‹ Histoire de l'abbaye de FlinesChapitre 173 sur 264 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

Le 14 septembre, jour de l’Exaltation de la Sainte-Croix, les religieuses de Flines, cédant à la violence, quittèrent en pleurant le saint asile où, même depuis l’injuste décret de suppression, elles conservaient encore l’espérance de mourir. Ceux qui ne respectaient aucun droit ne devaient pas davantage se soucier de leur parole.

Le 20 décembre, la crosse abbatiale aux armes de Madame de Berchény, les reliquaires, ostensoirs et vases sacrés de toute espèce, ainsi que l’argenterie de table qui se trouvait encore à l’abbaye, furent envoyés à la Monnaie pour être convertis en lingots L Plusieurs de ces objets avaient une valeur artistique inappréciable. Mais la religion, l’art et les souvenirs n’étaient rien pour la Révolution.

Dans le courant du même mois, on vendit le mobilier de l’église et de la sacristie, celui du quartier abbatial et du

1. Archives du Nord, district de Douai, liasse 128. — Le 26 septembre 1789, le clergé, par l’organe de l'archevêque de Paris, renonça en faveur de la nation à toute la vaisselle d’or et d'argent qui ne serait point nécessaire à la décence du culte.

Des déclarations du directeur de la Monnaie de Lille attestent que les Dames de Flines envoyèrent alors une quantité importante d’argenterie (liasse déjà citée), Un inventaire du mobilier de l’abbaye de Flines, daté du 23 août 1790, énumère ce qui restait encore à cette époque. On trouvera dans notre première édition cet inventaire qui est intéressant sous plusieurs rapports. Un lot d’argenterie, mis en dépôt dans une ferme, fut soustrait à la spoliation, mais resta perdu pour le monastère, car il ne fut jamais restitué. Des objets mobiliers dont quelquesuns, tels que les portraits des abbesses, avaient surtout une valeur de souvenir, furent cachés dans quelques fermes, au Faux-Vivier, à Pintignies. Les agents de la Révolution parvinrent à les y découvrir. (Arch. du Nord, distr. de Douai, liasses 68 et 164.) Dans ce temps où le vol était élevé à la hauteur d'une institution officielle et consacré par de prétendues lois, les propriétaires qui cherchaient à sauver quelque chose étaient censés commettre une injustice au détriment de la nation. Toutefois les révolutionnaires eurent la pudeur de n’inquiéter de ce chef ni l’abbesse, ni les religieuses, ni leurs fermiers. Il faut leur en savoir gré.

Les archives de l'abbaye, heureusement, furent plus épargnées que le reste. Elles sont restées presque entières, en ce sens que si l’on a détruit beaucoup de papiers, du moins peu de choses vraiment précieuses ont disparu dans cette hécatombe. Toutes les chartes originales ont été conservées. V. la préface du Cartu.laire , pp. vii-ix.

Il n'y avait pas de bibliothèque importante, mais seulement dans le quartier abbatial quelques centaines de volumes d'histoire et de littérature. (Archives du Nord, district de Douai, liasse 181.) Les livres de piété et de liturgie qui étaient à l’usage des religieuses furent laissés entre leurs mains ; elles en possèdent encore un grand nombre qui ont cette provenance.

Flines avait possédé jadis quelques bons manuscrits. A l’exception de deux ou trois qui se trouvent à la Bibliothèque publique de Douai, on ignore ce qu’ils sont devenus. V. plus haut, p. 258, note.

Les reliques furent sauvées, et le monastère, comme nous le verrons dans la suite, en conserve encore une bonne partie.

quartier des étrangers, ainsi que divers objets qui garnissaient les édifices claustraux récemment évacués L Tout cela fut cédé à des prix incroyables. Un confessionnal et deux tableaux, par exemple, étaient adjugés 24 livres. Les boiseries, les stalles de chœur, le maître-autel et le buffet d’orgues furent vendus en un seul lot pour 800 livres. Encore, l’adjudicataire, une sorte de brocanteur interlope, en avait-il offert auparavant 500 livres, prix le plus élevé, selon lui, que l’on eût vu vendre ces sortes de choses 1 2.

Les bâtiments claustraux demeurèrent quelque temps à l’abandon. Au mois de mars 1793, on essaya de tirer parti des jardins en les louant 3. Des malfaiteurs, suivant les traces du gouvernement, et opérant pour leur propre compte, venaient y arracher du plomb qu’ils vendaient en cachette 4.

Le 19 ventôse an II (9 mars 1794), le général de division Drut requit la démolition de l’abbaye de Flines sous le prétexte que les Autrichiens pouvaient s’y fortifier, et se servir de la tour de l’église comme poste d’observation. En conséquence, par ordre du district, des affiches furent apposées partout, et le 11 prairial (30 mai), les bâtiments furent adjugés par lots, à condition qu’ils seraient démolis dans le délai d’un mois, et que les matériaux seraient enlevés dans les deux mois suivants 5.

C’était une opération très fructueuse pour ceux qui l’entreprirent : l’église, par exemple, avec sa tour, fut adjugée pour 500 livres ; un côté du cloître avec les bâtiments, pour 20 livres; un autre, pour 50 livres; le reste à proportion. Tout le monastère avec de nombreuses dépendances fut adjugé dans ces conditions pour une somme totale de 1.100 livres. Un peu du plomb que les voleurs avaient laissé sur les toits suffisait pour payer cette somme.

Pressés par des clauses dont la non-exécution devait rendre leur marché caduc, les acquéreurs hâtèrent le plus possible l'œuvre de destruction. Cependant les Autrichiens arrivèrent avant qu'elle fût achevée ; il paraît même que les bâtiments

1. Procès-verbaux d’adjudication, 26 octobre, 12 et 20 novembre, 3 et 4 décembre 1792 (liasses 215 et 223,>.

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