‹ Histoire de l'abbaye de ClunyChapitre 31 sur 60 · PIÈCES JUSTIFICATIVES · texte numérisé non relu

PIÈCES JUSTIFICATIVES

Noie A, page SS.

La dévotion particulière d'Odonàsaint Martin de Tours l'a plus d'une fois porté à écrire les louanges de ce grand évêque. Le lecteur me saura gré, j'espère, de lui faire connaître le récit de la translation d'Auxerre à Tours des reliques de saint Martin. Cette narration du premier abbé de l'ordre de Cluny est, si je ne me trompe, fortement empreinte de foi merveilleuse et de naïveté épique: c'est une vive peinture des mœurs, des croyances , des institutions d'une époque encore mal étudiée, en même temps qu'une curieuse page d'histoire. Le sentiment religieux y est si profondément exprimé, que les ossements d'un saint homme, les pieuses reliques d'un prélat mort, comme rendus à la vie et personnifiés, deviennent, pour ainsi parler, le héros du poëme, avec autant d'ingénuité que s'il s'agissait des personnages vivants de l'épopée biblique et homérique.

1 Comme les terres des Danois ne suffisent pas à leurs besoins, c'est une coutume chez eux que, tous les cinq ans, une grande partie de la population, désignée par la voie du sort, s'exile de sa Ipatrie, et va chercher sur la terre étrangère une demeure nou-

velle, sans aucun esprit de retour. Ce fut ainsi qu'Hasting, contraint par la nécessité de la chance, émigra de son pays avec une foule innombrable de compagnons armés. Il entre dans les Gaules, assiège les villes, renverse les murailles, rase les tours, et par le fer, le flamme et la faim, dévaste les châteaux, les campagnes et les villages.

Après qu'il eut brûlé et ravagé les contrées de la Gaule supérieure, il arriva qu'il descendait vers Tours, dans le dessein de lui faire subir le même sort. Amboise et toutes les villes qui sont comprises entre la Loire et le Cher, étant donc réduites en condres, il mit le siège devant Tours. Il place des gardes aux portes, et prend avec effort mille précautions pour empêcher les habitants de sortir. Tantôt il exhausse, tantôt il aplanit les terrains qui entourent la ville, et ne néglige rien de tout ce qui est utile pour s'en rendre maître. La terreur des assiégés s'augmente de tous les bruits sinistres qui leur parviennent sur les malheurs des autres villes. Cependant ils réparent leurs murailles, ils mettent leurs tours en meilleur état de défense, et repoussent plusieurs assauts par une grêle de traits. Mais déjà les murs sont ébranlés par les coups répétés du bélier, et, cédant aux efïbrtsdes machines, commencent à menacer ruine. Les citoyens de Tours se défient de leurs forces , et ne sont plus soutenus par aucune espérance. Enfin, par une inspiration de la grâce divine , ils rentrent au fond de leurs cœurs, ils enlèvent pieusement le corps de saint Martin, leur bienheureux patron, et, le portant à l'endroit où la lutte guerrière est le plus ardente, ils opposent ainsi à l'ennemi un défenseur mort au lieu de défenseurs vivants. 0 grand homme admirable en toute chose! celui qui, durant sa vie, élevait l'éclat de ses vertus jusqu'aux cieux et méritait le nom de faiseur de prodiges^ devenait, après sa mort, le puissant vainqueur des ennemis, et sa présence seule valait des bataillons. Oh! que Dieu est vraiment admirable dans ses saints ! Sous le bienveillant patronage du Bienheureux, les assiégés reprennent courage et confiance, et une immense crainte s'empare des assiégeants. I

LesDanoiss'enfuient, les habitants de Tours les poursuivent. Une j partie des fuyards périt par la glaive : d'autres sont ramenés pri sonniers; quelques-uns s'échappent dans leur fuite. Les assiégés pousuivent les assiégeants jusqu'à six milles de la cité, portant en triomphe, au milieu des hymnes et des acclamations de gloire, le

corps du saint triomphateur qui leur a donné la victoire. Comme un souvenir glorieux de cette guerre, on bâtit en l'honneur de saint Martin une église dans le lieu même où s'arrêta le corps du saint, et l'on donna à cette église, en mémoire de l'événement, le nom de Saint-Martin-de-la-Guerre. Dans le même endroit de la ville où le corps de saint Martin vint veiller au-dessus des murailles et commencer la victoire, il y avait les débris de murailles plus anciennes surlesquelles s'élevait, disait-on, le palais de Valentinien. C'est là que l'Empereur ne daigna pas se lever devant le bienheureux évêque Martin, jusqu'à ce que la flamme couvrît le siège royal, et, portant l'incendie jusque sous le prince lui-même, chassât l'orgueilleux de son trône, et le forçât de se lever, mais en ennemi, devant Martin. Dans ce lieu encore, l'archevêque, avec son peuple pieux, fit construire, en l'honneur du saint, une église sous le nom de Saint-Marlin-de-la-Basilique.

Quinze années s'étaient écoulées depuis les ravages incendiaires d'Hasting , lorsqa'arriva en Gaule un guerrier de la même nation, et quittant aussi son pays par la voie du sort, Rollon, homme d'armes redoutable et fort cruel envers les chrétiens. Entouré d'un grand nombre d'hommes de pied, d'une forte cavalerie et d'une foule de combattants de toute espèce, il parcourut plus d'une fois en vainqueur armé la Flandre, la Normandie et la Bretagne; brûlant les villes, les châteaux et les églises, et massacrant une multitude d'habitants de ces provinces. Quand il eut pris le Mans, il envoya jusqu'à Tours les chefs de son armée, avec ordre de mettre à sac la ville, d'enlever l'or, l'argent et tout ce qu'elle possédait, et de lui amener les principaux habitants chargés de chaînes. Mais, par la prévoyante clémence de Dieu, la Loire et le Cher débordèrent tellement, que leurs eaux se confondant ne formaient plus qu'une seule mer , et par une étonnante élévation défendaient aux ennemis l'accès de la ville. Ceux-ci envahissent le Monastère-Majeur^ à peu de distance de Tours, le ruinent de fond en comble, et des cent vingt moines qui s'y trouvent, égorgent tout, excepté l'abbé et vingt autres frères qui se sauvent en se cachant dans des grottes souterraines. Le^ Danois cependant découvrent l'abbé, et par mille cruautés veulent le forcer à révéler les trésors de l'église et à trahir la retraite de ses moines. Mais l'abbé Hébernus , bien que tourmenté par la violence et la multiplicité des supphces, ne trahit ni les trésors, ni ses fils cachés...

Quand les Danois se furent retirés, et que les fleuves, rentrés dans leur lit, permirent aux citoyens de parcourir la campagne, on apprit les malheurs et la ruine du Monastère-Majeur, les peines et les tourments supportés par l'abbé, les souffrances et la mort précieuse des moines. Alors, dans le cœur de tous les habitants, et surtout des chanoines de Saint-Martin, la joie de leur délivrance fut bien obscurcie par les regrets et les larmes, et une immense douleur s'empara de toutes les âmes.

Couverts du manteau de la tristesse et du chagrin, revêtus d'habits de deuil, se conformant aux habitudes miséricordieuses de ceux qui pleurent avec les affligés et qui se réjouissent avec les hommes joyeux, ils vont en gémissant et en pleurant jusqu'au lieu dont nous avons parlé. Leur douleur intérieure s'échappe en sanglots : puis, quand leurs larmes sont un peu diminuées, ils tirent les vingt-quatre moines de leur cachette souterraine, et les ramènent dans leur église ainsi que l'abbé, avec tous les honneurs et les respects qui leur sont dus; ayant soin de leur choisir une habitation dans une maison voisine , dont une porte secrète communiquait avec l'église.

Six mois après, le chanoines apprennent que RoUon s'est emparé du Mans et se dispose à prendre Tours. Ils tiennent conseil avec les habitants, et font transporter jusqu'à Orléans leur trésor le plus cher, leur pierre précieuse la plus inestimable, je veux dire le corps de saint Martin. On établit porteurs et gardiens du saint convoi l'abbé Hébernus, vingt-quatre moines et douze chanoines destinés à rendre à Dieu et à Martin^ confesseur du Christ, les honneurs du culte. Douze bourgeois se joignent au cortège, pour servir les saints serviteurs et veiller à ce qu'ils ne manquent de rien.

Mais, avertis que les Danois s'avancent toujours, ils poussent avec leur trésor jusqu'à Saint-Benoit. Puis, au bout de quelques jours, la vigilante renommée leur apprenant queRollon avait déjà] passé Orléans, il se réfugient à Chablis avec leur sainte relique.f De là, enfin, après un bref séjour, assaillis de nouvelles craintes,] ils arrivent à Auxerre avec leur inappréciable trésor.

L'évêque et la ville d'Auxerre, instruits du bruit de leur arrivée, se précipitent en foule à leur rencontre, pour recevoir de ieh hôtes avec les honneurs qu'ils méritent, et déposent le corps duj grand saint Martin dans l'église de Saint-Germain, à côté du cer-j

€ueil du grand saint Germain lui-même. Là d'innombrables miracles éclatent par la vertu du bienheureux Martin. Les aveugles voient, les boiteux marchent, les fiévreux guérissent, les étiques deviennent saufs, les lépreux se purifient, les paralytiques reprennent l'usage de leurs membres. La rumeur publique, qui ne laisse jamais rien secret, répand dans tous les pays les merveilles de tant de guérisons; et l'on voit arriver à Auxerre une telle multitude de malades, que, s'il faut compter ce qui est innombrable, on peut dire que lapopulationd'Auxerre ressemble à une armée. La ville ne suffisant pointa contenir une si énorme foule, elle se répand dans les villages voisins, pour y trouver un asile. C'était toujours en invoquant saint Martin que les malades recouvraient la santé. Les offrandes des pèlerins étaient donc perçues par les serviteurs de cet évoque; mais elles montèrent à une telle somme d'argent, qu'elles excitèrent la jalousie du clergé d' Auxerre, qui, pressé de Faiguiilon de l'enyie et de la cupidité, parla ainsi aux serviteurs de saint Martin : « Puisque les miracles se font concurremment par » les vertus de votre pieux pontife et du nôtre, il est juste que, '» s'il produisent des bénéfices, il en soit fait un partage égal entre » les ministres des deux saints. » — Les ministres de saint Martin repoussent, par d'excellentes raisons, et en ce termes, cette demande de partage ; « Avant que notre saint Martin fût entré dans y> Auxerre, et lorsque vous viviez sous la seule protection de saint » Germain, il n'était pas question ici de miracles; mais dès que » notre évêque est arrivé, aussitôt, par ses mérites pieux, de fré- » quents et évidents miracles éclatent, et les oblations de ceux X) qu'il guérit ou qu'il sauve nous donnent des bénéfices légitimes. » Mais pour enlever de vos esprits tout doute et tout scrupule , » voulez-vous que l'on place ce lépreux, que nous voyons, entre M les deux saints prélats? Si le côté du lépreux, qui touche saint » Martin, se guérit, tandis que l'autre côté, qui touche saint Ger- » main, gardera sa lèpre, que le miracle soit attribué à la vertu » de saint Martin; que si, au contraire, la partie du corps du léx> preux, placée près de saint Martin, ne guérit pas, tandis que celle » plus rapprochée de saint Germain guérira, que la cure mira- » culeuse soit attribuée manifestement au mérite de saint Ger- » main. » Cette proposition est unanimement accueilUe, et tous approuvent l'épreuve qui doit juger et terminer la contestation. Pour reconnaître la vérité, on place donc le lépreux au milieu

des deux prélats. La nuit se passe à prier et à chanter les louanges des deux saints; et, dès que le jour paraît, la moitié du corps du lépreux, placée du côté de saint Martin, est retrouvée saine et sauve, aux yeux d'un immense concours du peuple; et l'autre moitié du corps, par un secret jugement de Dieu, est demeurée malade. Mais, pour que le miracle brillât d'une façon plus haute et plus manifeste encore, on retourne la partie malade du lépreux du côté de saint Martin ; et le lendemain matin, sous les yeux de tous, le lépreux entier est trouvé parfaitement guéri.

C'est ainsi que fut assoupie la querelle; et désormais toutes les offrandes des malades appartiennent sans contestation aux ministres de saint Martin. 0 admirable courtoisie du grand prélat saint Germain , qui , pouvant , par ses mérites , ressusciter les morts, voulut faire à son hôte sacré les honneurs de sa ville, en paraissant inférieur à saint Martin en puissance miraculeuse ! 0 gloire éminente du grand et puissant saint Martin, qui, gardant partout et pour tous, et jusque dans l'exil, la dignité de son ministère pontifical, illustra par la grâce de ses miracles la cité dont il recevait une hospitalité généreuse, et se montra toujours bienveillant et généreux à ses serviteurs !

Au bout de plusieurs années, la paix étant rendue à Téglise par la conversion de Rollon, plusieurs habitants notables de Tours son envoyés à Auxerre pour réclamer le corps de saint Martin, leur seigneur et leur patron. Ils vont trouver Armarius, évêque d' Auxerre, pour en obtenir la permission de reconduire à Tours leur illustre pontife. La tradition rapporte que l'évêque Armarius leur fit réponse: « Je ne veux pas dépouiller mon église d'un si » grar.d trésor, parce que, au moment oii j'ai été élu évoque, je » l'en ai trouvée en possession. » Les gens de Tours, voyant qu'ils n'obtiendraient rien de l'évêque , se rendent, avec de meilleures espérances, auprès du roi des Français, et par leurs ferventes et humbles prières, le conjurent, le supplient d'ordonner que saint Martin, patron delà ville de Tours, lui soit restitué, et de changer en allégresse, par cette restitution, le deuil d'une cité qui pleure l'absence de son protecteur sacré. Le roi leur dit: «Puisque Tours et » Auxerre relèvent tous deux de mon droit royal, et m'obéissent )) également, nous trouvons injuste de dépouiller, par la force de » notre sentence préjudicielle;, la ville d'Auxerre, qui est en pos- » session des reliques, pour en investir votre ville de Tours qui en a

» perdu la saisine. » Les envoyés de Tours, frustrés dans leur espoir, prennent donc congé du roi et retournent chez eux ; puis il convoquent une assemblée, dans laquelle, avec Adalandus, archevêque de Tours, Raimon, évêque d'Orléans, saint Loup, évêque d'Angers, Mainold, évêque du Mans, et une grande foule de clergé et de peuple, ils délibèrent sur le parti qui reste à prendre.

En ce temps-là, Tillustre comte duGâtinois, Ingelgérius, neveu do Hugues, duc de Bourgogne, seigneur de Loche et d'Amboise, habile homme de guerre , d'une haute probité et d'une grande puissance, occupait le consulat d'Angers, qu'il tenait des mains du roi des Français. Il possédait aussi à Auxerre un palais, des vignes et d'autres domaines près des faubourgs. Tout le monde s'écria qu'il fallait se concerter sur cette grave affaire avec le comte, dont la position particulière et les fonctions lui donnaient un si puissant intérêt dans la résolution à prendre. Les gens de Tours se disposaient donc à lui députer, à ce sujet, des messagers, quand, par un incident providentiel, il entra lui-môme dans l'église de saint Martin, pour y faire ses prières accoutumées. A sa sortie de l'église, tous les citoyens l'accueillent avec joie et lui rendent avec empressement les honneurs et les respects qui lui sont dus. Il s'arrête au milieu d'eux; et, comme averti d'avance par l'Esprit- Saint, et sous l'inspiration du Saint-Esprit, il leur tient ce discours : « Habitants de Tours, vous qui réunissez à la fois d'impo- » santés richesses, une remarquable intelligence, une prudence « et un courage au-dessus du vulgaire, je suis bien étonné que, » par une négligence impardonnable, vous ne rameniez pas chez » vous, de son trop long exil, votre joie, la lumière de votre patrie, » le grand prélat Martin. « — Les citoyens de Tours lui disent avec larmes : « Nous te rendons grâces (et nous remercions d'abord » Dieu qui a commandé à ton cœur de telles pensées) de t'entre- » tenir avec nous sur un pareil sujet, et de prévenir ainsi, en les » publiant, nos désirs encore secrets. Il n'y rien, Seigneur, dans » cette affaire, qu'on puisse reprocher à notre incurie; c'est la » faute du roi de France, dont Tirrésolulion nous a entravés, et » de l'évêque d'Auxerre, dont l'opiniâtreté violente a refusé notre « saint Martin à nos efforts et à nos instances. Le cœur de l'évoque » obstiné s'est endurci; il est devenu comme un autre Pharaon; » il ne veut pas rendre l'homme de Dieu, à moins qu'il n'y soit » contraint par une main puissante. C'est pourquoi, Seigneur,

» toi qui es fort par ta noblesse et par ton courage, par ta probité » et par ta charge, nous t'adressons nos supplications profondes » et unanimes, pour que, guidé par le zèle de Dieu et l'amour de i> saint Martin , tu exauces nos vœux, en rendant à ce pays en » deuil ses reliques bienheureuses, et avec elles la joie qu'il a » perdue. »

L'illustre Ingelgérius, voyant donc que cette population entière a placé dans lui, après Dieu, toute son espérance, prend pitié des larmes et des vœux des suppliants, et leur promet d'entreprendre cette affaire selon toutes ses forces. Il assemble un grand nombre d'hommes, tant des pays étrangers que de sa propre armée; prend avec lui environ six mille cavaliers ou fantassins, et se dirige sur Auxerre. Cependant les habitants de Tours, sur l'ordre de leur prélat, observent un jeûne d'une semaine entière, et, par des prières sans relâche et pleines d'instance, conjurent Dieu de leur rendre saint Martin.

La ville d'Auxerre est stupéfaite de se voir tout à coup remplie d'hommes armés qu'elle n'attendait pas. Dès le lendemain matin, le comte diligent, après avoir d'abord répandu ses larmes et ses prières à l'église , devant le corps du grand pontife Martin , et placé sous sa recommandation sacrée les motifs et les vœux de son pèlerinage, se rend chez l'évêque, et lui demande en ces termes la restitution du saint dépôt :

« Toi qui te pares du nom et des honneurs du pontificat, pour- )) quoi , oubliant l'étymologie de ton nom même , détruis-tu , au » lieu de le consolider , le Pont des Fertus ? Pourquoi égares-tu » ton troupeau par le mensonge et la tromperie, et, l'écartant du » chemin élevé de la vérité , l'entraînes-tu après toi dans le pré- » cipice de la perdition ? Pourquoi , par de vains faux-fuyants et )) d'adroits et successifs délais, refuses-tu de restituer un trésor » qui a été confié à ta foi dans un temps de nécessité? Choisis » enfin l'un de ces deux partis : ou, sans aucun retard, rends aux » Tourangeaux leur saint Martin, ou bien réponds que tu ne veux )) pas le leur rendre. — L'évêque, irrité, lui répondit : « Il ne con- » vient pas à un pèlerin de visiter à main armée les lieux saints, » et de revendiquer par la force des armes les saintes reliques. » Aujourd'hui donc , toi et les tiens, prenez patience ; et demaia » je te ferai connaître mes intentions. » — Dans l'intervalle, l'évêque entre en délibération sur l'issue probable de cette fâcheuse

affaire avec quelques-uns de ses collègues qui se trouvaient par hasard à Auxerre. L'évêque d'Autun, Siagrius, d'accord avec Domnolus, évêque de Troyes, lui tient ce sage discours : « Il n'est pas » bien qu'un évêque prenne le bien d'autrui, ou veuille s'appro- » prier un dépôt quelconque par la fraude ou par la violence. » Nous savons que c'est le glaive ennemi qui a forcé les Touran- » geaux à transporter ici le corps de saint Martin, et à l'y déposer » sous ta garde. Restitue donc fidèlement ce qui a été commis à » ta foi par des chrétiens pieux; et, réparant, autant qu'il est M en toi, l'injustice de la foi violée, adoucis la colère du comte » par de bonnes paroles et par des prévenances, et accorde-lui ce » qu'il te demande; car, si tu ne lui rends pas de suite et spon- » tanément ce qu'il vient chercher , tu te le verras enlever de » force , à ta honte et à ton déshonneur. Fais donc de nécessité » vertu, et que la prudence de ta générosité épiscopale devance » sagement ce qu'est toute prête à t' arracher une contrainte im- » minente. »

L'évêque d'Auxerre adhère à cet avis , et , après avoir flatté par de douces paroles le comte Angevin^ restitue le trésor souhaité. Hébernus , cet abbé de divine mémoire , se trouva avec Ingelgérius en présence des évêques; mais il n'avait plus avec lui ses moines : car, par la protection de Dieu et les prières du bienheureux Martin, ils étaient déjà placés à la tête des églises et des abbayes de toute la Bourgogne, afin que ceux qui étaient arrivés, exilés eux-mêmes , avec un exilé , fussent élevés en honneurs et en richesses , par leur compagnon d'exil , sur le sol de leur exil même. Enfin ce fut à eux qu'Hébernus confia encore le soin de présider au convoi, et de diriger le transport des reliques de saint Martin, afin qu'après avoir, simples moines et exilés, apporté de leur patrie cet illustre exilé au lieu de l'exil , eux-mêmes , devenus abbés et évêques , ils le rendissent maintenant à sa terre natale.

Cela fut ainsi fait : après donc qu'une messe de saint Martin eut été solennellement chantée, Ingelgérius d'Angers et Abnarius d'Auxerre chargent sur leurs épaules le précieux fardeau et reprennent le chemin de Tours. Les prélats, un clergé pieux, et une immense foule accourue de toutes parts , accompagnent les saintes reliques de leurs hymnes et de leurs louanges. Au retour de ceux qui avaient suivi le corps de saint Martin , l'armée du comte se retire triomphante... Dans cette noble armée, il ne se

trouva ni libertin, ni maraudeur; aucun soldat ne se livra au pillage, aucune femme ne fat souillée, et chacun vivait de ce qu'il achetait.

Dès que le corps du très-saint pontife Martin eut atteint les limites de son propre diocèse, les brebis malades reconnurent d'une manière merveilleuse la présence de leur pasteur, et le pasteur lui-même comprit quelle affection zélée il devait à ses brebis. Exilé sur la terre étrangère, il avait brillé en florissants miracles : maintenant, au milieu des siens, ses grâces devaient être encore plus abondantes, et sa bienveillance mieux disposée, si cela peut se dire , envers ceux que Dieu lui avait particulièrement confiés. Aussi tous ceux qui étaient malades , de quelque maladie qu'ils souffrissent , quand même on ne les apportait point auprès des pieuses reliques, quand même ils ne leur adressaient pas de prières, à droite, à gauche, dans toute la province, étaient merveilleusement guéris. Oh ! qu'elle est vraie la promesse du Sauveur, quand il dit : « Les prodiges que je fais, celui qui croit en moi les fera, » et il en fera de plus grands que moi-même. » Car, dons les miracles et les guérisons que le Seigneur daigna opérer, il voulut la coopération et les prières de ceux qui demandaient à être guéris : c'est ce qu'on voit partout dans l'Évangile; c'est le sens de ces paroles : C'est ta foi qui Va guéri ; mais la grâce de saint Martin venait au secours de ceux même qui ne lui demandaient rien, de ceux qui n'accouraient point honorer ses reliques, et, par une miséricorde plus grande encore, de ceux enfin qui refusaient cette faveur. En effet , tandis que tant de merveilles se passaient , et que la renommée en répandait le bruit vers tous ceux qui n'en étaient pas témoins , deux paralytiques vivaient dans un village nommé Hédère, demandant l'aumône aux passants. Quand la rumeur publique leur apporta les prodiges du saint , ils se dirent l'un à l'autre : « Frère , nous vivons bien tranquilles et sans rien )) faire, personne ne nous inquiète, et tout le monde a compas- » sion de nous ; nous n'avons d'autre peine qu'à demander ce que » nous désirons; toutes les fois que cela nous convient, nous dor- » mons, nous nous reposons sans cesse: en un mot, nous avons une » vie bienheureuse; c'est notre infirmité qui nous vaut tout cela. » Si nous étions guéris, ce dont Dieu nous préserve, nous serions « nécessairement condamnés au travail des mains , dont nous » avons perdu l'habitude , et nous ne pourrions plus désormais

» mendier avec fruit. Et voilà que nous apprenons que saint » Martin, dans le diocèse duquel nous sommes , ne laisse, à son » retour de l'exil, aucun infirme sans guérison. Maintenant donc, » frère, crois-moi, fuyons vite saint Marlin, quittons son diocèse, » de peur qu'il ne nous comprenne dans le nombre de ses cures » merveilleuses. »

Le conseil était nouveau sans doute : chose inouïe , qu'on vît des hommes désirer ne point guérir d'une infirmité si grave, et s'enfuir de peur d'être guéris ! Chacun d'eux trouve l'avis bon , et, prenant leurs béquilles sous leurs aisselles, plutôt rampant que marchant, ils prennent la fuite. Mais, plus rapide qu'eux, la puissance de Martin poursuit les fuyards, les découvre, les atteint, les saisit, et, malgré eux-mêmes, les rend à la santé. Ceux-ci , après une si haute épreuve, ne pouvaient dissimuler la vérité et n'osaient se taire : car ils savaient que celui qui avait pu les guérir, en dépit d'eux-mêmes, pourrait bien aussi punir leur ingratitude. Ils se mettent donc à publier hautement le miracle du saint pontife , et à exciter les habitants du lieu , témoins du prodige, à chanter les louanges de Martin; ils ne se croient acquittés que lorsqu'ils ont porté à l'église-mère de Saint-Martin les béquilles, signe de leur mal passé, et qu'ils ont déclaré à tous leur fuite perfide et la miséricorde du bienheureux envers d'indignes récalcitrants. Or, dans l'endroit où ce prodige eut lieu, les habitants construisirent, en l'honneur de Martin , une chapelle qui, jusqu'à ce jour, se nomme la Chapelle-Blanche.

Dès que le bienheureux prélat Martin fut entré dans les limites de sa propre paroisse , les choses inanimées et insensibles ellesmêmes, sentant l'arrivée de leur pasteur, donnèrent, chose étonnante, des signes manifestes de reconnaissance et de félicitation. Tous les arbres, bien qu'on fût alors en hiver, et que l'ordre de la nature s'y refusât , reprirent leurs feuilles renaissantes , et se couvrirent des fleurs du printemps, témoignant, par leur décoration nouvelle, les mérites et l'excellence du père de la patrie qui revient de l'exil. Les deux portes de l'église paroissiale s'ouvrirent divinement et d'elles-mêmes, sans le secours d'aucun bras humain. Les lampes et les flambeaux de cire s'allumèrent merveilleusement, surtout dans les deux églises qui sont dédiées au nom de Martin... Toute la ville de Tours se précipita à la rencontre de saint Martin rentrant dans sa cité épiscopale. Adalandus,

archevêque de Tours, son frère Raimond, évêque d'Orléans, Mainold, évêque du Mans, saint Loup, évêque d'Angers, et tous les suffragants de la province, vinrent au-devant du cortège apporter leurs félicitations pieuses , accompagnés d'une foule innombrable de tout âge et de tout sexe, qui répandaient des larmes de joie en remerciant Dieu de leur avoir enfin accordé un jour si longtemps désiré. Les évêques et les abbés, le clergé et les vierges, le peuple et les barons, les enfants et les vieillards , tous, portant des croix et des cierges , et chantant des hymnes et des louanges divins, conduisirent solennellement l'illustre pontife, et le replacèrent avec toutes sortes d'honneurs et de respects dans le lieu qu'il occupait autrefois. ,

Telle est la glorieuse et solennelle réception que firent à Tarchevêque de Tours , Martin , revenant de l'exil , ses serviteurs et ses élèves : et c'est ainsi que, rentré dans son ancienne demeure, 11 exauça, selon sa coutume , les vœux de la plupart de ceux qui l'invoquèrent. Un synode , célébré par l'archevêque de Tours , Adalandus , et ses évêques comprovinciaux , l'an 887 de l'incarnation du Seigneur, et l'an 31 de la fuite de saint Martin, décréta que, tous les ans, aux ides de décembre, on solenniserait une fête en mémoire du retour des reliques du saint patron : et cette fête rappelle à la fois les ravages des Danois, et la joie qu'excita, à Tours la rentrée du saint corps de Martin. — 0 toi, miséricor-j dieux Martin, notre père très-pieux, notre pasteur et notre patron , répands tes bienfaits accoutumés sur nous , tes enfants e( tes disciples , et sur tous ceux qui te vénèrent ; écarte de nous ei d'eux toute chose nuisible , et , par Tinlercession de tes prières' éternelles, obtiens pour nous les joies immuables de la vie quij ne finira point !

Note B, page 38.

Ce que saint Odilon avait fait pour la mémoire de son prédécesseur, il voulut aussi le faire pour cette impératrice Adélaïde qui l'avait tant aimé. Je traduis quelques passages de ce panégyrique.

Dieu qui dispose toutes choses, et dispense souverainement l'honneur et la gloire, voulut, de notre temps, et tandis que le premier des Ottons portait heureusement le sceptre de la république romaine, placer dans une femme un modèle de vénération et de splendeur; car ce fut alors que vécut l'impératrice Adélaïde, de sainte et très-célèbre mémoire, pour être, après Dieu, la cause et l'excitation du bien qui se fit en notre âge , et des vertus qui y brillèrent. Dans mon empressement à recommander, par mes écrits, cette grande reine à la mémoire de la postérité, je crains qu'on me reproche justement d'être indigne, malgré mes efforts, de raconter, en mon humble et pauvre style, tant de noblesse et de vertu. Que ceux pourtant qui me feront ce reproche que je mérite si bien, soit à cause de mon langage inculte, soit à cause de la nouveauté de l'entreprise, soit enfin à cause de la simplicité native de ma parole , sachent aussi que ce n'est point certes un vain désir de gloire humaine, mais une vive impulsion de l'affection la plus vraie et la plus sincère qui m'a engagé à écrire. Méprise, lecteur, tu en as le droit, la rusticité de mon esprit; mais fais attention du moins à la noblesse d'âme et de corps do celle que j'ai commencé à louer; car si tu veux attendre qu'il vienne un homme assez éloquent et assez savant pour raconter dignement la vie d'une telle femme, il faut que Cicéron le rhéteur sorte des enfers, ou que le prêtre Jérôme descende du ciel. Ah! si le saint et incomparable Jérôme , également versé dans la science divine et humaine, eût été contemporain d'Adélaïde, lui qui, dans ses ouvrages et dans ses lettres, a illustré à jamais Paula et Eustochia,Marcil]aetMélania, Fabiola etBlésilla, LeetaetDémétriade, il n'aurait pas manqué de consacrer aussi de longues pages à mon

impératrice. Mais, puisque nous n'avons plus de Jérôme, ou ' d'homme assez éminent dans les arts libéraux, pour décrire dignement les actions et la vie de cette noble femme , essayons-le, dans notre ignorance, avec l'aide de Dieu et selon notre pouvoir.

Issue d'une race royale et religieuse, Adélaïde, très-jeune encore, fut destinée par Dieu, dès l'âge de seize ans, à un royal mariage. Elle épousa le roi Lothaire, fils de Hugues, très-puissant roi d'Italie; elle eut de ce mariage une fille qui fut mariée elle-même à Lothaire, roi des Francs; de ceux-ci naquit le roi Louis, qui, mort sans postérité, fut enterré, selon l'usage royal, à Compiègne.

Adélaïde perdit son mari au bout de trois années, et resta veuve, privée à la fois de son trône et des consolations d'un époux. Une opiniâtre persécution vint l'assaillir; cette persécution, qui a coutume de purifier les élus, comme la fournaise purifie l'or. Le malheur lui arriva donc, moins parce qu'elle le mérita , que par un bienfait véritable de la Providence. A vrai dire, Dieu lui envoya des afflictions extérieures et corporelles, de peur que sa jeunesse ne fût brûlée au dedans par les feux de la chair et de la volupté; et le Seigneur la brisa de tant de coups, pour qu'elle ne fût point, comme dit saint Paul , une veuve vivante, mais morte au milieu des délices. Dieu voulut, dans son amour paternel, lui faire subir assez de périls pour qu'elle ne fût pas indigne d'appartenir à cette filiation divine dont parle l'Écriture : Le Seigneur châtie tous les enfants quHl accueille.

Adélaïde en rendait souvent grâces à Dieu , et aimait à raconter à ses familiers tout ce qu'elle avait souffert en ces temps fu- J nestes, et avec quelle miséricorde Dieu l'avait délivrée des mains de ses ennemis. Elle disait qu'il avait bien mieux valu pour elle d'être tourmentée d'inquiétudes qui passent, que d'être exposée, par une vie délicieuse, à une mort éternelle.

Lorsque Lothaire, son mari, fut mort, le royaume d'Italie pasî à un certain Béranger dont la femme se nommait Willa. Par leurs ordres, malgré son innocence, Adélaïde fut impitoyablement an tée, on lui rasa les cheveux, on la rendit victime des tourments les plus divers, des plus ignobles voies de fait. N'ayant d'autn compagne qu'une seule servante, elle fut plongée dans un cachof affreux ; puis, miraculeusement délivrée de ses chaînes, elle fu| élevée, par l'ordre divin, au faîte des honneurs impériaux.

Dans la nuit même qu'elle fut tirée de prison, elle tomba dans]

un marais où elle demeura patiemment plusieurs jours et plusieurs nuits, invoquant le secours de Dieu. Elle était en ce grave péril, quand tout à coup arriva près d'elle un pêcheur dans sa barque chargée de poissons qu'on appelle esturgeons. Le pêcheur, apercevant Adélaïde et sa servante, leur demanda qui elles étaient et ce qu'elles faisaient là. Elles lui firent une réponse suggérée par la nécessité pressante : Ne voyez-vous pas que nous sommes de pauvres voyageuses dépourvues de tout secours humain, et, ce qui est plus cruel, en péril d'être assassinées ou près de mourir de faim dans cette solitude? Donnez-nous, si vous le pouvez, quelque chose à manger, ou ne nous refusez pas du moins vos consolations et votre appui. Le pêcheur fut ému de pitié en entendant ces deux femmes, de même qu'autrefois le Christ fut touché à l'aspect de la multitude affamée qui l'avait suivi au désert. 11 leur dit : Je n'ai rien à manger, si ce n'est du poisson et de l'eau. Il portait avec lui du feu, selon l'habitude des pêcheurs ; il alluma du feu, prépara le poisson. La reine mangea; sa compagne et le pêcheur la servaient. Pendant ce temps-là survint un clerc qui avait été le compagnon de sa captivité et de sa fuite; il lui annonça l'arrivée de soldats armés qui la recueillirent avec joie, et la conduisirent dans un château inexpugnable.

Saint Odilon raconte ensuite tout ce que fit Adélaïde, devenue impératrice ; combien elle fut l'arbitre de la paix et des bonnes mœurs, combien elle dota d'églises et construisit de monastères ; puis il termine ainsi :

L'an mil de l'Incarnation du Seigneur, Adélaïde, désirant voir enfin dans le palais de Dieu le jour qui ne doit point avoir de couchant, disait souvent avec l'Apôtre : « Je souhaite la dissolulion de mon corps, et je veux être avec le Christ » Et vers la fin

du dix-septième jour de décembre, elle déposa heureusement le poids de la chair , et s'envola vers le plus pur éclat de l'éther le plus pur. Car elle avait avec les gens de sa maison une gaieté douce et grave, avec les étrangers une gravité très-polie; envers les pauvres une infatigable miséricorde; envers les églises de Dieu une largesse intarissable; envers les hommes de bien une bonté persévérante; envers les méchants une sévérité généreuse. Crain-

tive dans ses désirs, mais constante dans ce qu'elle avait obtenu, elle était humble dans la prospérité, d'une longanimité patiente dans le malheur; sobre dans sa nourriture quotidienne, modeste dans ses vêtements. Toujours assidue dans ses pieuses lectures et dans ses prières, dans ses veilles et dans ses jeûnes, elle ne se laissait jamais dans ses aumônes. Jamais elle ne tirait d'orgueil de sa haute naissance, ni de gloire humaine des bontés de Dieu envers elle. Elle ne se montrait ni présomptueuse des vertus que le Seigneur lui avait accordées, ni découragée de ses imperfections personnelles. Au milieu des honneurs, des richesses et des délices du monde, elle ne se laissait point aller à une fierté ambitieuse : une discrète réserve, mère de toutes les vertus, l'accompagnait sans cesse. Ferme et sûre dans la foi, d'une sécurité inébranlable dans l'espérance , elle mettait à aimer Dieu et le prochain une charité complète , racine de tout bien , cause principale de toute vertu. Au reste, par les prodiges qui éclatèrent à son tombeau^ la vertu divine a bien manifesté ce que fut sa vie.

]\otc €, page 3S.

La vie de saint Maïeul a été écrite par saint Odilon, son successeur. Il y a un charme si nouveau à lire cette pieuse biographie, de la main même d'un autre illustre et saint personnage, qu'on me pardonnera d'en citer quelque chose.

Le préambule de cette vie de saint Maïeul est une sorte de résumé historique des grandes et premières voies du catholicisme et des origines de la religion monastique.

Après que les apôtres et les évangélistes eurent laissé au monde leurs divins enseignements, source de sainteté et de salut; après que les invincibles et bienheureux martyrs eurent soutenu leurs iUustres et victorieux combats; en troisième lieu, pour ainsi parler, la bonté de Dieu daigna donner à son église des consolations nouvelles, des flambeaux brûlants d'amour, d'éclatantes paroles,

je veux dire des prêtres apostoliques, grands hommes, doués, non des vanités de la science humaine, mais de tout ce qu'elle a de bon, et remplis de la sagesse divine. C'est à leur intelligence des choses spirituelles et à leurs études pénétrantes des saintes écritures qu'il était réservé d'éclairer les ombres de la loi , de mettre au grand jour le vrai sens des prophètes, dont la parole est aussi haute que profonde, et de dissiper enfin les épaisses ténèbres de l'univers, par la vertu, la majesté et la gloire de la lumière évangélique : car , dans leurs travaux sincères , les actions des apôtres sont exposées et recommandées à l'esprit des fidèles. Par leurs pieuses études, le triomphe des bienheureux martyrs et les mérites de réglise sainte sont dignement célébrés; leur foi, leur science , le zèle opiniâtre de leurs prédications apaisent ou étouftent les sourds murmures et les attaques déclamatoires contre la foi catholique; calment les plaintes desschismatiques; ferment les bouches qui disent de vaines paroles; détruisent le pouvoir des idoles; triomphent de la cruautés des Gentils ; jettent le mépris et l'impuissance sur les folies des philosophes; dissipent comme la fumée, et comme une fumée impure, les faussetés perfides, les infidélités. Terreur et la rage des hérétiques, les réduisent au néant, et leur font si bien exhaler comme leur dernier souffle , qu'il n'en restera nulle trace jamais et nulle part.

Lorsque la cour céleste eut reçu avec joie, dans son sein , tant et de si grands hommes, citoyens du ciel, s'il est permis d'ainsi parler, et dignes de composer la maison du roi divin, la céleste et suprême république voulut, par un décret de Dieu, en quatrième ordre, songer aussi aux petits, et distribuer ses grâces, non plus par les hommes élevés et forts, mais par les humbles, les innocents et les simples.

C'est alors que l'ordre monastique commença à se féconder, ou, pour mieux dire, à renaître ; car son origine, nous le savons , remonte à Elie et à Jean-Baptiste; et nous nous féhcitons qu'il soit ainsi amvé jusqu'à nous par la multiplication des vertus , les habitudes et les vies apostoliques, et les pieux exercices de nos saints pères. A eux, en effet, il fut donné d'accomplir, dans toute sa perfection, ce précopte unique, ce précepte de l'Evangile, ou, pour mieux dire, ce précepte du Seigneur, lorsque, au jeune homme qui demandait au Sauveur ce qui lui manquait pour mériter la vie éternelle, il répondit en ces termes : « Si tu veux être parfait,

» va, vends tout ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu » auras dans le ciel un trésor : viens et suis-moi. » Parmi les hommes qui entendaient le mieux et qui accomplirent avec le plus de zèle cette doctrine souveraine, brilla, célèbre entre tous, comme un astre du ciel, notre bienheureux père Benoît, qui mérita si bien son nom par ses vertus. Sa vie , ses mœurs , ses miracles le firent si grand, que le très-saint pape Grégoire, homme éminemment apostolique, Févêque du siège des apôtres, voulut lui-même raconter sa naissance, sa vie et sa mort, et lui donner ainsi, entre toutes les sommités de VÉglise, cette singulière marque d'honneur et de privilège, due à une aussi haute doctrine et à tant de bonnes œuvres. Dans la suite des temps, après que le trèssaint Benoît eut passé, son disciple, le bienheureux saint Maur, répandit dans la Gaule presque entière la semence de son institut religieux. Puis, par lui-même et par les disciples de ses vertus, l'ordre de saint Benoît s'éleva au comble de la perfection et de Faccroissement ; mais, quand les saints maîtres eurent disparu, les hommes justes devinrent rares, les vices s'augmentèrent; on vit se relâcher la discipline, cette mère de toutes les vertus; les études des Pères commencèrent à languir. Et, de même que la règle d'une institution sainte s'éleva graduellement à une haute splendeur, par des religieux pleins de la ferveur de l'Esprit-Saint, ainsi tomba-t-elle peu à peu dans le refroidissement par la négligence; et l'oisiveté des moines. Ce relâchement funeste d'un établisse* ment d'abord si précieux se glissa insensiblement jusqu'aux temps où, par la ferveur de Guillaume, prince très-chrétien d'Aquitaine^ un abbé d'heureuse mémoire, Bernon, commença à bâtir un monastère dans le pays de Bourgogne, au territoire de Mâcon, dans un village appelé Cluny; et, mettant toutes ses forces et tout soi zèle dans cette fondation pieuse, mena à bien, par ses glorieu] travaux, la louable entreprise de son vif sentiment religieux, son exemple , et par ses mérites , un grand nombre d'hommes! abandonnèrent le siècle pour se réfugier dans le port tranquilloj du monastère

Plus loin saint Odilon parle ainsi des illustres amitiés d( saint Maïeul :

Maïeul fut cher à Dieu et aux hommes. Une foule innombrable

de catholiques, les plus honorables prêtres, les moines les plus pieux, les vénérables abbés, le respectaient comme leur très-saint père. Les savants et saints évêques le traitaient comme un frère chéri. Les empereurs, les impératrices, les rois et les princes du monde l'appelaient leur seigneur el leur maître. Honoré par tous les pontifes du siège apostolique, il était vraiment, en ce temps-là, le prince de la religion monastique. L'illustre César, Otton-le- Grand, l'aimait de tout son cœur. La femme de l'empereur, l'auguste et sainte impératrice Adélaïde, aussi sincère dans sa charité qu'admirable dans sa piété, portait à Maïeul la même ot tendre affection. Il n'était pas moins cordialement chéri par l'empereur Otton, leur fils; par Conrad, noble et pacifique frère de l'impéra- Irice, et par Mathilde, sa glorieuse épouse. Et plus tous ces éminents personnages voyaient Maïeul, plus ils s'attachaient à lui. Que dirai-je du très-noble Henri, duc de Bourgogne; de Lambert, homme très-illustre et très-noble comte; de Guillaume, de Richard, très-braves ducs d'Aquitaine et de Normandie, et des princes et marquis italiens?... Le bienheureux Maïeul, par la grâce du Seigneur, a tellement été glorifié et exalté, en présence des rois et des princes, en face de tout le peuple, que nous pouvons sans doute dire de lui ce que l'Ecclésiastique dit du grand serviteur de Dieu, Moïse : « Dieu l'a glorifié à la face des rois et lui a communiqué sa

gloire » Après la mort de Maïeul, le roi Hugues Capet honora

de sa présence ses funérailles et son tombeau, où de nombreux miracles éclatèrent.

N&ie D9 page 57.

A ses irès-chers et Irès-aimés frères, fils el filles, présents et abscnls, frère Hugues, ahhé pécheur Joie éternelle dans le Seigneur Jésus.

Très-chers fils et amis, tant présents que futurs, j'ai cru devoir déclarer à votre charité comment Dieu, qui nomme les choses qui ne sont pas encore comme celles qui sont déjà, voulut me tirer moi pécheur et coupable, des désordres et des lubricités de ma jeunesse, pour me dépouiller miséricordieusement des vêtemenis du siècle, me revêtir de l'habit de la religion sainte, et me réunir

au troupeau de ce lieu, où mes pères et mes frères me choisirent, par le décret de Dieu, pour pasteur de cette bergerie, et m'imposèrent enfin cette charge pesante, malgré mon indignité, malgré ma vie lascive et irréligieuse, et ma propre et vive résistance. Ce n'est donc point à cause de mes mérites, mais par l'immense bonté de Dieu tout-puissant, que le monastère de Cluny s'est étendu au^ tour de nous, s'est enrichi, comme nous le voyons aujourd'hui, en religieux et en propriétés, non-seulement dans cette contrée, mais en Italie, en Lorraine, en Angleterre, en Normandie, en France, en Aquitaine , en Gascogne, en Provence et en Espagne. C'est pourquoi, fils très-chers, plus le nombre s'est accru de nos frères et de nos possessions, plus un pauvre pécheur, tel que moi, doit trembler pour les fautes de tous, si la grande clémence de Dieu ne daigne avoir pitié de mon âme, à l'aide de vos aumônes et de vos prières- Et quelles paroles pourraient exprimer combien je suis coupable, moi qui, chargé d'abord de tant et de si graves fautes personnelles, dois répondre encore devant le Seigneur des négligences de tant d'hommes confiés à ma garde! Les uns, en efî'et, surpris par la mort, ont quitté la vie sans confession, et sans recevoir le corps et le sang du Seigneur ; les autres, dont j'ai négligé de corriger assez fortement les fautes et les inclinations effrayantes, ont disparu de ce misérable monde, engloutis dans des précipices, étouff'és dans l'eau ou par le feu , ou bien tués subitement par d'autres accidents déplorables. Et, comme je n'ai point corrigé comme je l'aurais dû, et que j'ai traité souvent avec trop l'indulgence les frères qui vivent encore aussi bien que ceux qui sont morts, je crains vivement que ce ne soit pour eux-mêmes un obstacle à la récompense sans fin, et pour moi, peut-être, un empêchement à l'éternelle gloire.

Que Dieu nous soit donc à tous miséricordieux et propice; qu'il écoute dans sa clémence les prières que vous lui adresserez pour le salut de mon âme, et que, au jour du grand jugement, il vous donne , et à tous les chrétiens qui se souviendront de moi , la récompense qui ne manque jamais. Déjà, dans les graves fonctions qui m'accablent, j'ai passé plus de soixante années, soutenu, je crois, par vos prières. Que si, parfois, les infirmités de mon corps ou quelques autres imperfections m'ont fait défaillir dans ma tâche, je sais que vos supplications adressées à Dieu pour moi ne m'ont pas manqué; et je ne pourrais exprimer, comme je le sens^.

tout ce que vous m'avez témoigné de bonté, de charité, de dévouement et de véritable obéissance. Aussi ai-je mis tous mes soins à vous aimer; je vous ai traités sans orgueil , je vous ai embrassés comme des enfants très-chers. Que Dieu donc me pardonne si j'ai péché par cette indulgence même. Et maintenant, mesfils^ que je suis bien avancé dans mes jours, et que je consacre, pour ainsi dire, l'agonie de celte vie caduque à vous tous et à mes nécessités dernières, dans l'ignorance où je suis de l'instant de ma mort, j'ai fait choix d'une petite obédience, appelée Berzé, afin que de là, lorsque sera arrivée la fin de ma course mortelle, on distribue à perpétuité, et selon l'opportunité des temps, une abondante nourriture et une suffisante boisson, le jour de mon anniversaire, à tous mes frères qui habiteront le couvent de Cluny (même à ceux qui seront à l'infirmerie) et qui se souviendront de moi , pauvre

pécheur Je prie en gémissant, et je supplie humblement en

Dieu, par Dieu et à cause de Dieu , le seigneur abbé, notre successeur, mon père et mon maître (que la divine miséricorde daigne d'en haut le visiter et le protéger, ainsi que son troupeau!) de favoriser, de défendre , de soutenir les servantes de Dieu , dépouillées de la pompe mondaine, et rassemblées à Marcigny, pour le salut de leurs âmes et pour la gloire de Dieu, et de donner tous les soins de sa charité à ce lieu monastique ; car, bien que jusqu'à nous il n'y eHi pas à Marcigny de congrégation de femmes, cepandant, de nos jours, nous y en avons admis à la profession monastique un petit nombre, qui n'a point tardé à se multiplier grandement; puis nous y avons construit un édifice. Quiconque se montrera miséricordieux envers ces saintes femmes, qu'il obtienne à son tour, maintenant et pour l'éternité ^ la miséricorde divine. Je supplie aussi avec larmes mon successeur, par le mémo Dieu, notre Seigneur, de traiter avec bonté, et d'aimer avec une charité paternelle ceux d'entre vous, mes frères, qui me survivrez. Et vous tous, mes fils et mes filles dans le Christ ; vous, absents et présents, qui que vous soyez, qui êtes entrés, sous moi, dans ce monastère, pour sauver vos âmes, et qui avez soumis et livré à mon commandement, à moi, pécheur, vos âmes et vos corps; que Dieu tout-puissant nous absolve, vous et nous , de tous péchés passés, présents et futurs. Soyez absous par le Père tout-puissant, par le Fils tout-puissant, parle Saint-Esprit tout-puissant, unique et triple Dieu. Je le confesse et je l'ai confessé à Dieu, triple en per-

sonnes, un en nature et en puissance ; c'est à lui que, pécheur et coupable, je me confesse d'avoir trop souvent péché en paroles, en pensées, en actions. C'est ma faute. Je vous recommande à sa miséricorde, et j'invoque à genoux sa bénédiction sur vous, et la protection de sa droite. Qu'il vous conduise avec moi à la vie éternelle , par les mérites et les prières de la bienheureuse Marie, mère de Dieu ; des bienheureux apôtres Pierre et Paul , nos seigneurs, auxquels il a confié le droit de lier et de délier; et par les intercessions de tous ces saints, méritons enfin , tous ensemble, de nous réjouir de noire salut commun et perpétuel , par le Dieu qui vit et se glorifie de sa trinité parfaite , dans les siècles infinis des siècles. Et que cet écrit soit lu devant toute la communauté, par l'abbé futur, lorsque, avec la volonté de Dieu, il aura pris possession paisible du siège et de la puissance abbatiale.

Noie E, page §T.

PIERRE A INNOCENT II

Voici le jour des tribulations et des chagrins; car, selon le prophète , « les fils ont voulu engendrer, et ils avaient perdu la vertu d'engendrer; les messagers de Sennachérib sont venus en blasphémant le Dieu du ciel ; Nabuchodonosor s'est précipité sur le peuple de Dieu et l'a fait prisonnier, et Dohu n'a pas manqué pour mettre la main sur les prêtres du Seigneur. » Je suis obligé de raconter une histoire lamentable; ma douleur m'interrompra souvent, et mes larmes, que je ne puis retenir, me permettront à peine, je le sens, de faire librement un tel récit. Mais, hélas! puisque j'étais réservé à être témoin d'un crime inconnu peut-êtrei au temps des martyrs, il faut bien que je parle malgré moi, quand] bien même j'aimerais mieux me taire.

Nous revenions du concile où votre piété nous a convoqués :| nous quittions le sein de l'Église qui nous avait appelés; nous^ cheminions innocemment comme un troupeau du Seigneur, lorsque nous sommes tombés tout à coup sous la dent des loups. Avec une fureur inouïe de nos jours , nous avons été dispersés,

pris, blessés et dépouillés de tout. Dans notre cortège marchaient la partie la plus élevée, les notabilités de l'Église de Dieu; une légion d'archevêques , d'évêques et d'abbés , un grand nombre de moines, une foule d'archidiacres, de nobles clercs et de personnes religieuses. Horrible spectacle! Voir tant d'illustres personnages, si nécesscdres à l'Eglise, séparés, tourmentés, poursuivis et mis en fuite de tous côtés par les poursuites et les menaces du glaive! La plupart des évoques et des abbés furent conduits violemment dans le château le plus voisin, et quelquesuns d'entre eux, après avoir subi des coups et des blessures, furent emprisonnés de la façon la plus barbare. Parmi eux Févêque de Reims, que son âge et sa dignité ne purent préserver. Après mille injures et mille cruautés, on l'enferme dans une tour. L'évêque de Périgueux éprouve le même traitement. Mais que parlé-je de ces deux seuls évêques? L'évêque de Bourges et celui de Sens, après avoir perdu tout ce qu'ils avaient, ont eu peine d'arriver tremblants et hors d'haleine jusqu'à Pontrémoli ; là on les a jetés dans une autre prison avec Févêque d'Embrun, et celui de Troyes, jeté en bas de cheval d'un coup de lance, et grièvement blessé de sa chute; avec les évêques de Limoges^ d'Arras, de Belley, de Redon, et bien d'autres ; avec les abbés de Limoges^ do Vézelay, de Saint-Michel de Cluse, de Saint-Germain de Paris, de Corbie, de Noyon, de Bourges, de Saint-Sulpice, de Saint-Remi, de Grasse, de Saint- Jean-du-Pré, du monastère de Hender, de Saumur, de Melun, et une foule d'autres. Tout le village est rempli de cette multitude de saints personnages qui, semblables à Jérusalem assiégée par les Babyloniens , n'osent point essayer de s'échapper. A tous il est défendu de sortir : pour aucun il n'est sûr de demeurer. Ils ne peuvent donc avoir d'espérance en personne , si ce n'est en celui qui délivre de prison les personnes enchaînées, et en vous, très-Saint-Père, qui êtes son représentant sur la terre. Cette illustre part de FÉglise do Dieu crie donc vers vous, comme vers son protecteur spécial, el vous demande un prompt secours, tel qu'un père le doit à ses fils. Je vous en supplie, moi le compagnon de tous leurs périls, moi qu'ils ont choisi pour vous écrire ces tristes choses; que voire miséricorde vienne en toute hâte à leur aide au milieu de ces dangers qu'ils ont été destinés à souffrir pour Dieu el pour vous. Je vous en supplie, puisque je suis chargé de le faire, que je ne paraisse point traiter dédaigneu-

sèment et négliger la situation pénible de saints compagnons qui m'ont donné dans le chemin des témoignages de confiance et d'amitié. Je remets à un autre moment de vous parler plus en détail de ce que j'ai souffert moi-même. Tandis que, avec Tabbé de Vézelay, et pour préserver mes compagnons, j'allais à la rencontre de nos ennemis armés, ma mule, au premier choc, fut percée d'un coup de lance et obligée de reculer; mes frères furent mis en fuite, mes serviteurs prisonniers ; tout ce que j'avais avec moi me fut enlevé. Je me réfugiai dans le prochain village, je m'y cachai jusqu'à ce que je pusse moi-même, sous la conduite de mon hôte et dans la nuit, arriver jusqu'à Pontrémoh, oh mes compagnons m'avaient précédé. C'est de ce lieu donc que, mêlant ma voix plaintive à la leur, je vous prie avec eux de ne pas traiter légèrement un événement aussi grave. Prenez le parti que vous conseilleront le nom du Christ, votre honneur et l'intérêt de l'Eglise. Si vons négligez d'aussi graves intérêts, qui donc s'en montrera soucieux? Si la rigueur de la justice, si la sévérité de l'Église sommeillent dans les malheurs publics, veilleront- elles dans les malheurs privés? Tous ceux qui partagent ma captivité vous conjurent et vous conseillent de faire briller le glaive d'une répression sévère contre les auteurs de cette méchante action, et même dans tout l'évêché de Luna , afin que cette punition exemplaire épouvante non pas seulement les peuples voisins, mais toutes les nations de la chrétienté. L'évêque de Luna n'a fait auprès de nous qu'une brève apparition, et s'est beaucoup trop tôt éclipsé; nous croyions qu'il éclairerait notre route pendant la journée, mais à peine nous a-t-il tenu compagnie pendant une lieue. — J'ai été bien long, mais, pour parler hardiment, dans une affaire si importante, je ne devais point être court. Si j'ai omis quelque chose, que votre sagesse y suppée et décide.

N&te r, page 8T.

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