‹ Histoire de l'Abbaye d'AvenayChapitre 28 sur 42 · DE MADAME MARGUERITE DE LA DIEPPE · texte numérisé non relu

DE MADAME MARGUERITE DE LA DIEPPE

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XXXIV* Abbesse.

KlAdAme JACQUELinrE DE BOSSIJT.

(De 1538 à 1552).

Maison do Bossut. "— Foires et marches à Avenay. — Fête patronale de sainte Berthe. — Procès avec les habitants de Suippes. — Invasion des Espagnols . — Camp de Charles- Quint à Avenay. — Epernay réduit en cendres — Fuite des religieuses. — Monnaies espagnoles trouvées à Avenay. — Le moulin du Montcel. — Saisie des revenus temporels de Tabbaye. — Seigneurie de Saint-Remy. — Bois TAbbesse à Saint-Martin d*Ablois. — Fours bannaux à Suippes. — Poules et gâteaux prélevés à Vadenay.

La maison de Bossut, originaire de Bossut, petite ville du comté de Hainaut, près de Valenciennes, a produit un grand nombre de personnages qui se sont fait un nom dans Tarmée et dans l'Eglise.

Nous avons vu, dès l'année 1343, sous l'abbatiat de Madame d'Arcy, la ville de Suippes pourvue do foires et de marchés. On ne s'explique pas bien comment Avenay, siège d'une abbaye royale, n'a* vait pas encore été dotée d'une pareille institution. Il est vraisemblable que l'importance seule du monastère suffisait pour valoir au pays l'importation des marchandises et denrées nécessaires à l'entretien comme à l'alimentation du public. Quoi qu'il en soit, la po« pulation souhaitait l'octroi de foires et marchés à jours axes, et la popularité de la fête de sainte Berthe, qui amenait au Val-d'Or un nombreux pèlerinage, faisait désirer que cette foire enviée fût axée au lendemain marne de la fête de la sainte

patronne du monastère afin d*7 attirer et d*y retenir quelques jours de plus TaiSuence des pèlerins et des étrangers curieux dont le séjour prolongé serait d'autant plus profitable au pays.

On sait que l'institution des foires et marchés étaient de droit régalien. Les foires de Champagne et Brie, si célèbres et ai fréquentées au moyen-âge, avaient été instituées par les comtes de Champagne et Brie, comme princes souverains : sous la royauté, les lettres patentes qui établissaient ces foires devaient être enregistrées au Parlement, mais la cour ne procédait à cet enregistrement qu'après une enquête de commodo et incommodo faite à la requeste du procureur général. On a vu que pour les foires de Suippes, sous Madame d'Ârcy, il avait été procédé à une information du même genre.

Il semble que, dès son entrée en fonctions, Ma* dame de Bossut ait eu à cœur de donner pleine satisfaction aux vœux de la population. Le Roi, qui l'avait appelée à la succession de Madame de la DieppOj consentit volontiers à préparer la bienvenue de la jeune abbesse en lui concédant l'octroi qu'elle sollicitait. Nous avons le texte même des lettres patentes portant l'établissement dans Avenay de deux foires annuelles et d'un marché par semaine, au jour de vendredi. Cette lettre, vérifiée et confirmée devant le prévost d'Epernay le 27« jour de mars de l'année 1540, le sergent royal Mouton en publia la confirmation en l'auditoire de cette ville.

Telle est l'origine de notre foire qui eut longtemps une vogue extraordinaire, car elle avait le privilège d'attirer dans nos murs non-seulement les pèlerins des plus lointaines contrées et les fidèles au culte de

s<aint6 Bertbe, mais une affluence de marchands et d*industriels forains, comme aussi de funambules, de saltimbanques et de cabotins, dont les représentations, les exercices et les jeux faisaient le bonheur de la jeunesse et le profit de la population. La partie principale de cette foire était concentrée sous la halle, à Tabri des intempéries accidentelles, s'étageait, à côté, sur la place et s'étendait d'une, part vers la rue de Mareuil, pour aller aboutir à gauche au portail de l'église, à droite dans la grand'cour, réservée au marché des chevaux et des bestiaux dont se renouvellaient les basses -cours, et finir aux portes du monastère. Foire ou fête patronale, on nous permettra de la regretter, car elle était, nous le répétons, une source de joie et de prospérité pour le pays. L'ère de progrès dont si heureusement nos campagnes jouissent aujourd'hui a, depuis une trentaine d'années, laissé tomber en désuétude avec les deux foires et les marchés de François I^^^

le souvenir de la bienfaisante abbesse, comme aussi le pieux pèlerinage à la fontaine miraculeuse de sainte Berthe. Quant à la fête patronale, de temps immémorial fixée au premier dimanche de mai, sous l'invocation de sainte Berthe, l'édilité d'Avenay vient, par une délibération récente de la transformer en fête communale et d'en reculer la célébration au premier dimanche de juin. Cette décision, qui déshérite sainte Berthe de son antique patronage, pourra gêner les successeurs de Mathieu Lansberg qui, malgré la désuétude, continuaient imperturbablement à fixer la fête d'Àvenay à la date du premier dimanche de mai, jour du martyre de la sainte fondatrice du monastère.

i6é ÀÔâAVB D^AVËNAV

L'année suivante, l'abbaye d'Avenay entra derechef en procès avec les habitants de Suippes qui s'ingéraient d'arrêter l'administration de la justice par l'échevin qu'ils avaient eux-mêmes élu à cet ofSce. Après plusieurs défauts obtenu contre eux par Madame de Bossut et ses religieuses, la communauté fut en dernier ressort, au baill âge d'Ëpernay, condamnée à l'amende et au remboursement du dommage causé à Mesdames, par suite de la suspension de l'office : comme aussi de gager ledit officier, ce que les habitants soutenaient être à la charge de l'abbaye, bien que !e choix et l'élection de cet échevin leur eût été laissé.

Noui sommes arrivés à l'époque d'un grand dé- * sastre pour notre pauvre pays de Champagne^ toujours, entre tous, l'un des premiers victime des invasions et des gaerres civiles. En* 1544 les hostilités s'étaient rallumées entre Charles -Quint et François P'. Après le siège de Saint-Dizier, si héroïquement soutenu par Sancère, Charles-Quint, maître de toute la campagne des environs de Châlons, prétendait entrer sans coup férir dans Epernay et de là se porter sur Paris, déjà tout affolé d'inquiétude et de terreur. Pour retarder la marche des Impériaux et les affamer, François I^ avait ruiné la campagne jusqu'à Epernay, qui était devenu le point d'approvisionnement général ; là se trouvait un encombrement de bestiaux, de grains, de vins et de denrées de toute espèce. Cependant bientôt allait paraître l'ennemi. François I", campé à Jallons, tenait le côté gauche de la Marne. Charles-Quint, poursuivant sa marche sur la rive

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droite, venait établir son camp à Avenay même. Son armée occupait non-seulement le bourgs maifi, répandues dans la vallée^ ses troupes, échelonnées sur les coteaux voisins^ en gardaient les hauteurs et delà observaient les mouvements de l'ennemi qu'elles poussaient sur Paris. François I*', désespérant de sauver Epeniay, manda au capitaine Sery, qui y commandait, d*incendier la ville^ Le récit de ce nouveau désastre pour Epernay est consigné en ces termes dans un des manuscrits de Tabbaye de Saint- Martin que possède la bibliothèque communale.

€ La ville d*Epernay fut arse et brûlée le m* jour de septembre Tan mil cinq cent quarante-quatre, par le capitaine Sery, capitaine François, par le comniiaa-; dément du roy François, P' de ce nom, ayant son camp et armée à Jallon, et Charles d'Autriche, empereur, à Avenay. Et fut ce fait, pour garder que ledit empereur ne se fortifiasse des vivres de l'est qui estoient audit Espernay : et fut la chose faite sy soudainement que les habitans d*icelle n'eurent loysir de sauver quelque de leurs meubles, où il eut grande perte et ruyne : et se sauvèrent lesdits habitants à qui mieux mieux, et à leur retour ne trouvèrent aulcun logis en ladite ville pour se loger, synon bien peu, et en Tiver ; qui causa auxdits habitants (avec les morts qui gisoient sur la terre sans sépulture), une grande pestilence qui régna huit mois : car depuis le iii^ jour de septembre susdict et jusques en mai suivant, il en mourut tant par ladite pestilence, que par le maulvais traitement qu'on obligea à la fuite la moitié des chefs d'hôtels dudit Espar-

nay. »

Depuis ces lignes écrites, nous avons trouvé^

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dans un manuscrit inédit de Bertin du Rocheret, un récit plus circonstancié des événements de cette campagne. < Pendant cet intervalle, dit notre chro* niqueur, Charies^Quint avait envoyé le 'comte de Furstemberg déguisé pour reconnaître le chemin de Châlons à Paris. Ce seigneur fut pris, mais cela n'empêcha pas l'Empereur de descendre le long de la Marne, aprè^ la prise de Saint-Dizier. Il âst brùlar Vitry, renverser les faubourgs de Châlons, razer l'église de Saint-Mémie^ et venant prendre son camp à la vue d'Epernay, il établit en personne son quartier général en l'abbaye d'Ave nay fl). Cependant le Roi François P% alors malade d'une âevre tierce, opposait aux Impériaux Charles, duc d'Orléans, son second fils, qui étoit gouverneur de Champagne. Ce jeune prince, âgé de 22 ans, était venu camper à Jallons pour fermer à l'Empereur le passage et les vivres, pendant qu'il en tiroit lui-même abondamment de deçà la Marne, mais surtout d'Epernay et de Château-Thierry, où pendant Thyver on avoit établi des magazins. C'était de la part du jeune prince un véritable coup de partie qui, dans cette campagne, aurait terminé la guerre, sans tirer l'épée, si l!on eût songé à se défendre des complots souterrains, dont l'Empereur connoissoit mieux l'usage qu'aucun prince de son temps... > Charles espérait toujours passer la Marne entre Epernay et Château-Thierry, mais n'ayant point trouvé de gué, il résolut d'attaquer par le canon la

(1) C'est à cette époque que, selon Saint-Ëvremont, Charles- Quint ât bâtir Charles-Fontaine, dans un bocage au-dessus d'Ay, pour s*y ménager un vendangeoir, ayant vivement apprécié les vins délicats de nos coteaux.

première de ces places ; c'est alors que Tordre vint à Séry d'incendier la ville. Charles-Quint, frustré dans son attente, et voyant son armée à la veille de manquer de toutes choses^ en son camp d'Avenaj»-, prêta l'oreille aux propositions d'accommodement et un traité de paix fut conclu le 18 septembre qui délivra notre malheureux pays des charges de l'occupation.

Nous n'avons aucun récit des dégâts et violences que purent commettre à Avenay les troupes de Charles-Quint, maîtres du bourg et de ses environs. Il n'est pas douteux que le pays n'ait eu à en souffrir beaucoup et que le monastère notamment n'ait été exposé à bien des insultes. Ce que l'on peut croire, c'est que la maison fut abandonnée des religieuses qui, suivant leur usage, en pareilles circonstances, cherchèrent leur refuge soit dans leurs familles, soit dans les monastères voisins. — Il y a quelques années qu'en creusant, à l'extrémité de la rue de la Lombardie, près des fossés qui limitaient le bourg de ce côté, les maçons trouvèrent des restés de foyers avec leur cendre et divers ustensiles de ménage : deux monnaies d'argent^ l'une au type d'Isabelle de Castille, de la valeur d'un franc, et l'autre au type de Ferdinand -le-Catholique, de la valeur de cinq francs, furent également trouvées dans ces décombres. Il n'est donc pas douteux que cette partie du bourg, contiguë aux bâtiments du monastère, n'ait été incendiée par les soldats de Charles-Quint, furieux sans doute de ne point trouver dans le pays un dédommagement à la perte que devait leur faire éprouver l'embrasement d'Epernay.

La paix de Crespy fut l'occasion d'une joie uni-

verselle en France. Epernay et tous ses environs avaient bien des pertes à réparer. Le roi dédom<^ magea la ville et ses habitants en prenant à ses frais une partie des reconstructions et en les dispensant des impôts.

Madame de Bossut et ses religieuses, en rentrant dans leur monastère , y trouvèrent sans doute des dégâts de plus d'un genre et bien des ruines à relever. L'abbesse, tout en travaillant à la restauration de sa maison , ne laissa point de poursuivre les affaires en litige ou qui demandaient ses soins. On trouvera à l'appendice une partie de ses transactions. Nous n'en citerons ici que quelques autres. En 1546, Jean Guérin, meunier du Moncel, y demeurant, selon l'usage assez fréquent dans ce genre d'exploitation, avoit, en exécutant clandesti ment diverses irrigations, troublé l'abbesse et ses religieuses dans la possession et jouissance de leur moulin d'Avenay, puis encore en faisant venir au Moncel les moutures qui devaient aller à leur usine. Guérin, menacé d'un procès, alla au-devant et donna à l'abbaye la satisfaction qui lui était due.

Le 5 décembre 1547, Guillaume Avenel reconnaît que les vingt arpens de terre qu'il avait donnés pour dot à son fils Philippe en le mariant, étoient chargés, chaque arpent, de quinze deniers de cens envers l'Abbesse et les Dames d'Avenay, comme étant sises, lesdites terres, lieudit le Dois-VAbbesse, tenant d'une part audit Guillaume et de l'autre au seigneux de.Brugny.

En l'année 1549, les officiers de la justice d'Epernay, toujours rigoureux dans l'exercice de leur charge, avaient fait saisir tous les revenus tempo-

rels de l'abbaye^ faute, disaient- ils, d'avoir fourni le dénombrement voulu en temps utile. Madame de Bossut, par le ministère du sieur Maucler, procureur de Tabbaye, fit remonstrer à M. le bailli d'Epernay que Mesdames n'avaient rien acquis depuis leur dernier amortissement, et que par conséquent elles n'étaient point tenues d'en solliciter un nouveau. Renvoyée par le bailli aux commissaires des finances royales, main levée fut donnée des saisies prati* quées par la justice d'Epernay.

1551. — Le seigneur de Saint-Remy, chevalier de Sainte-Croix de Jérusalem et commandeur de la Neuville-au-Temple, avait fait assigner Pierre Chareton de Suippes en paiement de cens sur certaines terres, qu'il prétendait de sa seigneurie de Saint- Remy. Mais intervint à la requeste de Mesdames d'Avenay une sentence des bailliage et prévosté d'Epernay qui condamna ledit seigneur de Saint- Remy comme anticipant sur les limites de la seigneurie de Suippes.

5 janvier 1551. — Guillaume Avenel, Erlone sa femme, Philippe et Mathurin leurs enfants, reconnaissent, sous le scel de la prévosté d'Epernay, que les douze arpens du Bois-V Abbesse qu'ils ont vendus à noble homme François Soulain, de Saint* Martin d'Ablois, tenant d'une part aux terres de Brugny... sont chargés par chaque arpent de quinze deniers envers les Dames d'Avenay et payables à la saint Rémi de chaque année.

Nous trouvons ensuite eu cette même année 1551, une grande lettre en parchemin contenant le texte d'une transaction passée par-devant le prévost d'Espernay entre les habitants de Suippes et Madame

Jacqueline de Bossut, abbesse, et le reste des Dames religieuses représentées par Messire Jean Bardelot, prestre, Jeur procureur, fondé par acte de leur chapitre, touchant le droit de banalité des fours de leur seigneurie de Suippes. « Lesquels fours, y estil dit, ayant été démolis par la violence des guerres, lesdites Dames ont fait remise de leur droit auxdits habitants, permettant à chacun d'eux d'avoir un four à cuire en sa maison, moyennant six deniers de rente annuelle et perpétuelle, payables par chaque feu ou maison particulière, le jeudi devant Noël ; « et si quelqu'un veut faire mestier commun de boulanger, il devra payer deux sols de rente annuelle et perpétuelle auxdites Dames et audit jour. » Le tout ainsi accordé est confirmé par la sentence de la prévosté.

La dernière pièce de l'administration de Madame de Bossut est un estât, dressé en 1552, des recettes des poules et gasteaux qui se levaient annuellement dans le banc dit de Madame d'Avenay, à Vadenai (du canton de Suippes). Nous avons eu occasion de citer en 1313, sous Madame Clarisse des Armoises, une lettre de Louis de France, comte de Champagne, qui maintenait contre Jean de Vadenai, chevalier, l'abbaye d'-Avenay dans la possession d*une certaine terre sise en cette commune. Le chapitre de Reims partageait en effet avec l'abbesse la seigneurie de Vadenai. Cependant un titre de 1361 constate que ce village était aussi tributaire de l'ordre du Temple.

XXXV» Abbesse.

nadaiiie IiOlJISE BE ItUVAUTGE.

(De 1552 à 1576.)

Maison des Linange d*Aspremont. — Errata du Mémoire historique, — Culte de sainte Berthe. — Madame de Linange donne une édition de la Légende de sainte Berthe, — Nicolas Bacquenois^ premier imprimeur de Reims. — Guerres religieuses. — Excès des huguenots en Champagne. — Sac et incendie de Tabbaye d'Avenay. — Proposition d'unir Tabbaye d'Avenay à Tabbaye de Saint-Pierre de Reims. — Lettres patentes de Charles IX en faveur de Tabbaye d'Avenay. — Lettres du duc d'Alençon, seigneur d'Epernay. — Canalisation de la Vèsle. ~ Madame de Linange se dëmet. — Son ëpitaphe.

Madame de Linange sortait de la grande maison des d'Aspremont de Lorraine. Aspremont était autrefois le chef-lieu d'une baronnie considérable et l'un des plus grands fiefs de l'évêché de Metz; un Gobert d'Aspremont avait suivi saint Louis en Terre-Sainte; ses descendants mâles s'établirent dans le Rethelois où ils étaient seigneurs de Sorcy et prenaient le titre de comtes d'Aspremont. Jeanne d'Aspremont, héritière, porta en dot à son mari Jean, sieur d'Autel, le comté d'Aspremont. Anne d'Autel, leur fille et héritière, épousa Hémicon, comte de Linange et d'Ascherbourch d'où sortit notre illustre abbesse.

Nous nous félicitons volontiers des secours que nous tirons du Mémoire historique ; et nous le

274 ABBAYE d'aVENAY

citons souvent ; toutefois nous sommes surpris du peu de soin avec lequel l'auteur a classé quelques-uns de ses faits et les étranges erreurs chronologiques dans lesquelles il est souvent tombé. Nous ne dirons rien de sa Liste des Abbesses, tout inexacte qu'elle soit : rien d'étonnant d'y trouver des omissions et des erreurs que le Gallia Chris^ tiana n'a pas toujours su éviter.

Voici ce que nous dit notre Mémoire de la présente abbesse : Environ Van 1542y Louise de Linmige succède à Marguerite de Dieppe par la nomination de Charles IX, Autant d'erreurs que de mots : Louise de Linange ne succéda point à Marguerite de Dieppe en 1542 par la nomination de Charles IX, mais à Jacqueline Le Bossut, l'an 1552, par la nomination de Henri IL Le Gallia Christiana se contente de dire sur l'époque de notre abbesse « comparet in actis ab, an. 1554 ad annum 1562. Sedebat adhuc^ ex Marloto anno 1577, Cessit in gratiam sequentis (?) et obiit m id. jan. an. 1576.

Madame Louise de Linange, aussitôt sa prise de possession, sentit éveiller en elle une ardente dévotion envers la sainte fondatrice du monastère qu'elle était appelée à diriger. Il lui parut que le culte des saints personnages dont les corps reposaient en l'église abbatiale avait perdu de son lustre et de son autorité. Sainte Berthe avaitelle donc cessé d'être l'objet des espérances des malheureux, le recours des malades et des affligés? Les Papes, les rois de la terre, les grands du siècle avaient consacré son nom et ses mérites par des éloges extraordinaires^ et la maison abbatial^

n'avait cessé d'en ressentir l'assistance et la visible

protection.

Mais au moment où le protestantisme exerçait ses ravages non-seulement sur les monuments du culte, mais sur les âmes elles-mêmes. Madame de Linange crut utile de manifester ses croyances et d'affirmer sa foi ; associant donc à son œuvre quelques pieux et savants personnages, elle fit faire la recj^erche des manuscrits les plus anciens contenant la légende et la vie des saints martyrs et confesseurs dont les corps reposaient au monastère d'Avenay. Elle en fit composer un corps d'ouvrage comprenant avec V Office ^ la légende et la vie de saint Trézain, premier patron de l'église parois-r siale d'Avenay, VOffice^ la légende et Vhistoire des saints fondateurs de l'abbaye, le tout en latin et la traduction française en regard : donnant ainsi un démenti aux protestants qui défiaient les catholiques de mettre en langue vulgaire et à la portée de toutes les intelligences les chants et les prières usités dans leur Eglise.

€ Quant à nos prédécesseurs, » dit Madame de Linange, dans son épitre dédicatoire, « comme Sainte < Berthe, nostre bonne mère, qui a érigée et insti- € tuée ceste noble maison, qui l'a rentée et douée € de son propre bien pour nous y nourrir et entre- € tenir au service de Dieu; et davantage qui par € ses vertus et bonnes œuvres nous a monstre le € chemyn et la voye de vérité : pour tous ces bien- € faits et autres infinis qu'elle nous a faits, quelle € récompense lui en ferons-nous, mes filles? En « serons-nous ingrates? Non; ains toute nostre vie « nous la louerons et honorerons, et la tiendrons

€ pour nostre maistresse et conductrice. Et pour € vous donner meilleur moyen d'y penser, j'ay faict € réduire et restituer au net l'office et histoire d'i- € celle et des beuoits saints, saint Gumbert et saint € Trezain par gens doctes ; et Tay faict imprimer < tel que je le vous présente en françois et en latin : « que vous sera véritablement grande commodité € pour mieux entendre et recognoistre leurs vertus € et sainteté. Or, sus donc, mes filles et chères € sœurs en Jésus-Christ, prenons peine toutes de « imiter ces saints personnages, et que leur bonne € vie et actes vertueux nous soient pour instruction € et pour exemple, préférant (comme ilz ont fait) la € gloire céleste à toutes mondanité et richesses, « macérant nostre volunté et concupiscence par € par jeûnes et abstinence, et par dévotes prières € et supplications demandons leur ayde et secours ; € afin que par leurs intercessions Jésus-Christ, € nostre rédempteur nous regarde de son œil de « miséricorde et nous face avec les benoits saincts € participantes de sa gloire éternelle. >

Au monastère d'Avenay ce xviij septembre

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