‹ Histoire de l'abbaye de ClunyChapitre 2 sur 60 · XVI · texte numérisé non relu

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honte de le dire, mais il est bien plus honteux de le pratiquer; et si l'on rougit de l'entendre, qu'on ne rougisse pas de s'en corriger. Vous pouvez voir, dans le même repas , apporter trois ou quatre fois une coupe demi-pleine, jusqu'à ce que, après avoir senti plutôt que bu, et tâté plutôt que goûté ces vins divers, on puisse choisir enfin, entre tons, avec une épreuve aussi rapide que délicate , la plus généreuse liqueur. Et qu'est-ce encore que cette habitude, qu'on attribue à plusieurs monastères, de boire, dans les jours de* fête, des vins chargés de miel ou d'épices? Dira-t-on encore que cet usage s*est introduit à cause de la débilité des estomacs? Pour moi, je n'y vois qu'un moyen de boire davantage et avec plus de volupté. Mais, quand les veines du buveur sont gorgées de vin et battent avec force dans sa tête brûlante, que peut-il avoir de plus agréable à faire, en sortant de table, si ce n'estd'aller dormir? Et si vous le forcez de se lever pour chanter matines, avant qu'il n*ait achevé sa digestion, vous lui arrachez moins un chant que des cris inarticulés

» On recherche pour se vêtir, non pas ce qu'il y a de plus utile , mais ce qu'on trouve de plus fin ; non ce qui est propre à préserver du froid , mais ce qui excite l'orgueil; non pas enfin , selon la règle bénédictine, ce qu*on peut acheter au meilleur marché, mais ce qu'on peut montrer avec le plus de grâce, que dis-je ? avec le plus de vanité. Hélas! voilà donc le moine? Pourquoi ai-je assez vécu pour voir à quel point d'abaissement est descendu notre Ordre; cet Ordre qui fut le premier dans l'Église, ou, pour mieux parler, par qui a commencé l'Église ellemême ; cet Ordre qui se rapprocha le plus sur la terre, des

phalanges angéliques, et, soit pour l'ardeur de sa charilé, soit pour sa chasteté admirable, ressemblait plus que tout autre à notre sainte Mère la Jérusalem céleste; cet Ordre enfin, dont les Apôtres furent les fondateurs, et que commencèrent ces hommes auxquels tant de fois Paul donne le nom de Saints? Et certes, entre ces premiers chrétiens, comme chacun ne possédait rien en propre, on distribuait tout à chacun selon ses besoins, comme il est écrit, et non pas pour la satisfaction d'une vanité puérile. On n'admettait rien d'oiseux, là où l'on ne recevait que le simple nécessaire ; à plus forte raison, rien pour la curiosité, encore moins pour l'orgueil. A chacun selon ses besoins! enlendez-vous? c'est-à-dire, en ce qui concerne les vêlements, ce qui était indispensable pour couvrir la nudité du corps et garantir du froid. Croyez- vous qu'alors chaque chrétien recherchât, pour se vêtir, des étoffes soyeuses et colorées, et qu'à chacun d'eux , pour voyager , fût préparée une mule de deux cents sous d'or? Croyez-vous que là où tout se divisait selon les besoins stricts, chacun eût pour lit et pour couvertures des fourrures de prix et des étoffes peintes? Je ne crois pas qu'alors on eût beaucoup de souci du prix, de la couleur et du soin des vêtements, quand on s'appliquait avec un si infatigable zèle à conserver les mœurs, à unir les âmes, à féconder les vertus. Cette multitude de croyants^ dit l'Apôtre, n avait quun seul cœur et une seule âme.

» Qu'est devenue cette unanimité de pratique? nous nous sommes répandus au dehors; nous avons abandonné les vrais et impérissables biens du royaume de Dieu qui est au dedans de nous-mêmes, et nous demandons de stériles consolations à des vanités extérieures et à des jouissances

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fausses et insensées ; et déjà nous avons perdu non-seulement les vertus de la religion antique, mais nous n'en gardons pas même les apparences. Et voilà que notre habit même, je le dis avec douleur, qui avait coutume d'être une marque d'humilité, s'est changé, chez les moines de notre temps, en insigne d'orgueil. A peine trouvons-nous déjà dans nos provinces des étoffes dont nous daignions nous habiller. Lechevalieretlemoinesepartagentlamêmeétoife, l'un pour son manteau de guerre, l'autre pour sa cuculle. Tout homme du siècle, si honoré qu'il puisse être , fût-ii même roi ou empereur, n'aurait plus d'éloignement pour nos vêtements, pour peu qu'ils fussent arrangés et disposés pour sa commodité et ses occupations.

» Vous direz peut-être: La religion n'est pas dans l'habit, mais dans le cœur. Mais lorsque, pour acheter une cuculie, on vous voit parcourir la ville, tourner dans les marchés, traverser les places publiques, fouiller la maison des marchands, bouleverser les marchandises de tout le monde, développer d'immenses monceaux d'étoffes, les loucher de la main, les approcher de vos yeux, les regarder au soleil, rejeter tout ce qui vous semble grossier et terni, e( vous empresser au contraire d'acheter à quelque prix que ce soit ce qui vous paraît brillant et bien tissu ; je vous le demande, est-ce avec intention que vous agissez ainsi ou par simplicité? Lorsqu'enfin, contre la Règle, vous recherchez avec zèle, non pas ce qui s'achète au meilleur marché, mais ce qui se vend le plus cher, par sa rareté même, faites-vous cela à dessein ou par ignorance? Ah î sans aucun doute, tous ces vices que vous laissez percer audehors partent du fond de vos cœurs. Un cœur vain communique au corps toutes ses vanités, et les superfluités

extérfeures sont nne marque infaillible des vanités du dedans. On ne se donnerait pas tant de peine à orner son corps si l'on n'avait d'abord négligé la pratique des vertus. »

La vie luxueuse des chefs des monastères n'échappe point à la vive censure de saint Bernard et à ses ardentes apostrophes :

« Comment la lumière du monde s'est-elle obscurcie? comment le sel de la terre s'est-il perdu? ceux dont la vie devait être pour nous la voie de notre vie, ne nous donnent plus dans leurs œuvres que des exemples d'orgueil. Ils sont devenus aveugles eux-mêmes, ceux qui devaient servir de guide aux aveugles ; car quel modèle d'humilité est-ce offrir, pour ne rien dire du reste, que de marcher avec tant de pompe et de chevaux, entouré des services empressés de tant d hommes chevelus, que la suile d'un seul abbé pourrait suffire à deux évêques? Grand Dieu ! n'ai-]e pas vu un abbé avoir dans son cortège plus de soixante chevaux? On dirait, à les voir passer, que ce sont des seigneurs de châteaux, et non les pères des monastères ; des chefs de provinces, et non des directeurs d'âmes. Puis ils font porter à leur suite leur linge de table, leurs coupes, leurs aiguières, leurs candélabres, leurs valises chargées, non point de leurs simples couches , mais des ornements de leurs lits. Ils s'éloignent à peine de quatre lieues de leur résidence, qu'ils emportent avec eux tout leur mobilier, comme s'ils allaient à la guerre, ou qu'ils se préparassent à traverser un désert où l'on ne peut rien trouver de ce qui est nécessaire à la vie. Ne pourraient-ils se servir du même vase pour boire et pour leurs ablutions? Ne pourraient-ils s'éclairer d'ardents flambeaux , sans les faire briller dans des candélabres, et dans des candélabres d'or ou d'argent?

Ne pourraient-ils dormir, si ce n'est sur des tapis variés et sous des couvertures exotiques? Un seul et même domestique ne pourrait-il soigner leur monture, les servir à table, et préparer leur lit? et pourquoi du moins, avec une telle multitude de serviteurs et de bêtes de somme, ne portonsnous pas avec nous tout ce dont nous avons besoin pour ne pas surcharger les hôtes qui nous reçoivent? »

L'opulence des églises, les merveilles monumentales, les chefs-d'œuvre des arts, ne trouvent pas même grâce devant le grand puritain du catholicisme : c( Ceci n'est rien encore: voici qui est bien plus grave, et qui le paraît moins pourtant, parce qu'un usage plus fréquent l'a consacré. Je ne parle pas de l'immense hauteur de nos églises, de leur longueur immodérée, de leur inutile largeur, de leurs somptueuses recherches, de leurs peintures curieuses, qui attirent sur elles les regards de ceux qui prient, empêchent l'attention du cœur, et me rappellent à moi l'antique cuite judaïque.Que tout cela se fasse en l'honneur de Dieu, je le veux. Mais, moine moi-même, j'adresserai aux moines la question qu'un Gentil adressait aux Gentils : Dites-moi, ô Pontifes ! leur criait le poëte, à quai bon l'or dans les choses saintes? Et moi je répète, en gardant le sens et non la mesure du vers: Dites-moi, simples et pauvres moines, si tant est que vous soyez pauvres, à quoi bon l'or dans les choses saintes? Et prenez garde, la situation des évêques n'est pas la même que celle des religieux. Nous savons, en effet, qu'ils ont des devoirs à remplir envers les fous comme envers les sages, et qu'ils excitent la dévotion charnelle du peuple par des ornements corporels, parce qu'ils ne peuvent Témouvoir par les choses spirituelles. Mais nous qui nous sommes séparés du peuple; nous qui avons quitté

pour le Christ tout ce qui a du prix et de la beauté dans le monde; nous qui, pour gagner le Christ, avons regardé comme un vil fumier tout ce qui brille, tout ce qui flatte les yeux, tout ce qui est doux à voir, à goûter, à sentir, à toucher, en un mot, tout ce qui caresse le corps et les sens, de qui avons-nous à exciter la piété par de telles choses? et quel fruit espérons-nous en retirer? est-ce l'admiration des sots ou le plaisir des simples? pour avoir été mêlés jadis aux nations, avons-nous par hasard appris leurs œuvres, et sommes- nous encore les serviteurs de leurs arts et de leur luxe?

)) Et , pour parler ouvertement , tout cela n'est-il pas œuvre d'avarice et d'idolâtrie, et ne cherchons-nous pas plutôt à recevoir qu'à produire? En quoi donc, direz-vous? En vérité, d'une façon merveilleuse. On dépense ses richesses avec tant d'art qu'elles se multiplient. On les dissipe pour les augmenter; et la prodigalité amène l'abondance. A la vue de ces vanités somptueuses, mais admirables, les hommes s'enflamment à la libéralité plus qu'à la prière. Ainsi les richesses épuisent les richesses, l'argent attire l'argent: car, je ne sais pourquoi, on donne plus volontiers là où Ton aperçoit déjà plus de splendeur. Les yeux sont éblouis de reliques couvertes d'or, et les bourses s'ouvrent. On expose les magnifiques représentations d'un Saint ou d'une Sainte; et plus elles éclatent en couleurs, plus on croit à leur sainteté. Les populations courent embrasser les reliques, etsont excitées à faire des dons; elles admirent bien plus les belles choses qu'elles ne vénèrent les choses sacrées. Puis on expose dans les églises, non plus seulement des couronnes précieuses, mais des roues entourées de lampes ardentes, plus éclatantes encore

par l'éclat des pierreries. Nous voyons s'élever en candélabres comme des arbres de pesant airain, d'un admirable travail, bien moins étincelants par les flambeaux qui les surmontent que par les diamants qui les décorent. Que pensez-vous qu'on recherche en tout cela : les contritions de la pénitence, ou les admirations de la curiosité? 0 vanité des vanités, mais moins vaine encore qu'insensée! L'église est brillante dans ses murailles, mais elle est besoigneuse dans ses pauvres. Elle revêt d'or ses pierres , et elle laisse ses enfants nus. On prend sur la nourriture des nécessiteux pour flatter les yeux des riches. Les curieux trouvent à se charmer, et les malheureux ne trouvent pas à se nourrir. Et ne poussons-nous pas notre vénération pour les images des Saints jusqu'à en couvrir le pavé que nous foulons aux pieds? On crache souvent sur la face d'un ange, et souvent le visage d'un saint est heurté par la chaussure des passants. Si vous ne ménagez pas mieux ces images sacrées , ménagez du moins vos belles couleurs. Pourquoi ornez-vous ce qui va bientôt être souillé? pourquoi chargezvous de peintures ce qui sera nécessairement foulé aux pieds? à quoi bon toutes ces belles figures, destinées à être continuellement tachées de poussière? et enfin quel rapport tout cela a-t-il avec les pauvres, avec les moines, avec les hommes de l'esprit? Au vers du poëte que je vous ai cité, vous répondrez peut-être par ces mots du prophète: « Seigneur, j'ai chéri la beauté de ton temple, et l'habitation de ta gloire. » J'y consens encore: souiïrons que cela se passe ainsi dans les églises ; car si cela est dangereux pour les âmes vaniteuses et cupides, cela peut ne pas l'être pour les cœurs simples et pieux.

» Mais dans les cloîtres , devant des frères occupés die

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lectures , à quoi bon ces ridicules monstruosités , ces admirables beautés difformes, ou ces difformités si belles? Que font là ces figures de singes immondes, de lions féroces, de monstrueux centaures, de moitiés d'hommes, de tigres tachetés , de guerriers combattants , de chasseurs sonnant de la trompette? Vous pourriez y voir plusieurs corps sous une seule tête, puis plusieurs têtes sur un seul corps; là est un quadrupède avec une queue de serpent, ici un poisson avec une tête de quadrupède : là une bête affreuse, cheval par-devant, chèvre par-derrière; ici un animal à cornes qui porte la croupe d'un cheval. C'est enfin un tel nombre, une telle variété de formes bizarres ou merveilleuses, qu'on a plus de plaisir à lire dans les marbres que dans les livres, et à passer tout le jour à admirer ces œuvres singulières qu'à méditer la loi divine. Grand Dieu! si l'on n'a pas honte de ces misères , que ne se repent-on du moins des dépenses qu'elles entraînent ! »

Mais en même temps que saint Bernard se livrait à sa fougue native, dans ses controverses avec l'Ordre de Cluny et Pierre-ie-Yénérable , il avait besoin de s'excuser de s'être fait le détracteur emporté des Clunistes. il se défendait de tout esprit d'exagération, d'orgueil, d'hypocrisie, d'injustice : il était même juste envers Cluny, dans ces belles pages, adressées à Guillaume, abbé de Saint-Théoderic, de l'Institut clunisois :

((Jusqu'ici, quand vous m'avez commandé d'écrire, ou je ne vous ai obéi qu'à regret, ou je ne me suis point rendu à vos désirs : non que je misse de la mauvaise volonté à vous complaire, mais je ne voulais pas traiter présomptueusement des matières que j'ignorais. Aujourd'hui une nouvelle raison me presse , je mets de côté ma crainte

ancienne ; la nécessité me rend la confiance en moi-même; et je me vois forcé , habile ou non , de laisser parler mon chagrin. Car comment voulez-vous que je me taise alors que je vous entends me traiter comme le dernier des hommes , qui , sous ses vêtements misérables et sa chétive ceinture, s'arroge le droit de juger le monde, du fond de sa cellule , attaque de la façon la plus intolérable votre Ordre illustre, se prend impudemment aux saints personnages qui vivent pieusement dans les monastères de Cluny, et , du sein de sa profonde obscurité , ose insulter aux grandes lumières de l'univers? Suis-je donc, caché sous des vêtements de brebis, non-seulement un loup ravisseur, mais un vil insecte rongeant en secret la vie des hommes pieux que je n'ose ouvertement attaquer, me livrant à de lâches et calomnieux bourdonnements , et n'osant pas du moins crier au grand jour mes accusations? S'il en est ainsi, pourquoi, chaque jour , me mortifier sans cause, et me regarder comme la brebis du sacrifice? Si, par une jactance de pharisien , je jette le mépris sur le reste des hommes , et , ce qui serait d'un orgueil pire encore , sur ceux qui valent mieux que moi , que me sert-il d'être si frugal et si sévère à moi-même dans mes repas, si humble et si vil dans mes vêtements? A quoi bon mes sueurs de tous les jours dans le travail des mains , ma pratique constante du jeûne et des veilles incessantes , et les habitudes austères et spéciales de toute ma vie ? à moins que je n'agisse ainsi qu'afin d'être remarqué par les hommes. Mais le Christ a dit : En vérité , ceux-là ont reçu leur récompense. Ne suis-je pas mille fois plus malheureux que les autres hommes si mes espérances dans le Christ se bornent à cette vie? Et ne suis-je point plus malheureux

encore si, portant au delà des temps mes espérances chrétiennes, je ne recherche au service du Christ qu'une gloire temporelle?

» Et moi, pauvre moine, qui mets tous mes efforts à ne point ressembler ou à ne paraître pas ressembler au reste des hommes, je ne serais donc pas mieux traité, que dis-je? je serais donc plus sévèrement puni que les autres hommes! Ainsi donc, je ne pouvais trouver une plus douce voie pour descendre aux enfers! S'il était nécessaire que je tombasse dans les flammes éternelles , pourquoi n'ai-je pas choisi du moins le chemin facile et vulgaire qui conduit tant de gens à la mort, en les faisant passer des joies de ce monde aux peines de l'autre vie, au lieu de passer, moi, des supplices de la vie aux supplices d'après la mort? Oh! qu'ils sont plus heureux ceux qui ne pensent point à la mort , qui ne lèvent jamais les yeux vers le ciel, ne se mêlent jamais aux travaux humains, et ne subissent jamais les flagellations du siècle! Ils sont pécheurs , il est vrai, ils sont destinés aux tourments éternels , en échange de leurs plaisirs passagers : mais du moins ils ont joui des richesses abondantes de la vie. Ah ! malheur à ceux qui ne portent pas leur croix, comme le Sauveur porta la sienne, mais qui portent la croix des autres , comme fit le Cyrénéen ! Malheur à ceux qui chantent les louanges divines, non pas, comme les Saints de l'Apocalypse , sur leurs propres harpes , mais comme des hypocrites , sur des cithares étrangères! Malheur, deux fois malheur aux pauvres orgueilleux ! Malheur , deux fois malheur à ceux qui portent la croix du Christ et ne l'imitent pas ; à ceux qui , prenant part à la passion du Sauveur, négligent de suivre ses exemples d'humilité l

» Ils sont doublement à plaindre ; car, ici-bas, ils se condamnent à des macérations temporelles , pour une vaine gloire périssable, et dans la vie future, à cause de leur orgueil intérieur, ils sont dévoués à des supplices sans fin. lis souffrent avec le Christ, et ne régnent pas avec le Christ : ils le suivent dans sa pauvreté, et non pas dans sa gloire; ils boivent dans le chemin Teau du torrent, et n'élèveront pas la tête dans la patrie céleste ; ils pleurent maintenant , et ailleurs ils ne seront pas consolés , et ils l'auront bien mérité; car à quoi bon cet orgueil caché sous les humbles vêtements de Jésus? La méchanceté humaine ne peut-elle donc prendre un autre déguisement que de se masquer des langes qui enveloppèrent l'enfance du Christ? Comment leur arrogance dissimulée peut-elle se contraindre et se contenir dans la crèche du Seigneur, et y murmurer, au lieu des vagissements de l'innocence , de mauvaises et médisantes paroles? Ces orgueilleux, dont parle le Psaîmiste , qui laissaient éclater leur iniquité au milieu même de leurs voluptés luxueuses , n'étaient-ils pas mieux cachés dans leurs iniquités impies que nous ne le serions sous une sainteté d'emprunt? Quel est le plus impie, de celui qui affiche son impiété, ou de celui qui affecte une sainteté menteuse? n'est-il pas doublement impie celui qui à l'impiété ajoute le mensonge?

» Qui m'a jamais entendu parler publiquement , ou murmurer en secret, contre l'Ordre de Cluny ? Quel est le religieux de Cluny que je n'aie vu avec plaisir , accueilli avec honneur, entretenu avec respect, averti avec humilité? J'ai dit, et je le répète : leur manière de vivre est sainte, honnête; remarquable par sa chasteté et sa réserve ; établie

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