‹ Histoire de l'abbaye de FlinesChapitre 144 sur 264 · Cartulciire, pp · texte numérisé non relu

Cartulciire, pp

2. L’abbé Delfosse, dans sa Description de Los, t. v, pp. 358-363 et 396-414, raconte longuement l'affaire qui suit et les autres entreprises du gouvernement des Pays-Bas au préjudice de l’ordre de Cîteaux.

L'abbé de Cambron accepta la charge. Il envoya comme confesseur à Flines Jean d’Assignies, que déjà nous avons appris à connaître, et qui, absent depuis quelques années, trouva à son retour le monastère encore plein de son souvenir.

Pendant vingt-deux ans, de 1607 à 1629, Jean d’Assignies travailla d’une manière infatigable dans ce champ que le Seigneur lui donnait à cultiver. Élu abbé de Nizelle en 1618, il se fit suppléer pour la direction ordinaire de sa petite abbaye, dont le personnel se réduisait à une douzaine de religieux, et se contenta d’y faire de temps en temps une apparition. Flines continua d’être sa résidence, et la conduite spirituelle de ce monastère, son occupation principale.

Bien certainement un homme tel que lui n’agissait de la sorte qu’en vertu d’une dispense. Il était trop éclairé pour ne pas savoir que sa qualité d’abbé l’obligeait à la résidence, trop pieux et trop régulier pour manquer à son devoir en une chose aussi grave. Cependant, l’abbé de Clairvaux, mécontent de se voir privé de ses droits, se plaignit au chapitre général, qui, à ce qu’il semble, donna ordre à Jean d’Assignies de résider désormais dans son abbaye de Nizelle. C’est là qu’il mourut, presque octogénaire, le 22 mai 1642.

Il était plus facile d’écarter un religieux soumis à l’obéissance que de vaincre l’obstination d’un pouvoir habitué à faire prévaloir toutes ses volontés. Aussi dom François Duchesne, originaire des Pays-Bas, mais profès de Clairvaux, qui fut envoyé à Flines pour exercer les fonctions de confesseur, se vit refuser l’entrée de la maison. Les ordres étaient formels : l’abbesse, quoi qu’il dût lui en coûter, ne pouvait y contrevenir.

Alors, l’abbé de Clairvaux, Claude Largentier, écrivit à Jean Foucart, abbé de Loos, en qui il avait beaucoup de confiance, et le pria d’arranger cette affaire ou en agissant auprès de l’abbesse de Flines, s’il pouvait arriver par cette voie, ou en interposant ses bons offices auprès de l’infante Isabelle-Claire- Eugénie. Il lui disait à la date du 17 mars 1629 1 :

« J’ay reçu vos lettres, par lesquelles je reconnois votre affection en ce qui regarde les droits de saint Bernard, spécia-

1. Recueil de lettres provenant de l’abbaye de Loos (Archives du Nord, Tolume in-folio). Il existe dans le même Recueil d’autres lettres relatives à cette affaire sous les dates du 9 juillet 1629 et du 15 avril 1630.

lement touchant notre monastère de Flines, et le droit que nous y avons de tout temps d’y envoyer un religieux prêtre profès de Clairvaux pour y exercer l’employ de père confesseur. Je suis grandement marry contre notre dom François Duchesne, qui est présentement à Dunes, pour ne m’avoir adressé vos lettres en temps et lieu. J’écris mon sentiment à Mr notre révérend confrère et coabbé de Cambron, sur la copie que vous m’avez envoiée de la confirmation obtenue du Nonce apostolique en l’année 1007, pour la paternité dudit Flines, et le prie de considérer qu’outre ce qui a été décrété par le chapitre général de notre ordre contre son religieux dom Jean d’Assignies au sujet de laditte confirmation par luy obtenue, il ne peut tuta conscientia, étant abbé de Nizelle, demeurer actuellement audit Flines comme il fait, y exerçant l’office de père confesseur. J’ay jugé à propos de vous adresser la lettre que j’écris à la vénérable dame abbesse dudit lieu, afin que l’aiant veue, si vous trouvez bon, vous preniez la peine de lui faire tenir directement ou indirectement, ou bien si vous trouvez plus à propos l’adresser à notre dit dom François Duchesne qui est audit Dunes pour luy porter lui-même... Si laditte dame abbesse et les religieuses n’ont agréable ledit dom Duchesne, j’en ay d’autres de la même nation pour luy donner, encore qu’elle se doit contenter si je luy donne un religieux prêtre profès de Clairvaux, de quelque nation qu’il soit, veu même qu’en France nous ne laissons point d’emploier indifféremment ceux que nous croions capables. Je désire grandement que ledit dom François Duchesne, notre religieux, trouve quelque contentement en son pays et y trouve place, puisqu’il ne respire que son air natal. »

Le besoin qu’éprouvait ce religieux de respirer l’air natal et le désir de le contenter de la part de ses supérieurs, n’étaient sans doute ni les seuls ni les principaux motifs qui le firent désigner pour une mission aussi délicate. Il paraît cependant, au témoignage de dom Delfosse *, que les Dames de Flines eurent peu à regretter de se voir privées de ses services. Au contraire, dom Laubegeois, prieur de Bohéries, que l’on envoya pour faire une nouvelle tentative, était un religieux

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