L. Sciout, op. cil., t. I, pp
de Sin et de la Paix-Notre-Dame, et des couvents de Saint- Thomas, des Carmélites, des Annonciades, des Brigittines, des Capucines, des Clarisses, des Dominicaines, de Saint-Julien et de la Congrégation 1 .
On peut maintenant apprécier à leur juste valeur les déclamations des philosophes sur les victimes cloîtrées que des préjugés barbares, disaient-ils, condamnaient à une lente agonie dans leurs tombeaux vivants. Voilà que les grilles sont rompues, les portes s’ouvrent toutes grandes devant ces prétendues victimes, et pas une ne veut sortir. Ah ! c’est aujourd’hui qu’au nom d’une liberté menteuse on fait violence à toutes leurs convictions ; c’est aujourd’hui que l’on brise une existence jusque-là heureuse et paisible, que l’on arrête violemment le cours d’une vie consacrée à Dieu et à la vertu ; c’est aujourd’hui que le cloître où l’on permet à ces pauvres religieuses de passer quelques jours encore, est devenu, par un attentat sacrilège, le tombeau de toutes leurs espérances!
Les journées se passaient bien tristes dans cette grande et illustre abbaye de Flines où rien en apparence n’était changé, mais sur laquelle planait tout un monde de cruelles incertitudes et de pénibles pressentiments. La sainte psalmodie retentissait toujours aux mêmes heures, mais jusqu’à quand se ferait-elle entendre? Est-ce que le flot montant de la Révolution n’allait point abréger encore des jours déjà comptés ? Quelque lointain écho des fureurs qui s’agitaient au dehors venait troubler de temps en temps le calme relatif de cet asile sacré et glacer les âmes d’épouvante à la pensée d'une séparation possible, d’une mesure plus radicale encore et plus violente qui rejetterait dans le siècle toutes les vierges consacrées au Seigneur.
Du côté de la population, les scènes sauvages qui se produisirent en d’autres lieux n’était nullement à craindre. L’affaire du 27 juillet 1789, due à des causes spéciales et surtout à des excitations étrangères, fut un accident isolé. La municipalité ne fit subir à nos religieuses aucune vexation : à l’intérieur,
1 . Archives du Nord, district de Douai, liasse 252. — Un autre document conservé aux Archives municipales de Douai (P 4) donne le même résultat pour l'abbaye de Flines, mais pour la ville, il nomme cinq religieuses de l'abbaye des Prés (une religieuse de chœur et quatre converses), qui, revenant sur leur première option, se sont ensuite décidées à sortir. C’est toujours un chiffre insignifiant eu égard au nombre total.
elles purent continuer à suivre leur règle, sous l’obéissance de leur abbesse, et si parfois il fallait remplir une des formalités civiles exigées dans ces tristes temps, ceux cpii en étaient chargés se montraient à leur égard d'une convenance parfaite. C’est que les doctrines de la Révolution n’avaient point pénétré dans ce coin de terre. En vain l’administration du district voulut-elle animer le zèle de la municipalité de Flines et l’engager à établir un comité révolutionnaire : l’esprit des habitants et celui des officiers municipaux eux-mêmes resta toujours fortement empreint d’idées réactionnaires. On parcourait les rues avec le drapeau blanc ; on proférait les cris de : Vive la calotte ! vivent les aristocrates ! et bien d’autres encore. Le pauvre curé constitutionnel, qui dénonce ces faits dans un rapport signé de sa main 1, ne pouvait sortir sans se voir poursuivi de huées et de lazzi accompagnés de couplets satiriques dont il était le héros. On l’insultait jusque dans son église.
A la fin de l’année 1790, les religieuses furent privées de l’administration de leurs biens. La pension qu’on leur avait assignée fut servie dès le commencement d’une manière inexacte 2, en attendant que la banqueroute révolutionnaire supprimât ce modeste secours. Il fut rétabli plus tard, mais dans des proportions ridiculement insignifiantes : deux cent trentetrois francs pour une religieuse de chœur, la moitié pour une converse !
Ceux qui oubliaient de payer les pensions n’oubliaient pas de s’emparer des biens, de les mettre en vente, de les dilapider par d’indignes tripotages dont profitaient les chacals de la Révolution.
D'après le compte rendu estimatif et détaillé que Sabine du Chastel de la Howardries, abbesse de Flines, remit à l’administration le 12 avril 1791 3, le revenu net de la maison, toutes charges déduites, se montait à 95.000 livres. Sur cette somme, en négligeant les fractions, les biens directement exploités figuraient pour 38.203 livres. Les fermages et loyers à Flines, Abscon, Annappes, Auchv, Aniche, Avelin, Bugnicourt, Cantin,