CHAPITRE XXIII
PROCÈS ET INCIDENTS DIVERS. — L’ABBAYE ENTIÈREMENT RECONSTRUITE. — FASTE BLAMABLE DE QUELQUES ABBESSES. — SOPHIE DE BER- CHÉNY ET BATHILDE DE SATNTE-ALDEGONDE RÉTABLISSENT LE TEMPOREL.
Dans le cours de sa longue administration, Placide Ricart se vit plus d’une fois obligée de soutenir les droits de l’abbaye contre des voisins entreprenants. Ces difficultés se prolongèrent pendant une partie du XVIIIe siècle.
A Cantin surtout, elles se produisirent en grand nombre. Des Bouthier, qui la possédaient au XIIIe siècle, la seigneurie de ce village passa successivement aux des Wastines, d’Halluin, d’Allennes, de Dion, de la Tramerie, et enfin à des familles bourgeoises qui s’enrichissaient des dépouilles des nobles, et qui, par les charges vénales, trouvaient moyen de parvenir elles-mêmes à la noblesse. Ces bourgeois gentilhommes étaient à cheval sur leurs prérogatives : souvent même ils tâchaient d’empiéter sur celles de leurs voisins.
De là une série interminable de procès qui, commencés dès 1000 1, se continuent avec des phases diverses et de multiples incidents jusqu’après 1750.
Une sentence rendue au commencement du siècle en faveur des Dames de Flines, loin de calmer la partie adverse, semble l'avoir excitée davantage. Afin de se débarrasser d’un monument qui contrastait avec sa prétention d’être le seul et vrai seigneur de Cantin, le sieur Pierre-Izambard-François Caudron s’avisa par une belle nuit de faire arracher le pilori que les Dames venaient de renouveler sur la place de leur seigneurie
1. V. Recherches sur la seigneurie de Cantin , par F. Brassart, p. 66.
en ce môme village. Il ne trouva point son compte à cet exploit. En vertu d’un arrêt de la cour de Parlement rendu le 11 mai 1705, ce paladin ridicule fut obligé de rétablir en plein jour et de ses propres mains ce qu’il avait enlevé de nuit. Quinze ou seize ans plus tard, il vendit son fief à Thomas Mahout, avocat au Parlement, contre lequel Matthieu-François Remy, échevin de Douai, exerça le retrait lignager au nom de sa femme Marie- Anne Le Sellier, parente des Caudron.
Le fils de ces derniers acquéreurs, Marc-Antoine-Joseph Remy, fut un plaideur infatigable. Pendant plus de quarante ans, il engagea procès sur procès contre les habitants de Cantin et contre les abbayes d’Anchin, du Verger et de Flines, sans parler de plusieurs particuliers L
Il était d’usage à Cantin, quand une abbesse de Flines mourait, de sonner chaque jour les cloches pendant six semaines. A la mort de Placide Ricart, en 1731, Marc-Antoine Remy, sous prétexte qu’il était seigneur du clocher, empêcha de rendre cet honneur à l’abbesse défunte. Peu à peu, il souleva d’autres querelles. Tantôt il réclamait contre la place honorifique attribuée dans le chœur au bailli des Dames de Flines; tantôt il prétendait que ses officiers devaient seuls recevoir les comptes, établir l’assiette des aides et recevoir les comptes des marguilliers et des pauvriseurs ; une autre fois, il usurpait les droits de police sur le territoire entier du village. Les Dames de Flines résistaient, en s’appuyant sur leurs titres et sur une possession incontestable. Elles soutenaient que toutes les affaires de la communauté devaient être réglées en commun par leurs officiers et ceux de Remy, et même elles contestaient à leur adversaire le titre de seigneur du village, prétendant que la seule qualification à laquelle il eût droit était celle de seigneur en partie de Cantin. Il est de fait qu’au XVIe siècle ses prédécesseurs ne portaient pas d’autre titre “1 2. Ajoutons que la seigneurie de Flines à Cantin était plus considérable à elle seule que les trois autres entre lesquelles se partageait le territoire, à savoir celle du Belle, celle d’Anchin et celle que possédaient alors les Remy. Cette dernière n’avait même qu’une étendue fort restreinte, les terres qui en relevaient ayant été