Manuel de 1529-1530 (Cartulairc, pp
4. Ces livres de chœur, formant les deux parties d’un Antiphonaire (Propre du temps et Propre des saints), portent il la Bibliothèque de Douai le n" 126. En tête du premier volume on trouve cette note, qui est répétée aussi dans le second : Chesle antiphonaire appartient à l'église de l' Honneur- Nostre-Dame-lez-F Unes, et fut eseript et li/et l'an de V Incarnation Jésus-Christ XVc XVI, du temps medame dame Jehennc Bobaix, la XI' année de réformation de susdite église, et est eseript et hjet par Jehan de Mollern, alias Dache, religieux et profés à l’abbr/e de Nostre-Dame de Niselle en Brabant . Dco çjratias.Y. Mgr Dehaisnes, Jean Bellegambe, pp. 57-59.
5. Chronique déjà citée, p. 928 — L’usage de ces courtines est indiqué dans le Livre des Us, c. xv, et dans le Rituel rie Cisteaux en François, à l'usage des religieuses, p. 165.
« Embrasée de l’esprit de Dieu, dit un annaliste monastique, elle s’efforça de faire disparaître la rouille que le temps avait amassée : elle arracha l’ivraie semée par Satan, déracina l’esprit de propriété, chassa de son monastère l’oisiveté, qui est l’oreiller du diable, retrancha les communications fréquentes avec les séculiers, eut en horreur toute vanité dans les vêtements et dans la manière de vivre, et, après cette complète épuration, fit fleurir l’humilité, la pauvreté, l’amour de la solitude, du silence et du travail, le zèle en un mot de toutes les vertus 1 2. » L’abbaye de Flines dut principalement à Jeanne de Boubais le solide esprit religieux qui a fait de tout temps sa principale gloire.
Après avoir gouverné pendant vingt-six ans, notre sainte abbesse sentit que ses forces, affaiblies par l’âge et par les longs travaux, ne suffisaient plus à cette tâche. Elle résigna ses fonctions le 28 novembre 1533, en faveur de Jacqueline de Lalaing, qu’elle jugeait la plus propre à maintenir la reforme. Une année ne s’était pas écoulée encore depuis son abdication, quand elle s’endormit dans la paix de Dieu, le 7 novembre 1534. C’était un samedi. Toute sa vie Jeanne avait désiré mourir en ce jour consacré à la Reine du Ciel.
On l’inhuma dans l’église, au pied de l’autel de Marie, à la place même d’où souvent avait monté vers elle son ardente prière. Peu après, on érigea sur cette tombe un monument superbe, orné d’une statue d’albâtre -, et Jean de Troyes, confesseur de l’abbaye, composa cette belle épitaphe :
Mortua quamvis sim, noris me morte renatam.
Vivere post obitum, quis mihi posse negat ?
Vivo ego in Elysiis nunquam moritura beatis,
Quæ fueram nivei fida magistra gregis.
Servavi teneras pecudes ex ore luporum,
Justitiæ et veri cum pietate tenax.
Sic meritis vives, vitiis moriere. Quicl ergo ?
Tene mori fas est ? Vivere posse putes.
Au sein même de la mort, j’ai trouvé une autre existence. Qui peut m’ôter cette vie au delà du tombeau ? Dans le séjour bienheureux, je
1. J. de le Barre, Not.ca et obseroalinne pro S. Ord. Ci*/., folio 288 recto.
2. Saint-Génois, Monuments anciens, t. i, p. 147. — F. de Bar, llist. episc. Alreb., t. il, folio, ;148 verso.
suis pour toujours à l’abri des coups de la mort, moi gardienne Adèle des blanches brebis du Christ. J’ai protégé contre la dent des loups ses tendres agneaux : la justice, la vérité, la piété furent ma passion. Ainsi la vertu nous fait vivre, et le vice nous perd. Eli quoi donc ? Choisiriez-vous la mort, quand la vie vous est offerte ?
Jeanne de Boubais occupe un rang éminent parmi les abbesses de Flines : aucune certainement ne l’a dépassée ; aucune peutêtre n’a égalé ses mérites. Il est donc étonnant qu’elle n’ait pas trouvé place dans le Mènologe de Henriquez. Jacqueline de Lalaing, qui figure dans ces fastes de la sainteté, et à bon droit sans aucun doute, ne paraît pas y avoir autant de titres. Peutêtre l’éclat de sa naissance aura-t-il fixé davantage l’attention de l’hagiographe cistercien. Ce n’est pas le seul exemple d’omission qui se rencontre dans une œuvre qui demandait d’immenses recherches, et pour laquelle personne encore n’avait sérieusement frayé les voies.