Dumées, Annales belgigues, p
tère. Elles ne purent en reprendre possession qu’au mois de septembre 1585. Tournai était alors réduit par les armes victorieuses du prince de Parme, et nul danger prochain n’apparaissait à l’horizon.
Ces sept années d’absence furent extrêmement pénibles. Le cas d’une translation de la communauté à Douai et d’un séjour aussi prolongé n’avait point été prévu lors de l’établissement du refuge, ni même lors de sa reconstruction au commencement du XVIe siècle. C’était un simple pied-à-terre, destiné à servir dans de rares circonstances et pour quelques personnes seulement, quand des affaires les appelaient en ville. On y déposait pendant les guerres les objets les plus précieux et les provisions que l’on voulait soustraire au pillage . Suffisant pour sa destination ordinaire, le refuge devenait beaucoup trop étroit pour celle que lui faisaient les circonstances : les religieuses y étaient prodigieusement entassées. Le terrain lui-même, limité par laScarpe, était fort exigu : il n’y avait qu’une petite cour, et pas de jardin. Il est probable qu’on annexa dès lors au refuge une maison située en face, de l’autre côté de la rue, et depuis affectée à l’usage de l’abbesse quand la communauté séjournait en ville, ou quand la prélate s’y rendait seule L
Ce remède était bien insuffisant. Par surcroît de malheur, des maladies contagieuses régnaient en ville, et le refuge, avec ses déplorables conditions hygiéniques, semblait prédestiné à devenir un foyer d’infection.
La Providence y veilla. Aucune des religieuses entassées dans cette étroite demeure ne fut atteinte par la contagion,, tandis que les pères Jésuites, par exemple, dans leur vaste et magnifique collège, perdaient rapidement six des leurs et se voyaient forcés d’interrompre leurs leçons 1 2.
Avec la peste on avait encore à craindre la famine. La guerre, en empêchant les travaux agricoles, en semant la dévastation dans les campagnes, tarissait la source des revenus3. Les
1. Cette maison, aliénée au XVIIIe siècle par l'abbaye elle-même, est maintenant (1874) la propriété de M. Honoré, conseiller à la Cour d’appel. M. Martin du Nord l’a jadis habitée.