ou parente très-proche de notre abbesàe)^ femme de Messire Jean de Cuise^ chevalier, seigneur de Ponls.

Elle laisse à l'abbaye Saint-Pierre d'Avenay toutes ses terres, revenus, justice, cens^ rentes, maisons, bois^ prez et autres choses quelconques quelle avait ou pouvait avoir es villes de Pertheslès-Hullus et de Condé-sur-Aisne, pour lesdites religieuses en jouir incontinent après son trépas, sous les charges et obligations suivantes^ savoir : qu'elle aurait sa sépulture en ladite église, et à perpétuité telle quantité de messes que ordonneraient ses exécuteurs testamentaires, le chevalier, son mari. Madame Nicole de Saulx^ abbesse de ladite abbaye, et Messire Guillaume de Damery, prestre-cbanoine d'Avenay et procureur de ladite abbesse : et par une autre clause elle laisse aux religieuses, chanoines et chapelains de ladite église, trente écus d'or à départir entre eux par les mains desdits exécuteurs, le jour même de son trépas, afin qu'ils se tinssent obligés de prier Dieu pour le salut tant de son âme que de telle de son dit mari. Ledit testament scellé du scel de la prévosté d'Ëpemay^ le 14 nov. 1403.

L'exéculion de ce legs testamentaire souffrit certaines difficultés de la part de la famille et des cohéritiers, car nous voyons en 1404 une sentence du bailly de Vitry qui condamne Jean de Saulx; Regnault de Sauix^ Hue de Saulx, Le Bègue de Pacy et Jean de Cuise, mari de la dame testatrice, de satisfaire au legs des terres de Perthes-les-HuUus et de Condé-sur-Aisne, fait par Madame Marie de

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Saulx à Tabbaye de Saint-Pierre d'Avenay, en laquelle elle avait élu sa sépulture.

Ces lenteurs et résistances de la famille de Saulx étaient d'autant plus dommageables que les officiers du fisc royal avaient mis en demeure Tabbesse de payer les droits de mutation des biens composant le legs de Perthes-le-HulIus. Sur les suppliques et instances de Tabbesse, le roi Charles VI, par ses lettres patentes d'octobre de la même année, accorde répit auxdites Dames pour le fief de la seigneurie de Condé-sur- Aisne^ pour laquelle l'abbesse était obligée de donner le dénombrement, de faire le serment de féauté et tous autres devoirs en tels cas. Le Roi mandait en outre au bailly de Vitry de recevoir ledit serment, comme aussi d'empescher que Mesdames fussent molestées sur la possession dudit fief.

Mais soit que ce legs qui, dès l'abord, semblait devoir être si avantageux à l'abbaye l'ait été infiniment moins qu'on ne pensoit, soit le désir de calmer les plaintes et les regrets de la famille. Madame Nicole décida son abbaye à entrer en arrangement. Nous trouvons un acte, sous la date du 20 mars 1408, oi!l il est dit que Madame Nicole de Saulx ayant reconnu que les terres desdites seigneuries de Perthes et de Condé portaient peu de profit à son abbaye, les laisse à Messire Jean de Cuise, époux de la défunte testatrice, moyennant une rente annuelle de 30 livres, rachetable à 300 livres parisis, avec liberté d^ faire ce paiement en trois fois, savoir 100 francs chaque fois, avec diminution au prorata de ladite rente annuelle. Cette lettre, dont nous n'avons que l'analyse, était scellée de deux sceaux,

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Tun de la Dame abbesse et l'autre du seigneur de Ponis.

Toutefois le sire de Cuise ne se hâtait pas d'indemniser l'abbaye en acquittant les charges de sa rentrée dans le domaine de Perthes, car, sous la date du 26 février 1410, nous voyons un acte de renvoi, par le lieutenant du bailly de Vitry, à Chastillon-sur-Marne, où il devait tenir ses assises, d'un procès entre les Dames religieuses et Messire Jean de Cuise, chevalier, seigneur de Ponis, pour les rentes et arrérages dàs par ce dernier provenant des biens à elles léguées par Marie de Saulx^ son épouse décédée.

Chartreuve^ 1409, 28 août. — Mesdames d'Avenay eurent encore de longs démêlés avec l'abbaye de Chartreuve.

L'abbé et religieux du couvent de Notre-Dame de Chartreuve vendent à Madame Nicole, abbesse, pour elle et son abbaye, neuf livres de rente annuelle et perpétuelle, payables en deux termes, pour le prix de quatre-vingt-dix livres qu'ils reçoivent comptant : obligeant pour la garantie de ladite rente tout ce qu'ils ont, ou peuvent avoir, sur la rivière de Marne, savoir : tous les bois du terroir de Loupvois, avec leurs revenus ; tous leurs prez au terroir de Tourssur-Marne, leur part dans les dixmes de Boussey (Bouzy) et un moulin appelé le Grivorge, assis entre Bisseuil et Mareuil, et généralement tous les autres biens temporels de leur église. Cette lettre est passée sous le scel aux obligations de la prévôté d'Ouchie.

C'est un des derniers actes de Madame Nicole de Saulx.

XXVn« Abbesse.

Madame MICOIii: DB CWLAON (1)

(De 1409 à 1435).

Naissance de Nicole de Graon. — La vie politique contemporaine à peine entrevue dans Thistoire monastique. — Taxe sur FEglise pour les frais de la guerre contre les Anglais. — Procôs avec les habitants de Suippes à pro« pos des fossés et de la maison seigneuriale. ~ L'abbaye de Saint-Denis de Reims redevable d'une queue de vin envers l'abbaye d'Avenay. — Usurpation de la tonsure cléricale. — Notice sur Guillaume de Damery. Son testament, ses legs et libéralités. — Souffrances du pays sous la domination anglaise. — ' Siège et prise d'Epernay. — Avenay préservé par le crédit de Madame de Craon.

Nicolaa de Craon sedebat an. 1409. Fidem vovit Ecclesiœ remensi anno 1410. Videtur filia fuisse Guillelmi de Craon, vice-comitis Castro» dunensis, quanquam omissa est in historia genea^ logica magnatum Franciœ, t. vin, p. 571. — Sedebat adhuc anno 1417. (Gai. Christ.)

Gomme on le voit, notre abbesse sortait d'une race illustrée sur les champs de bataille, c'est-àdire de l'une des meilleures maisons de France. Toutefois, nous ferons un léger correctif à la notice du Gallia. Elle n'était point fille de Guillaume de Craon, vicomte de Châteaudun, et il n'est pas étonnant qu'elle ait été omise en cette qualité par le P. Anselme, mais bien de Jean de Craon, seigneur

(1) D*argent à quatre lions de gueules armés, lampassés et couronnés d*or.

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de Dommart, vidame de Laon, et de Marie de Chastillon (fille aînée et héritière de Gaucher de Chastillon, seigneur de Rozoy), dont elle était !a neuvième enfant.

Pour l'espace de temps (vingt- quatre ans) qu'elle occupa le siège abbatial, nous avons conserve quarante chartes, dont quelques-unes importantes pour Tabbaye, mais toutes d*un intérêt temporel. On est tout surpris de trouver dans ces actes si peu de traces du mouvement politique et social qui troublait alors notre France. C'est, durant vingt-cinq ans, l'époque la plus désastreuse de notre histoire, le temps de l'occupation anglaise et de l'héroïne de Domrémy^ à qui le pays dut sa délivrance. Rien de ces grands événements ne se fait jour dans ce que nous avons conservé des archives de l'abbaye, et si, dans le cours de notre notice, il nous arrive d'y faire allusion ou d'en rapporter quelques circonstances, ce ne sera qu'à titre d'emprunt et comme synchronismes.

Et pourtant nous commencerons précisément par l'analyse d'une pièce toute politique. C'est une quittance donnée par les commissaires du roi, en l'année 1414, de la somme de trente-cinq livres payées par les Dames d'Avenay, à raison de l'impôt jette sur les prélats et les gens d'église de son royaume, pour fournir aux frais des guerres, tant contre les Anglais que les Bretons et autres ; et € quoique les Dames, y est-il dit, fussent taxées à plus forte somme, néantmoins, à cause de leur pauvreté, le commissaire a bien voulu en modérer le chiffre. » — C'est à moins d'un an de là que se donnait la funeste bataille d'Azincourt (25 octobre

1415), OÙ fut fait prisonnier Jean de Craon, dit le Jeune^ frère de Nicole de Craon^ et où périrent Simon de Craon, son frère aine, Jean de Craon, vicomte de Châteaudan, Antoine de Craon, de la branche de la Ferté-Bernard, et Âmaury de Craon, seigneur de la Suze, oncles on cousins de notre abbesse. On a reproché de nos jours à Tancienne aristocratie de s.*étre soustraite aux charges qui pesaient sur le pays. On voit qu'à Toccasion^ la noblesse avait sa manière d'acquitter sa dette, c'était par l'impôt du sang qu'elle versait sans y être contrainte autrement que dans Tintérét de Thonneur et du salut de la France.

C'est en ces mêmes années 1414 et 1415 que les Dames d'Avenay eurent à intenter et soutenir un nouveau procès contre les habitants de Suippes, à propos des fossés qui entouraient l'église de la paroisse et la maison seigneuriale desdites Dames. Les habitants prétendaient que ces fossés avaient été indûment creusés sur un terraiu communal ou particulier, qu'en conséquence ils avaient droit de les combler et d'en couper tous les saules, ce que, réunis en corps, il se mettaient en devoir d'exécuter, quand l'abbesse et ses religieuses se pourvurent près du lieutenant général d'Epernay qui, après longues contestations^ prononça que les habitants videraient, à leurs frais et dépens, les fossés par eux remplis ; qu'ils leur laisseraient dix pieds de largeur et autant de profondeur, les deux côtés faits en talus ; qu'ils pourraient élever une muraille de dix pieds devant le cimetière^ en y réservant une porte pour l'utilité publique, mais que sur le fossé qui longe l'église ils ne pourraient établir qu'un

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