MADAME CLÉMENCE
peine de mort contre un coupable de meurtre. Elle nous prouve aussi que ces arrêts n'étaient pas sans appel, et que le Parlement pouvait casser ou modérer la rigueur de ses jugements. Nos cours d'appel et de cassation n'offrent guère de nos jours plus de garantie aux accusés. — Un sieur Oudinet Curât, coupable d'hommicide sur la personne d'Estienne Trocy, avait été condamné à la peine de mort par le mayeur d'Avenay. Oudinet en ayant appelé au parlement de Paris, on voit par un extrait des registres de la Cour que, modérant la sentence du mayeur, par arrest du 30 décembre 1523, il est définitivement condamné au fouet par trois divers jours, par les carrefours dudit Àvenay, avec la corde au col, et banni à perpétuité de tout le bailliage de Vitry.
XXXII* Abbesse.
Madame FRAnrçOIS^E, Moniale.
(De 1526 à 1532.)
Nommëe par le Roi, en vertu du Concordat. •— Françoise, abbesse triennale, de Mainoë. — Rétablit la réforme à Avenay. — Assemblée du clergé pour la délivrance des Enfants de France. — Accord avec le curé' de Mutigny pour les dixmes. — Enseignement laïc à Suippes. — Droit de corvée & Mutigny. •— Madame Françoise grandement louée pour ses mérites. — Son épitaphe.
Ce fat en vertu de la convention passée à Boulogne, entre le pape Léon X et François P', en 1516^ que le roi nomma à toutes les abbayes, à la réserve des abbayes chefs-d'ordre, comme Clteaux, Prémontré, Clairvaux et autres qui conservèrent leur droit d'élection. Cependant, pour ce qui concernait les abbayes de filles, Rome ne cessa de prétendre qu'elles n'étaient pas comprises dans la convention; aussi dans les bulles ou provisions que le Saint-Père expédiait aux abbesses, n'était-il fait aucune mention de la nomination royale et, y était-il dit au contraire, que la pourvue avait été élue par la communauté. Toutefois et nonobstant ce déclinatoire^ Tabbesse nommée par le roi était mise en possession, sans qu'il fût nécessaire de demander l'avis ni le consentement des religieuses.
Sans que nous puissions rien préciser^ puisque les documents nous manquent, nous admettons qu'à cette époque un grand affaiblissement de la disci-
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pline existait au couvent d'Avenay, comme en beaucoup d'autres maisons monastiques. La règle bénédictine y avait souffert de nombreuses atteintes. On pouvait attribuer ce relâchement au défaut de rési« dence des abbesses que des affaires temporelles, des intérêts de famille, tenaient fréquemment hors de leur maison. Le désordre des mœurs, les vices du temps avaient pu trouver entrée dans les abbayes, € tant de moines que de nonains »y suivant l'expression d'un annaliste, si bien que ces maisons restaient sans gouvernail. Nous ne savons rien de positif à ce sujet, pour ce qui regarde Avenay, mais nous signalons l'état social de l'époque^ qui avait nécessairement déteint sur les maisons religieuses ; ce qui devint naturellement un point d'appui aux récriminations, aux amères railleries de Luther, dont les pamphlets fougueux commençaient à agiter la chrétienté. Peut-être cet état de chose contribua-t-il à la pragmatique, en vertu de laquelle le roi se trouva désormais investi du droit de nommer aux abbayes. L'élection laissée jusqu'à ce jour au vote des religieuses se trouva donc tout à coup remplacé par la nomination : celle-ci fit retour au Roi, le Pape se réservant toutefois l'institution : double garantie de religion et de capacité. Il arriva sans doute plus tard que des choix peu réfléchis affligèrent l'Ëglise et la société, mais ces mauvais choix ne furent jamais que des exceptions ou les erreurs d'une autorité surprise ou affaiblie.
Madame Françoise, qui n'est connue que sous le modeste titre de Moniale imoinessCy reltgieiisé)^ fut donc la première abbesse nommée en vertu du concordat. Elle avait été abbesse triennale de la
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petite abbaye de Malnoé, aux environs de Lagny (Seine-et-Marne), où elle avait rétabli la discipline et singulièrement amélioré le temporel quo tempore multa cœnebio acquisivit. Ses pouvoirs d*abbesse triennale venaient d'expirer quand François r% doQt elle était personnellement connue, la pourvut de l'abbaye d'Avenay. Son premier soin fut d'y introduire une sévère réforme, à laquelle, à ce qu'il parait, il était urgent de procéder : puis on la vit travailler^ avec un zèle égal, à la restauration des bâtiments qui, par suite des misères du temps, mena- Çaient ruine. Moniales suas reformavit, monaste" rium penè collapsum instauravit. C'était, nous dit notre Précis historique, une flUe d'une grande régularité^ aussi rétablit-elle la réforme en son monastère, et la fit observer exactement durant toute sa vie, s'y soumettant elle-même la première, et n'exigeant rien de ses filles spirituelles dont elle ne leur donnât l'exemple. ~"
Le Gallia Christiana, d'accord en ceci avec notre Précis historique^ nous dit que dès la première année de son abbatiat, elle députa Marc Caillet, homme fort docte et chanoine d'Avenay (i), â l'assemblée du clergé de la province qui se tint vers ce temps â Reims pour traiter de la rançon
(1) Ce nom de Caillet fut porté à Âvenay par plusieurs génératioas. Ou en trouve comme magistrats, comme chanoines et comme notaires. Voici une ëpitaphe que nous avons relevée avant les récentes restaurations du pavé de réglise :
Cy devant gist et prudent ho'. M'^ Gérard Caillet. esc*'
lie. es loix. pvost en garde, et juge, ordinaire de la pvoste\ éTEsparnay. natif, de ce lieu, d'* Avenay. lequel, y. décéda le X* jour. du. mois, de sept^^e i546. Priez Dieu pour luy.