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CHAPITRE XXII

RESTAURATION DE L’ÉGLISE ET CONSTRUCTION D’UNE TOUR. — SAGE GOU- VERNEMENT DE PLACIDE RICART. — TRAVAUX EXÉCUTÉS PAR SES ORDRES. — ÉTAT FLORISSANT DE LA COMMUNAUTÉ. — MIRACLES A SAINT-LÉONARD.

Grâce à la paix dont on jouit pendant plusieurs années, le temporel de l’abbaye ne tarda pas à se remettre . La sage administration de Philippine de Robles et d’Ursule Becq guérit toutes les blessures : on put éteindre les dettes, et, tout en continuant les aumônes accoutumées, on disposa bientôt d’une épargne assez considérable pour suffire à d’importants travaux. Malgré les nouvelles guerres qui surgirent, on reconstruisit de la façon la plus grandiose l’abbaye presque entière ; la plupart des fermes furent aussi renouvelées .

Ernestine Obert (1691-1695) inaugura la série de ces travaux. Par ses soins, l’église fut complètement restaurée, ou plutôt reconstruite et ornée dans le goût de l'époque. Hélas ! on croyait faire merveille en détruisant le plus possible dans les monuments du passé le cachet de l’art gothique. Les splendides édifices que nous a légués le moyen âge sont barbares pour le XVII0 et le XVIIIe siècle, engoués de l’art classique ; quand on ne peut les renverser, on les dénature ; l’ogive disparaît pour consacrer le règne du plein-cintre ; les plus délicates sculptures ne trouvent point grâce devant le marteau ; un grossier badigeon recouvre les peintures murales, restes d’un art oii l’inspiration fait oublier l’incorrection des formes ; les riches couleurs des verrières font place à la banale transparence de la vitre commune .

Quoique magnifique et grandiose dans ses proportions, l’église abbatiale de Flines n’était point voûtée. Elle avait cela de commun avec beaucoup d’édifices monumentaux, notamment

avec do grandes églises de Rome, Saint-Jean de Latran, Sainte- Marie-Majeure et bien d’autres, que recouvre un lambris ou plafond en bois, richement orné de peintures et do dorures . Il n’y avait qu’à conserver cette disposition : par une restauration intelligente et une décoration de bon goût, on pouvait rétablir l’édifice dans tout son lustre et même lui donner une splendeur nouvelle. Mais on ne comprenait point alors les règles qui dirigent aujourd’hui tous les architectes dignes de ce nom. En face d’une œuvre gothique, on croyait n’avoir rien de mieux à faire que de la refondre et de la jeter dans le moule convenu de l’époque .

C’est ce que l’on fit dans le cas qui nous occupe, Au plafond en bois, on résolut de substituer une voûte. Mais les murs ne paraissaient point assez solides pour en supporter le poids ; une galerie qui régnait intérieurement les affaiblissait en diminuant leur épaisseur, et, en plusieurs endroits, ils avaient perdu leur aplomb. On se vit forcé de les démolir jusqu’à peu de distance du sol. N’ayant plus devant lui que des restes tout à fait neutres, l’architecte n’eut garde de perdre une si belle occasion : il construisit une superbe église « dans le goût moderne ». C’était là le suprême éloge au jugement des contemporains. Et nous, nous constatons avec tristesse qu’ainsi se trouva consommée la ruine de l’un des spécimens les plus splendides de l’art du moyen âge dans le nord de la France.

Dans ce bouleversement général, on ne respecta pas même les tombeaux. Le mausolée des évêques de Liège et de Cambrai, situé en avant de l’autel principal, fut, pour dégager le sanctuaire, relégué dans l’une des chapelles absidales. Toutefois les tombes de la fondatrice et de sa fille ne furent point déplacées, quoique par leur situation dans le milieu du chœur elles dérangeassent la correcte symétrie du nouvel édifice.

En fait d’embellissements à l’intérieur, on cite des stalles de chœur, magnifiques dans leur noble simplicité, et un orgue qu'ErnestineObert fit construire pour remplacer l’ancien. Ainsi renouvelée, l’église abbatiale de Flines était sans contredit la plus belle qui se trouvât dans les monastères de religieuses des Pays-Bas 1. D. Queinsert, qui la visita en 1769, en parle comme il suit :

1. Hist. des comm. religieuses de Lille et des environs, pp. 824 et 849.

« L’église fait l’objet de l’admiration des étrangers. Le sanctuaire est grand et bien orné ; le chœur des Dames religieuses est vaste et très bien proportionné dans sa longueur, largeur et hauteur ; les stalles y sont belles, d’un très beau bois de chêne et d’une sculpture sans faste h »

Pour compléter son œuvre, Ernestine Obert entreprit d’élever en avant de l’édifice une tour monumentale. Conformément à la règle primitive de Cîteaux, l’église de Flines ne possédait jusqu’alors qu’un clocher en charpente, établi sur la croisée du transept, et un autre plus petit vers la façade occidentale. La reconstruction de l’église n’avait guère duré plus d’un an. Commencé le 8 mai 1693, le gros œuvre était achevé le 28 juin 1694. Les travaux de la tour, qui n’offraient pas le même caractère d’urgence, marchèrent avec moins de rapidité. On y employa plus de trois ans. Enfin, le 6 août 1697, la croix fut posée sur le sommet de l’édifice, et les cloches furent installées dans leur nouveau domicile 1 2.

Cette haute et belle tour devait avoir, à quelques années d’intervalle, une destination fort imprévue. En 1709, elle servit de poste d’observation au prince Eugène, pour examiner les mouvements et la position de l’armée française 3.

C’est que de nouveau, dans l’intervalle, une guerre formidable avait éclaté. Le premier revers des armées françaises à Ramillies jeta l’épouvante dans toute la Flandre wallonne. Les religieuses qui habitaient la campagne se hâtèrent de quitter leurs monastères et de se réfugier dans les villes, sans même prendre le temps de consulter leurs supérieurs 4.

1. Une visite à l’abbaye de Flines, dans les Souvenirs de la Flandre wallonne, t. ix, p. H5.

2. La plus grosse datait du XIII' siècle. Elle portait le nom de frère Michel de Dourges, convers et maître de Flines, avec cette inscription en latin :

Aura, Deo Dante,

Mitescatme résonante :

Quo dijfundo sonum,

Pax sit et omne bonum.

Barbara vocor.

Que par la grâce de Dieu les fureurs de l'air s’apaisent à ma voix, et que, là où mes sons se répandent, la paix habite avec tous les biens. Je m’appelle Barbe.

Les détails relatifs à la construction de l'église et de la tour sont extraits principalement d’une note insérée dans le Cartulaire manuscrit qui porte aux Archives du Nord le n° 3153, fonds de Flines.

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