Vie de Florence de Werguignœul, p
robuste aspiroit à ce que les hommes les plus forts et les plus spirituels n’eussent osé entreprendre h »
Elle voulait en un mot suivre en tout la règle de saint Benoît, et y joindre la pratique d’une rigoureuse clôture. Dès lors, la pensée lui vint de fonder un monastère où la stricte observance serait en vigueur : plus d’une fois, étant en prière, elle entendit une voix intérieure qui la confirmait dans ses espérances et qui l’assurait de leur réalisation.
Ce ne fut toutefois qu’au bout de longues années qu’elle y parvint. En attendant, elle se soutenait par la lecture des livres de Jean d’Assignies : ses entretiens avec le R. P. Thomas Coniers, de la Compagnie de Jésus, qui venait de temps en temps prêcher au monastère, lui furent également d’un grand secours.
L’abbé de Clairvaux, Denis Largentier, étant venu à Flines en 1599, Florence profita de cette occasion pour lui soumettre son dessein. Ce pieux prélat, qui lui-même se dépensait tout entier pour la réforme des maisons placées sous sa juridiction, ne pouvait que faire un excellent accueil à de pareilles ouvertures. Toutefois une grande prudence est prescrite quand il s'agit de choses où l’illusion peut avoir tant de part : c’est le cas ou jamais d’éprouver les esprits.
L'autorisation de l’ordre, on devait l’obtenir plus tard, mais elle ne suffisait pas : il y avait des conditions matérielles à remplir et des obstacles à lever du côté du pouvoir. Encouragée par l’abbé de Clairvaux, Florence se mit à l’œuvre, ou plutôt de généreux bienfaiteurs fournirent les ressources indispensables, et se chargèrent des démarches nécessaires auprès des supérieurs réguliers, de l’autorité ecclésiastique et du gouvernement.
L’abbesse de Flines, la vénérable Gabrielle d’Esne, favorisa de son mieux l’œuvre de sa fille spirituelle : à part quelques nuages qui obscurcirent un moment leurs relations, elle lui resta cordialement attachée tout le reste de sa vie. On a même dit qu’elle avait conçu le dessein de se retirer auprès d’elle pour vaquer uniquement à l’affaire de son salut, et qu’elle eût mis ce projet à exécution si la mort n’était venue l’arrêter.