CHAPITRE DIX-SEPTIEME
Saint Louis et Innocent IV séjournent à Cluny avec une foule de rois, de princes, de cardinaux et d'évêques. — Innocent IV, au sortir du concile de Lyon, fait déposer à Cluny une copie collationnée de toutes les donations, chartes et privilèges concédés à l'église romaine.
L'empereur Frédéric II avait poussé à bout la puissance papale. Innocent IV avait fui de Rome, emportant en son cœur un ressentiment profond. Les combats de Grégoire VU avec l'empereur Henri IV, d'Alexandre III avec Frédéric Barberousse, semblaient revenus. Innocent cherchait dans toute la chrétienté un lieu convenable et indépendant où il pût convoquer l'Eglise, et venger l'abaissement du sceptre pontifical. Lyon, ville archiépiscopale, libre de tout autre pouvoir immédiat, fut choisie par le souverain pontife. Ce fut là qu'Innocent IV, dans l'été de 12i5, ouvrit en personne un concile général dans le réfectoire du couvent de Saint-Just. La grande intention de ce concile était la déposition de l'empereur, qui fut en effet proclamée. Les affaires delà Terre-Sainte y prirent la moindre place; aussi la plupart des évêques d'Allemagne et d'Angleterre, et tous les prélats gibelins, n'y parurent point. Saint Louis lui-même ne consentit pas à s'y rendre. Il avait au fond du cœur le sentiment de l'indépendance royale aussi fortement gravé que les vertus chrétiennes. Déjà auparavant, lorsque Grégoire iX avait excommunié Frédéric, et délié les sujets de l'empire du serment de fidélité, en offrant la couronne impériale au comte Robert, frère du roi de France, le saint roi avait repoussé ces offres séduisantes des envoyés de Grégoire, s' étonnant de Vaudace téméraire du pape qui osait déshériter et précipiter du trône un aussi grand prince qui na point de supérieur ou d'égal par miles chrétiens. Saint Louis redoutait même, à en croire les historiens, que le souverain pontife pé-
nétrât trop avant dans son royaume ; et, ne pouvant refuser, après le concile, une entrevue vivement sollicitée, il accepta le rendez-vous proposé dans l'abbaye de Cluny, où le roi fit attendre quinze jours le pape.
Le moine Guillaume de Nangis raconte cette illustre conférence en des termes dont nous conservons la traduction naïve : (( Et furent avec lui (le roi ), ses trois frères et madame Blanche, la reine, leur mère. Mais comme glorieusement il y alla, environné de sa gent, ne fait pas à taire, ainçois fait à raconter. Se vous vissiez comment sa gent étoit glorieusement en armes, J ordonnée par diverses parties et troupeaux , entour de lui, vous dissiez certainement que ce fut un host ordonné à ba- i taille. Devant alloient cent sergents bien montés et appareillés, les arbalestres aux mains ; et autres cent les suivoient, les hauberts vêtus, les haumes aux têtes, et les targes à leurs cols pendues. Après ces deux cents, venoient devant le roi cent autres armés de toutes armes, les glaives au poing, forts et reluisants : et le roi venoit après en la quatrième rangée, environné de grande multitude de chevaliers armés, et entra ainsi dans l'abbaye de Cluny où le pape étoit. L'apostole et le roi parlèrent secrètement ensemble de ce qu'ils voulurent, et puis s'en retourna le roi, quand il eut salué les cardinaux et il eut eu la bénédiction du pape. »
Je traduis littéralement, à mon tour, la chronique du monastère de Cluny.
« L'an du seigneur 12i5, à la fête du bienheureux André, apôtre, le seigneur pape Innocent IV a célébré la messe à Cluny, dans la grande église, au grand autel ; et furent avec lui douze cardinaux, à savoir : le seigneur Egidius d'Espagne, le seigneur Jean de Tolède, le seigneur Otton, le seigneur évoque de Sabine, le seigneur évêque de Tusculum, le seigneur Octavien, maître Hugues de la Sainte-Tête, le seigneur Jean Gaétan, maître Pierre de Barro, le seigneur Guillaume, nevea du seigneur pape, le seigneur abbé de Saint-Faconde, le seigneur Pierre Capioche. Tous ceux-là étaient cardinaux. Avec eux se trouvèrent, dans la même église de Cluny, le patriarche
d'Antioche, le patriarche de Gonstantinople, l'archevêque de Reims, l'archevêque élu de Lyon, l'archevêque de Besançon, l'évêque élu de Châlons-sur-Saône, l'évêque de Paris, l'évêque de Langres, l'évêque de Clermont, l'évêque de Châlons-sur-Marne, l'évêque de Senlis, l'évêque d'Evreux, l'évêque de Prusse, l'évêque des Cinq-Eglises, l'évêque de Bethléem, l'évêque élu d'Agen, qui futensuite consacré par le seigneur évêque de Tusculum, légat du siège apostolique (1). Furent présents en même temps l'abbé de Cluny et une foule d'abbés noirs, l'abbé deCîteaux et un grand nombre d'abbés blancs.
A la même époque se rencontrèrent à Cluny le seigneur Louis, roi de France, et la reine sa mère, et sa sœur, et le comte d'Artois, son frère, et l'empereur de Gonstantinople, et le fils du roi d'Aragon, et le fils du roi de Castille, et le duc de Bourgogne, et le comte de Ponthieu, et le comte Guillaume, qui perdit sa terre en rentrant en grâce auprès du pape et de l'empereur, et l'avocat do Béthune, et tous les chevaliers qui sont du conseil du roi de France, le comte de Forez, le comte de Bingniacum, le seigneur de Beaujeu, le seigneur de Bourbon, et une multitude d'autres comtes, châtelains, princes et chevaliers, dont nous ne voulons pas faire mention à cause de leur trop grand nombre.
Et il faut savoir que, dans l'intérieur du monastère, reçurent l'hospitalité le seigneur pape avec ses chapelains et toute sa cour ; l'évêque de Senlis avec sa maison ; l'évêque d'Evreux avec sa maison; le seigneur roi de France avec sa mère, son frère , sa sœur et toute leur suite ; le seigneur empereur de Gonstantinople avec toute sa cour; le fils du roi d'Aragon avec tous ses gens ; le fils du roi de Castille avec tous ses gens ; et
(1) La chronique nomme encore trois autres évêques, episcopus furiensis, episcopus LUGiNENSis, eptscopus cxMEUNENSis, dout je ne puis traduire avec certitude les titres épiscopaux. Cette difficulté de traduction est cause, sans doute, que les historiens ecclésiastiques ou civils, qui ont rapporté en bloc le fait historique, se contentent du nombre de quinze évêques, au lieu de dix-huit, qui accompagnaient réellement Innocent IV.
beaucoup d'autres chevaliers, clercs et religieux que nous passons sous silence. Et cependant, malgré ces innombrables hôtes, jamais les moines ne se dérangèrent de leur dortoir, de leur réfectoire , de leur chapitre, de leur infirmerie, de leur cuisine, de leur cellier, ni d'aucun des lieux réputés conventuels. L'évêque de Langres fut aussi logé dans l'enceinte du couvent. »
Cette réception magnifique, dont la renommée retentit au loin, contraste peut-être avec beaucoup de petits détails que nous avons été obligés de raconter ; mais elle peint du moins éloquemment l'immensité du monastère, et l'importance encore intacte d'un lieu religieux que toutes les grandeurs catholiques et royales de la terre honoraient à la fois de leur présence, et choisissaient pour la plus illustre des conférences, conférence également remarquable par les circonstances et par les hommes, et à laquelle l'histoire tout entière aurait peine à comparer aucune autre. Et ce qui ajoute encore à l'étonnement, c'est que deux incendies, si fréquents alors, venaient, à une époque fort rapprochée, en 1208 et 1233, de réduire presque tout Gluny en cendres.
Innocent IV séjourna un mois entier à Cluny, et saint Louis seulement quinze jours. Mais, avant de partir, le pape permit à l'abbé, pour dédonunager le monastère , de lever sur tout l'ordre la décime d'une année , à la charge néanmoins que 3,000 marcs d'argent seraient prélevés sur cette décime au profit de la cour de Rome.
Un fait d'une autre nature, mais non moins digne d'attention, signale le séjour à Cluny du souverain pontife et des principaux Pères du concile de Lyon,
Dans la troisième session du même concile, le 17 juillet 1245, le pape dit qu'il a fait rassembler tous les originaux des privilèges accordés à l'Eglise romaine par les empereurs, les roi^ et les autres princes, qu'il en a fait donner lecture et présenter aux Pères du concile des copies exactes, auxquelles ont été apposés les sceaux des prélats présents, et qu'il veut que ces copies aient la môme autorité que les originaux.
On comprend le but prévoyant du Saint-Père, dans un siècle de troubles et de luttes où les chartes originales dejla cour romaine pouvaient être sans cesse menacées de destruction.
A la proposition du souverain pontife, les ambassadeurs du roi d'Angleterre se levèrent, et le comte Rigod, l'un d'entre eux, faisant allusion sans doute à la fameuse charte du roi Jean, déclara qu'il s'opposait à la transcription de certains privilèges ou concessions accordés au Saint-Siège par le roi d'Angleterre, parce que les grands du royaume n'y avaient pas légalement consenti.
Les ambassadeurs de Frédéric, au contraire, firent peu de résistance.
Cette opposition partielle n'empêcha point que les originaux en bonne forme ne fussent présentés aux Pères du concile, qui les reconnurent pour authentiques. La transcription en fut faite , de l'approbation de tous , afin qu'on y pût recourir , si les originaux venaient à périr, et que ces copies collationnées, et revêtues des sceaux du pape et des prélats , acquissent à jamais le caractère et la force dont les titres originels euxmêmes étaient investis.
Toutes ces circonstances sont prouvées par le procès-verbal de collation qu'on lisait en tête de la transcription de ces privilèges, au nom du souverain pontife. Et l'on ne s'était pas borné aux privilèges proprement dits; on y avait joint une foule d'autres diplômes, de traités, de négociations, de projets d'alliance, lettres de créance, pleins pouvoirs et autres gestes publics, émanés des empereurs, rois et princes, qui, pendant leurs règnes, avaient eu des relations nécessaires ou des intérêts à démêler avec la cour de Rome, depuis le dixième siècle jusqu'au milieu du treizième. Privilégia et litterœ^ quœ temporibusrelroactiSy ah imperatoribus et regibus, etc., dit le souverain pontife (1).
(1) Nous empruntons ces détails et ceux qui suivent à un mémoire composé en 1775, par M. Lambert de Barive, qui travailla pendant plusieurs
Quatre-vingt-deux diplômes principaux, distribués sur dixsept rouleaux, où pendaient encore tout à fait intacts, avant * la révolution française, près de sept cents sceaux des quarante Pères du concile , renfermaient les richesses de ce précieux dépôt.
Le plus ancien diplôme, de l'empereur Othon 1% remontait au 13 février 962. Outre les preuves de la munificence impériale envers l'église de Rome , et une confirmation détaillée des états, provinces, villes, territoires, îles, ports, objets prétendus des grandes donations de Pépin et de Charlemagne que la critique moderne a regardées comme apocryphes, on y trouvait une énonciation aussi curieuse que complète de tous les domaines qui, en 962, appartenaient au Saint-Siège , de quelque part qu'ils lui fussent arrivés, et circonscrits et confinés, avec une évaluation des distances par milles, et une précision vraiment unique.
Ce diplôme jetait un grand jour sur l'autorité temporelle des papes à Rome, au neuvième et au dixième siècle, et même, à certains égards, sur leur indépendance spirituelle.
Sicut à prœdecessoribus nostris usquè nunc, disait l'empereur, in nostrâ potestate atque ditione tenuimus atque disposuimus civitatem romanam cum ducatu suo et suburbanis suis atque viculis omnibus et territoriis et montanis, atque maritimis littori^ bus ac portubuSy etc.
Plus loin, Othon retenait encore expressément ses droits de souveraineté sur Rome : car, après avoir confirmé les prétendues concessions de Pépin et de Charlemagne , il ajoutait : Salvâ super eosdem ducatus nostrâ in omnibus dominatione, et illorum ad nostram partem et filii nostri subjectione.
Puis l'empereur continuait ainsi, par une clause générale : :
années, dans les archives de Cluny, pour la collection des copies de chartes de la Bibliothèque royale. Nous devons encore cette intéressante communication, dont nous donnons l'analyse et quelquefois le texte même, à M. Ochier, médecin à Cluny, qui la devait lui-même à M. ChampoUion- Figeac.
Omnia superiùs nuntiata ità ad nostram partem roboramus,
ut in nostro permaneant jure, principatii atque ditione Sed
potiùs omnia quœ superiùs leguntur, id est provinciœ, etc
Sahâ in omnibus potestate nostrâ et filii nostri posterumque nostrorum.
Ailleurs, Othon-le-Grand défendait que le souverain pontife fût consacré avant d'avoir fait, entre les mains de ses envoyés ou de ses fils, une promesse semblable à celle autrefois librement consentie par le pape Léon. Ne consecratus fiât pontifex, priiisquam talem in prœsentiâ missorum nostrorum , vel filii nostri, faciat promissionem , qualem dominus et venerandus pater noster spiritualis Léo spontè fecisse dinoscitur.
Puis, après avoir ordonné qu'obéissance fût gardée au Saint- Père par les ducs et juges institués par le pape pour rendre la justice, l'empereur prescrivait, par constitution impériale y qu'en cas de plainte et de réclamation contre les ducs et juges, les envoyés impériaux eussent à les déférer au Saint-Siège, ou pourvussent de suite au redressement des torts qu'ils reconnaîtraient; sinon, que sur-le-champ ils eussent le soin d'en donner avis à l'empereur, pour qu'il y mît ordre.
Dans un autre diplôme de l'empereur saint Henri, deuxième du nom, on lisait encore une énumération, tout aussi complète que dans le précédent , de tous les domaines du Saint- Siège ; mais on y trouvait de plus les augmentations de possessions qui, depuis les chartes des Othon, avaient grossi le
patrimoine de l'Eglise, en même temps qu'il réservait à l'empereur ses droits de souveraineté, de nomination de juges supérieurs résidant à Rome, et de confirmation des papes.
Les autres rouleaux renfermaient les principaux privilèges, traités, hommages, négociations, des rois de Bohême, de Hongrie, de Naples et de Sicile avec la Cour de Rome ; la soumission et l'hommage des couronnes d'Angleterre et d'Irlande, par le roi Jean, avec la stipulation des mille marcs sterling d'argent de redevance annuelle, dont sept cents marcs pour le royaume d'Angleterre, et trois cents pour celui d'Irlande ; pareil hommage du royaume d'Aragon, chargé du tribut an-
miel de deux cent cinquante masses de Modène; une convention très-curieuse entre le pape, le sénat et le peuple romain; la cession du droit d'investiture des papes par la crosse et l'anneau , faite par l'empereur Henri , du consentement des princes de l'empire souscrivants; un très-grand nombre de traités et de négociations entre le Saint-Siège et l'empereur Frédéric II, etc.
Est-il besoin de dire combien ces monuments divers, tous souscrits, tous mentionnant une foule de princes, de fonctionnaires publics, de grands seigneurs, et les noms les plus illustres des différents états de l'Europe, composaient une collection du premier ordre, d'un intérêt immense pour débrouiller la géographie ancienne, éclairer l'histoire, et jeter de la lumière sur les institutions, les idées, les opinions religieuses et les mœurs des dixième, onzième, douzième et treizième siècles? Et quelle force n'ajoutait point à leur authenticité cette circonstance, qu'ils avaient été publiquement approuvés et collationnés parles Pères d'un concile récent et célèbre, et con« fiés et apportés sans doute par le Saint-Père lui-même à un monastère choisi ?
Car, sans qu'on sache précisément le jour fixe où ces manuscrits inestimables arrivèrent à Cluny, il ne paraît pas douteux qu'ils durent y être amenés pendant le séjour d'Innocent IV lui-même, ou peu de temps après son départ.
C'était une tradition conservée au monastère de Cluny, que, au concile de Lyon, on présenta aux Pères trois copies pareilles des quatre-vingt-deux diplômes, qu'elles y furent revêtues des mêmes formalités ; que l'une fut déposée à Cluny, la seconde dans l'abbaye de Sion en Valais , et la troisième , dans une abbaye d'Allemagne, ou bien, selon d'autres, réunie aux originaux dans la bibliothèque du Vatican.
Mais cette tradition n'était confirmée ni par les expressions du procès-verbal de transcription, qui restait muet à cet égard, et qui n'aurait pas manqué de mentionner une aussi grave circonstance, ni par les actes du concile : car on y lisait : Dominus papa dixit quod omnia privilégia quœ.., concessa fuerant.
EIDEM EXEMPLàRI fecerit, et in eis apponi fecit sigilla. Bien plus, et quoi qu'il en puisse être , il semble probable qu'au dernier siècle l'exemplaire de Gluny subsistait seul : car le pape Benoît XIV, après 1750, fit témoigner, par le cardinal Larochefoucauld, alors abbé de Cluny, son désir que le monastère voulût bien lui céder ces diplômes. On fut obligé de répondre à sa Sainteté que c'était un dépôt dont on ne pouvait se dessaisir sans manquer aux devoirs d'une ancienne confiance. Mais on offrit au pape une copie qu'il accepta, et qui fut faite par l'un des moines, Dom Duniont, lequel fut depuis prieur de Souxilange. Cette simple copie eût-elle été acceptée par Rome si les originaux eux-mêmes se fussent encore trouvés au Vatican ?
A la même collection furent jointes, mais quelques années plus tard, deux pièces originales fort importantes encore : ce sont d'abord des lettres patentes de Charles, comte d'Anjou, de Provence et de Forcalquier, frère de saint Louis, datées de 1265, par lesquelles ce prince acceptait et approuvait toutes les conventions du traité fait en son nom, avec le pape et les cardinaux, au sujet de la couronne de Sicile. Il s'obligeait à se rendre à Rome, avant la fête de saint Pierre et saint Paul, pour recevoir sa nouvelle couronne, soit des mains du pape, soit de celles des cardinaux, en cas de vacance du Saint-Siège. Il faisait ensuite plusieurs promesses favorables à l'Eglise, et s'obligeait par serment de garder et observer toutes les stipulations portées au traité d'inféodation de la couronne de Sicile. Les conditions de l'acte d'inféodation, la forme de l'hommage et du serment de fidélité, les droits respectifs du Saint-Siège et du nouveau roi , tout était transcrit dans ces lettres patentes originales, souscrites par un grand nombre de prélats, de cardinaux, et munies de sept sceaux, au milieu desquels figurait celui du comte d'Anjou. Puis d'autres lettres patentes de la même année, rappelant et confirmant les précédentes en toutes leurs clauses et conditions, contenaient la prestation de ser-
Iment du prince pour la couronne de Sicile. Qu'est devenu aujourd'hui ce dépôt inappréciable ? que sont
devenues encore toutes les chartes originales, et les cartulaires confirmant les chartes, et les pièces et les titres immenses qui formaient jadis les archives propres de l'abbaye, et composaient, dit-on, plus de dix-huit cents volumes de manuscrits inventoriés au xviir siècle? La révolution a-t-elletout dispersé, tout perdu, tout détruit sans retour? Serait-il vrai que la Bibliothèque Royale fût parvenue à rassembler, à recueillir la plupart de ces débris? Elle a fait, nous le savons, en diverses circonstances, et de différentes personnes, l'acquisition d'une multitude de chartes et de documents authentiques provenant de Gluny : ainsi, en 1829, elle a acquis 280 chartes, datées du x^ au xvi^ siècle ; en 183^, des cartulaires, divers manuscrits et plusieurs chartes qui appartenaient aux anciennes archives de l'abbaye. Ainsi, tous ces monuments des vieux âges étaient devenus la proie d'une foule de possesseurs, selon les chances déplorables du hasard, de la curiosité, de l'ignorance , de la spoliation ! Et quand bien même la Bibliothèque Royale ou les archives du royaume auraient sauvé d'une destruction totale quelques-unes des richesses du trésor des chartes de Gluny, elles seraient à Paris, enfouies pour toujours, ignorées, sans ordre, incomplètes, impossibles à consulter, dédaignées au milieu de tant d'autres, destinées à n'y recevoir jamais les honneurs d'une description, d'un catalogue , d'un inventaire ; et définitivement enlevées aux études provinciales, aux droits et à l'amour-propre de la Bourgogne 1