MADAME FRANÇOISE, MONIALE
des Enfants de France que l'Empereur retenait comme otages à la place du roi leur père. L'église de Reims paya sa part de cette contribution patriotique par l'aliénation de plusieurs de ses plus précieux reliquaires. Il est plus que probable que l'abbaye d'Ayenaj fut également soumise à une certaine cotisation, à prélever sur ses revenus ; mais nous n'avons à cet égard aucun document qui nous puisse renseigner.
Les actes qui nous restent de l'administration de Madame Françoise sont peu nombreux, encore son nom n'y flgure-t-il pas.
Le premier, du 20 février 1526, est un accord, sous le scel du bailly de Vermandois, entre les Dames d' Avenay et le curé de Mutigny, au sujet des dixmes tant anciennes que nouvelles : fut dit que Mesdames prendraient à l'avenir les deux tiers des dîmes de tous les vins, grains et autres choses quelconques de la paroisse et terroir de Mutigny, sans exception ni réserve, et ledit curé l'autre tiers. Et que, pour les prétentions du curé sur les novalles, les Dames seroient tenues de lui donner annuellement à la an des vendanges cinq poinçons de vin sur leur part et au choix dudit curé, pourvu qu'il les prit tout en suivant, ou selon qu'ils seroient assiz au cellier. Accord confirmé le 4"" décembre par l'officialité de Reims.
Le deuxième est d'un intérêt tout différent. Il touche à une question encore fort controversée de nos jours, et qu'on ne s'attendait point voir abordée ici. La question de la liberté d'enseignement et d'enseignement laïc! — Deux particuliers, Jean Devaulx père et Claude Devaulx fils s'étaient ingérés d'ouvrir
une école en la ville de Suippes, sans le congé et consentement des Dames abbesse et religieuses d*Avenay. En leur qualité de Dames de Suippes, Tabbesse et ses religieuses intentèrent un procès aux sieurs Devaulx qui, sans mandat ni autorisation, prétendoient enseigner. Cités en la prévosté d'Epernay, Tabbesse et les Dames obtinrent sentence et condamnation à soixante-deux sols d'amende, avec défense auxdits sieurs Devaulx de plus entreprendre tel exercice, contre le droict desdites Dames. Cette sentence est du 13 juin 1527. Ce n*est pas là, comme on voit, un obstacle à la tenue des écoles ; il en ressort au contraire la preuve qu'à cette époque, comme depuis longtemps, des écoles étaient ouvertes dans les moindres localités ; mais tout simplement une revendication du droit d'y nommer l'instituteur : ce que nous nommons aujourd'hui le droit de l'Etat.
Une autre sentence de l'officialité de Reims, en date du 16 janvier 1527, au sujet de la dixme dite des agneaux.
Le quatrième, une autre sentence du maire d'Avenay contre certains habitants de Mutigny qui prétendoient contester le droit de corvée que les Dames d'Avenay exerçaient de toute ancienneté. Condamnés les opposants à l'amende et aux dépens du procès.
On le voit, les seuls titres applicables à l'époque de l'abbesse commandataire ne portent même pas son nom ; mais si nous nous en rapportons au texte de notre Mémoire inédit et du Gallia Christianay Madame Françoise s'occupa moins des intérêts matériels de sa maison que d'y rétablir le bon ordre et d'y faire revivre la même discipline qu'elle était