Philippine de Torcq, abbesse
2' Bathilde de Sainte-Aldegonde de Nojrcarmes, abbesse
sectaires, vit ses églises dévastées de fond en comble: une abbaye de Bernardines, Fontenelle, située non loin de ses murs, subit le même sort, et l’incendie acheva de détruire ce que le pillage et la dévastation avaient épargné >. Alors les Gueux de Tournai se joignirent à ceux de Valenciennes. Ils étaient près de 3.000 tenant la campagne, semant partout la ruine et répandant au loin la terreur. Les abbayes de Vicogne, Saint-Amand, Hasnon, Marcliienues, virent passer tour à tour le funèbre ouragan : il allait fondre sur Anchin et sur Flines si la Providence, cette fois encore, par une protection manifeste, n’y eût mis bon ordre 1 2.
Il y avait à Pecquencourt, comme bailli d’Anchin, un ancien soldat, Ferry de Guyon, qui avait gagné à la guerre ses lettres de noblesse. Il revenait à cheval de Douai, le 25 août 1506, quand les habitants accoururent à lui tout effrayés, et lui firent part de l’épouvante répandue dans le pays par l’annonce de la prochaine arrivée des Gueux, occupés en ce moment à piller Marchiennes.
Guyon avait déjà tout appris de la bouche de l’abbé d’Anchin, Jean Lentailleur,et le brave soldat avait promis de faire loyalement son devoir .
Le soir approchait. Sans perdre de temps, le bailli parcourt les villages voisins de Masny, Auberchicourt, Braille, Rieulay, et le lendemain 26 août, à la première heure, il se poste dans les marais derrière Marchiennes, avec une troupe réunie à la hâte et armée tant bien que mal. Elle était composée de 700 hommes et de 24 chevaux.
La première chose à faire était de reconnaître la position de l’ennemi. Le sieur d’Aubenois, avec une escouade, s’avança jusqu’au marché, où les sectaires, ivres de vin et de fureur, hurlaient les psaumes de Marot. Sans calculer le nombre, d'Aubenois se rue sur les Gueux: leur masse compacte offre une résistance inattendue. Une seconde, une troisième charge n’a pas plus de succès. Alors le détachement se replie, et
1. D’Oultreman, Histoire de Valentiennes , pp. 202 et suiv. — Leboucq, Histoire ecclés. de la cille et comté de Valentiennes, p. 293. — Recueil de l'origine et fondation de l'abbaye de Fontenelle, par D. Gilles L’Olivier et D. Augustin Dourdier, religieux de Cambron (mss. à la Bibl. publique de Cambrai), folio 28.
2. Van der Haer, pp. 58, 59. — Buzelin, pp. 352 et suiv. — Cousin, Histoire de Tournay, liv. iv, pp. 311 et suiv.
Guyon s’avance pour attaquer avec toutes ses forces. Les Gueux essayent à peine de défendre le pont, que dans l’intervalle ils ont eu soin de lever, mais le temps qu’il faut pour surmonter cet obstacle leur permet de commencer leur retraite; ils se replient en bon ordre dans la direction de Bouvignies. Presque aussitôt, Ferry entre dans Marchiennes, s’élance à leur poursuite, les talonne et les met en déroute. Cependant ils se rallient à la voix de leur chef, font volte-face, et essayent de nouveau une lutte qu’ils abandonnent bientôt pour fuir dans toutes les directions. Le bailli d’Anchin, satisfait de sa victoire, et jugeant dangereuse la poursuite à travers les bois où les fuyards s’étalent élancés, fit sonner la retraite et réunit ses hommes. Un seul était blessé ; les Gueux avaient perdu 70 à 80 des leurs.
Pendant que Ferry, traversant la Scarpe au bac de Yred, rentrait à Pecquencourt, l’apparition d’une troupe égale à la première fit renaître soudain les alarmes à peine dissipées. La bande arriva dans Marchiennes vers les deux heures de l’aprèsmidi. Elle voulait sans doute opérer sa jonction avec les frères et amis dont elle ignorait le triste sort. Cette nouvelle se répandit comme une traînée de poudre. Enhardis par une première victoire, les villageois accoururent au son du tocsin et se rangèrent sous le commandement de Robert de Longueval, seigneur de Juttard, qui occupait le château de Warlaing avec une garnison de quelques hommes. Devant cette attitude menaçante, les bandits jugèrent prudent de se retirer, ce qui n’empêcha pas de les poursuivre jusqu’à Brillon, où ils essuyèrent une sanglante défaite L
A partir de ce moment, les Gueux ne parurent plus aux environs. Toutefois, il y en avait encore dans la Flandre wallonne. Un certain Cornille, de forgeron devenu ministre, dogmatisait dans la châtellenie de Lille, et, jaloux sans doute des exploits de ses confrères, se formait à son tour une petite armée. Il fut battu d’abord à Marcq par le comte de Rassen-
1. Buzelin, loc. c;t. — Mémoires de Ferry de Guyon , écuyer, bailli général d'Anchin et de Pecquencourt (éd. de Bruxelles, 1858), pp. 145 et suiv. En récompense de sa courageuse conduite, le brave Ferry reçut une lettre d’éloges de la part de la gouvernante, avec un présent convenable et des offres d'emploi qu'il crut devoir décliner.
ghien, gouverneur de Lille ; puis, ayant reformé sa troupe à Quesnoy-sur-Deûle, où il subit un nouvel écliec, il se porta sur Wattrelos, et se retrancha dans l’église. Pour l’en déloger, il fallut mettre le feu à l’édifice, où un grand nombre de ces misérables trouvèrent au milieu des flammes une mort digne de leurs forfaits.
Le chef et plusieurs de ses hommes parvinrent à s’échapper. Peu de temps après, à l’aide de renforts tirés de la Flandre, ils tenaient de nouveau la campagne. D’autre part, les Gueux de Tournai, voyant la situation compromise, accoururent à la rescousse, non sans incendier au passage plusieurs monastères et maisons de notables catholiques. Comme il fallait en finir, Philippe de Sainte-Aldegonde, seigneur de Noircarmes, quitta le siège de Valenciennes, qui l’occupait alors, et, à la tète d’un fort détachement, tailla en pièces, près de la petite ville de Lannoy, la bande du forgeron-ministre h
Profitant de la terreur que cet événement répandit dans Tournai, le seigneur de Noircarmes y mit une bonne garnison, qui contint dans le devoir cette ville turbulente. Peu après Valenciennes, réduite par la force des armes, tomba en son pouvoir, et fut délivrée de la tyrannie des Gueux.
Malgré le calme relatif qu’amenèrent ces événements, et quoique tout danger de violence fût momentanément écarté, Philippine de Torcq jugea prudent de ne point quitter le refuge. C’est là qu’elle s’endormit dans la paix du Seigneur, le 7 février 1571 1 2.
Gabrielle d’Esne, qui occupa ensuite le siège abbatial, ramena la communauté au monastère. La guerre durait toujours, mais la Flandre wallonne restait étrangère au mouvement des armées qui s’entrechoquaient sur un autre théâtre : depuis les dernières défaites des Gueux, la campagne était sûre aux environs de Douai.
En 1576, les députés des provinces, réunis à Garni, conclurent avec le prince d’Orange et ses adhérents une sorte d’union politique ayant pour but apparent d’exclure les étrangers de toute participation aux affaires du pays, et d’exiger le renvoi
1. Van der Haer, p. 63. — Buzelin, pp. 535 et suiv. — Strada, pp. 256 et sviiv.