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CHAPITRE III

UNE COLONIE A SOLEILMONT. — ACCROISSEMENT CONSIDÉRABLE DU NOMBRE DES RELIGIEUSES. — DONATIONS ET ACQUISITIONS. — LE PAPE EXCOM- MUNIE LES PERSÉCUTEURS DE L’ABBAYE. — ON SONGE A LA TRANS- FÉRER AILLEURS.

Trois ans à peine s’étaient écoulés depuis la fondation du monastère, et déjà de son trop-plein il pouvait envoyer une colonie au dehors. Cette vigoureuse fécondité nous étonne. Elle n’avait rien alors de très insolite. Aux temps héroïques de Cîteaux et de Clairvaux, un monastère, aussitôt qu’il était fondé, en établissait à son tour plusieurs. Or, la première moitié du XIIIe siècle fut précisément l’époque de la plus grande expansion pour les communautés de femmes, récemment admises dans la fédération cistercienne S et nous allons voir bientôt que le cloître naissant de l’Honneur-Notre-Dame eut à se défendre contre l’affluence par trop considérable des jeunes vierges qui voulaient y prendre le voile.

Dans un vallon solitaire, non loin de Charleroi, s’élève l’abbaye de Soleilmont. Ravagé par une peste qui enleva toutes les religieuses sans exception au commencement du XIIIe siècle , ce monastère se trouvait abandonné , quand Baudouin de Courtenai , empereur de Constantinople , prit possession du comté de Namur en 1237. Soleilmont était une fondation de ses aïeux 1 2. Il résolut de repeupler ses murs déserts, en substituant les filles de saint Bernard aux béné-

1. V. ci-dessus, pp. 9 et 10. L’abbaye de Marquette, fondée en 1230, fournit des religieuses à notre monastère en 1233 ou 1234, ce qui ne l’empêcha point, trois ou quatre ans plus tard, d'en donner encore à l’abbaye de Marcke, transférée depuis à Groeninghe, près Courtrai. Y. Chronique et Cartulaire de l'abbaye de G> oeninghe, publiée par le chanoine F. Van de Putte (Bruges, 1872), p. xvi.

2. L'abbaye de Soleilmont fut fondée en 1088 par Henri l'Aveugle, comte de Namur.

dictines qui l’occupaient jadis. Ce fut sans doute à l’instigation de Marguerite, sa parente, qu’il fit appel de préférence aux religieuses de l’Honneur-Notre-Dame h On écouta d’autant plus volontiers ses propositions, que les ressources modiques du monastère pouvaient difficilement suffire à un personnel déjà trop nombreux.

Soleilmont, comme Flines, a eu le bonheur de ne point sombrer d’une manière définitive sous l’effort de la tempête révolutionnaire. Ces communautés sœurs, aujourd’hui encore, peuvent se tendre la main par dessus les frontières qui, en limitant les patries terrestres, ne divisent point la commune patrie des âmes. Par un bienfait spécial de la Providence, l’abbaye belge a conservé son toit et ses souvenirs, son église, son cloître et ses tombeaux. Expulsées et spoliées lors de l’invasion française, les religieuses continuèrent pendant les plus mauvais jours à mener la vie conventuelle au château de Farciennes, que la pieuse libéralité d’un bienfaiteur mit à leur disposition. En 1806, elles rentrèrent à Soleilmont en qualité de locataires : trente ans plus tard, elles firent l’acquisition des bâtiments conventuels, où elles se livrent, comme aujourd’hui beaucoup de religieuses, à l’éducation de la jeunesse. Que Dieu leur épargne de nouvelles épreuves !

Revenons à notre monastère. Les demandes d’admission se multipliant de plus en plus, on se voyait forcé de refuser l'entrée du cloître à une foule d’aspirantes. Mais alors aux sollicitations importunes se joignaient de hautes et puissantes influences : parfois même l’autorité du Siège apostolique 11e dédaignait pas d’intervenir en faveur de quelque jeune vierge, désireuse de briser la barrière qui se dressait devant elle.

Nos religieuses implorèrent, auprès du Pontife lui-même, le remède convenable à la situation, et Innocent IV répondit à leur demande par la bulle que voici1 2 :

1. Histoire de la fondation de V ancienne abbaye de Soleilmont. par D. Bruno Maréchal, fol. il (manusc. conservé à Soleilmont). - 1). Crsmer Berlière, Monasticon belye, t. 1, p. 385, soulève des doutes contre cette tradition recueillie par D. Maréchal. On ne voit pas pourtant comment elle aurait pu prendre naissance si elle n'avait pas un fondement historique. Flines est si éloigné de Soleilmont ! Aucun lien ne rapprochait ces deux maisons, sauf ce lien d'origine, resté vivant dans la mémoire des religieuses.

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