Cartulaire , p
2. II s'agit ici du IVe Concile œcuménique de Latran, tenu en 1215, qui forme époque dans l'histoire de Citeaux. Les monastères fondés avant ce concile étaient, absolument exempts de payer la dime : ceux qui furent établis dans la suite n'eurent sous ce rapport qu'une exemption renfermée dans les limites indiquées plus loin dans le texte de la présente bulle.
et boisés, eaux et moulins, routes et sentiers, ainsi que toutes vos libertés et immunités. Que nul n’ait la hardiesse d’exiger ou d’extorquer des dîmes pour les terres mises par vous en culture et cultivées à vos frais, sur lesquelles personne n’a dîmé jusqu’ici, non plus que sur vos jardins, vergers et pêcheries, ni sur les récoltes qui servent à nourrir vos bestiaux.
« Il vous sera permis de recevoir, d’admettre à la profession, et de retenir sans contradiction aucune les personnes libres et dégagées de tout lien qui voudront fuir le monde. En outre nous défendons à toutes les sœurs, après qu’elles auront fait profession dans votre monastère, de le quitter sans permission de leur abbesse. Si quelqu’une le faisait sans être munie de vos lettres, que personne n’ait la hardiesse delà recevoir ailleurs L
« Nous défendons très expressément d’attribuer à quelqu’un personnellement ou d’aliéner de toute autre façon les terres et biens appartenant à votre église, si ce n’est avec le consentement de tout le chapitre, ou de la majeure et de la plus saine partie. Nous déclarons milles toutes donations et aliénations qui seraient faites en dehors de ces prescriptions.
« En outre, par notre autorité apostolique, nous défendons à tous évêques et autres personnes de vous convoquer à des synodes ou à des plaids, de vous soumettre à un jugement séculier pour vos biens et possessions, de se rendre dans vos maisons pour y conférer les ordres, y traiter des affaires et y tenir des assemblées publiques ; enfin, d’empêcher l’élection régulière de votre abbesse, ou de s’arroger un droit quelconque relatif à son institution ou à sa destitution, contrairement aux statuts de l’ordre de Cîteaux. Pour les consécrations d’autels ou d’églises, pour l’huile sainte et les sacrements, que personne n’ait la hardiesse d’exiger de vous quoi que ce soit, sous prétexte de coutume ou pour un autre motif. L’évêque diocésain vous conférera gratuitement ces choses; sinon, vous pourriez vous adresser à tout autre évêque catholique ayant la grâce et la communion du Saint-Siège, lequel, en vertu de notre autorité, vous prêtera le concours de son ministère. Quand le siège
1 . Il paraît d'après ceci que l'abbesse pouvait, avec le consentement de la communauté, permettre à une religieuse de passer dans un autre monastère. Ce droit a été depuis abrogé par la législation ecclésiastique, en vertu de laquelle ces translations ne sont permises que pour des raisons très graves et moyennant autorisation.
diocésain sera vacant, vous pourrez librement et sans contestation aucune recevoir des évêques du voisinage ce qui requiert l’ordre épiscopal, les droits de ce siège demeurant néanmoins réservés pour l’avenir. Comme il ne vous est pas toujours facile d’avoir votre évêque, s’il arrive qu’un autre ayant la grâce et 1a. communion du Saint-Siège, et qui vous soit pleinement connu, vienne à passer par votre monastère, vous pourrez par l’autorité du Siège apostolique recevoir de lui la bénédiction des religieuses, celle des vases et des vêtements sacrés, et la consécration des autels.
« Si les évêques ou autres prélats fulminent des suspenses, excommunications ou interdits contre votre monastère et son personnel, ou contre vos mercenaires, soit parce que vous ne payez point les dîmes dont il est parlé ci-dessus, soit à l’occasion des autres faveurs à vous accordées par la bénignité apostolique ; si l’on frappe de censures vos bienfaiteurs à cause des bienfaits et services dont ils vous gratifient par charité, ou parce qu’ils vous aident de leur travail à certains jours fériés dans le pays, mais non dans votre ordre, nous déclarons ces sentences nulles, attendu qu’elles sont contraires aux induits accordés par le Saint-Siège. Seront également caduques les lettres obtenues contre la teneur des privilèges apostoliques, sans que l’ordre de Cîteaux soit nommément exprimé. En outre, quand il y aura interdit général dans la contrée, vous pourrez célébrer l’office divin dans votre monastère, en prenant soin d’exclure les excommuniés et les interdits.
« Voulant dans notre sollicitude paternelle, assurer pour l’avenir votre paix et votre tranquillité, nous défendons par l'autorité apostolique de commettre le vol ou la rapine dans l'enclos de vos maisons et de vos fermes, d’y mettre le feu, d’y répandre le sang, d’y arrêter qui que ce soit sans motif, d’y commettre le meurtre ou d’y exercer la violence. En outre, nous confirmons par l’autorité apostolique et nous ratifions par la teneur des présentes les libertés et immunités accordées à votre ordre par nos prédécesseurs les pontifes romains, comme aussi les franchises et immunités relatives aux exactions séculières que les rois, les princes et les autres fidèles vous ont raisonnablement accordées.
« Vous ordonnons en conséquence que nul ne se permette
d'inquiéter sans raison le susdit monastère, ou de lui enlever ses biens, de les retenir, de les diminuer ou de se livrer contre lui à des exactions quelconques, mais que tout soit conservé pour l'usage des religieuses en faveur desquelles ces largesses ont été faites, sauf l’autorité du siège apostolique. Si donc par la suite une personne quelconque, ecclésiastique ou séculière, connaissant cette constitution, a la témérité d’y contrevenir, et que, après deux ou trois avertissements, elle n’efface point son crime par une satisfaction convenable, qu’elle soit privée de tout honneur, puissance et dignité, sans préjudice du compte à rendre au tribunal de Dieu ; que le très saint corps et le sang de notre Dieu et sauveur Jésus-Christ lui soient refusés, et qu’au dernier jugement elle encoure une sentence terrible. Mais sur ceux qui respecteront les droits de ce monastère, que la bénédiction de Notre-Seigneur Jésus-Christ descende, en sorte qu’ils reçoivent déjà sur la terre le fruit de leurs saintes œuvres, et qu’ils trouvent auprès du juge sévère les récompenses de l’éternelle paix. Amen. Amen. Amen.
« Moi, Grégoire, évêque de l’Eglise catholique. » Suivent les signatures des cardinaux présents en cour, puis la formule finale :
« Donné à Yiterbe, par la main de maître Guillaume, vicechancelier de la sainte Eglise romaine, le jour des ides d’avril, indiction IX, l’an de l’Incarnation du Sauveur M CC XXXVII, et du pontificat du seigneur Grégoire, pape, le onzième. »