‹ Histoire de l'abbaye de FlinesChapitre 172 sur 264 · Archives du Nord, district de Douai, liasse · texte numérisé non relu

Archives du Nord, district de Douai, liasse

2. Ibid., liasse 184. Réclamation adressée par les religieuses de Flines, en date du 26 mai 1791.

3. Nous avons publié ce document dans la première édition, pp. 445-479.

Cappelle, Chéreng, Coutiches, Ecourt-Saint-Quentin, Estrées, Fournes, Fressin, Gœulzin, Howardries, Lambersart, Landas, Lille, Mastaing, Moucliin, Nomain, Orchies, Raches, Saulzoir, Seclin, Templemars, Templeuve, Yillers-lez-Cagnicourt, Douai, produisaient une somme de 54.907 livres; les droits seigneuriaux à Fîmes, Auchy, Barœul, Cantin, Cappelle, Coutiches, Fournes, Lambersart et Verlinghem, Landas, Lille, Nomain, Orchies, Cantin, ne rapportaient que 8.339 livres; les rentes fixes, 432 livres ; les dîmes à Landas, Nomain, Orchies, Raches, Roubaix, Templemars etTressin, 12.823 livres; les pots-de-vin, année moyenne, 4.092 livres. Il fallait déduire de ces sommes les frais d’entretien des bâtiments du monastère, s’élevant à 7.500 livres; les frais de justice, qui formaient un total de 6.618 livres; les portions congrues des curés et vicaires dans les endroits où l’abbaye recevait la dîme ; enfin des rentes diverses et des charges de messes que la Révolution se dispensa d’acquitter.

L’abbaye possédait en outre sur les terres de l’empire quelques biens dont le revenu annuel, les charges ordinaires étant déduites, s’élevait à 12.077 livres.

Ces vastes possessions furent vendues aux enchères, et généralement pour des prix dérisoires. Concentrées en quelques mains, elles ont servi de base, ou elles ont apporté un appoint considérable à plusieurs fortunes d’origine révolutionnaire. Parfois ce sont des fermiers de l’abbaye de Flines qui se sont enrichis à ses dépens. Ailleurs, ce sont des spéculateurs éhontés, comme il s’en rencontre toujours là où il est possible de faire une brillante et rapide fortune à la seule condition d’abjurer tout scrupule. Le Trésor profita peu de cette immense dilapidation, de cette gigantesque folie où l’on jetait à la tête de qui voulait les prendre les propriétés des monastères, des chapitres et des églises, voire même des hôpitaux, des écoles et des fondations charitables L

1. On peut voir, dans l’ouvrage déjà cité de M. Sciout, t. i, pp. 174-179, comment se firent les ventes révolutionnaires de Liens ecclésiastiques.

Il n’est pas rare d'entendre dire que cette opération, en créant la petite propriété, a répandu le bien-être dans une partie considérable de la population.

Quand cela serait, un résultat même bon et désirable ne peut légitimer l’emploi de moyens injustes. Le communisme aujourd’hui prétend universaliser la propriété par une confiscation générale et une nouvelle répartition des biens.

La propriété mobilière subit le même sort. Le 17 février 1791, on vendit tout le matériel de l’exploitation agricole, ainsi que les chevaux L On laissait aux religieuses un certain nombre d’animaux de basse-cour, vaches, bœufs, porcs, quelques chevaux et deux carrosses, l'un pour l’abbesse, l’autre à l’usage de la communauté ; enfin une voiture pour le pourvoyeur. Un an après, le 17 avril 1792, on vendit à peu près tout ce qui restait dans la basse-cour 2. Les événements et les idées avaient marché dans l’intervalle. La Révolution abjurait le peu de modération qu’elle avait gardée à ses débuts. Dans sa séance du 17 août 1792, l’Assemblée nationale décréta que toutes les maisons encore occupées par les religieux et les religieuses seraient évacuées avant le 1er octobre. Nouveau témoignage de l’esprit sincèrement libéral des révolutionnaires.

Les doctrines qu'il enseigne et les prétentions qu'il affiche sont une conséquence absolument logique des principes de l’école révolutionnaire.

D’ailleurs, le prétendu bienfait d’une répartition plus équitable de la fortune publique est une chimère démentie par les faits. La Révolution- n’a pas créé la petite propriété ; elle ne lui a pas même donné plus d’extension. La statistique démontre qu’avant 17S9 il y avait en France quatre millions de petits propriétaires possédant ensemble quinze millions d’hectares, c’est-à-dire à peu près le tiers du territoire. Ce chiffre n’a pas changé ; il est encore le même aujourd'hui. Le duc d'Ayen, dans son opuscule intitulé : Revenu , salaire et capital (note A. pp. 123- 134), le prouve par des données positives et des témoignages non suspects.

Autrefois comme aujourd'hui, le sol de la France était très morcelé, si morcelé que l’on s’en plaignait comme d’un obstacle aux progrès de l’agriculture, ce qui est vrai dans certains cas. (Arthur Young, Turgot, de Tocqueville, cités par le duc d’Ayen, p. 135.)

On peut se convaincre, en feuilletant le Cartulaire de l’abbaye de Flines, qu’au XlIIe et au XlVe siècle, il y avait à la campagne une multitude de petits propriétaires et que les champs étaient fort divisés. J’ai fait cette remarque déjà ci-dessus, p. 102.

La vente des biens du clergé a produit des conséquences désastreuses ; elle a ébranlé le droit de propriété et préparé les voies au communisme ; elle a surexcité les convoitises, amené des turpitudes sans nombre, perverti les consciences, faussé toutes les notions du droit et de la justice, et contribué pour une large part au désordre moral dans lequel se débat notre société.

Dans l'ordre économique, cette vaste spoliation n’a presque rien rapporté à l’État, et lui a légué des charges sans nombre que supportait jadis la propriété ecclésiastique ; quant aux particuliers, les petits cultivateurs qui étaient’ jadis locataires le sont encore en général : ils ont seulement changé de maîtres. Reste à savoir s’ils les trouvent plus humains, plus équitables, plus portés à ne point aggraver les charges de l’agriculture et à tenir compte de ses pertes. Pour tout esprit droit, la question ainsi posée est résolue d'avance. Il est à remarquer encore qu’autrefois le revenu de ces biens était dépensé sur place, par des propriétaires qui résidaient dans le pays, ce qui constituait un puissant élément de prospérité.

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