‹ Histoire de l'abbaye de FlinesChapitre 162 sur 264 · Registrum rer. not ., folio 134 recto · texte numérisé non relu

Registrum rer. not ., folio 134 recto

détails, il vante les proportions de l’ensemble, la régularité du plan, et la commodité de la distribution intérieure 1 .

Certes, une beauté grandiose et sévère, noble et simple tout à la fois, n’est pas déplacée dans une maison religieuse. Il y a plus. Quand cette maison est un monument auquel une illustre famille a voulu attacher son souvenir, une sorte de piété envers les fondateurs, un devoir de justice même, exige que l’on maintienne leur œuvre dans sa splendeur première. Et puis, l’art n’est-il pas un rayon de l’éternelle beauté ? N’est-il pas vrai qu’il élève l’âme et la transporte vers les régions supérieures ? Où donc peut-il être mieux à sa place que dans les maisons de Dieu, dans ces cloîtres où l’âme dégagée des liens terrestres aspire à vivre de l’idéal, et recherche tout ce qui peut lui retracer quelque ombre de l’éternelle beauté?

Si donc, sans entreprendre des bâtiments superflus, sans donner dans un luxe mondain, on s’était contenté d’imprimer aux constructions nécessaires un cachet artistique, il n’y aurait là certes rien que l’on pût blâmer. Les ressources de l’abbaye pouvaient largement suffire à cette dépense. Jeanne de Botibais, Jacqueline de Lalaing, Placide Ricarfc, ont su bâtir avec grandeur et magnificence, tout en pourvoyant aux autres charges et en faisant d’abondantes aumônes.

C’est que l’esprit d’ordre et d’économie présidait à leur administration. Elles vivaient avec simplicité, comme la dernière des religieuses, sans faire aucune dépense particulière, et sans donner dans ce faste trop commun parmi les chefs des grandes abbayes, mais fort heureusement inconnu dans le monastère de Flines jusque vers le milieu du XVIIIe siècle.

A cette époque, Ernestine de Thiennes fut la personnification

t. « Cela était beau dans le XlIIe siècle, dit-il en parlant des anciens édifices, mais depuis quarante à cinquante ans, cette abbaye est bien autre chose de ce qu’elle avait été primitivement.

« Tout effectivement y est neuf et renouvelé. Les bâtiments intérieurs sont très commodes et très joliment distribués. Le dortoir est noble et grand, les chambres sont honnestes ; le réfectoire, grand et assez beau, mais il n’est pas assez élevé pour sa longueur. Les cloîtres y sont un peu étroits, cependant très bien bâtis. Tout y est voûté, dessus et dessous.

« Le quartier de Madame l’abbesse, bâti depuis peu d'années, est très bien, et les dedans y sont distribués et meublés avec goût. La face de ce bâtiment donne sur le grand chemin de Douai à Orchies et Tournay, duquel grand chemin on a fait dresser une avenue que ces Dames font paver jusqu’audit grand chemin. » (Dans les Souvenirs de la Flandre wallonne , t. IX, pp. 111 et 1 15-. )

la plus complète de l’esprit nouveau. Bonne, édifiante même dans sa vie privée, elle aimait le luxe et la représentation. Les abbesses qui la suivirent, quoique moins lancées dans cette voie, ne surent point s'en dégager d'une manière suffisante. Une nombreuse vaisselle d’or et d’argent, un riche mobilier, un splendide équipage, des laquais, une livrée, tout cela était peu en rapport avec l’état d’une personne morte au monde et engagée par vœu à la pratique de la pauvreté. Un maître d’hôtel est à sa place dans les palais des grands : il ne l’était point au service d’une abbesse qui aurait dû se contenter d’offrir une hospitalité simple et religieuse , quoique convenable. Etait-ce aussi pour les hôtes que Madame recevait les journaux de Bouillon et la Gazette de Bruxelles ? C’est possible. Mais à coup sûr les étrangers qui visitaient l’abbaye eussent été plus édifiés de ne pas rencontrer ces feuilles profanes au seuil d’une maison de retraite 1 .

En outre, si l’abbesse de Flines avait reçu ses hôtes avec la simplicité austère que prescrivaient les convenances et les obligations de son état, les grands du monde seraient revenus moins souvent ; ils auraient retiré de leurs visites plus de fruits d’édification ; le monastère, enfin, n’eût pas été à cette occasion grevé d’une lourde charge qui, jointe à tout le reste, amena une crise financière des plus difficiles.

Une autre cause contribuait encore à jeter le désarroi dans les finances. Madame de Thiennes ne savait pas rester dans son abbaye. Pendant dix ans et plus, elle ne fit que voyager : naturellement, elle le faisait à sa manière, c’est-à-dire avec un luxe d’équipages et de dépenses de toute nature qu’elle s’imaginait appartenir à sa position. A peine est-elle nommée abbesse, qu’elle se rend à Saint-Omer, puis à Gand, où résidait sa famille et où elle voulut recevoir la bénédiction abbatiale des mains de l'abbé de Baudeloo. Les années suivantes, ce furent des excursions continuelles à Douai, à Tournai et en Flandre 2.

Une aventure qui lui arriva fit du bruit dans la contrée.

Le 25 janvier 1748, un Trinitaire traversait à cheval le village de Ruches. Pendant qu’il se détourne pour laisser passer

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