MADAME NICOLE DE CRAON
sa famille avaient heureusement vécu, et dont il avait été lui-même un des principaux fonction-, naires. Dans un des nombreux extraits des cédules qui composent son dossier, nous voyons que^ par son testament en date du 27 juin 1419, entre autres legs et œuvres pies, et < afin d'avoir annuellement et perpétuellement deux obits solennels en l'église de Saint-Pierre, auxquels obits, dit l'extrait, Madame Tabbesse sera tenue bailler à chaque religieuse, tant du chœur que converses, et à chaque chanoine et chapelain de ladite église, présens et assistans^ seize deniers, et à chaque escholier huit deniers; il donne aux Dames abbesse et religieuses la quatrième partie des héritages, rentes et revenus par lui acquis, ^n quel lieu qu'ils fussent assis; item leur laisse deux rubis et un diamant, non enchâssés^ pour être mis au trésor de leur église ; item laisse à la trésorière trente-deux sols, à Madame l'abbesse pour quelques réparations nécessaires à son monastère, vingt-quatre livres ; à la même pour une fois quarante livres ; à Gille de Damerj', son clerc, plusieurs héritages spécifiés pour en percevoir l'usufruit sa vie durant, et, après son trépas, retourner auxdites Dames religieuses, selon qu''il est déclaré par son dit testament.
Le clerc, avantagé par Messire Guillaume, et qui n'était autre que son fils naturel, étant venu luimême à mourir quelque temps après celui-ci, les Dames d'Avenay demandèrent la délivrance des lots dont l'usufruit leur avait été réservé. Ce que les exécuteurs testamentaires s'empressèrent d'accorder, suivant lettre passée sous le scel du bailly de Vermandois en date du 13' jour de mars 1425; en
206 ABBAYE d'aVENAY.
outre^ est-il dit en cette Jettre, les exécuteurs trouvant quelques difficultés dans la distribution de la quatrième partie des héritages, rentes et acquêts situés en lieux éloignés les uns des autres^ < par bon conseil et mûre délibération donnèrent auxdites dames ce qui avait appartenu à Messire Guillaume, en la ville et au terroir d'Avenay : lé tout au long décrit en leur dite lettre, avec 20 livres de rente annuelle et perpétuelle que le défunt prélevait sur certains habitants de Suippes et une pièce de yigne/sise à Mutigny, à la condition par ces Dames, comme il est dit au testament, de faire célébrer annuellement en leur église deux obits avec les vigiles et recommandises solennelles, l'un le 6« jour d'octobre et l'autre le 6^ jour de mars, et autres charges prescrites audit testament. »
Les dernières années de Madame de Craon se ressentirent des malheurs publics. On sait qu'à cette époque nos contrées étaient la proie d'une soldatesque effrénée qui s'y livrait à tous les genres de rapine et de dégât. Reims s'était donné aux Anglais; un Châtillon, nous avons le regret de le dire, commandait en leur nom, et^ sous les attaques réitérées de ses troupes, tombaient successivement les châteaux de Mareuil^ de Tours-sur-Marne, et la forteresse réputée imprenable de Moiemer» ou Mont- Aimé, près de Vertus. A quelques années de là, en 1432, quand le roi Charles VII eut reconquis une partie de son royaume, et quand nos villes de Champagne, Troyes, Châlons, Epernay, Reims, à leur tour, lui eurent ouvert leurs portes; quand, sous la bannière de Jeanne d'Arc, il eut reçu l'onc-
MADABfE NICOLE DE CRAON 207
tion sainte^ nos campagnes n'en restèrent pas moins exposées aux fréquentes incursions de l'ennemi; expulsés des villes, les Anglais continuaient à occuper un grand nombre de châteaux et de retranchements d'où s'échappaient des bandes armées qui infestaient nos contrées et y semaient la ruine et le pillage. « L'an 1432, dit la Chronique inédite de MoNTGÉRARD (manuscrit de la bibliothèque d'Épernay), les Anglais^ ennemis anciens de la France, le 25 février, jour des cendres, au point du jour, et par la faute des gardes qui ne veillaient pas bien, surprindrent la ville d'Epernay, et y furent tués cinq hommes et une femme enceinte qui, frappée d'une sajette en son tétin, mourut soudainement. Depuis lequel jour^ tous les habitants, ou à bien peu près furent mis hors la ville jusqu'au dimanche 16* du mois d'octobre 1435, quand la paix fut criée audit Epernay entre le Roi et Monseigneur le duc de Bourgogne détaché du parti anglais. » — On peut présumer qu'en ces temps désastreux, si le pays d'Avenay et son monastère échappèrent aux exactions anglaises, le mérite en revint certainement à Madame de Craon, qui, en sa qualité de nièce du sire de Chastillon, obtint sans doute quelque suffi* , santé sauvegarde. Du reste, nous avons vu déjà qu'en semblables temps de guerres ou d'invasion, l'abbesse et ses religieuses abandonnaient leur maison et se réfugiaient^ soit dans leur famille, soit dans d'autres monastères avec lesquels elles étaient en communauté de prières ou en relations bienveillantes. L'absence de tous documents ne nous permet pas d'insister sur ce point. Nous dirons seulement qu'en ces temps encore si troublés mourut Madame
208 ABBAYE d'avENAY
Nicole de Craon, laissant le gouvernement de son abbaye aux mains de sa nièce, religieuse et, depuis plusieurs années^ sa coadjutrice«
XXVII? Abbesse.
Hadame CATBDBBUVE DE CnJkOS U)
(De 1435 à 1460.)
J. Regnault d*Av6nay prend une maison rue du Fay. — Amortissement des maisons de Reims. — Accord avec les religieux de Belval. — Redevance d*un quartier de bœuf aux échevins de Suippes et Somme-Suippe. — Saisie des bois de Tabbaye au nom du Roy ; Main-levëe du maître des eaux et forêts. ~ Le comte d^Angoulême, seigneur d'Épernay, réduit de moitié son droit de Garde-noble de l'abbaye d'Avenay. » Maison Coutelin donnée à cens. — Droit de corvée pour la cure du ruisseau. — Lettre de Madame Catherine de Craon touchant la Garde-noble de son église. — Gonârmation en faveur de J. de Chenery de son droit à 200 poules à Suippes. — Sentence contre le receveur de Tabbaye, qui avait enlevé les chartes de Tab* baye.
Catharina de Craon y filia Johannis de Craon^ amitœ successit. Sedebat annis 1435 et 1450. (Gai. Ch.)
Catherine de Craon, déjà religieuse au monastère d*Ayenaj, fut élue sous le pontificat de Renaut de Chartres et succéda à sa tante Nicole dont, quoique très-jeune, elle avait été la coadjutrice. Elle était fille de Jehan II de Craon, dit le Jeune, seigneur de Dommart, que nous avons dit fait prisonnier à la bataille d'Azincourt en 1415, et qui mourut en 1520. On suppose qu'à l'époque de la mort de madame Nicole, Catherine pouvait avoir
(1) D'argent à quatre lions de gueules armés, lampassés et couronnés d*or.
210 ABBAYE d'aVENAY
de 20 à 25 ans^ et qu'à la fia de son abbatial^ en 1460, elle n'était guère âgée de plus de 50 ans. Pour les vingt-cinq ans de son administration, nous avons retrouvé quarante actes^ dont nous ne citerons ici que les principaux. (Voir à l'appendice pour le surplus,)
Le premier de ces actes n'a pas grande importance; nous le relatons ici comme le début de la gestion de Madame Catherine ; il est du treize de février 1436. Jean Regnault, d'Avenay, vend aux Dames abbesse et religieuses,- au prix de cent deux livres dix sols, une maison, cour, jardin et étables, sis en la rue du Fay (i), tenant d'un côté au sieur Jean Barbier de Tauxières, et l'autre à Jean-le- Charton, s'obligeant à payer en surcens 45 sols hypothéqués sur tous Ses autres biens meubles et immeubles.
Reims, 1440, 7 mars. — Le bailly de Reims avait fait saisir les maisons de la rue des Cordeliers appartenant aux Dames d'Avenay, comme non amor ties. Mais le procureur desdites Dames lui ayant présenté les lettres d'amortissement données par Mgr Robert, archevêque de Reims, le bailly se désiste de son instance et mande au sergent qui en avait fait la saisie de cesser sans délai ses poursuites et de laisser l'abbesse et ses religieuses en leur' pleine et paisible jouissance.
AvENAY, 1444, 27 juillet. — Thiébault Chevalier, Thiébault Gerardet, Thiébault Morlet, demeurant à Ay, vendent à Madame Catherine, abbesse, acquérant pour elle et son monastère,
(1) Le Fay ou Feuilly, comme il se dit aujourd'hui : petit bois qui domine Avenay; du latin fagus, hêtre, arbre.
4 livres 10 sols de rente annuelle et perpétuelle payable en quatre termes, au prix de 45 livres que les vendeurs confessent avoir reçues comptant en escus à la couronne.
On sait la convention intervenue sous Madame Hélisende (1174) entre l'abbaye d'Avenay et l'abbaye de Belval-en-Diolet. Nos Dames avaient cédé tout ce qu'elles possédaient au terroir de Vaulx moyennant une rente annuelle de quarante septiers de bled froment que MM. de Belval acquittaient fort négligemment. Au temps de Madame Catherine, par suite de leur inexactitude, les arrérages accumulés s'élevaient à 400 septiers. Il fallait sortir de cette position. L'abbesse actionna l'abbaye de Belval. Par sentence du bailly de Vitry, rendue à Sainte^Menehould le 29 juin 1446, il fut statué que, considérée la grande pauvreté et désolation actuelle de l'abbaye de Belval, et le peu de profit qu'elle tirait de la seigneurie de Vaulx, lesdits abbé et religieux tant pour les arrérages échus au jour de la demande et dix années après, ne paieraient aux Dames d'Avenay que quatre septiers par an : mais que ces dix années révolues, on reviendrait aux termes de la transaction de 1174, et qu'ils acquitteraient intégralement la rente annuelle de quarante septiers qu'ils devraient rendre aux greniers d'Avenay; le présent accord tout entièrement de la bonté et libéralité des Dames ne pouvant porter autre atteinte à la primitive transaction. Nous verrons bientôt l'abbaye d'Avenay obligée à d'autres concessions.
SuiPPES, 1447 ^ 19 février. — Les échevins d^^ villes de Suippes et Somme- Suippe avaient appelé
les Dames d'Avenay en justice pour être payés d*UQ droit qu'ils disaient leur appartenir de toute ancienneté, à savoir, à chacun d'eux un quartier de bœuf au jour de Noël de chaque année, du meilleur qui se pût trouver ès-boucheries desdites villes : — s'étant les parties soumises à l'arbitrage de M. le lieutenant de la justice de Sainte-Ménehould et de tels avocats qu'il leur plairait choisir, l'accord se fit ainsi : les Dames donneront annuellement audit jour de Noël les quartiers de bœuf auxdits échevins, qui dès lofi? seront tenus de mettre et rédiger fidèlement par écrit toutes les rentes, redevances et revenus que Mesdames avaient coutume de lever de toute ancienneté, à diverses fois et divers jours es dites villes de Suippes et Somme-Suippe, et du tout fournir mémoire à toute réquisition, quatre jours après leur levée et recette : l'original de la présente convention resté entre les mains des échevins, pour y recourir au besoin, comme de raison.
On a eu déjà occasion de voir qu'un des principaux revenus de l'abbaye d'Avenay consistait dans l'exploitation de ses riches forêts. Voici une pièce qui nous renseigne sur la meilleure partie de ses domaines en ce genre. En 1448, le maître des eaux et forêts, Martin Hurtel, en sauvegarde de certains droits du roi, avait cru devoir pratiquer une saisie sur tous les bois de l'abbaye en la montagne de Reims et ailleurs ; voici la désignation de ces bois ; le bois en gruerie appelé le Vausserain, contenant 68 arpens; le bois dit le Taillis-Roland, contenant 25 arpens; le bois dit le Mont-Hurlé, contenant 70 arpens; un autre dit le Raray ; un autre dit le Charme; un autre dit le Perchier; item le bois
MADAMET CATHERINE DE CHAON 213
d*Ablois au terroir de Brugny ; puis le bois du Luth ; le bois de Germinieux en gruerie^ teaant à la Brousse qui est de franc-alleu ; item les autres bois de franc -alleu tels que le Grand-Corroy contenant 10 arpens, le bois de Chesnoy de 7 arpens, le bois dit le Haut-Battys de 40 arpens ; le bois dit la Brousse- Sainte-Berthe de 13 arpens. Vérification des titres constatant la légitime possession des Dames d'Avenay, le Maître des eaux et forêts donne main-levée de sa saisie, leur en laissant la libre et paisible jouissance aux termes mêmes de leur mémoire justificatif.
Nous avons dit quelques mots de la prise d'Epernay et de ses désastres en 1432 sous les Anglais ; depuis, après des vicissitudes que nous ne pouvons que signaler ici, la seigneurie d'Épernay était revenue à Jean, duc d'Orléans, comte d'AngouIême, mort en 1467, dont le fils, Charles, comte d'Angou- Iême, époux de Louise de Savoie, fut père de François I*'. Nous avons une lettra de Jean d'Orléans, comte d'AngouIême, qui, à titre de seigneur d'Epernay et en faveur de Madame Catherine de Craon, réduit son droit de Garde-noble sur l'abbaye d'Avenay à moitié du prix dû pour trois années consécutives <^). Cette lettre, sous le scel de la prévôté d'Epernay, est du 15 décembre 1448.
Cour Coustelin. — Voici un petit quartier qui a jusqu'aujourd'hui conservé son ancien nom, dont généralement on ignore l'étymologie. L'acte qui suit nous renseigne à ce sujet :
(1) Sorte de tutelle et de protection que les rois ou leurs représentants exerçaient sur les établissements monastiques de leur souveraineté.
Mahaet Doyenville, natif de Saint-Qaentin, en Vermandois^ demeurant à Âvenay, prend des Dames abbesse et religieuses, à titre de cens.annuel et perpétuel, une maison (i), allée, cour/ jardin, pourpris, aisances et appartenances, sise devant l'église paroissiale, laquelle avait été jadis à un nommé Coustelin : ledit héritage franc et quitte de toute redevance pour la somme de 40 sols que ledit preneur promet payer chaque année au jour de la Saint-Martin d'hiver, et entretenir ledit héritage en tel état que ledit cens y pût annuellement être perçu par lesdites Dames.
MuTiGNY, 1453 f 13 avril. — Lettre patente du roy Charles VIP, dit le Victorieux, mandant au prévost de Chastillon de faire comparoir devant lui à la porte de l'abbaye de Saint-Pierre d'Avenay certains habitants de Mutigny, nommés Simon TEscalot. Ferry Sovenois et Gory Truel, pour leur commander de par Tauthorité royale de ne plus troubler le droit de corvée que l'abbaye a sur les habitants tant de Mutigny que d'Avenay pour la cure du ruisseau qui passe par ladite abbaye, depuis l'abbaye jusqu'au moulin à elle appartenant ; et faute d'obéissance de les envoyer au juge prochain du lieu pour être condamnés. A cette lettre patente est joint l'exploit du sergent faisant sommation de comparaître devant ladite porte, et la sentence du prévôt contre Ferry, le condamnant aux dépens après sa renonciation à toute opposition.
Nous venons de voir, sous la date de 1448, la ré-
(1) Cette maison Coustelin, qu^habitôrent successivement plusieurs chanoines et notaires d*Avenay, est aujourd'hui occupée par Tauteur du présent mémoire.
MADAMIS CATHERINE DE GHAON ^15
duction durant trois ans que le comte d'Angoulême, seigneur d'Epernay, fait de son droit de gardenoble sur J'abbaye d'Avenay. Voici la quittance qu'en donne madame Catherine. La pièce est originale et nous est fournie par le cabinet des titres de la Bibliothèque nationale, elle est doublement curieuse pour nous. L'abbesse y parle en son nom personnel et scelle de son propre sceau le parchemin. C'est la première abbesse, à notre connaissance, dont on nous ait conservé le scel. On sait que les armes de cette maison étaient : Ècartelé aux 1 et 4 losange d'or et de gueides qui est Craon, aux 2 et 3 d'ot* au lion de sable armé et lampassé de gueides qui est de Flandres.
€ Nous, Katerine de Craon, humble abbesse de l'église Saint-Pierre d'Avenay de l'ordre Saint- Benoist, en dyocèse de Reims, congnoissons et certiflSons à tous à qui il appartient que Colinet-le- Leup, commis à la recepte d'Esparnay de par Monseigneur le conte d'Angoulesme nous a tenu quitte et paisible de la somme de xviii 1. t. que nous devons chascun an de rente à mondit seigneur au jour de la Toussains pour la garde de nostre église, parmy payant pour les termes de Toussains mil cccc lij, liij et liiij; chascun an neuf livres tournois seulement, qui est la moictié desdits xviij 1. t. pour ce que mondit seigneur le conte nous a quitté l'autre moitié pour les trois années dessus dictes, par ses lettres sur ce faictes que piéça avons fait baillier audit commis receveur. Et en tant que mestier (besoin) est nous nous tenons contente dudit commis. Tesmoing nostre scel cy mis le xvij* jour de mars l'an m cccc. cinquante quatre. » Le scel d'un
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lion rampant, parti de trois herses, à un écusson effacé.
SuiPPES 1455. — Jean de Chenery, chevalier, fait confirmer, par une sentence des requêtes du parlement de Paris, le droit que lui et ses prédécesseurs avaient de prendre tous les ans, depuis la Sain^Remy, chef d'octobre, jusques à Carêmeprenant, deux cents poules sur la seigneurie de Suippes, loyales et marchandes, au dire des échevins dudit lieu. Et pour les arrérages qui lui étaient dus depuis un long temps, la cour modère les intérêts qu'il aurait pu prétendre des Dames d'Avenay pour lui avoir contesté et refusé de lui payer ou souffrir qu'on lui acquittât son droict^ au chiffre de quatre cents poules ou le prix d'icelles, selon le dire de gens sages et experts^ les obligeant de là en avant d'y satisfaire par ladite sentence.
Ayenay, 1460^ 5 juillet. — La passion des autographes et des documents historiques n'est pas née de nos jours, et ce n'est pas d'aujourd'hui que de graves personnages, des fonctionnaires publics^ ont cédé à la tentation de s'approprier les documents dont la garde leur avait été confiée. Bien des faiblesses et des méfaits de ce genre ont été signalés ; on ne s'attendait pas à en trouver au xv" siècle un exemple dans l'histoire de l'abbaye d'Avenay.
Guy Dinaumont, receveur de l'abbaye d'Avenay, était accusé d'avoir pris les chartes que Mesdames d'Avenay avaient en dépôt en une de leurs maisons sizes en la ville de Reims. Lettre du roy Charles VII, commandant au premier huissier requis d'assigner ledit Dinaumont devant le bailly de Vermandois pour
rendre compte desdites chartes. A cette lettre du Roi est jointe la signification du sergent royal; puis la sentence du bailly condamnant le receveur Dinaumont à rendre compte de toutes les receptes et mises, et de l'administration qu'il avait eue des droits, rentes, revenus et possessions desdites Dames, et leurs autres affaires en la ville d'Epernay, et, au préalable, de restituer le coflFre où étaient lesdites chartes qu'il avait enlevées et transportées dans sa maison de (3haalons. Lequel Dinaumont reconnaissant sa faute, obéit à tout, comme il se voit dans la lettre scellée du scel du bailliage de Vermandois, le 5 juillet 1460.
XXIX* Abbesse.
niadaiiie MARQlJERITfi D'Ai:&]!ir£.
(De 1460 à 1493.)
Elle est bénite par Messire Floureau, évêque de Châlons.^ Durée de son abbatiat. — Retour à Tabbaye des biens légués à Gilles de Oamery. — Poursuites contre les habitants de Saippes. — Prélôvement annuel de deux cents poules à Suippes. — Usurpations des Suippats. — Affaires de Thôpital. — Bulle du pape Paul II. — Lettres de Louis XI en faveur de Madame Jeanne de la- Gouge. — Le Curé de Mutigny. — Le cartulaire d'Avenay envoyé au Parlement. — Amortissement de la seigneurie de Bouy conûrmé. ^ Le four bannal de Bouy. — Maison et jardin des chanoines.
Nous ne savons par quel concours de circonstances Marguerite (l*Aisne fut bénite et investie de la crosse abbatiale en 1460 par Messire Geoffroy Floureau, 79* évesque de Châlons. Il est à supposer que Jean Ju vénal des Ursins, retenu près du Roi Charles VII, après le célèbre arrêt de condamnation du duc d'Âlençon, ayoit prié ce prélat de le suppléer en cette cérémonie et de recevoir le serment de la nouvelle abbesse. Quoi qu'il en soit, Marguerite d'Aisne nous est donnée par le Oallia Christiania comme ayant gouverné le monastère de 1460 à 1493, c'est-à-dire l'espace de trente-trois ans. Nulle plus qu'elle ne prit à cœur les intérêts de son abbaye. Plus de soixante actes témoignent de son zèle et de son activité ; nous allons en étudier les principaux.
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Juillet 1466. — Nous mentionnerons d'abord la sentence du bailliage de Vermandois faisant aux Dames d'Avenay retour de la partie des biens de Guillaume de Damery, légués à son fils naturel Giles que, par une délicatesse singulière, le scribe, dans son protocole, qualifie de neveu du frère de Monsieur de Daraery. Ces biens, on Ta vu, consistaient en bois, prés, vignes et autres héritages, sis principalement au terroir de Tour-sur-Marne.
SuiPPES, I466j V mars. — L'abbaye souffrait beaucoup des hostilités des habitants de Suippes contre les officiers et serviteurs des Dames religieuses; on s'était déjà bien des fois accommodé à ce sujet, mais à chaque changement d'abbesse ou d'officiers surgissaient de nouvelles difficultés et de nouveaux procès. Enfin Madame Marguerite obtint, le 1*' mars 1466, une lettre de commission du lieutenant général du bailly de Vitry pour informer contre les excès et délits commis à Suippes contre les officiers de l'abbaye qui s'y étaient présentés pour y publier une sauvegarde du Roi. Cette lettre de commission enjoignait au premier sergent royal de s'enquérir diligemment de?dits excès et délits et d'appréhender au corps ceux qui s'en trouveraient atteints et les contraindre à comparaître devant la justice pour y répondre aux plaintes des Dames de l'abbaye.
A quelques années de là, l'an 1470, le bailly d'Epernay ajournait les habitants de Suippes à comparaître devant lui, pour être ouis dans leur refus de payer aux Dames d'Avenay la rente de 20 livres, du droit vulgairement nommé le Giste^ le- Comte. A cette commission était attachée la
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lettre du sergent déclarant les noms desdits habitants par lui ajournez.
Par une autre lettre du bailly d'Epernay, du 4 décembre 1470, les habitants de Suippes, déniant aux Dames d'Ayenaj les droits de rentes à elles dues, étaient renvoyés par le committimus desdites Dames aux requêtes du Palais à Paris.
Cette résistance des habitants à acquitter des redevances devenues obligatoires, ne pouvait être consacrée par la justice. Une sentence des requêtes du palais intervint en 1473 qui les condamna à payer annuellement à la Nativité de Saint-Jean- Baptiste le droit de Glste-le-Comte, à raison de vingt livres, et en outre à solder les arrérages modérés à la somme de deux cents francs.
A cette sentence est jointe une lettre en parchemin d^une longue étendue contenant la déclaration des dépens faits par l'abbesse et les religieuses à l'occasion de ce procès ; laquelle déclaration avait été présentée à la Cour par Mesdames^ et Madame d'Angouléme qui, aux droits du comte de Champagne, s'était jointe en cause avec l'abbaye.
Les habitants de Suippes, par l'organe de M^ Jacques Rousseau, leur procureur, ayant appelé au parlement de la sentence des requestes du palais, arrest intervint qui déclara qu'ils avaient été bien condamnés et mal appelé, et par cela même condamnés aux dépens dudit appel.
Les archives de la maison nous donnent pour Suippes un autre acte assez étrange et d'une nature toute différente :
Un gentilhomme du nom de Jean de Chenery, chevalier, avait, on ne dit point à quel titre^ obtenu
MADAME MARGUERITE D*AIXNE 221
sentence des requestes qui lui reconnaissait le droit de prendre tous les ans deux cents poules, loyales et marchandes, dans la seigneurie de Suippes. L'abbesse d'Avenay et ses religieuses s'étaient d'abord fort opposées à cette prétention; mais, évincées de leur opposition, Madame l'abbesse et ses religieuses donnèrent leur acquiescement au droit dudit de Chenery, sans toutefois être tenues des dépens, frais et dommages de leur appel. Le mauvais vouloir des Suippats envers l'abbaye ne se manifestait pas seulement dans les actes que nous venons de citer, il se révélait par des faits plus graves. Durant les désastres de la guerre de Centans, profitant de la confusion et du trouble où toutes choses étaient en notre province, des habitants s'étaient, sans façon ni vergogne, saisis des droits qu'exerçaient les Dames d'Avenay en leur seigneurie de Suippes et Somme-Suippe. Les choses en étaient venues au point que l'abbaye crut devoir en appeler à l'autorité royale. Elle obtint, à ce sujet, du roi Charles VIII, un mandement exprimant qu'attendu que, durant les guerres, certains quidans s'étaient emparés des droits appartenant aux Dames d'Avenay en leur seigneurie de Suippes et de Somme- Suippe, il était enjoint au premier huissier ou sergent sur ce requis par lesdites Dames de faire commandement à tous les habitants desdits lieux et autres s'il s'en trouvait, de rendre sans délai tout ce qu'ils avaient usurpé, fussent terres, prés, bois ou autres héritages, et de payer tous les arrérages des cens, purcens et autres droits seigneuriaux qui leur étaient dus, et d'en continuer désormais le paiement sans nul retard : et que, s'il se trouvait quelqu'un
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qui voulût résister audit commandement, il fût par ledit sergent ajoarné i comparoir devant le bailli de Victrj ou son lieutenant comme juge rojal le plus prochain des parties : disant ledit seigneur Roy que tel était son bon plaisir et qu*il était protecteur des maisons religieuses, spécialement des royales, comme celle d*Âvenay, la qualifiant de ce titre. Au mandement est jointe la lettre du sergent attestant l'avoir exécuté de point en point sous la foi de son scel ordinaire et de son seing manuel, le 24 mars 1490.
En cette année 1468, Madame Marguerite et ses religieuses obtinrent un mandement royal enjoignant au premier huissier du parlement ou sergent royal par elle requis d'aller sur tous les lieux où elles avaient droit de cens, surcens et autres privilèges de seigneurie, et là crier ou faire crier en sa présence, par quatre quatorzaines continuelles, que tous ceux qui tenaient héritages chargés desdits devoirs, eussent à venir par devers elle ou leurs commis en la justice desdits lieux, ou au moins dedans l'an de la dernière d'icelles ; faute de ce faire audit temps, permis aux Dames de se saisir desdits héritages, les donner à telles personnes et à telles charges que bon leur semblerait ou bien les tenir en leurs mains sans pouvoir être répétées par les propriétaires... Mandant en outre ledit seigneur Roy à tous justiciers de son royaume de tenir la main à l'exécution desdites lettres, sauf toutefois cette restriction que si, au bout de trois ans, à partir du jour de la saisie desdits héritages, les propriétaires d'iceux ou autres ayant cause voulaient y rentrer, ils y fussent reçus en reconnaissant lesdits
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cens, surcens et autres droits seigneuriaux, en payant bien entendu tous les arrérages, frais^ coûts et améliorations desdits héritages.
A ce mandement est jointe la lettre du sergent royal ayant fait les criées, comme il lui était enjoint, la première le 15 novembre 1469; la deuxième le 28 duditmois; la troisième le IV de décembre, et la quatrième le 24^ dudit mois : ce qu'il atteste sous la foi de sa propre signature et du scel dont il use en semblables expéditions.
Années 1468-1469. — Voici quelques pièces relatives à l'hôpital, dit Maison-Dieu d'Avenay, désignée dans les actes du moyen-âge sous le titre de Sainte-Marie-Madeleine. Nous avons eu déjà occasion de dire que, situé hors les limites de l'abbaye, en la rue de Mareuil où il est toujours resté, cet hospice, consacré au refuge et soulagement des pauvres malades, pèlerins ou indigents, avait été de tout temps soutenu par les libéralités du monastère, et qu'à défaut d'un recteur ou administrateur régulièrement pourvu du bénéfice, une des dames religieuses était créée hospitalière et avait les charges et produits de l'emploi. Au temps de Madame Nicole de Craon, la Maison-Dieu avait pour recteur bénéficiaire ce Gilles de Damery dont il a été précédemment question. A sa mort, et pendant la vacance, l'abbaye investit du titre d'hospitalière Madame Jeanne La Gouge, religieuse professe, qui exerça sans trouble les fonctions durant quelques années. Cependant le Saint-Siège, en vertu de son privilège de disposer de la collation de tous bénéfices ecclésiastiques en vacances, avait, de sa pleine autorité, institué l'un des prêtres de la cour de Rome, Simon
Honoré, recteur de ladite chapelle et administrateur de la Maison-Dieu d'Avenay, devenue vacante par le décès de Gilles de Damery. Ce Simon Honoré ayant résigné ces fonctions sans en avoir pris possession, le pape Paul II pourvut immédiatement à la vacance en conférant le bénéfice à Jehan Barthélémy de Caspe. De là conflit avec l'abbaye. Nous avons sous les yeux les lettres de la chancellerie romaine qui nous font connaître l'état de la question. Mais attendu la longueur et la prolixité de ces pièces nous nous bornons à extraire ici la substance de la provision en faveur dudit Jean Barthélémy de Caspe.
€ A notre fils bien aimé Jehan Barthélémy de Caspe, recteur de la chapelle de l'hôpital ou Maison- Dieu d'Avenay, salut et bénédiction apostolique. L'honnêteté de ta vie et de tes mœurs et les autres louables mérites de ta probité et de tes vertus, par lesquels tu es recommandé auprès de nous par des témoignages dignes de foi, nous engagent à te montrer notre libérale estime. Ayant depuis longtemps réservé à notre collation et à notre disposition tous bénéfices ecclésiastiques vacants près du siège apostolique... Comme donc la chapelle de l'hôpital ou Maison-Dieu d'Avenay dans le diocèse de Reims est devenue et est à présent vacante près du Saint- Siège par la résignation qu'en a faite entre nos mains notre cher fils Simon-Honoré, nostre familier, naguère recteur de cette chapelle, aujourd'hui encore nostre fidèle commensal, qui en avait été pourvu par l'autorité apostolique, comme tu l'assures, alors qu'elle était devenue vacante par le décès de Giles de Damery, autrefois recteur de ladite
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chapelle, mort hors la cour de Rome, ladite résignation faite sans en avoir pris possession et que personne, si ce n'est Nous n'a pu et ne peut cette fois
en disposer Nous, en considération de tes
mérites, te conférons par nostre autorité apostolique ladite chapelle qui est sans curé, et dont les fruits, revenus et rentes, à ce que tu assures, n'excèdent point en moyenne une valeur annuelle de douze livres en petits tournois, etc, »
Madame de la Gouge ne se vit pas sans dépit déposséder des revenus, si minimes qu'ils fussent, de la chapelle de Sainte-Marie-Madeleine; elle en appela au Roi Louis XI, qui, par sa lettre du 1 1 février 1468, commanda au premier sergent royal de maintenir en sa qualité d'hospitalière d'Avenay, Madame Jeanne de la Gouge, religieuse professe de l'abbaye dudit lieu, déjà depuis huit ans en possession de ladite qualité, contre un nommé Jean de Caspa qui l'avait voulu troubler en cette possession, en laquelle Sa Majesté entend qu'elle soit main* tenue.
A la suite de cotte lettre est le dénombrement des biens de l'hôpital.
Nous n'avons pas besoin d'ajouter que quand le rectorat ou administration de l'hôpital restait déféré à une religieuse à titre d'hospitalière, celle-ci n'en était pas moins tenue de pourvoir au service de la chapelle par le moyen d'un des chanoines curés de l'abbaye, avec lequel elle partageait les revenus de ladite chapelle. Ainsi trouvons-nous quelques années après Messire Jean Colletier, curé d'Avenay, et Madame Marson, religieuse professe, en présence de témoins, passant concordat par devant le notaire
286 ABBATB D*AVBIIAT
apostolique^ touchant les messes à dire et les offrandes à recevoir en la chapelle de THôtel-Dieu. Cet accord est de 1489. ( Voir à l'appendice.)
Nous poursuivrons l'examen des derniers actes qui nous restent de Tabbatiat de Madame d'Aixne.
La pièce qui suit, de 1462, intéresse l'église de Mutignj, dont elle fait connaître les deux derniers curés : honorables personnes Hue de Rouville et Pierre Briquet.
Par 9a lettre du 14 aoAt 1472, année qui précéda celle de sa mort, l'archevêque de Reims» Jean Jouvenel des Ursins, atteste qu'à la présentation de Madame Marguerite, abbesse, de la personne de Messire Pierre Briquet pour la cure de Mutigu j, il lui baille et confère ladite cure vacante par la résignation qu'en avait faite Messire Regnault du Mont, au nom et comme procureur de Messire Hue de Rouville, dernier curé et immédiat possesseur de ladite cure. L'archevêque mande en même temps au doyen de la chrétienté qu'il ait à recevoir dudit Briquet le serment en tel cas requis et accoustumé et à le mettre en possession corporelle et actuelle de l'église paroissiale dudit Mutignj et de tous les droits appartenant suivant les solennités en tel cas accoutumées, sauf son droit et l'autrui en toutes choses.
Le cartulaire de l'abbaye d'Avenay que conserve aujourd'hui la bibliothèque de Reims, nous croyons avoir eu déjà l'occasion de le dire, est de deux écritures du xiii' et xiv* siècle. Mais le dernier des feuillets écrits présente une curieuse déclaration de Madame Marguerite d'Ësne. Ces l'envoi du car-
MADAME MARGUERITE D^AIXIfE 227
tulaire d'Avenay, à Mess, du Parlement de Paria, sans doute à l'occasion des procès contre les habitants de Suippe. On voit dans cette mention la preuve du prix que l'abbaje mettait à la bonne conservation de ses archives.
a Aujourd'hui xn« jour du mois de février, Tan mil GCCCLXXU, es présences de nous Jehan Tropjoly et Jehan Babault, notaires jurez de Madame la comtesse d'Angoulême en la prévosté d'Epernay, religieuse et honneste Dame Madame Marguerite d'Esne, humble abbesse de Téglise Saint-Pierre d'Avenajy print ung coffre où estoient plusieurs enseingnemens et Chartres de ladite église; ce présent chartrier escript en parchemin contenant lxii fueillets escript, dont il y en a quatre demi-feuillets attachez et cousus audit chartrier, pour icellui chartrier envoyer tant en la court de Parlement comme au Ghastelet à Paris, pour icellui produire es besoingnemens et affaires touchant certains procès que ladite Dame a pour ladite église es dites cours de Parlement et Ghastelet. Et tout ce certifSons estre vrai, tesmoins nos seings manuels cy Qiis, les jours et an dessus premiers dictz.
Signé : J. Tropjoly^ J. B^bault. »
L'abbaye obtint encore en cette année^ 1473^ un titre précieux pour son droit à la seigneurie à Boy, Philippe, fils de France, duc d'Orléans, comte de Valois et de Beaumont, confirmant l'amortissement que la royne Jehanne avait précédemment donné aux Dames d'Avenay de la terre et seigneurie de Boy, leur donne la main-levée de la saisie faite par les ofSciers de la couronne, attendu, est-il dit dans cette nouvelle lettre d'amortissement, que la royne Jehanne n'étant que usufruitière desdites terres, elle n'avait pu le donner. Par ainsi Tabbaye
jouit pai3iblement de toute la seigneurie de Boy. Cette lettre, datée à Yillers-Cotterets au mois de novembre 1473, est scellée en cire verte et las de soie vermeille.
On trouve dans cet accord des clauses assez singulières. € Attendu, y est-il dit, que le four banal de Boy est ruiné, qu'il n'y a plus qu'une masure à sa place, les Dames permettent aux habitants d'en construire à leur volonté dans leur propre maison, à charge de leur payer 12 deniers par chaque ménage au jour de Noël de chaque année ; mais s'il arrive qu'elles vinssent à faire rebâtir ledit four, tous les habitans seront tenus d'y aller cuire, sous peine d'un écu d'amende à chaque fois qu'ils manqueraient, que les fours particuliers ne leur pourraient plus servir que pour cuire pâtisseries, et qu'aucun boulanger de «profession ne pourroit en avoir sans licence desdites Dames. >
La pièce qui suit nous ramène â Messieurs les chanoines. On sait qu'en dehors des fonctions qui les attachaient au service de l'abbaye ils avaient leur liberté d'action pour les choses de la vie pratique. Avec un fonds commun, composé de retenues faites sur le traitement de chacun, et sans doute aussi de libéralités et dons particuliers, la collégiale ou chapitre possédait des prés, des bois, des terres et des vignes, et dans le bourg un groupe de maisons dont le loyer profitait â la communauté. A l'exception du chanoine, curé de l'abbaye, qui avait son domicile au couvent, les autres se logeaient à leur convenance, soit dans l'une des maisons du chapitre, soit en particulier chez l'habitant. Par l'acte qui suit, passé sous le scel de la prévosté
MADAME MARGUERITE D^AIXNË ^^9
d'Espcrnay, le 4* jour de mars 1475, les Dames d'Avenay s'obligent envers leurs chanoines à cinq sols de rente annuelle et perpétuelle à la Saint- Martin d'hiver, en raison d'un jardin que lesdits chanoines leur avoieiit cédé, lieudit Devant-les- EstauXy prenant depuis la jambe de la porte d'en haut devers l'église paroissiale, à ligne battante, au travers dudit jardin, jusques à la maison du Trésor de l'Eglise jusqu'à la porte de la cour de l'église de ladite abbaye.
Par la désignation qui précède, nous ne voyons pas que le lieudit Devant-les-éiaux puisse être autre que la ruelle d'aujourd'hui qui longe l'église paroissiale jusqu'à l'ancien cimetière^ et qui devait eflfectivement aboutir à la maison dite du franc^ trésor et de là à la porte même de l'église abba« tiale.
Nous renvoyons à V Appendice l'analyse des autres actes des dernières années de Madame d'Aixne.
XXX* Abbesse.
(De 1492 à 1510.)
Maison de Thourotte. — Acquisition rue de la Lombardie. Main-levëe de la saisie des bois de T abbaye & Ablois. — Prix du rachat des deux cents poules de Suippes appliqua k Tanniversaire de Madame Marguerite d'Aixne. — Quoique démissionnaire Madame d'Aixne prend part au gouvernement. — Droit de greslerie. — Jeanne de Marson, religieuse. — Sœur de Chastenay contracte au nom de la communauté. — Prisonnier soustrait à la Justice d'Avenay — L*abbé de Belval. — Madame d'Aixne agissant comme ancienne abbesse. — Sœur de Chin, aumdniôre. achète des terrains aux Ailleries. — Divers immeubles acquis à Avenay des frères de la Rue. — Seigneurie de Montbadel — Divers acquêts k Suippes et à Avenay. — Colombier et jardin de la cour Coutelin. — LUnflrmerie.
— J. Guyot, curé de Plivot, acquéreur d'une censé à Aigny. — Chapelle Saint-Roch, dite du Saint-Sépulchre.
— Legs de J. Guyot, curé de Plivis, chanoine d' Avenay. — Acquest d'une maison rue de 1^ Fontaine. — Don à la chapelle du Saint-Sépulchre. — Difficulté chronologique.
Madame Jehanne de Thotirottei que mal à propos Marlot appelle de Thuret^ était de la grande famille des Thourotte (duJBeauvoisk)^L'un de ses ancêtres, Albert de Thourotte, seigneur du Chastelet {dominus de Castelliolo), figurait au nombre des grands vassaux unis et associés pour la défense de la liberté et des immunités de leurs terres en Champagne et Brie contre le palatin comte de Champagne. La veuve d'un Guy de Thourotte est inscrite au premier livre
IfADAUË JEHANNfi Dfe TtiOUROTie 331
des vassaux de Champagne de 1222 à 1229. En 1246 Isabelle de Thourotte est élae abbesse d'Origny-Sainte-Benotte^ et à sa mort, en 1286, sa nièce, Isabelle d'Acy lui succède. Le nom de Thourotte se retrouve fréquemment avec des titres et distinctions honorifiques dans Thistoire du moyenâge, et cette maison, dont André Duchesne a dressé la généalogie, subsiste encore, pensons-nous, dans le Cambrésis; elle porte : De gueules aulion d'argent.
Voici ce que dit de notre abbesse le Gallia Christiana :
XXX. — JoHANNA DE Thorote, malè appellata Thuret, apud Marlotum^ sedebat annis 1494 et 1510 ; dicitur in quibusdam commentariis trans'lata ad abbatiam S. Pétri Metensis.
Ce n'est point de 1494 que nous daterons l'entrée en fonctions de notre abbesse, mais bien de 1492. Nous n'avons pas la date précise de la résignation de Madame Marguerite d'Âixne, mais c'était en cette année un acte accompli, comme il résulte de la pièce qui suit :
23 décembre 1492. — Jean Cousinet, tisserand à Âvenay, et Ysabelle, sa femme^ vendent à Madame Jehanne de Thourotte, abbesse, acquérant pour elle et son couvent, une maison couverte en tuilles, cour, jardin et aisances, size en la rue de Dessus-le-Mur rt),
(1) Rue Dessus-le-Mur^ dénomination étrange, inexpliquée. Nous pensions qu'il fallait lire Dessous-le-Mur, en raison du mur des jardins de l'abbaye qu'elle côtoyait ou des murs d'enceinte du bourg, non loin de là, mais la dénomination DessuS'le-Mur esi trop fréquente dans nos actes, pour que nous nous permettions de la modifier. Il semble qu'elle précédait ou continuait la rue de la Lombardie, subsistant oncpre aujourd'hui et avec laquelle elle est souvent confondue.
282 ABBAYE D^AVENAV
autrement dite la Lombardie ; item trois boisseaux de vigqe^ lieudit ès-Coutures, tenant d'une part à Jean Vignot, d'autre à Colle son-le-Potier, moyennant la somme de 30 1 ivres payées comptant.
Nous avons retrouve cinquante-huit autres actes se rattachant à Tadministration de Madame de Thourotte, et intéressant les communes d'Avenay, Ay, Mutigny, Mareuil, Tour-sur-Marne, Ablois, Suippes, Boï, Aigny, Epernay, Isse, Che^y et Belval. Mais comme ces actes rentrent dans la catégorie de ceux dont nous avons donné l'analyse dans les notices précédentes, nous ne mentionnerons ici que les principaux.
Après l'acte de 1492 que nous venons de rappeler, nous citerons une mention que nous donne l'inventaire de 1667 à la date de 1493. C'est la vente d'une partie des bois que possédait l'abbaye à Ablois; mais cette mention ne précise rien qui puisse renseigner sur la nature et la valeur des bois aliénés; l'acte suivant peut mettre sur la voie.
A propos de cette vente, le procureur général des Eaux-et-foréts prétendait que les bois en question faisaient partie des sept-vingt arpens de la gruerie royale et avaient été par conséquent indûment vendus : il en opéra donc la saisie ou le séquestre. De là plainte des Dames d'Avenay, procès et expertise des arpenteurs jurés dont le rappx)rt établit et reconnut que les bois de la Grange^Madame se composaient de quatre cent soixante-six arpens ; que les bois vendus en faisaient partie et que le séquestre avait été indûment pratiqué. En foi de quelle déclaration la sentence des Eaux-et-forèts d'Epernay, du 8 mai 1493, vint confirmer celle du bailly, et
MADAME JËHANNE t)E tHOUROTTE 233
déclara la saisie non avenue et en donna main-levée aux religieuses.
Durant la dernière année de son abbatiat, madame Marguerite d'Aixne avait, au prix de 230 livres payées comptant, racheté de ses propres deniers, de noble Guillaume de Roucy, dit du Bos, chevalier, seigneur de Menre, et de dame Jehanne d'Apremont, son épouse, le droit que lesdits seigneur et dame avaient de prendre deux cents poules sur les revenus et rentes de la terre et seigneurie de Suippes. L'année suivante (1494), par acte capitulaire, les Dames religieuses conclurent que les 230 livres employées par Madame d'Aixne au rachat des deux cents poules lui tiendraient lieu de fonds, pour lui ét.re fait à perpétuité au jour anniversaire de son trépas un service solennel des morts : conclusion ratifiée par la cour de l'officialité de Reims, comme il apparaît par la lettre jointe audit acte capitulaire.
Madame d'Aixne, en se démettant des titres et fonctions d'abbesse, s'était, de l'aveu du Saint-Siège et de l'archevêque de Reims, réservé la faculté de finir ses jours dans ce monastère et au milieu de ses chères filles dont elle avait si longtemps dirigé la conduite, la conscience et les intérêts. Le crédit que ses vertus et ses longs services lui avaient conservé était tel que nous la voyons, sous le règne de Madame de Thourotte, agir encore personnellement et comme abbesse, dans certaines transactions d'in« térêt temporel: singularité qui pouvait nous jeter dans l'embarras pour fixer Tépoque précise de la prise de possession de son héritière. Mais cette men«
tion que nous trouvons dans quelques-uns de ces actes, que c'est avec l'expresse licence de Madame de Thourotte que Madame d'Aixne contracte, ne nous laisse plus d'incertitude. Voici par exemple un premier acte où les droits de Madame de Thourotte sont expressément réservés :
Madame Marguerite d'Aixne, naguère abbesse, avec la licence de Madame Jehanne de Thourotte, qui lui a succédé;^ cède à Madame Marguerite de Rivière, infirmière, pour son oflSice d'infirmerie, une pièce de vigne, size lieudit les Onches, contenant demi-arpent environ, acquise par elle donatrice, et donnée à Jean Guesdon, chargée de 40 sols de cer.s et surcens qu'elle transporte audit oflSice de l'infirmerie, à la charge que ladite infirmerie fera dire et célébrer annuellement et perpétuellement à l'autel Notre-Dame, chaque jour de feste de la Sainte- Vierge, une messe haute du jour et saura bien entretenir ledit autel. Cette donation est du 23* de mars de l'an 1494.
En cette année 1495 les habitants d'Avenay admodièrent la greslerie, c'est-à-dire la récolte des glands, faînes et autres fruits provenant des bois de l'abbaye, avec cette condition qu'ils y pourroient faire paître leurs porcs jusqu'au nombre de cent, s'obligeant à y laisser paître parmi les leurs, trente autres porcs appartenant auxdites Dames, et de garder lesdits bois depuis le jour de leur transaction, 27 septembre, jusqu'à la Chandeleur et de payer auxdites dames trois sols par chaque porc.
Epernay, 28 mai 1496. — Damoiselle Marguerite de Marson, veuve de feu Genin de Hornet, dame de Villers-aux-Cornailles, donne à l'abbaye
de Saint-Pierre d'Avehay, en faveur de Madame Jehanne de Marson, sa sœur, religieuse de ladite abbaye, diverses pièces de prés, sis en la prairie d'Epernay, et dont le détail assez long est donné en la lettre passée sous le scel de la prévolé d'Epernay, datée du 28 mai 1496 : pour par lesdites Dames d'Avenay en prendre les fruits, usufruits, émolumens, et tels profits qui en pourroient provenir, perpétuellement et a toujours; ladite dame Marguerite Marson s'en estant pour ce devestue entre les mains des notaires jurés soussignés.
AvENAY, 1496, 27 juin. — Jean Migery et Gillette, sa femme, vendent à Madame Perette de Chastenay, religieuse de l'abbaye, acquérant pour sa communauté une maison couverte de paille, sise en la rue Dessus-le-Mur, ayant cour et jardin avec pourpris, le tout chargé de cens et surcens anciens, mais franc d'arrérages. Item une plante de vigne, size au dessus de ladite maison, lieudit Coutures. Item six septiers de terre, tenant d'une part à la campagne, d'autre au bout des Coutures ; une pièce, size en Bagelles, tenant d'une part à un pucgier (puits), d'autre au champ du Marement. Le tout moyennant la somme de 19 livres 10 sols.
Nous voyons les mêmes vendre à Madame de Thourotte un jardin à arbres portant fruits, sis lieudit la Maréchaussée, de deux boisseaux environ, tenant d'une part à Mesdames, d'autre à Jean Arnoult, d'un bout au ruisseau, d'autre au chemin royal, moyennant la somme de 4 livres ts.
1498. Justice de Madame. — Voici un cas de revendication du droit de haute et basse justice que prétendait exercer l'abbesse. Thiébaut Hé-
$âÔ A6BAYE D*AVENAV
bert, sujet de l'abbaye, détenu prisonnier pour certains méfaits, avait été enlevé des prisons de l'abbaye et transféré dans celles de Vitry. Madame Jehanne de Thourotte, dont cette mesure violait les droits, obtint lettres royaux pour que le prisonnier lui fût représenté et envoyé à la Conciergerie de Paris, afin qu'il fût bien établi que ledit Thiébaut Hébert appartenait bien à sa justice.
Messire Ponce Ferry, abbé de Belval-en-Diolet, de l'ordre de Prémontré, reconnaît que la remise à lui faite par les dames abbesses et religieuses d'Avenay, de dix livres, pendant l'espace de vingt ans, au lieu de quarante septiers de blé froment ne pouvait préjudicier à ladite rente annuelle, mais qu'après vingt-cinq ans lesdites dames demeureraient en leur droit ancien pour répéter annuellement audit jour la quantité de quarante septiers de froment. Cette lettre est scellée du sceau particulier de Ponce Ferry et du sceau de son chapitre. On verra comme fut tanu ce nouvel engagement des religieux de Belval.
Messire Jean-Nicolas, curé de Boy, s'était pourvu contre un ajournement donné à son censier par le maire de village ; le bailly d'Epernay, saisi de l'appel, le condamne à l'amende et aux dépens de son appel et renvoie le censier à la justice de Boy à laquelle le curé s'était voulu soustraire.
Nous trouvons encore, sous la date du 27 janvier 1499, Madame Marguerite d'Aixne avec le titre d'abbesse, acquérant pour l'abbaye, de Marie, yeuve de feu Guyot de la Rue, une pièce de vigne ou jardin, sis audit Avenay, joignant le clos Saint- Antoiae, tenant d'une part à la vendresse et d'autre
MADAME JEHANNB DE THOUROTTE 237
à la rue de Grigny. Cette pièce^ de deux boisseauxi chargée annuellement envers ces Dames d'une redevance de deux boisselets de froment est faite au prix de 4 livres payées comptant.
Marie, veuve Gillet de la Rue, vend à Madame Marguerite d'Aixne, ancienne abbesse, acquérant pour le couvent, une maison couverte de tuiles, Çrangette, cellier, étable, cour devant, size en la rue du Faï, nommée communément maison Saint- Antoine, tenant d'une part à ladite rue du Fa'i^ d'autre aux vignes de ladite veuve Gillet ; plus un jardin de courtiloye (i), attenant à ladite maison, tenant d'un côté à la cour Coutelin, du bout du bas au chemin du Faï, du haut bout à la grange Coutelin^ le tout chargé de 8 deniers ts. de cens payables à la Saint-Remy d'octobre, moyennant prix et somme de 56 livres reçues comptant.
U Infirmerie. -— Nous n'avons pas besoin de rappeler qu'outre l'hôpital, sis en la rue de Mareuil, destiné aux pauvres malades étrangers, la maison abbatiale avait son infirmerie, dont une partie n'était ouverte qu'aux religieuses, et l'autre aux pèlerins, en traitement dans le couvent.
Madame Marguerite d'Aixne, avec la permission de Madame Jehanne do Thourotte, entre les mains de laquelle elle s'est démise de son abbaye, donne à l'infirmerie une pièce de prés sise en la prairie d'Ay, lieudit au Gros-Buisson, à charge par ladite infirmerie de faire dire tous les ans le 3« de novembre une messe basse pour les trépassés.
Mareuil, 1501. — Jean Vatat, fondé de procu-
(1) Courtilloye, courtillage, petit champ entouré de haies.
238 ABBAYE D*AYENAY
ration de Perresson et CoIIesson Vatat et autres héritiers de feu Messire Jean Vatat, en son vivant curé de Mareuil et chanoine d'Aven ay, vend aux Dames abbesse et religieuses d'Avenay, par Madame de Chin, religieuse aumônière de ladite abbaye, un jardin, sis ès-Ailleries, et diverses autres pièces, sises au même lieudit, au prix de trente-une livres ts. reçues comptant.
AvENAY, 1501y 25 octobre. — Jean de la Rue dit Vidame, Jean de la Rue dit Mourette, et Jobert de la Rue frères, demeurant à Avenay, vendent aux Dames abbesse et religieuses une maison à freste couverte de paille, joignant Técluse du moulin^ tenant d'une part à Robinet de Mardelles, d'autre à Jean Robert^» et par devant à la rue des Forges, chargée de 5 sols 7 deniers et obole de surcens à la Saint-Martin d'hiver. Item un jardin, cave et clos dessous, sis audit Avenay^ devant rhostel Saint- Antoine, et l'issue dudit jardin en la ruelle des Arches^ tenant d'une part à Jean Pothier, d'autre à Jean Colin, Jean Robert et autres... Item une pièce de terre, sise au terroir d"* Avenay, vers la justice de Fontaine, au-dessous du pillier, tenant d'une part à Thibaut Masson, d'autre à Jean Guesdon, d'un bout au chemin de Reims, et d'autre à Guillaume Gobin, chargées de cens envers lesdites Dames. Item une autre pièce de terre, sise audit terroir, lieudit les Aulnais... Ladite vendition faite au prix de 80 livres payées comptant.
SuiPPES. — Seigneurie de Montbadel. — i502, 9 août. — Nous avons eu souvent occasion de mentionner les procès de l'abbaye avec les habitants de Suippes. Eiu voici un d'un autre genre. Gratie
d* Aguerre , de la maison d' Anglure, gouverneur de Mouzon, seigneur de Montbadel, s'était avisé de détourner le cours de l'eau de la rivière de Suippes au détriment du moulin de Crusson, propriété des Dames d'Avenay, et de s'emparer de la dépouille des saules plantés le long de la chaussée. Ajourné pour ces faits devant le bailly de Vitry, tenant ses jours à Sainte-Ménehould ; experts furent nommés d'un commun accord pour faire la visite des entreprises dudit seigneur de Montbadel, et sur le rapport desquels jugement devait être rendu.
1502y 9 août. — Jean Camion et Collesson Garin, de Suippes, avaient voulu troubler le droit de mesurage qu'exerçaient les Dames d'Avenay en la halle de Suippes; sentence de la prevosté d'Epernay, rendue par défaut contre eux avec dépens, et maintenant l'abbaye dans son droit de mesurage.
AvENAY, 13 mai 1502, — Louis Gonneau, tissier de toile, et Ysabelle, sa femme, d'Avenay, vendent à Madame Jehanne de Thourotte, abbesse, un colombier avec ses appartenances, sis en la cour Coutelin, tenant d'une part aux héritiers de la dame veuve Gillet de la Rue, d'autre aux hoirs d'Estiene Gaulé et l'aisance d'entrée et sortie de ladite cour pour aller audit colombier, moyennant prix de 12 livres 3 sols 4 deniers que les vendeurs ont reçu comptant,
21 mai 1502. — Par lettre passée sous le scel de la prevosté d'Espernay, le 21 mai 1502, Madame Jehanne de Thourotte, abbesse> en son nom et en celui de ses religieuses, et Girardin Le Maistre, couturier à Avenay, échangent, ladite abbesse, un colombier, avec ses aisances et appartenances, ses
en la cour Coutelin, et ledit Girardin Le Maistre, un petit jardin assis devant le portail de l'église paroissiale, contenant un boisseau environ, tenant d'un côté aux héritiers de feu Pernet Gaulé, du bout bas à ladite église^ du bout haut à une ruelle conduisant à ladite cour Coutelin, et ce moyennant sept livres d'argent, payé par Girardin Le Maistre auxdites Dames et à condition qu'il ne pourrait se servir dudit colombier pour un autre usage que de maison, d'étable ou autre. Le tout ainsi convenu, les parties se sont mises respectivement en possession de la chose échangée.
AiGNY. 1503, 5 Novembre. — Voici- un acte entre contractants dont les noms nous semblent bons à conserver, car ils rappellent des familles notables et dont peut-être quelques rejetons subsistent encore. Par lettre passée sous le scel de la prévosté d'Epernay, le 5 novembre 1503, M. Jean Lemaire Tainé, seigneur de Perthes-lès-Rethel, et Jean Lemaire le jeune, écuyer, seigneur du Banc-Sarrazin à Fontaine-lès-Avenay, fondés de pouvoir de demoiselle Claude de Saulx, femme • de Jean Lemaire l'ainé, vendent à messire Jean Guyot, prêtre curé de Plivis (Plivot), chanoine d'Avenay, la tierce partie d'une censé size au terroir d'Aigny, consistant en jardin, bois, terres labourables, prés^ savart, vignes et tous autres herbages sis audit terroir et lieux circonvoisins, lesdits biens jadis à Henri de Landre ville et indivis entre les enfants Landreville et ledit acheteur; moyennant prix et somme de cent livres, payés comptant.
AvENAY, SO Mars 1506. — Chapelle du Saint- Sépulcre. — Noua croyons devoir rappeler ici que
la chapelle de Saint^Roch ou da Saint-Sépulchre, comme la chapelle de Notre-Dame des Neiges, était en dehors de l'église abbatiale. Elle était située à droite en entrant, et dans la basse-court, où se trouvaient non points comme on pourrait le penser, les volailles et bestiaux, mais les bâtiments destinés aux tourières et aux serviteurs, comme aussi ceux réservés aux confesseurs, aux prédicateurs et aux visiteurs étrangers. — M® CoUesson Roussel, chirurgien à Avenay, en l'honneur de la Visitation de la Vierge Mère de Dieu, par sainte Elisabeth, fait donation à la chapelle de saint Roch dite N.-D. du Sépulchre, d'une pièce de vigne, sise en festeuil, de trois boisseaux et demi, tenant d'une part à Jean Colin, vigneron, de l'autre au chemin charrier, de laquelle il se dépossède entre les mains des notaires jurés de la prévosté d'Espernay au profit de ladite chapelle, par don pur et irrévocable, le 20* de mars 1506.
Le sieur Avril Nicolas, d'Avenay, transporte à Madame Jeanne de Thourotte, abbesse, pour la chapelle du Saint-Sépulchre qui est dans la bassecour de l'abbaye, un surcens de 5 sols, sur la moitié de sept boisseaux de vigne, sizes à Mutigny, lieudît ès-Atrait, payables à la saint Martin d'hiver par Jean Camuzet le jeune.
Par son testament reçu sous le scel de la prévosté d'Espernay^ le \^^ septembre 1510, messire Jean Guyot, prestre curé de Plivis et chanoine d'Avenay, lègue à l'abbaye Saint-Pierre d'Avenay, entre autres choses, spécialement la censé acquise par lui des nobles personnes Jean Lemaire l'ainel, écuyer seigneur en partie de Perthes-lès-Rethel, et de Jean Lemaire jeune, seigneur du Banc-Sarrazin, au ter-
fis ABBATE D*
roir de Fontaine-lès-ATenav, ladite censé âze aa terroir d'Aignj-sar'Marne, consistant en mazores^ jardin à arbres^ bois, prés, Tignes, terres arables» cbeneyières et antres, i charge de célébrer le jonr de son décès, annuellement et perpétuellement on service anniversaire pareil à celui de Madame l'abbesse d'Aisne et de lui donner la sépulture en ladite église, proche la chapelle Sainte-Croix. — Item l^ua à la chapelle N.-D. dite du Sépulchre, fondée en la basse--cour de ladite abbaye, un certain nombre de Juchées de pré, énumérées audit testament^ à pren<dre : 1^ au terroir de Tour-sur-Mame> Ueudit en Nauly ; en la prairie de Plivis, lieudit ès-Longs* Badins; en la prairie d'Ay ; en la prairie de Mareuil, lieudit au fossé Thierry, et en Cornillette. Toutes lesdites pièces franches et quittes de toutes charges, avec obligation à ladite chapelle de faire célébrer tous les samedis de Tannée une messe à notes de N.-D. ou autres, à la discrétion de Madame TAbbesse ou du gouverneur de ladite chapelle.
Une lettre passée sous le scel de la prévosté d'Espernay, Tan 1510, le 15* novembre, portant que Person Eoutillier, Godefrin Bray, tant à cause de leurs femmes, comme tuteurs et curateurs créés par justice des enfants mineurs de feu Jean Person Robinet, Jean Gurlier, à cause de sa femme, Asselin Fol, Pierre Remy dit Ëlopine, à cause de sa femme et de Person Robinet, tous héritiers de feu Jean Guyot, en son vivant presbtre curé de Plivis et chanoine d'Avenay, ès-noms et comme héritiers des susdits, reconnurent et' confessèrent de leurs bonnes volontés sans aucune contrainte avoir fait délivrance réelle et actuelle aux Dames abbesses et
MADAME JEHANNE DE THOUROTTE Si3
religieuses d'Avenay, une censé appartenant jadis audit feu messire Jean Guyot> size au terroir du village d'Aigny-sur-Marne, laissée, donnée et léguée par le dict deffunct auxdites Dames par son testament et ordonnance de dernière volonté ; et icelle censé jadis aquestée par ledit deffunct de Jean de Maire l'ainel, seigneur en partie de Perthes-lès- Rethel^ et de Jean de Maire le jeune, seigneur du Banc-Sarrazin à Fontaine-lès-Avenay, pour dicelle tant en mazure, jardin, prez, bois, terres arables, chenevières, qu'autres héritages, lesdites Dames en jouir comme de leur propre, paisiblement et à toujours, aux charges portées par ledit testament, savoir : de lui dire à perpétuité un service solennel le troisième de septembre, pareil à celui qui se faict pour Madame l'Abbesse d'Aixne, et de payer les cens.
AvENAY, 5 juin 1512. Rue de la Fontaine. — Robinet Mendelles, maréchal, vend à Madame J. de Thourotte, une mazure et place, sur laquelle de toute ancienneté avait été une maison et édifice qui lors était en ruine, size sur le coin de la rue de la Fontaine, tenant d'une part à l'héritage de l'abbaye, d'autre à lia rue de la Fontaine, du bout devant au chemin des Forges, d'autre à la place du Moulin. Chargée de 5 sols sept deniers de cens envers ladite abbaye, moyennant la somme de 20 livres, payées comptant.
AvENAY 1513, 7 octobre y chapelle du SainU Sépulchre. — Jean de Donay, bourgeois d'Avenay, par lettre passée sous le scel de la prévosté d'Epernay, fait don pur et irrévocable, à la chapeltedu- Saint-Sépulchre, d'une pièce de yign^ size au ter-
roir de Mutîgnj^ lieudit Charmières, contenant cinq boisseaux, tenant d'une part à Jean d'Armentières, d'autre au chemin commun; laquelle donation est acceptée par Madame Jehanne de Thourotte au profit de ladite chapelle et pour y faire le service, et spécialement celui des morts le lendemain de la Toussaint.
AvENAY, rice du Fay^ 1514, 29 juin. — Jean de la Rue et Gobert de la Rue frères, vendent à Madame Jehanne de Thourotte^ abbesse, pour elle et son abbaye, une petite mazure et une fosse à fient, size en la rue du Fay, à prendre par derrière au coin de la maison en celle de saint Antoine, appartenant à ladite abbaye, moyennant la somme de 30 livres payées comptant.
Ici se produit une grande difficulté chronologique. Rien, dans les derniers actes que nous venons d'analyser^ ne nous fait deviner la fin de Tabbatiat de Madame de Thourotte. Le Oaltia ChriS" tiana laisse penser qu'elle fut éloignée d'Avenay et transférée, on ne dit point à quelle époque, à l'abbaye de Saint-Pierre de Metz : et dicitur in quibus dam commentariis translata ad abbatiam sancti Pétri Metensis. Mais de 1514, date du dernier acte où figure le nom de Jehanne de Thourotte, à 1526.^ époque de l'élection de Madame Françoise, il y a dix ans d'intervalle, pour lesquels nous possédons douze actes passés sans l'intervention d'aucune abbesse. Nous les donnons à cette Dame Clémence, à laquelle le Gallia assigne le rang de trente deuxième abbesse, immédiatement après Madame Françoise ; taudis que nous la faisons précéder celle-ci en lui donnant le trente-et-unième
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rang. — Nous n'hésitons pas, toutefois, à reconnaître que cette substitution pourrait être sujette à caution. Nous ne nous décidons à la proposer qu'en raison de l'embarras où nous jetterait Tassertien écourtée et dénuée de preuves du Gallia Chrisiiana .
Avant de clore cette notice, on nous permettra de faire remarquer la légitimité des propriétés dont s'agrandit successivement le domaine de notre abbaye. En présence des actes authentiques dont nous énonçons les titres, que deviennent les reproches de dol et d'usurpations dont les lois révolutionnaires excipèrent pour .prononcer la confiscation des biens monastiques ? — Nous en faisons juge le lecteur.
XXXP Abbesse.
Madame €IiltJBLEJS€^
(De 1514 à 1521.)
Les habitants de Suippes condamnes. — Enqueste sur les prétentions du seigneur de Montbadel. — Main levée des saisies des biens de Tabbaye. — Legs en faveur de M« Lescot pour l'abbaye". — Droits seigneuriaux à Cuperly. — Chapelle du Saint-Sépulchre (inhumation). — La grange des Dixmes à Mareuil. — Cens à Mutigny. — Les Ligneux, bois de Louvois. — Modération par le parlement d'une sentence capitale de la justice d'Avenay.
Clementia sedisse diciiur an 1533.
Nous ne savons rien de cette abbesse et la mention que nous venons de citer du Gallia Chrisiiana est loin de nous édifier. Il est probable qu'elle ne figura que nominativement et ne prit point possession. Les actes que nous lui attribuons sont au nom de Madame TAbbesse et des Religieuses et plus souvent encore des Dames religieuses seules. Les deux premiers de ces actes concernent Suippes ; c'est d'abord une lettre du roi François P% munie du sceau royal, adressée à un sergent royal afin de contraindre les habitants de Suippes au paiement de 80 livres 18 sols 8 deniers, à laquelle sommeils avoient été condamnés par la Cour, pour les frais et dépens des Dames religieuses, faits en un procès par eux témérairement intenté : cette lettre est datée du 26® juillet de Tannée 1515, la première du règne de ce prince.
Atenay, 1515. — Le Procureur du Roy au bailliage de Vilry et le seigneur de Villers-sur-Marne,
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députés par le Roi pour recevoir la iSnance des francs iSefs et nouveaux acquêts, admettent les Dames religieuses moyennant 40 sols à la paisible et perpétuelle jouissance de tous les acquêts faits par elles jusqu'au 15* de janvier 1515.
Voici un autre acte au nom des Dames abbesse et religieuses^ d'où il parait constant que, sans être nominativement désignée, une Dame abbesse dirigeait les affaires de la communauté.
SuiPPES, 1516. — Le Bailly de Vermandois, par sa lettre donnée à Sainte-Menehould l'an 1516, déclare avoir receu lettres royaux impétrées par les Dames abbesse et religieuses d'Avenay, touchant l'enqueste à faire contre les prétentions du chevalier Gracien d'Aguerre, seigneur de Montbadel, et qu'il procéderait à ladite enqueste moyennant les dépens du délai.
A la suite de cette pièce sont deux autres lettres contenant les articles du droit que lesdites Dames ont en la rivière de Suippe, comme ayant toute justice, hautoy moyenne et basse, et montrant que ledit seigneur de Montbadel avait usé de violence en son entreprise contre elles.
AvENAY, 1519, 3 août. — M® Boutin^ avocat au Parlement établi par le Roy, commissaire aux francs fiefs et nouveaux acquêts en la seigneurie d'Epernay, s'étant transporté en l'abbaye d'Avenay, et ayant vérifié par les chartes de la maison les amortissements de tous ses biens, juge que ladite abbaye est efxempte de cette finance» et donné main levée sur les criées et publications de ses biens, permettant au nom de S. M. qu'elle en jouisse désormais paisiblement.
SIS ABBATE D^AYEriAT
Ateiat, i5i9« 6 février. — Voici qb antre acte où Tune des religîeases agit an nom de Madame, son Âbbesse : ce qui fait supposer que si le siège à cette époque continuait à être occupé^ la titulaire du moins était absente :
Legs testamentaires de Simon Guiart et Marguerite» sa femme, accepté par Madame Remiette Lescot, au nom de Madame TAbbesse et de son couyent, de trois boisseaux de yignes ou enTiron, sis au terroir d'Avenay, lieudit en Chassant, pour en tirer perpétuellement et à toujours les profits et émoluments, suiyant lettre passée sous le scel de la mairie d'Avenay, du 6 février 1519.
BoY, 1520. — Le sieur CoUesson Colas, de Cuperly, sur son refus de payer aux Dames d'Avenay, Dames temporelles de Boy, les droits seigneuriaux qui leur étaient dus, avait été condamné à l'amende par sentence du mayeur même de Boy. Ayant appelé de cette décision devant le bailly d^Ëpernay, fut, par sentence de celui-ci, renvoyé audit mayeur pour la taxe de dépens de son appel. La bonté de Mesdames l'ayant trop longtemps laissé sans payer ladite taxe, il prétendait qu'il était hors de temps, puisqu'il y avait plus de dix-sept ans passés qu'il n'avait rien payé. Une lettre de François 1**, du 27 novembre 1520, sans avoir égard à cette prétendue prescription, le condamne à payer ce qu'il aurait dû faire aussitôt la taxe dudit mayeur, auquel pour ce il avait été renvoyé par ledit bailliage d'Epernay.
Chapelle du Saint-Sépulchrey 1520: — Liénart de France et Catherine, sa femme^ prennent à titre de cens annuel et perpétuel des Dames A bbesse et