Appelé depuis ruisseau de l’Hôpital
5. M. Le Glay a voulu rattacher ce nom à une communauté de clercs qui, selon lui, aurait existé en ce même endroit avant les religieuses. 11 allègue en preuve une prétendue charte de 1205, qui mentionnerait l’achat d'une rente « au profit des ministres de la pièche des clercs d'Orchies, établie en l’Honneur de .Notre-Dame. » (Le Glay, dans les Documents historiques inédits publiés par M. Champollion-Figeac, t. n, p. 95. — Le même, Cameracum Christianum, p. 324, et Nouveau Mémoire sur les Arch. dép. du Nord, Lille, 1861, p. 64.) Le savant archiviste a été victime d'une double hallucination. D’abord la charte ( Cartulaire , p. 505) n’est point de 1205, mais de 1305, ce qui ôte toute base à son système. En outre, elle ne mentionne pas le moins du monde une comrnu-
l'ordre de Citeaux, toutes les maisons étant dédiées à la mère de Dieu, c’était l’usage de leur donner un nom qui rappelât cette consécration, comme le Repos-Notre-Dame (Marquette), le Refuge-Notre-Dame (Ath), le Port-de-Marie (la Biloke, à Gand), etc. Longtemps après que notre monastère eût été transféré du siège primitif au lieu qu’il occupa jusqu’à la Révolution française, on le trouve encore désigné sous son appellation antique. L’usage néanmoins finit par faire prévaloir la dénomination plus abrégée de Notre-Dame de Flines ou simplement abbaye de Flines.
La pensée de cette fondation dut venir à Marguerite peu après la mort de son époux. Elle commença l’exécution de son projet en faisant une première démarche auprès des supérieurs de l’ordre, peut-être dès 1233, mais certainement vers le mois de mai 1234. Il existe en effet à cette date plusieurs chartes qui assignent au futur monastère un commencement de dotation.
C’était une condition à remplir tout d’abord quand on voulait fonder un monastère cistercien. Ensuite le chapitre général déléguait un ou deux abbés, avec mission d’examiner si l’emplacement était convenable, si la dotation était suffisante, et alors seulement, sur leur avis favorable, la fondation était autorisée.
A l’origine, l’ordre de Citeaux n’acceptait point de dîmes, ni de revenus fixes d’aucune espèce. Comme le travail des champs était l’occupation ordinaire des religieux, on leur donnait quelque lande déserte, quelque forêt inculte, qui, fécondées par leurs sueurs, assuraient leur subsistance. Les religieuses elles-mêmes ne fuyaient point ces rudes labeurs. On les voyait remuer la terre, défricher les forêts, couper les buissons et les halliers h Mais ces occupations étaient peu en harmonie avec la faiblesse de leur sexe, et, malgré notre vige admiration pour celles qui s’y livraient, il est permis de croire que les pères de Citeaux préféraient pour elles la solitude du cloître à celle des champs ou des bois. Tout en maintenant
nauté établie en un lieu appelé l'Honneur-Notre-Dame, niais une confrérie, une association qui existait à Orcliies sous le titre et sous la protection de la sainte Vierge, et que nous trouvons citée au XVe siècle dans les comptes de l’abbaye de Flines, qui lui devait une rente.
1. Herimannus, de Miraculls S. Alarix Lauclunensis, lib. ni, c. 17, apud Migne, Patrologiæ, t. clvi, col. 1001.
Planche ]
Sceau
jje Marguerite, comtesse de Flandre,
Fondatrice de Fline's.
strictement la loi du travail, si nécessaire au point de vue de la vie religieuse, il était facile de trouver pour elles à l’intérieur des occupations mieux choisies. Aussi, le travail des champs cessa bientôt, et s’il se rencontre encore dans les monastères de femmes, ce n’est qu’à l’état d’exception.
Dès lors il n’y avait plus les mêmes motifs pour tenir à une dotation exclusivement foncière. On accepta des rentes et aussi des dîmes, contrairement aux prohibitions que les chapitres généraux avaient souvent renouvelées.
Donc en mai 1234, Marguerite assigna au monastère de l'Honneur-Notre-Dame cent livres à percevoir annuellement sur le tonlieu et le poids public de Lille, moitié à Noël et moitié à la Nativité de saint Jean-Baptiste b Cette rente faisait partie de son apanage. Non contente de ratifier la donation et d’y apposer le sceau de son autorité souveraine, la comtesse Jeanne ajouta de son chef dix livres à percevoir, chaque année aussi, sur le tonlieu de Lille, à l’époque de la foire 1 2.
Dans la confusion occasionnée par les guerres du moyen âge, les dîmes furent souvent usurpées, quelquefois aussi concédées à des laïques par les évêques et par les abbayes, en reconnaissance de sei’vices rendus ou dans l’espoir d’obtenir une protection nécessaire. Ces dîmes inféodées se transmettaient, se vendaient, se donnaient comme une possession régulière. Le concile de Latran, tenu en 1179, prit des mesures pour faciliter aux détenteurs des droits de l’Église une restitution toujours pénible. Il leur permit de les céder à un clerc sa vie durant, à condition qu’après la mort de celui-ci elles feraient retour à l’Eglise, ou bien d’en gratifier à toujours un monastère, avec le consentement de l’évêque du diocèse 3.
Par suite de ces dispositions, au XIIe et au XIIIe siècle, des dîmes furent fréquemment données aux maisons religieuses. L’abbaye de Flines, pour sa part, en posséda un grand nombre. Ainsi, en même temps que la rente sur le tonlieu de Lille et par acte séparé, Marguerite donna les portions de dîmes qu’elle possédait à Auchy, Coutiches et Orchies, donation qui fut rati-
1. Cartulaire, p. 6. — Le tonlieu était un droit perçu sur les marchandises.