P. Ignace, Mémoires , t. iv, p
la diligence de Lille à Douai, une voiture arrive à fond de train, et, soit qu’il ne l’ait pas aperçue, soit que, cavalier malhabile, il n’ait pas su diriger sa monture, le pauvre moine est pris entre deux ; son cheval, renversé violemment, a la cuisse cassée, et lui-même se trouve fort heureux de pouvoir se relever couvert de boue, mais sain et sauf. La diligence s’arrête. Avant que l’on eût le temps de se reconnaître, le fringant équipage, continuant sa course vertigineuse, avait disparu comme un trait. Il faut croire que ni laquais ni cocher ne s’étaient aperçus de rien. Cependant la livrée de Madame de Flines avait été reconnue. Elle en fut quitte pour payer les frais de cet accident, qui pouvait avoir des conséquences plus fâcheuses L
Il est possible que cette aventure ait fait connaître aux supérieurs l’humeur voyageuse de notre abbesse. Toujours est-il qu’en 1749 l’abbé de Clairvaux lui adressa l’invitation formelle de garder la résidence dans son monastère * 2.
Madame de Thiennes passait alors la cinquantaine. De longues et douloureuses infirmités qu’elle supporta, dit-on, avec une patience et une résignation toutes chrétiennes, lui firent expier ce qu’il y avait eu auparavant chez elle de trop mondain. Elle mourut dans de grands sentiments de piété, le 9 avril 1757.
Sophie de Berchény, en arrivant au pouvoir, eut à lutter contre une répulsion unanime et à peine déguisée. Imposée par le caprice royal à ses consœurs, malgré leur vote et en dépit des lois canoniques, elle ne pouvait s’attendre à mieux. D’ailleurs son avènement faisait craindre le retour, peut-être l’aggravation des habitudes de luxe et de mondanité dont les bonnes religieuses avaient gémi sous le précédent régime, et à l’occasion desquelles le monastère se trouvait gravement obéré.
Il restait, en effet, une dette de plus de 107.000 livres, que Madame de Thiennes n’avait pu combler pendant ses années de pénitence. Grâce à une administration intelligente, la jeune abbesse en cinq ans trouva moyen de réduire cette dette de près d’un tiers, ce qui ne l’empêcha pas d’élever des édifices, de faire des embellissements dans les jardins, et de tracer une
Documents aux Archives du Nord, fonds de Flines.